E. Levasselr, op. cit., p. o'M
et gazes de soie, façon Hollande, et le marquis d'Hervilly installe près de son château de Lanchelles un tissage de toile imitation Courtrai. La duchesse de Choiseul-Gouffîer crée une manufacture de coton à Heilly, et la comtesse de Lameth fait distribuer cent rouets à Hennecourt. Le jeune marquis de la Fayette s'efforce d'introduire l'industrie de la dentelle jusque dans les montagnes du Velay '.
M. Levasseur signale une étude détaillée sur le nombre des artisans et marchands, poursuivie simultanément, en 1789, dans trois circonscriptions de la France. Ce nombre atteignait 26,7 % de la population dans 75 villages du Laonnais, 23,7 % dans 112 villages de la recette de Châtillon en Bourgogne, 19,4 % dans 146 villages du Toulousain. « Ces artisans tenaient en général de petites terres en censive, en fermage ou en métayage. Leur double occupation leur permettait de vivre. » Un curé de la Picardie constate, dans un mémoire contemporain, le changement qui s'est produit parmi ses paroissiens depuis qu'ils fabriquent la gaze de soie; travail, mœurs, aisance, acquit des dettes et des impôts, instruction et éducation des enfants sont également en progrès. Un autre curé, delà Bourgogne, celui-là, demande que des villageoises soient admises à l'école de filature de Lyon et chargées ensuite d'apprendre à filer aux femmes de son village, attendu qu' « il y a dans sa paroisse un très grand nombre de familles réduites aux charités publiques dont l'extrême misère ne provient que de l'impossibilité où l'on est de fournir aux femmes et filles une matière continuelle de travail, surtout pendant l'hiver - »,
\. Germain Maktix, La Fayette et l'école pratique de tissage de Cliavaignac. Le Puy, 1898.
2. Lettre de VerdoUin, curé d'Issy-l'Évêque, à Nos Seigneurs les élus
LA TERRE ET LAUTISAN SOUS l'aNCIEN REGIME. 15
Ces industries rurales ont survécu aux grandes commotions de la Révolution et de l'Empire. Le D"" Villermé en 1840 \ Louis Reybaud, en 1859^, H. Baudrillart^, plus récemment, constatent leur persistance. Ce dernier a retrouvé le tissage rural pratiqué dans les vallées normandes de TAndelle, de l'Eure, de riton, de la Risle, aussi bien que dans les campagnes picardes. Il constate l'affection touchante que portent les habitants du Vermandois « à ces vieux métiers traditionnels, qui font partie du mobilier de la famille, et que menace la concurrence des grands appareils mécaniques ».
La bonneterie occupe encore plus de 100.000 ouvriers ruraux répartis entre la Picardie, les environs de P" alaise et de Troyes et le plateau d'Auvergne. Tous ceux qui exercent ces industries possèdent un petit champ, quelque bétail auquel ils donnent les premiers soins; ils forment de véritables ménages agricoles.
Si la broderie sur tulle et la dentelle sont aujourd'hui en pleine décadence en Basse-Normandie, par suite de la concurrence des métiers de Saint-Pierrede-Calais, les tisserands des environs de Fiers et de l'arrondissement de Bernay continuent à faire marcher leurs métiers, qu'ils abandonnent l'été quand vient le moment de donner la main pour la moisson. Il en est de même des forgerons de Vieux-Conches (Eure) qui possèdent tous un petit faire-valoir.
Si nous avions le loisir de suivre notre guide dans
généraux du duché en Bourgogne, l'SS. [Archives départementales de laCôte-d'Or, C. 3.718.)
i. Tableau de l'état physique et moral des ouvriers, 2 vol. in-8, Paris, 1840.