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LA TERRE ET LARTISAX SOUS LANCIEX REGIME

terrain communal (22 ares 2 centiares). Les veuves, filles non mariées, les infirmes ne pouvant naviguer, participent aux mêmes avantages. Mais Ihomme qui laisse la commune ou refuse de naviguer perd ses droits au bout d'un an et un jour; il doit délaisser sa portion de terre et vendre sa maison, dont le terrain est resté communal et, par suite, insaisissable.

Tout nouveau ménage qui se constitue reçoit un terrain d'une demi-mesure, s'il remplit les conditions voulues.

Fort-Mardyck compte aujourd'hui 1.700 habitants et a été érigé en commune en 1868. La population mène la vie de tous les marins du littoral, mais elle se fait remarquer par sa fixité, par sa natalité exceptionnelle, par ses bonnes mœurs et par son sentiment prononcé d'égalité. « Par suite du bien-être que lui donne son jardin, dit M. l'abbé Plachot, le pêcheur est à l'abri des crises maritimes. Il y entretient une basse-cour, des lapins, un porc, parfois une chèvre. Ce supplément est très appréciable. Ce n'est pas la richesse, mais on est à l'abri du besoin. »

Nous avons retrouvé ces partages de jouissance du bien communal dans une province aujourd'hui séparée de la France, mais qui sait défendre ses usages traditionnels, en dépit des commotions politiques.

Dans plusieurs communes de la Haute-Alsace (Rûlisheim près Mulhouse, Wittelsheim, Bernweiler près Dannemarie) chaque nouveau ménage reçoit de 8 à 10 ares de terrain communal à titre de jouissance viagère. L'époux survivant conserve cet avantage, mais à son décès la terre ne passe pas aux enfants, elle fait retour à la commune. La seule charge consiste à payer un droit de sept francs, dit Feuereimer, lors de l'entrée en jouissance.

24 LES JARDINS OUVniEKS.

Vers 1865, M. Beck, maire de Rtilislieim, voulut revendiquer ces biens pour la commune ; le tribunal de Mulhouse le débouta de sa demande et les concessions sont toujours en vigueur.

Elles ont une importance exceptionnelle dans un village des mêmes parages, Regisheim près Ensisheim. Chaque ménage y reçoit 15 ares de bonne terre pour froment, 15 ares de terre inférieure dite Hardt et 125 ares de prairie ' .

On trouverait certainement des exemples assez nombreux de concessions analogues qui ont persisté dans un grand nombre de nos anciennes provinces ^. Les limites de ce travail ne nous permettent pas de nous étendre davantage sur ce sujet, mais nous en signalons rintérèt aux érudits qui, sur tous les points du territoire, scrutent avec une patience infatigable les documents relatifs aux institutions du passé.

VIII. Un grand nombre de ces donations de terre avaient pris jadis la forme charitable et étaient destinées à fournir des concessions temporaires en faveur des indigents. Comme elles avaient été faites au nom des couvents ou fabriques chargés d'en assurer la perpétuité, elles se sont trouvées englobées dans la

4. Celte localité possèdedes communaux considérables par suite d'une circonstance particulière.

En d30i, le village de Sermerslieim fut ravagé par la peste noire, il ne resta que deux vieillards comme représentants de l;i communauté. Après avoir été repousse des localités voisines, ce ménage finit par trouver un refuge à Regisheim, et ce village hérita de la commune disparue. De là proviennent ces communaux.

Nous devons ces renseignements à l'obligeance de M. le professeur Mensch, de €ernay.

2. M. l'abbé Fontan signalait jadis un cas de locatairie perpétuelle à Ibos, dans la plaine de Tarbes, dont la concession remonte au comte de Bigorre, Centule lll, en 1131. Cette institution a conservé le vieux nom de « Champart » et les terres en provenant sont affermées à l'adjudication entre les liabilants de la commune seulement. {Les Jardins ouvriers, brochure in-8, Tarbes, Solitude Saint-Antoine, 1898.)

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confiscation des biens du clergé et les pauvres ont été dépouillés de cette portion de leur patrimoine.

On retrouve cependant çà et là quelques traces de ces institutions.

A la fin du xv'^ siècle, Anne de Beaujeu, duchesse de Bourbon \ mit à la disposition de la fabrique de Saint-Julien-en-Jarez, près Saint-Chamond (Loire), une certaine quantité de terrain cultivable pour être distribuée entre les familles pauvres. La famille jouit du bien remis tant que sa situation ne s'améliore pas^.

Depuis le xvi*^ siècle, la fabrique de Gravelines (Pas-de-Calais) possède des terrains qu'elle concède, à titre d'arrentement, par parcelles de cinq à six ares, à des marins-pêcheurs en leur accordant la faculté de bâtir une maison et de se créer un jardin. La contenance totale de ces terrains est de 1 hectare 18 ares 10 centiares et le nombre des occupants de 23^.

Un certain nombre des communes de la Flandre et de l'Artois qui concédaient des portions ménagères sur leurs biens communaux, avaient l'habitude de distribuer en même temps des wardelles. On désignait sous ce nom, « communément et de toute ancienneté », des terrains attribués aux plus vieux ménages de la paroisse et possédés par eux à vie et sans droit de succession''. Le même ménage, s'il était qualifié, pou-

1. Fille de Louis XI cl de Charlotte de Savoie, née en 14GI, mariée en 147i à Pierre de Beaujeu, duc de Bourbon. Régente pendant la minorité de son frère Charles Vlll, Anne de Beaujeu mourut en 1322 au château de Chantelle et fut ensevelie à l'abbaye de Souvigny.

2. Communication de M. le comte de Vuxechaize au Congres du Puy, mai 1897.

3. La fabrique possède, en outre, H hectares de pâtures, louées à divers propriétaires de vaches, et qu'elle voudrait transformer en jardins ouvriers, des qu'elle aura pu obtenir l'autorisation adniinislrative. (Rapport de M. le doyen Lamand au Congrès des jardins ouvriers, 1!)0,'>.)

4. Art. !"■ de délibération des lieutenant et asséeurs, corps et coni-

vait posséder une wardelle et une portion ménagère, maïs jamais deux wardelles ou deux de ces portions.

Ailleurs, ces concessions de terre ne reposant sur aucun titre formel, ont pu se maintenir plus facilement par la force de la tradition. C'est ainsi que nous rencontrons dans l'ancien Poitou l'usage fort ancien des « sillons du pauvre ». On le trouve encore en vigueur aussi bicHi en Vendée, dans les environs de Fontenay, que dans la Vienne, à Latlius.

Au printemps, quand les champs sont fumés et labourés, les journaliers et domestiques de la ferme, ou même les pauvres du voisinage, demandent au propriétaire ou au fermier de leur céder gratuitement un certain nombre de sillons. En échange, les hommes valides donnent une ou deux journées de travail au moment du battage, les femmes et vieillards rien du tout. Souvent encore le fermier transporte la récolte de ceux qui sont vieux ou demeurent loin. Beaucoup de bénéficiaires de sillons s'arrangent de manière à engraisser un porc, et chacun vit dans une aisance relative^. Ne semble-t-il pas que ces gens, qu'on taxe d'arriérés sous d'autres rapports, sont en avance au point de vue de la solidarité sociale?

On trouve des coutumes analogues dans la Basse- Bretagne, arrondissement de Châteaulin. Dans toutes les fermes d'une certaine étendue, le maître distrait de son exploitation un journal ou deux pour constituer « le champ des pauvres ». Ce champ est distribué, par

munauté des habitants du village de Gondrecourt, du 27 juillet 1773, en exécution du partage d'un marais, après triage avec le seigneur. (Pierre Legrand, op. cil., p. 13" et 148.)

1. Rapport de iM. l'abbé Ardouin, curé de Lathus,au congrès des J. 0. de 1903.

Lettre du R. P. Ladislas, missionnaire capucin à Fontenay. {Écho des œuvres sociales, Tarbes, 1899.)

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portions de dix ou douze ares, aux plus pauvres journaliers, à ceux qui se trouvent le plus chargés d'enfants, aux vieillards. Charité intelligente, du reste, et qui sert, avec les intérêts du pauvre, ceux du propriétaire. Celui-ci manque presque toujours de fumier et, au moment de la récolte, il manque de bras. Le journalier, qui possède une vache et un porc, cédera son excédent de fumier, il travaillera quelques jours à la moisson du domaine, en échange du lopin de terre. Se peut-il charité plus intelligente?

Ce besoin de bras étrangers avait amené autrefois, autour de chaque ferme importante, la création de « penn-ti », petits domaines composés d'une maison et de 50 ares de terre loués à prix réduit aux journaliers qui s'engageaient à travailler sur la ferme. Avec le concours de la femme, on tirait de ce petit domaine légumes, fourrage, sarrasin, et indirectement le lait et le beurre. On arrivait à vivre en élevant une famille nombreuse et les penn-ti devenaient une pépinière de domestiques fidèles, attachés à la ferme et au maître '.

Nous relèverons encore ici des coutumes analogues dans une île devenue étrangère, mais qui a conservé ses institutions normandes, à Jersey. Chacune des douze paroisses de l'île possède un enclos de six à huit vergées ^, appelé le « clos des pauvres ». Tous ces champs ont été jadis donnés aux paroisses par une seule et même personne. Chaque année, la paroisse loue le clos des pauvres à l'habitant charitable qui en offre le prix le plus élevé, et se charge de le partager elle-même entre les familles indigentes ^.

C'est par ces moyens que la sagesse de nos pères

\. LeBas-Breton, de Cliâteaiilin, l'^'- juillet 18!)it.

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