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Le Coin de terre, 190î>. p. 3.V

28 LES JAltDINS OUVRIERS.

avait su demander à la terre le moyen de pratiquer la loi de la charité et qu'ils avaient réussi à prévenir la formation d'un paupérisme rural, en dépit de salaires réduits et d'une vie particulièrement pénible. Le cultivateur trouve à sa portée, sans bourse délier, mille ressources que l'ouvrier des villes ne peut se procurer qu'à prix d'argent. « Il vit de rien >■, dit-on parfois, et ce n'est pas seulement parce qu'il est plus sobre, mais bien parce qu'il lui est plus facile de subvenir à sa subsistance. La concession d'un lopin de terre est pour lui la meilleure forme de secours parce qu'elle ne démoralise pas l'indigent et le maintient dans l'habitude du travail * .

IX. Nous croyons avoir suffisamment montré, malgré la brièveté de cette étude, comment on retrouve dans le passé de notre pays les trois formes sous lesquelles l'institution des jardins ouvriers a été présentée depuis une douzaine d'années :

Assistance sous forme de travail de la terre,

Alliance du travail domestique et horticole avec le travail industriel.

Constitution dun bien de famille assurant aux parents et aux enfants un foyer commun avec les ressources élémentaires pour la subsistance,

Ne doivent donc pas être considérés comme des inventions de la philanthropie contemporaine, mais comme des legs d'un passé séculaire.

Sans doute, ces traditions ont été violemment interrompues, il y a plus d'un siècle.

La crise d'individualisme aigu qui s'est développée pendant le cours du xviii'^ siècle a eu pour conclusion

I. Cf. Le Play, Les ouvriers européens, iSun, appendice, p. 233. — G.Uo- .sciiER, Traite d'économie politique rurale, traduction Vogel, Paris, 1888, p. 337.

LA TERRE ET l'aRTISAN SOUS l'aNCIEN RÉGIME. 29

certaines lois destructrices votées par les assemblées révolutionnaires ; les institutions établies sur le fondement de la corporation de métier ou de la communauté d'habitants ont été emportées par la tempête.

D'autre part, un changement profond s'est produit un peu plus tard dans l'organisation du travail. L'invention des machines, la substitution aux forces humaines des agents mécaniques, et surtout de la vapeur, ont permis de développer la production dans des proportions inouïes en la concentrant dans de grands établissements oîi la fabrication se subdivise à l'infini. L'ouvrier a dû, par suite, abandonner le village pour venir se mettre à proximité des usines qui absorbaient tout le travail des environs. Il a délaissé la maison familiale, le champ légué par les parents, pour habiter une chambre de la maison collective, type néfaste de la caserne industrielle. L'accord entre l'atelier et la terre a été rompu.

Cependant quelques institutions du passé ont survécu çà et là, comme autant de témoins des anciennes traditions. C'est leur persistance qui explique la faveur avec laquelle ont été accueillies et propagées, depuis douze ans, lesinslilutions de jardins ouvriers, préconisées tout d'abord comme une forme delà bienfaisance, mais qui n'ont pas tardé à déborder le programme primitif pour devenir une institution de relèvement social, dont nous aurons à faire ressortir toute la portée.

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