CHAPITRE II
I. Parmi ces anciens usages qui survécurent, sur plusieurs points de la France, aux modifications profondes amenées par la Révolution, nous retrouvons vivante la tradition de la loi de Beaumont. Dans cette commune des Ardennes, on concédait encore au milieu du siècle dernier, environ 50 verges de terre à chaque famille ^ sous le nom d' « aisances communales ». Mais il arrivait souvent que ces terrains restaient en friche, parce que les indigents ne possédaient ni les instruments, ni les bestiaux, ni le fumier, ni les semences nécessaires pour procéder aux labours et aux semailles.
Une conférence de Saint-Vincent de Paul ayant été établie à Beaumont, ses membres, presque tous propriétaires ou fermiers, s'entendirent pour faire ce qu'ils appelaient « de l'aumône personnelle ». Ils se partagèrent les terrains ainsi négligés, les défrichèrent, les ensemencèrent et remirent aux tenanciers un champ en rapport, avec une récolte plus belle que ceux-ci n'eussent pu l'obtenir par eux-mêmes, faute
1. La vvr(jft, dont il sera souvent question plus loin, représente environ ■'«3 mètres carrés.
d'avoir à leur disposition les moyens perfeclionnés qu'on trouve dans une grande exploitation rurale * .
A peu près au même moment, la conférence de Laerne, en Belgique -, avait eu la pensée d'assurer aux pauvres qu'elle secourait les terres que la commune ne leur attribuait pas. « A la campagne, lisons-nous dans un rapport de 1853, 25 ou 30 verges de terre suflisent à une famille pour vivre; le difficile pour les pauvres, c'est d'obtenir ce peu d'espace. Les propriétaires ne veulent rien leur louer, parce qu'ils craignent, non sans fondement, de n'être pas payés. La conférence a donc loué, à ses risques et périls, une vaste pièce de terre ; celle-ci a été divisée par parcelles pour être cultivée par les pauvres, sous la surveillance de la conférence. Un prix annuel de 5 francs est décerné à celui qui aura les plus beaux produits. Les pauvres paient à la conférence; celle-ci paie le propriétaire'. »
Cet exempl(^ fut imité dès l'année suivante par diverses autres conférences belges, notamment par celles de Saint-Pierre-d'Alost et Godverdegliem ''.
A Bouxières-aux-Dames, dans le département de Meurthe-et-Moselle, la conférence fait faire pour 60 francs d'outils, bêches, pics, pioches, qu'elle met à la disposition des familles assistées. « Et cela nous a peu coûté, ajoute le rapport, parce que chaque famille priait son patron d'économiser les bons qu'on lui donnait et d'en conserver le prix pour couvrir les achats -•. »
AUleurs, les conférences créent V Œuvre des semences. Les confrères vont quêter à domicile, chez les
1. Bulletin de la Société de Saint-Vincanl de Paul, t. VII, 1853, p. 44.