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Rapport de M. le baron Jules des Rotours

9. Trois rapports préliminaires avaient été présentés par MM. René

Les fondations ayant continué à se multiplier avec un entrain croissant pendant trois ans, il était temps de les grouper en une fédération dont le but serait d'unifier et de faciliter leur action, en leur fournissant un centre d'informations. Tel a été le but du Congrès international qui a eu lieu à Paris les 26 et 27 octobre 1903, sous la présidence de M. l'abbé Lemire, député du Nord et président de la Ligue du Coin de Terre et du Foyer. Cette Ligue a été reconnue comme centre commun par tous les groupes représentés au congrès, et son bulletin mensuel est devenu l'organe de l'institution. Dans des séances pleines d'intérêt, on a examiné tous les aspects de l'œuvre, répondu à toutes les questions et à toutes les objections. Une vaste enquête avait préparé les travaux du Congrès, elle a permis de se rendre compte du développement considérable et continu pris par les jardins ouvriers.

Une première enquête, poursuivie au moment où se réunissait le congrès de Nancy, avait révélé l'existence de 45 œuvres de Jardins ouvriers, comptant ensemble environ 2.000 jardins \

En octobre 1903, nous constatons un total de 134 œuvres, possédant ensemble 6.592 jardins d'une contenance totale de 269 hectares 26 ares 73 centiares, constituant alors le domaine de nos assistés par la terre.

Fichaux, Henri Tournoùer et Louis Rivière. M. l'abbé Lemire accepta d'être rapporteur général de la question.

1. Nous avons publié cette enquête à la fin du volume : Les Jardins ouvriers en France et à l'étranger, Paris, 1899, p. 136-137.

Ce tableau contient 39 œuvres avec un total de 1.72-2 jardins. Mais (les renseignements ultérieurs nous ont révélé l'existence à cette date de huit œuvres : Annecy, Aucli, Bourges (conf. Saint-Pierre), le Cateau, Fouilloy, Morcourt, Pierrepont-en-Laonnais, Saint-Dié possédant 368 jardins. Les totaux doivent donc être certifiés comme suit : 47 œuvres, 2.000 jardins.

Sur ces 47 œuvres, trois avaient cessé d'exister lors de l'enquête de 1903 : Besançon (bureau de bienfaisance), Bouiogne-sur-Mer (collège Notre-Dame), Poitiers. Elles comprenaient ensemble 172 jardins.

54 LES JAlîDIXS OUVRIERS.

Quant au nombre des personnes qui bénéficient du secours, il est considérable. En effet, toutes les œuvres ont pour principe de donner la préférence aux familles nombreuses. Les pères de sept, huit, dix enfants sont fréquemment mentionnés dans les rapports. En nous tenant à une moyenne de quatre enfants, soit six personnes avec le père et la mère, nous arrivons pour nos 6.592 jardins à 40.000 personnes assistées.

Il semble que ces chiffres sont encourageants et que, en quatorze ans, M*"^ Hervieu a fait suffisamment école.

VI. Bien qu'il ne s'agisse plus uniquement de jardins ouvriers, au sens strict du mot, nous ne pouvons terminer ce chapitre sans indiquer, au moins sommairement, ce qu'ont fait les patrons et compagnies industrielles pour faciliter à leurs ouvriers la culture de la terre.

Au début des exploitations minières du Nord ' , du Pas-de-Calais^ et du Centre^, ce fut une nécessité pour les compagnies de construire des habitations destinées aux ouvriers qui travaillaient dans des exploitations éloignées des villes ou villages. Ces habitations, dites corons, étaient toujours accompagnées d'un jardin où le mineur pouvait employer les heures laissées libres par le travail du fond, en même temps qu'il renouvelait ses forces par un véritable bain d'air et de soleil. Le succès qu'obtinrent ces petites cultures locales engagea les compagnies à fractionner en lots de médiocre étendue les terrains, souvent considérables, qu'elles étaient obligées d'acquérir

i. Anzin, Âniche, l'Escarpelle, Douchy, etc. i. Lens, Courrières, ^œux, Bruay, Grenay, etc. 3. Monlluçon, Blanzy, Monlceau-les-Mines.

LES .lARDINS OUVRfERS EN IRAXCE. OO

par crainte d'affaissements entraînant des procès avec les propriétaires de la surface. Ces lots, toujours très recherchés, étaient cultivés en gros légumes (pommes de terre, choux) et môme en céréales avoine ou seigle pour les lapins).

Les grands établissements industriels ne montrèrent pas un moindre souci de favoriser par ce moyen le bien-être de leurs ouvriers.

Sur plusieurs points de lAlsace et de la Lorraine', ces derniers avaient déjà l'habitude d'allier le travail agricole au travail industriel. Le rôle des patrons se borna à encourager ces traditions en les maintenant, même au prix dune gêne pour leur exploitation industrielle. Ils en ont été récompensés par une remarquable permanence dans les engagements de leur personnel.

Ailleurs, où la population ouvrière devait être amenée du dehors, il a fallu construire des maisons, comme dans les exploitations de mines. On a bien vite adopté partout le type de la maison indépendante pour chaque ménage, jointe à un jardin de plusieurs ares. Telles ont été les constructions exécutées à Beaucourt chez MM. Japy frères, à Larivière. près Limoges, chez MM. Bouillon frères, au Mesnil (Eure) chez MM. Firmin-Didot, etc.

Quelques compagnies sont allées plus loin en facilitant à leurs ouvriers la location de terres à prix réduits. La Compagnie des glaces de Saint-Gobain,

I. Notamment dans la fabrique de rubans Legrand et Fallot, au Bande-la-Roche, dans les forges de Niederbronn et de Zornhoff, près Saverne (basse Alsace), dans les fllatures de Wesserling (haute Alsace), etc.— Voir le Nouvel ordre de récompenses, rapport de M. Alfred Le Roux à l'Empereur, Paris, Paul Dupont, 1867; — et aussi le rapport devenu classique de M. E. Cbf.ysson sur les Institutions patronales (Rapports du Jury de l'Exposition universelle de 1889, groupe de l'Économie sociale, 2" partie, p. 3ol-ol6, Paris, Imprimerie nationale, 1892).

par exemple, cède à ses ouvriers des terres qu'elle se charge de fumer et de labourer.

La Société des Forges de Montataire, près Creil. ne s'est pas contentée d'annexer un jardin à chacun des logements construits pour son personnel; elle a aménagé de vastes terrains en petites parcelles généralement limitées à quatre ares, qu'elle concède à ses ouvriers. Non seulement ces jardins sont très recherchés, principalement par les travailleurs d'origine flamande qui forment le tiers de la population de l'usine, mais beaucoup d'entre eux, n'ayant pu en obtenir une part ou trouvant celle-ci insuffisante, louent encore des pièces de terre appartenant à d'autres propriétaires et trouvent dans les occupations agricoles de précieuses ressources lorsque les travaux industriels se ralentissent'.

La Compagnie des mines de Blanzy, qui a créé aux environs de Monceau quatre villages comprenant ensemble plus de mille logements, a établi un service spécial d'avances pour acquisition de terrains et constructions. Depuis le l^"" janvier 1893, ce service est confié à une banque populaire, la Prudence^ dont les ouvriers sont à la fois les actionnaires et les administrateurs. Les prêts, garantis par une assurance mixte sur la vie et par une hypothèque sur le sol, sont remboursés en quinze annuités.

Ces habitudes de vie mixte, pour ainsi dire, sont traditionnelles dans le bassin de la Loire. De longue date, des montagnards du Velay ou de l'Auvergne sont venus chercher dans les mines des environs de Saint-Etienne, l'emploi des loisirs que leur laisse la saison d'hiver. Dans le village de Brassac, près de

1. W. Bertueacli, iVonog'rapAte sociale d'un canton industriel du nord de la France. {Réforme sociale, 1891.)

Brioude, tous les mineurs sont en même temps cultivateurs K Les ouvriers, fixés près des puits, remontent toujours à une, deux ou trois générations au plus, à une famille d'agriculteurs originaires des hauts plateaux. Pour eux l'agriculture est une tradition de famille, une sorte d'atavisme. Ils se remettent sans effort à la culture d'un jardin ; le R. P. Volpette était placé sur un terrain d'élection pour développer son œuvre.

On trouve même parfois cet amour de la terre chez des ouvriers habitant de longue date une grande ville. Un économiste lyonnais rappelait récemment les « châteaux des canuts », jardins collectifs créés vers 1865 par des groupes de familles de la Croix-Rousse. On louait un jardin avec maisonnette du côté de Calluire ou de Vassieux. On installait dans la cave une pièce de vin achetée à frais communs. A tour de rôle, le samedi soir, quelque membre de société allait ratisser les allées et le jeu de boule et le dimanche une joyeuse société arrivait avec les enfants passer une journée à la campagne ^. Ces sentiments se sont réveillés dès qu'on a commencé à fonder des jardins ouvriers dans les faubourgs de Lyon; les rapports publiés témoignent de l'empressement avec lequel les concessions ont été sollicitées par les familles de Vaise, de la Croix-Rousse et du quartier industriel de la Mouche. Sur ce dernier point, six des concessionnaires ont déjà acheté à l'Etat, près de leur jardin, 200 mètres de terrain pour construire leur cottage et on commence à voir les constructions sortir de terre ^.

1. p. du Maroussem, Piqucur sociétaire de la mine aux mineurs (les Ouvriers des deux mondes, '2" série, 43<^ fascicule). — Voir aussi de KousiEFis. la Question ouv7nére en Angleterre, p. 'Mi.

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