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Justin Godard, Lyon républicain, 3 juillet

3. Abbé Pekiucuon, vicaire à N.-D. des Anges, Lyon-Mouche. — Rapport au Congrès des Jardins ouvriers de I'j03.

58 LES JAKDINS OUVRIERS.

L'enthousiasme n'est pas partout aussi général, nous avons le devoir d'entendre aussi les voix discordantes. Sur certains points du bassin du Nord et du Pas-de- Calais, peu nombreux heureusement, le goût pour la culture de la terre semblerait subir un mouvement de recul assez sensible chez les mineurs ^

Dans le Pas-de-Calais surtout, la période de prospérité qui s'ouvrit en 1890 et amena une augmentation notable des salaires, a modifié le genre de vie de l'ouvrier. Il prit l'habitude de passer au cabaret ses heures de liberté et d'abandonner la culture, considérée comme un travail inférieur, aux femmes et aux enfants. Les idées socialistes, en propageant le principe des huit heures de travail, faisaient considérer comme un faux frère, comme un « fainéant », tout mineur qui cherchait à compléter par un travail supplémentaire l'insuffisance du salaire principal. De là des railleries, puis de mauvais procédés, enfin des faits d'intimidation contre l'ouvrier cultivant un champ, surtout si ce champ se trouve séparé de son habitation.

C'est ainsi que, dans la mine de X..., un terrain de 7 hectares, situé à mi-route de deux groupes ouvriers d'une population totale de 15.000 âmes, distants de 1.500 mètres, n'a plus trouvé d'amateurs; la compagnie a dû le louer à des cultivateurs de profession .

Dans une autre entreprise, les propriétaires d'un terrain de 70 hectares, autrefois complètement loué par parcelles, ont dû récemment se décider à le planter en bois, ne trouvant plus de preneurs.

1. On comprendra le motif qui nous fait taire les noms de nos correspondants et les centres visés. Nous espérons que le lecteur voudra bien nous croire, quand nous lui affirmons que ces renseignements émanent de personaes autorisées et ont été contrôlés avec soin.

Il y a là des faits relativement nouveaux, mais qui sont de nature à préoccuper tous ceux qui, à la suite de Le Play, préconisent l'alliance des travaux de l'atelier avec les industries rurales et manufacturières. On trouve encore des cultivateurs attachés à leur jardin parmi les vieux ouvriers et dans les anciennes familles de mineurs; les jeunes générations s'en éloig-nent de plus en plus.

Sur d'autres points, au contraire, nous voyons les ouvriers répondre avec empressement aux avances de leurs patrons, en mettant tous leurs soins à cultiver la terre mise à leur disposition.

Citons quelques exemples choisis dans diverses régions.

A Nancy, un honorable commerçant a loué douze jardins dont il concède la jouissance gratuite à douze de ses plus anciens ouvriers ou employés, chargés de famille. Cetexemplea été imité à Reims par M. Poulot, un industriel dont les œuvres sociales sont trop peu connues; il met dix-huit jardins de 210 mètres carrés à la disposition de ses ouvriers.

C'est un industriel de Tours, M. Paul Lesourd, qui a créé en 1895 les premiers jardins ouvriers sur un terrain d'un demi-arpent, voisin de son usine. Les résultats constatés ont été si satisfaisants que cet exemple a déterminé la fondation de l'œuvre générale qui a englobé ce premier essai.

Nous aurons enfin l'occasion de citer plusieurs fois l'œuvre importante créée à Fourmies par MM. Mulat et Legrand, maîtres de verrerie; 140 jardins de 200 à 300 mètres sont concédés gratuitement à des ouvriers domiciliés à Fourmies, qui reçoivent également les engrais nécessaires aux fumures.

C'est là un exemple qu'il est bon de faire connaître.

Beaucoup de patrons possèdent à proximité de leurs usines, des terrains acquis en vue d'agrandissements futurs et dont le rapport est à peu près nul. Ils ne sauraient en trouver un meilleur emploi que de les concéder par parcelles à leurs ouvriers, sauf à prélever, si la contenance le permet, un jardin commun où tous pourraient prendre l'air et se reposer pendant les arrêts du travail. Nous avons visité récemment un véritable parc établi cbez M. Frantz Brants, le patron-modèle de Mûnchen-Gladbach, dans la Prusse rhénane. Les ouvriers s'y portent tous, en sortant du réfectoire mis à leur disposition pour leurs repas, et nous avons appris sans regret que tous les débitants des environs ont émigré ailleurs; ils n'avaient plus de visiteurs.

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