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Mendiants et vagabonds, Paris, Lecoffre, 1902, p

2. Commissie uit de Algemeene Armeyivergadering belast met het verscha/fen van arbeid aen behoeftigen. — (Commission de l'assistance publique chargée de procurer du travail aux indigents.)

avait duré du 2 janvier à fin mars, soit trois mois. En septembre, 36 ouvriers ont été employés à la récolte qui a donné mille hectolitres d'une valeur moyenne de 4 florins (8fr. 40). Les pommes de terre trop petites ont été cédées à diverses œuvres charitables moyennant 60 cents (1 fr. 25) l'hectolitre.

Dans d'autres villes, au lieu d'organiser la culture en commun, on préféra louer des parcelles distinctes aux indigents dignes d'intérêt. A Franeker (Frise), par exemple, la caisse d'épargne de la Société d'intérêt public avait pris dès 1838 l'initiative de mettre en location des terres lui appartenant, et toujours il y eut plus de preneurs que de parcelles libres. En 1896, 10 hectares 45 ares étaient ainsi loués par parcelles de 5 ares à 209 ouvriers au prix de 4 florins la parcelle. A Uilhuizen, une section de la Société d'intérêt public fit en 1847 l'acquisition d'un champ de 4 hectares et demi moyennant 4.200 florins pour le louer par parcelles aux indigents. Des acquisitions ultérieures portèrent la contenance de ces terrains à 8 hectares 50 ares qui étaient loués en 1896 à 197 individus moyennant un prix total de 833 fl. 92 c.

La Société d'intérêt public \ qui a des sections locales dans tous les arrondissements, conçut en 1885 la pensée de généraliser ces concessions de terres, dont certaines de ses sections faisaient ressortir les bons résultats. Après avoir procédé à une enquête sur les organisations existantes et les conditions auxquelles se faisaient les sous-locations, elle adressa une circulaire à toutes ses sections pour leur faire connaître les résultats de cette enquête.

i. Maatschappij tôt nut van't algemeen. — Celte société, fondée en 1783, a créé des écoles de toutes sortes, des bibliothèques populaires, des caisses d'épargne, caisses de maladie, etc.

70 LES JARDIXS OUVRIEnS.

Des modèles de statuts, des comptes financiers étaient mis à la disposition des sections désireuses d'inaugurer ce mode de secours.

Aux termes de la nouvelle enquête à laquelle procéda la Société en 1896, la location de parcelles de terre aux indigents était pratiquée dans dix-sept communes. L'initiative de l'organisation avait été prise dans treize par des sections locales de la Société, dans sept par le bureau des pauvres, dans une par la diaconie del'Église réformée néerlandaise, dans une parla caisse d'épargne. Le nombre total des parcelles était de 1.416 dontla contenance varie de deux à dix ares. Les prix sont proportionnés à la valeur des fermages, mais toujours légèrement inférieurs au taux normal. Les locations sont faites pour un an, avec droit de préférence l'année suivante au profit de tout locataire qui aura bien cultivé son lot ^ .

Chaque groupe est administré par une commission de surveillance qui inspecte périodiquement les cultures et alloue souvent des primes aux meilleurs jardiniers. A Bedum, par exemple, on distribue annuellement vingt-quatre lots d'outils de jardinage, tandis qu"à Loppersum on accorde quatre primes en argent, de 2 et 1 florin.

Tantôt l'œuvre est propriétaire des terrains, tantôt elle n'en est que locataire. Dans ce dernier cas, les diaconies ou bureaux de bienfaisance mettent souvent à la disposition de l'œuvre une partie de leurs propriétés.

Certaines commissions ont organisé un fonds d'amor-

1. Nous empruntons ces détails au travail très documenté publié sous les auspices de la Société d'intérêt public par M. J.-Bruinwold TIiedel, sous le litre : Tuingrondverheering aan kleine Lidden. — 1 vol. in-ia, 61 p., chez S. L. van Looy, Amsterdam, s. d.

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tissement destiné à rendre propriétaire le tenancier qui consent à payer une location un peu plus élevée. A Nieuw-Lekkerland l'amortissement est calculé pour quinze années sur le taux de 3 %. Moyennant le versement annuel de 2 fl. 20 c. par an, le preneur devient propriétaire de son champ à l'expiration de la quinzième année.

M. J.-Br. Riedel signale les bons effets constatés dans les diverses villes qui ont adopté ce mode de secours, aussi bien au point de vue du relèvement moral des assistés qu'à celui de l'allégement des charges d'assistance. Citons le passage dans lequel l'auteur rend compte de sa visite aux cultures organisées par le bureau de charité de Goës (Zélande) : « J'ai visité ces champs, situés dans le voisinage immédiat de la ville, et j'ai causé avec les divers tenanciers. Ceux-ci se félicitaient d'avoir ainsi l'occasion de cultiver leur terrain au moment où le travail leur manque. C'était au mois de décembre, ils préparaient le terrain pour les ensemencements du printemps. L'administration a donc pourvu avec intelligence aux besoins de ses pauvres, et elle n'aura pas à leur fournir le pain et les autres secours qu'elle leur donnait précédemment. »

Il est à remarquer que les exemples les plus nombreux de ces locations par petites tenures proviennent delà province de Frise, où les pauvres éprouvent une difficulté toute spéciale à affermer des terres. Aussi cette province est-elle celle où le parti socialiste obtient le plus grand nombre de voix lors des élections.

Du reste, le Parti ouvrier néerlandais n'est nullement opposé à ce mode de location.

Après une enquête faite auprès de ses sections rurales, la direction principale d'une société ouvrière qui recrute ses membres à la ville comme à la cam-

pagne, a émis le vœu « que l'on mît plus largement qu'actuellement de la terre à la disposition des ouvriers et journaliers à un prix modéré * )>.

Le comité frison du Parti populaire a voté dans sa séance du 27 septembre 1896, que « il est à désirer que les communes reçoivent le droit d'exproprier des terres qu'elles loueraient ensuite aux travailleurs sans pouvoir réclamer à ceux-ci plus de 3 ^ de leurs déboursés pour acquisition et mise en valeur ».

Un certain nombre de sociétés privées ont suivi l'exemple qui leur était ainsi donné en organisant des locations de terre par petits lots. Citons notamment la société « Padua » fondée par le célèbre sociologue R. P. Weyers, et l'association dite « Kwartgulden-vereening » parce que la contribution annuelle de chaque membre est fixée à un quart de florin.

A Nimègue, le « Kruisverbond », société contre l'intempérance, afferme aussi des jardins à ses adhérents. Dans un de ses rapports annuels, le D"" Banning constate les excellents effets de ce mode de travail et les résultats matériels qu'obtiennent en même temps les preneurs; certains d'entre eux retirent jusqu'à 250 % de leur prix de location. « Un ouvrier qui ne pouvait cultiver son jardin qu'en dehors de son travail professionnel, a dépensé 15 fl. 03 et retiré en légumes et fruits une valeur de 47 florins C'était jadis un alcoolique invétéré qui menait une viescandaleuse ; il est devenu aujourd'hui un bon chrétien et un brave père de famille. »

Mentionnons encore une institution particulièrement intéressante, en ce qu'elle est établie sur la base de la coopération. En avril 1901, la Direction des chemins

\. Ce vœu est évidemment inspiré par la législation anglaise des « AUotments >• dont nous parlerons plus loin.

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de fer hollandais a cédé pour les mettre en culture une partie de ses terrains à la société « Droit et Devoir », composée d'employés de la Compag-nie. Les associés ont décidé de faire les travaux en commun et de partager les produits au prorata de leur travail.

La société de Saint-Vincent de Paul ne pouvait rester étrangère à ce mouvement charitable. Nous avons montré comment, dès 1850, elle avait pris l'initiative en France, en Allemagne, en Belgique d'allouer des parcelles de terre à ses assistés, au lieu de secours hebdomadaires. Nous aurions pu citer également les Pays-Bas. En 1875, la Conférence de Woensel (Brabant) décida d'acheter quatre hectares de landes pour assurer du travail à ses pauvres. Ce mode de secours a été parfaitement accepté par les intéressés et est toujours en usage. Il a été imité par deux autres conférences de la même province, celles de Schyndel et de Tilbourg. Cette dernière ville a une forte population industrielle : les jardinets ne sont pas moins recherchés et cultivés avec soin.

Le Conseil supérieur des Pays-Bas, désirant propager ce mode d'assistance dans les conférences, mit « l'œuvre charitable des jardins » à l'ordre du jour du Congrès de la Société de Saint- Vincent de Paul, convoqué à la Haye du 6 au 8 août 1901. Le rapport spécial fut confié à M. J.-S.-B. Janzen, de la Haye, qui avait fait de longue date une étude complète de la question. Après avoir exposé les organisations qui se sont multipliées en France et en Belgique depuis 1890, l'auteur du rapport passe en revue les précédents propres à son pays. Il conclut en ces termes :

« Le Congrès dos conférences de Saint- Vincent de Paul des Pays-Bas, réuni à la Haye les 7 et 8 août 1901, - Considérant que le travail, exécuté dans des vues chrétiennes,

LES JAKDINS OUVRIERS. 5

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fortifie, ennoblit, procure un avantage spirituel on même temps qu'un gain matériel ;

« Que le travail spécial du jardin, dont les fruits profitent complètement à la famille entière, a une importance particulière au point de vue matériel aussi bien qu'au point de vue moral ;

« Que l'œuvre charitable des jardins a prouvé sa vitalité à l'étranger, et que dans notre pays, spécialement dans les campagnes, l'ouvrier père de famille prévoyant, loue volontiers un terrain en jardin, suivant ses ressources,

« Émet le vœu que, autant que cela semblera utile et possible d'après l'avis des personnes compétentes, les conseils particuliers, et, là où ceux-ci font défaut, les conférences prennent des mesures en vue d'entreprendre l'œuvre charitable du jardin ou du champ;

'< Et qu'il soit institué une commission centrale d'informations qui s'occupera, dans la mesure où cela pourra être utile, de fournir des renseignements et des conseils, ainsi que d'exercer, si cela est nécessaire, une inspection à intervalles réguliers. »

Ces conclusions furent adoptées par acclamation.

La commission de trois membres nommée en conséquence de ce vote n'a pas voulu se borner à un rôle purement consultatif. Désireuse do prouver le mouvevement en marchant, elle s'est mise en relations avec la Compagnie des chemins de fer de l'Etat qui a consenti à lui louer à la Haye im terrain sur lequel ont été aménagés 17 jardins de 350 mètres carrés. En même temps, elle avisait les diverses conférences de la ville qu'un ou plusieurs de ces jardins sont mis à leur disposition pour leurs assistés, moyennant le remboursement des frais de location.

Les démarches et formalités nécessitées par cette organisation n'ont pu aboutir qu'à la fin de 1902, et les jardins ont été concédés pour la première fois au commencement de 1903 D'après les renseignements qui nous sont communiqués par M. J.-B.-S. Janzen, les conférences n'ont présenté que sept preneurs, bien

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quelles visitent à la Haye au moins 600 pauvres. Les sept bénéficiaires sont tous pères de famille et fournissent ensemble un total respectable de 50 enfants.

Les jardiniers ont reçu les outils, semences et engrais qui leur faisaient défaut. On voit déjà leurs terrains bien garnis de légumes en pleine croissance : pommes de terre, pois, haricots, choux-fleurs, choux rouges et blanc, etc.

On pourra trouver que ce début est modeste; mais il ne faut pas oublier que nous sommes dans un pays où l'on aime à s'avancer prudemment, où l'expérience joue un grand rôle. Au mois de novembre 1903, la conférence de Kralingen, ville de 12.000 habitants, voisine de Rotterdam, est venue visiter les jardins de la Haye et ses membres ont déclaré leur intention d'établir au printemps prochain un groupe analogue. Depuis quelques mois, une véritable campagne a été entreprise en faveur des jardins ouvriers dans la pressse charitable hollandaise. Le R. P. van Aken, O. Praem., a écrit un article sur ce sujeidansle Katholiek sociaal Weekblad du 24 octobre 1903. Une importante revue qui se place sur le terrain de la neutralité religieuse, Tijdschrift {>oor Armenzorg en Kindei'bescherming, a publié également plusieurs articles sur le même sujet. M. J.-Br. Riedel a rendu compte dans la même revue du Congrès des Jardins ouvriers réuni à Paris, aux travaux duquel il a pris une part notable.

Nous pouvons donc espérer à brève échéance un important développement de l'œuvre aux Pays-Bas; sa cause est en bonnes mains dans le royaume de la gracieuse souveraine qui ne dédaigne pas de sïntéresser personnellement aux fleurs et aux fruits des jardins du Loo.

7G LES JAHDIXS OUVRIERS.

IV. Allemagne. — Nous trouvons dans plusieurs contrées de T Allemagne méridionale, comme dans les cantons de la Suisse allemande, une antique institution, VAllmend, qui présente de grandes analogies avec les portions communales et les parts de marais que nous avons rencontrées en France ' . On désigne sous ce nom une attribution de jouissance soit temporaire, soit viagère, d'une portion de bien communal, terre, pré ou bois, consentie aux divers habitants de la commune. (]et avantage constitue un puissant élément de stabilité pour la population et est en même temps un moyen efficace de prévenir le paupérisme. Les charges dassistance sont toujours faibles dans les pays où VAllmend est en vigueur, qu'il sagisse de communes rurales ou de petites villes.

En Prusse, où cette institution n'existe pas, on a cherché à y suppléer en utilisant les diverses lois relatives aux « domaines arrentés » on Rentengilter- pour constituer une classe de cultivateurs attachés au sol. Un propriétaire du Hanovre, !M. Reckleben,de Westerliotz, a ainsi constitué pour ses ouvriers agricoles de

1. M. de Laveleye signale l'existence de VAllmend dans le grand-duché de Bade, le Holienzollern. le Wui-lemberg, et une grande partie de la Hesse {La propriété collective dans les towiiships écossais. — Bulletin de l'Académie des sciences morales et politiques, 1885).

VAllmend a étéle plus souvent étudié dans les cantons forestiers de la Suisse, notamment dans celui d'Obwald, dont les institutions sont caractéristiques. Cf. Maurice G.vnd, La propriété foncière en Suisse : VAllmend dans le canton d'Obwalden. {Extrait de la Revue de Lille.)

2. Lois des 27 juin 1890, 7 juillet iSOl et 8 juin 189(j. On désigne sous le nom de Renlençji'.ter une catégorie de petites propriétés dont l'acquéreur s'engage à payer une rente lixe pendant un cerlain nombre d'années, au lieu d'un prix d'achat. Pour favoriser le morcellement des grands domaines, l'Etat intervient de deux manières : 1° par la nomination d'une commission centrale qui se charge d'organiser le morcellement et de remplir les formalités nécessaires à la régularisation des contrats; :2" paria création d'une caisse d'Etat qui |)aie inunédiatement au vendeur les trois quarts de son prix en obligations négociables et se fait rembourser par l'acheteur en soixante annuités calculées sur le pied de 4 pour 100 par an, amortissement compris.

LES JARDINS OUVlilEnS A L ETRANGER. 7/

petits domaines composés d'une maison et d un hectare de terre. A Bromberg, ce sont des ouvriers de chemin de fer qui se sont entendus pour créer une colonie sur laquelle chacun d'eux a sa maison et son jardin*. Des organisations analogues ont été établies sur divers points de l'Allemagne du Centre et du Nord par des villes, des communes, des sociétés industrielles et des particuliers.

Parmi les villes importantes, la première initiative a été prise à Kiel dès 1820. La ville, possédant un vaste domaine communal, en disposa une petite partie en jardins attribués aux pauvres , dans le but de leur procurer ainsi une forme nouvelle d'assistance. Un peu plus tard, en 1830, un nouveau groupe de 59 jardins de 420 mètres carrés chacun fut mis à la disposition d'ouvriers non indigents, gratuitement pendant les deux premières années, puis moyennant un prix réduit, environ 3 fr. 75 par jardin. La ville y trouvant néanmoins un bénéfice marqué sur le mode de fermage antérieur, le nombre des jardins augmenta progressivement pour atteindre en 1901 un total de 2.509 jardins, couvrant 118 hectares 51 ares; le chiffre des locations s'élève à 47.037 marks, soit en moyenne 23 fr. 50 par jardin ou six fois le prix primitif.

Cette augmentation provient principalement de ce que, depuis l'annexion à la Prusse en 1861, on a admis tous les habitants aux adjudications de jardins, sans exiofer comme autrefois des soumissionnaires la

i. Peter Sciimidt, Die Dedeutung der Kleinfjartenkullur in der Arbeiterfrage, Berlin, 189", p. 2G-27.

Cette étude très C(inipléte nous a fourni de nombreux renseignements sur la situation des jardins ouvriers en Allemagne. Nous avons aussi consulté les comptes rendus annuels publiés par les municipalités ou sociétés qui ont fondé des groupes de jardins, ainsi que de nombreux arliclespubliés dans les revues sociales allemandes ArbeilenoohU Coacordia, Volksivohl, etc.

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condition d'être ouvrier ou employé. Aujourd'hui, beaucoup de rentiers sont titulaires de jardins et on a vu les enchères atteindre parfois un prix fort élevé pour un lot particulièrement bien situé. Néanmoins, les trois quarts des jardins, nous dit-on, sont encore aux mains de la classe populaire, fort attachée à cette institution. Les ouvriers se rendent au jardin en grand nombre le soir, après leur travail, et le dimanche toute la famille y passe la journée entière. Les résultats hygiéniques, moraux et économiques sont remarquables et l'administration municipale maintient ses jardins, en dépit de l'extension continue de la ville et du port.

Nous trouvons aussi un nombre considérable de jardins à Leipzig, 2.582 répartis en 38 groupes d'une contenance totale de 54 hectares. Les premiers ont été créés par la municipalité dans l'hiver de 1832 à 1833, sur une ancienne sablière voisine du faubourg Saint-Jean ; depuis lors, d'autres ont été aménagés, soit par des sociétés qui les réservent à leurs adhérents, soit par des entrepreneurs qui se chargent de disposer le terrain et louent chaque jardin à un prix convenu.

On se plaint à Leipzig, plus encore qu'à Kiel, que le côté philanthropique ait disparu. Au début, les jardins municipaux de 370 mètres carrés étaient loués 3 thalers (11 fr. 25). Avec le temps s'est introduit pour le tenancier un droit de préférence sur son terrain, puis on lui a permis de céder sa jouissance. Les cessions ont fini par se traiter à un prix assez élevé, sous prétexte de rembourser les plantations et aménagements faits sur le terrain ; on est arrivé à payer jusqu'à 1.000 marks (1.250 francs) la cession de certains jardins et c'est désormais un avantage réservé aux gens aisés. Les habitants du quartier ont encore le bénéfice de

LES JARDINS OUVIUlîUS A l'ÉTRAXGER. 79

Tair, de la vue, le libre parcours des chemins et emplacements libres ; ils regrettent leur coin de terre.

Parmi les sociétés constituées dans le but spécial d'encourager la création de petits jardins autour des villes, nous citerons comme modèle celle de Franci'ort-sur-le-Mein, Vei^ein zur Fôrderung des Kleingartenbaues. Son règlement annonce l'intention d'aménager des terrains propres à servir de jardins à des associations pour le délassement de leurs membres, de les louer à ces associations, d'encourager la culture des fleurs à l'école ou à la maison par des concours, des expositions, des cours pratiques. La société compte actuellement 110 locataires, collectifs ou individuels. Les jardins leur sont loués pour un an, à partir du 11 novembre; ils doivent servir à la famille ou à l'association et ne pas viser à un profit commercial, il est formellement interdit d y établir un débit. La ville de Francfort a chargé la société de la surveillance des jardins qui lui appartiennent par suite de la fondation de Neufville, et la Société par actions des maisons ouvrières a récemment pris la même décision.

Nous devons aussi une mention au groupe de sociétés qui a pris le nom du philanthrope D"" Schreber (1808-1861). Constituées dans le but de favoriser tout ce qui contribue au développement physique et moral de l'écolier, ces institutions ont créé des jardins pour faciliter les jeux au grand air et en même temps pour développer le sens de la nature chez leurs jeunes protégés.

Au centre de chaque groupe se trouve un vaste emplacement libre, dont la contenance varie de 1.400 à 0.000 mètres. Le sol en est sablé, garni d'appareils gymnastiques; au fond, une halle couverte sert d'abri pour les jours de pluie. Le surplus du terrain est

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divisé en jardins de 150 mètres carrés, en moyenne, loués aux seuls membres de l'association au prix de 8 pfennigs (0 fr. 10) le mètre carré par an,

A Dresde, la société « Volkswohl » a créé un véritable parc populaire. Elle a loué à l'Etat, pour vingt ans, un bois de 23 hectares; elle y a fait tracer de larges allées, en disposant douze emplacements pour les jeux d'écoliers, chacun pouvant en recevoir de 100 à 150. On a en outre aménagé un jardin scolaire, cultivé par les élèves des écoles primaires, et un autre jardin concédé à la société Froebel pour l'éducation technique des directrices de jardins d'enfants. Chaque jour de congé, pendant la belle saison, les tramways amènent au parc les écoliers par centaines, et le dimanche les parents les accompagnent et passent leurs après-midi sous les arbres, en regardant leurs enfants jouer au grand air.

On trouve des « jardins de famille » ou des « jardins Schreber » dans un grand nombre de villes allemandes: Hambourg, Altona, Flensbourg. iNIagdebourg, Altenbourg, Eisleben, Hamm, Darmstadt, Dresde, Chemnitz, Plauen, Zwickau, etc. On relève dans leur organisation certaines différences intéressantes à signaler. A Darmstadt, par exemple, et aussi à Bornheim, on s'est appliqué à conserver aux jardins leur caractère d'œuvre de bienfaisance. Les titulaires sont désignés par le bureau des pauvres, et, à défaut de candidats de cette catégorie, la préférence est accordée aux chefs de familles nombreuses. Des primes sont attachées aux jardins les mieux tenus. A Tondern, les jardins ont été créés par la Compagnie du chemin de fer qui les réserve à ses employés. AMeldorf l'initiative a été prise par la caisse d'assurance contre la maladie qui a eu en vue le côté hygiénique de l'institution.

Tandis que les villes que nous venons de citer encourag-ent les cultures variées, légumes de toute nature, arbres fruitiers et même fleurs, on s'est borné ailleurs à la culture des pommes de terre. Kônigsberg avait pris dès 1829 l'initiative de concessions de ce genre, et Berlin imita cet exemple en 1833. Ces cultures ont atteint progressivement une grande extension ' autour de la capitale : en 1896, elles couvraient une superficie totale de 104 hectares ; douze champs, divisés en 2.600 parcelles de 4 ares, étaient loués au prix uniforme de 7 marks 50 pf. (9 fr. 50) à des familles indigentes.

L'exploitation assurait un l^énéfice fort appréciable pour un ménage pauvre, qui y trouvait un des éléments essentiels de son alimentation. Cependant la commission spéciale chargée de surveiller cette organisation a décidé qu'elle prendrait fin au 31 décembre 1897, l'extension des faubourgs de la capitale ayant atteint les champs en cultures depuis 1894 et nécessitant le transport des concessions trop loin du domicile des bénéiîciaires. Ceux-ci ont reçu, en échange, des distributions gratuites de pommes de terre « qui ne devront cependant pas être considérées comme une aumône ».

Nous eussions aimé qu'on nous expliquât en quoi elles en diffèrent.

L'extension considérable prise par ces diverses institutions a été grandement favorisée par la propagande active qu'ont entreprise les sociétés d'horticulture. Pour répandre le goût du jardinage parmi les ouvriers,

1. Les conditions locales favorisaient cette extension. Berlin s'élève au milieu d'une plaine monotone et sablonneuse et n'a i)as de banlieue, à la différence de la plupart des grandes villes. La campagne livrée à la grande culture commence des que cessent les rues bordées de hautes maisons. Les terrains sont donc faciles à trouver, aussi bien pour les jardins populaires que pour l'cpandagedes eaux irégout.

82 LKS .FAUDINS OUVRIERS.

elles ont organisé des cours de culture potagère et de taille des arbres, créé sur certains points des pépinières dont les produits sont donnés en récompense, à la suite de concours et d'expositions. La plupart des sociétés de création de jardins s'associent, du reste, à cette propagande par des moyens analogues.

Le succès a couronné ces efforts. Il n'est maintenant guère de ville allemande autour de laquelle un observateur attentif ne constate l'existence d'une ceinture de jardinets créés à leurs frais par des artisans ou des ouvriers touchant des salaires relativement élevés. On les désigne sous le nom de « colonies de tonnelles », et ils témoignent mieux que tous les discours de cet intinct naturel qui pousse le citadin à reprendre forcé et joie au contact de la nature.

Les sociétés de construction de maisons ouvrières , fort nombreuses en Allemagne, donnent satisfaction à ce besoin en adjoignant un jardin plus ou moins grand à chacune de leurs maisons individuelles. Certains groupes d'habitations présentent un aspect charmant avec leurs jardinets garnis de fleurs et leurs façades en briques, tapissées de plantes grimpantes.

Enfin les compagnies minières et industrielles, comme les propriétaires d'usines, concèdent sur un très grand nombre de points des jardins à leurs ouvriers. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de ces créations; pour donner une idée de leur importance, nous nous bornerons à citer les résultats d'une enquête poursuivie en 1891 dans quatre cercles du district minier de la Haute- Silésie : 4.355 ouvriers y exploitent des jardins dont la contenance varie de 176 à 420 mètres carrés '.

1. 2,320 étaient propriétaires de leurjardin, 483 locataires, et 1.420 jouissaient de terrains concédés gratuitement par les chefs d'industrie (Zeitschrifl der oberschlesischen Berg-und Hûttenmânnischen Vereins, Katlowitz, noy.-déc. 1891, Cité par Peter Schjudt, op, cit., p. 3").

LRS JARDINS OX'VRIEIîS A L ÉTIîAXGEn. 8!^>

C'est un sixième du nombre total des ouvriers mariés

de la réo-ion.

11 nous reste à parler de deux groupes d'institutions qui ont une relation directe avec nos créations françaises.

Le conseil de la Société de Saint-Vincent de Paul a inauguré Tœuvre des jardins ouvriers à Munster (Westplialie), il y a environ trente ans. On décida alors d'employer les revenus d'une fondation à la location d'une pièce de terre de sept hectares et demi, située près de la ville. Cette pièce fut divisée en cent cinquante parcelles d'inégale grandeur, mises à la disposition des tenanciers à des prix qui varient de 3 à 14 marks, suivant qualité et contenance.

Les preneurs ne sont pas uniquement des pauvres, il y a aussi parmi eux beaucoup d'ouvriers à l'aise, même de petits patrons établis, désireux de récolter euxmêmes leur provision de légumes et pommes de terre.

Un membre de la conférence est spécialement chargé de surveiller la bonne tenue des champs et d'encaisser les fermages. Les paiements ont lieu au mois de juin ou de juillet, époque la plus commode pour se procurer de l'argent. Au moment de la location, le preneur verse un acompte d'un mark, qui est compté en déduction de son fermage. On a pris cette mesure dans le but de prévenir les locations inconsidérées, faites par des gens qui laissaient ensuite leurs terrains en friche. Il est bien rare maintenant qu'un terrain soit négligé et qu'un fermage reste impayé.

La conférence de Brilon a imité, depuis quelques années, l'exemple donné à Munster. Un groupe de jardins a été créé également à Paderborn, en 1896. Ces deux dernières conférences réservent la location de leurs champs aux familles qu'elles assistent.

« Partout on signale l'excellent effet moral produit par cette culture en famille d'une provision de légumes, pendant les moments de liberté qui se passent trop souvent au cabaret ^ »

Berlin possède aussi depuis deux ans ses jardins ouvriers, qui ont remplacé les cultures de pommes de terre abandonnées en 1897 ; ils ont été créés par une grande société charitable dans des conditions qu'il nous est particulièrement agréable de rapporter

En 1900, M. le conseiller intime Bielefeldt, président de section à l'Office impérial des Assurances, fut envoyé en mission à Paris parle ministre de l'Intérieur pour assister au Congrès international d'Assistance publique et de Bienfaisance privée et visiter l'exposition de la classe 112. Ce haut fonctionnaire fut très frappé par la discussion relative aux jardins ouvriers, à laquelle le congrès se livra sur le rapport de M. l'abbé Lemire ; il fit une large part à cette question dans son rapport au ministre ; il en signala également l'importance au conseil d'administration de la Croix-Rouge, dont il fait partie. Le conseil comprit le parti qu'on pouvait tirer d'une organisation de ce genre, au point de vue de la lutte contre la tuberculose ; à sa demande, le comité local des dames de Charlottenburg, faubourgaristocratique de Berlin, constitua une section des jardins ouvriers. Dès le printemps de 1901, 94 jardins étaient inaugurés sur deux terrains cédés à un prix de location modéré par l'administration du chemin de fer, sur les confins du quartier ouvrier ; ils étaient immédiatement attribués à autant de famille chargées d'enfants. L'œuvre s'est développée depuis lors et comprend ac-

i. Bullelin de la Sociclé de Saint-Vincent de Paul, 1894, p. 277; 1896, p. 269; 1897, p. 252.

tuellement sept champs avec 233 jardins dont la contenance varie de 250 à 300 mètres carrés.

Chaque champ est divisé en sections o\x patronages de dix à douze jardins. A la tête de chaque section est placé un comité composé d'une dame et d'un membre du conseil de l'œuvre, auxquels sont adjoints deux représentants des tenanciers, élus par eux. Ceux-ci font la collecte des cotisations, 20 pfennigs (0 fr. 25) par jardin et par semaine, exigés de mai à septembre, pour enlever à l'œuvre tout caractère d'aumône, et exciter au travail, La dame patronnesse visite les familles, se tient au courant de leurs besoins, donnant au besoin pour elles les secours nécessaires, presque toujours sous forme d'avance remboursable à long terme. Tous les membres des divers comités de patronage se réunissent pour former le conseil du champ, chargé de son administration et du maintien du bon ordre. Il peut prononcer des exclusions, sauf appel au conseil central.

Au centre de chaque champ, on a laissé libre un espace réservé aux jeux des enfants ; presque partout des appareils gymnastiques ont été aménagés, grâce à la générosité des membres des comités de patronage.

Le conseil central sest chargé au début des clôtures, adductions d'eau, premier défrichement et fumure ; il met à la disposition de ses locataires des graines et engrais à prix réduit, ainsi que les matériaux nécessaires à la construction de tonnelles ou gloriettes, qu'on voit maintenant s'élever sur presque tous les jardins. Trois inspecteurs, jardiniers de profession, visitent régulièrement les cultures, donnent leurs conseils aux tenanciers et recueillent les renseignements nécessaires pour établir une statistique des produits. L'économie est encouragée par l'institution de cartes d'épargne^ grâce auxquelles chacun fait lui-même ses

86 LES JARDIXS OUVRIEUS.

versements par lapposition de timbres mobiles qu'il trouve chez chaque chef de patronage. Les intérêts, qui seraient minimes, sont répartis annuellement en lots tirés au sort, et cette forme excite particulièrement aux versements, nous assure-t-on.

Enfin, ce qui est capital, les rapports annuels constatent les bons résultats obtenus au point de vue spécial de la lutte contre la tuberculose. Les enfants reprennent des couleurs au «rand air, les adultes s'habituent à ce bain vivifiant et on en a vu qui, l'été, passent la nuit dans leurs gloriettes plutôt que de retourner dans les taudis des faubourgs.

La société organise deux fêtes annuelles, à la moisson et au début de l'hiver. Toutes les petites constructions sont alors décorées de feuillages et surmontées du drapeau de la Croix-Rouge ; c'est plaisir de voir défiler devant la tribune du conseil central les jeunes gymnastes suivis de leurs parents et de constater l'aspect joyeux de tous ces visages, revivifiés par la vie au dehors et le contact do la terre.

V. États-Unis. — L'année 1894 a été marquée, aux Etats-Unis, par une crise commerciale intense. De toutes parts, on s'est ingénié pour trouver des moyens d'assister les ouvriers sans travail. A New-York, la grande Association pour V amélioration de la condition des pauvres a pour maxime de donner son assistance, en travail, en placement, en conseils, mais de limiter au strict nécessaire les secours en argent, qu'elle considère comme un encouragement à la paresse, à l'abandon de tout effort '. Conformément à ses principes, la Société organisa pendant cet hiver des

\. Voir sur l'organisation de cette sorictc un très intéressant article de M. P. BiDoiRE dans lix Rcfortne sociale, 1890, U, p. i2l.

LES JARDiXS OLVRIEUS A L KTRAXGEIÎ, 8/

Lravaux de balayage des rues et de blanchissage qui occupèrent des indigents payés à raison de 1 dollar par jour. Le travail effectué fut peu satisfaisant et le résultat général médiocre.

Au môme moment, M. Hagen S. Pingree, maire de Détroit (Michigan) ', eut l'idée d'utiliser les « unemployed » pour la culture des terres vacantes dans la commune. Une commission immédiatement constituée s'assura 430 acres (172 hectares) de terrains, qui furent divisés en lots d'un demi-acre et loués à 945 familles.

On leur fournissait, en outre, les outils et les semences. Ces familles furent ainsi soutenues pendant l'hiver et la dépense pour chacune ne dépassa pas 3 dollars 60 cents (18 francs).

La grande Association de New-York, toujours admirablement renseignée sur les questions d'assistance, eut immédiatement connaissance de V « expérience de Détroit », comme on disait déjà. Elle s'entendit avec sa voisine^, la Charity organization Society, dont j'aurai suffisamment indiqué limportance en disant que c'est le modèle dont s'est inspiré, à Paris, M. Léon Lefébure pour la création de son bel Office central des œuvres de bienfaisance. D'un coriimun accord, on constitua une commission qui se procura des terrains dans Long-Island, au delà du large bras de mer qui sépare New-York de Brooklyn. Grâce au chemin de fer, les communications sont faciles et peu coûteuses.

1. M. II. -S, Piu^i-ee fut élu maire en 1888 pour mettre un terme aux marchés scandaleux passes entre ses prédécesseurs et les compagnies fermières de certains services municipaux. Il avait publié son programme d'assainissement moral (|ui triompha aux élections. La reconnaissance pul)li(|ue le portaenl8'J6 au poste do souvcrneurdu Michigan.

•1. Les deux Sociétés occupent en commun le United char i lies building, nui leur a été donne par M. Jolin Kennedy. On trouvera la description de ce monument dans un article de M. A. Uelaihe, Réforme sociale, 189-2, I, p. 201 et suiv.

bb LES JARDIXS OUVRIERS.

138 acres furent mis à la disposition d'ouvriers sans travail, toujours en donnant la préférence à ceux qui étaient chargés de famille. On leur fournit la semence, le terrain défriché à la charrue, les outils. En outre, un surveillant expérimenté donnait à chacun de ces cultivateurs novices les conseils nécessaires.

Mais les récoltes mettent longtemps à croître. Comment feraient ceux qui avaient besoin d'un secours immédiat?

A ceux-là on offrit le travail à la journée à la ferme coopérative. C'est une réserve de 38 acres, cultivée directement sous la direction du surveillant. Chaque ouvrier fut payé 50 cents par jour, en bons de la Christian industrial Alliance, qui fournit des aliments à prix très réduits '. On lui promit, de plus, une part proportionnelle dans le produit net de la réserve.

La gestion a été menée à l'américaine, comme une affaire commerciale. Les graines et outils fournis ne l'ont été qu'à titre d'avance remboursable ; le surveillant a tenu un compte exact de tous les produits enlevés. Les résultats sont surprenants et ne peuvent s'expliquer que par le soin extrême apporté à la culture et le haut prix qu'atteignent les primeurs à New-York. Le produit le plus élevé a été obtenu par un jardinier de profession qui, seul avec sa femme, a su tirer d'un terrain de quatre acres une somme de 430 dollars. Un autre, aidé par ses enfants, a fait ressortir ses journées à 4 dollars l'une. L'exposition collective de la Vacant lots Faim a obtenu un second prix à V Exposition des produits alimentaires de la ville de New-York. Les résultats moraux ont été encore plus satisfaisants. Ces gens, qui auraient coûté en moyenne 35 dollars à

\. Avec ces bons, dit le rapport, une famille de trois personnes peut vivre à raison de 90 cents (l l'r. :») par semaine.

LES JARDINS OUVlilEUS A l'ÉTRANGE!'.. 89

l'assistance publique, ont vécu tout l'hiver moyennant un sacrifice de 4 ou 5 dollars, et on leur a rendu l'énergie morale par cette éducation de la volonté, qui est le but poursuivi par la société. Un second prix a été décerné à un ivrogne avéré, condamné quinze fois pour ivresse publique. En apprenant que cet individu venait d'obtenir un lot, un agent de police, qui avait toutes sortes de raisons de le bien connaître, s'était écrié : « Quand la Vacant lots Faim n'aurait pas d'autre résultat que de débarrasser le pavé de New- York de ce gaillard-là, je dois reconnaître que c'est une excellente institution ^ ! »

L'exemple ainsi donné par Détroit et New-York a été imité par vingt-cinq villes des Etats-Unis au cours des trois années suivantes. Une revue américaine, qui suit avec une attention toujours en éveil les questions relatives à l'organisation de la charité -, nous a fourni de précieuses indications statistiques sur ces diverses organisations.

En comparant les renseignements qui nous sont parvenus, nous arrivons à classer ces diverses villes en trois groupes principaux ^ :

1. A. I. G. P. Notes, Cultivation of vacant Cily lots by Ihe imemployed, published by the New-York Association for iniproving the condition of the poor, p. 20. — Cette intéressante brochure nous a fourni tous les éléments de la courte analyse que nous venons de consacrer à l'organisation de New-York.

2. The Charities Review, april 18!)8, p. 7i : Vacant-Lots cultivation, by Frédéric W. Speius, Samuel .^Ic CuncLiNnsAv and Franklin B. Kirrbride,

3. Dans deu\ villes seulement l'organisation des terrains de culture a pris une forme spéciale qui ne rentre pas dans l'une ou l'autre de ces catégories :

i" A Uochester, la culture des terres vacantes n'est guère qu'une forme du secours à domicile [oul-door re/jc/"). 1/inspecteur des pauvres remet aux assistés un ticket à l'aide duquel ils sont admis à travailler • leux jours par semaine, et reçoivent en paiement des provisions ou du charbon pris au magasin central. La valeur de ce salaire varie de * .3 à 4,60 par semaine. Ce mode de procéder a l'inconvénient de ne jias intéresser l'assiste au succès des cultures.

2" A Duluth (Michigan), l'èvèque, Mgr Me Golrik, a reparti entre l-2o

90 LES JAIîDIXS OUVniEliS.

1° Villes où les cultures ont été organisées par les pouvoirs publics;

2" Villes où les cultures ont été organisées par des sociétés charitables déjà existantes;

3° Villes où les cultures ont été organisées par des comités spéciaux.

Premier groupe. — Détroit, Buffalo, Reading, Kansas-City, Toledo.

A Détroit, l'œuvre entreprise en 1894 par l'initiative personnelle du maire, M. H. -S. Pingree, est devenue dès la première année une institution municipale, dirigée par deux commissions. L'une s'occupe de la direction matérielle de l'exploitation tandis que l'autre désigne, après enquête, les familles auxquelles des terrains seront attribués. En trois ans, on estime que la ville a réalisé une économie de 61.000 dollars sur les secours publics qu'elle aurait dû distribuer, et le conseil municipal a porté à 5.000 dollars la subvention pour l'exercice 1897 : la commission réclame l'acquisition d'une ferme par la ville, de manière à assurer la perpétuité d'une œuvre qui sera toujours nécessaire, quelque favorables que puissent devenir les circonstances.

L'association industrielle de Buffalo a recueilli, en 1895, des souscriptions qui se sont élevées à S 2.000. pour imiter l'exemple donné à Détroit. Sur la proposition du maire, M. Hewett, la ville a pris l'œuvre à sa charge dès la même année. En 1897, on a secouru 10.590 personnes moyennant une dépense totale de ^ 3.000, réalisant pour les finances municipales une économie évaluée à S 30.000.

La mairie de Reading a entrepris directement la

familles les terres mises à sa disposition, mais sans organisation spéciale de surveillance et de direction.

LES JAIIDINS OUVr.lEHS A l'ÉTHANCKI! . 91

création de jardins, et constate des résultats analogues. La dépense à la charge de radministration a été de $ 317,63.

Second groupe. — New- York, Brooklyn, Boston, Chicago, Seattle, Dayton (Ohio), Omaha.

Dans le plus grand nombre de ces villes, la société organisatrice a préféré faire appel au concours d'une société d'un caractère plus général, qui lui offrait Tappui d'une organisation déjà existante. C'est aux Charity organization Societies qu'on a eu recours dans la plupart des villes. Nous avons déjà exposé le rôle actif joué à New- York par V Association forimproving the condition ofthepoor. A Brooklyn, c'est le Bureau of charities qui a assumé ce rôle de patronat charitable. Dans cette dernière ville, le chemin de fer local a concédé le transport gratuit aux concessionnaires de terrains vacants, sous certaines conditions de nature à éviter les abus.

Boston est jusqu'ici la seule ville qui ait loué une ferme pour assurer la perpétuité de l'œuvre et mettre les concessionnaires à l'abri de la crainte d'éviction, en cas de vente. La superficie totale est de 60 acres, divisés entre 60 à 80 familles, et pour lesquels la ville a pris à sa charge un fermage de S 150.

La mairie de New-Y'ork a concédé gratuitement, pour l'exercice 1898, la jouissance de 321 acres à prendre dans le parc de Pelham, pour être concédés à titre de cultures.

Troisiîîme groupe. — Les comités spéciaux constitués pour l'organisation des cultures de terrains vacants ont conservé la direction exclusive de l'œuvre à Denver, Philadelphie, ^linneapolis et Providence.

A Denver, nous trouvons les représentants d'une société de dames associés à ceux de la Charity orga-

nization Society, et un tiers des 66 lots distribués est accordé à des femmes.

L'expérience de Philadelphie ne date que de 1897, mais elle a pris immédiatement une importance considérable, en raison des traditions philanthropiques spéciales à la « city of homes » .

Le comité spécial constitué en février 1897 commença par examiner avec le plus grand soin les essais antérieurs tentés dans diverses villes ; puis il s'assura le concours d'un ancien fermier de l'Ouest, M. R.-F. Powell, qui consentit à prendre la direction du groupe de cultures à créer. Une commission de propagande, composée de 230 personnes, s'employa à faire connaître dans le public l'œuvre projetée, et à réunir des terrains et des fonds; 96 lots, comprenant en moyenne un quart d'acre, ont été répartis entre un nombre égal de familles. Grâce à une statistique tenue avec le plus grand soin par les intéressés eux-mêmes, sous le contrôle du surveillant (superintendeiH). on a pu déterminer exactement la valeur totale des légumes produits ; elle a atteint pour l'année $ 5 965, soit une moyenne de S 60 par tenure. Les dépenses du comité ont été de S 1 825,33 ou S 18,25 par unité. On voit que le travail des concessionnaires a plus que triplé la valeur du sacrifice fait en leur faveur.

Avant de mettre un champ en culture, la commission réunit tous les ouvriers qui ont fait une demande de concession. On leur lit le règlement, on leur explique le but de l'œuvre, et on invite à se retirer ceux qui ne voudraient pas accepter ces conditions. Ceux qui restent (et c'est généralement la totalité) prennent l'engagement de se conformer au règlement, d'obéir au superinteiident, et de tenir exactement à jour la carte statistique qui leur est remise, dans le but de constater

LES JARDINS OU\ lilliliS A l'ÉTRANGEIî. 93

les produits obtenus. Les divers lots sont ensuite tirés au sort.

Chacun reçoit les semences nécessaires, mais doit se procurer ses outils. Si l'un ou l'autre ne peut les acheter, la commission lui en fournira, à charge de les rembourser sur le produit de la récolte. Tous les jardins doivent être cultivés sur un plan régulier, moitié en pommes de terre, l'autre moitié étant divisée entre les autres légumes (pois, fèves, choux, tomates, carottes, navets, oignons, radis, salades!.

Quand une reprise des affaires eut mis fin à la crise industrielle, le comité n'abandonna pas son œuvre. 11 travailla, au contraire, à la développer en cherchant dans la culture de la terre un mode de secours pour les vieillards et infirmes des deux sexes encore valides, mais que l'industrie intensive refuse d'employer. Les résultats obtenus sous ce rapport ont été absolument remarquables. En 1901, le nombre des jardins s'est élevé à 632 pour une contenance totale de 158 acres. La dépense par jardin est tombée à S 7, 09 tandis que lo produit s'élevait à S 47, 46, soit six fois et demie la somme déboursée. Les jardiniers sont maintenant attachés à leur culture comme à une occupation permanente, ils font leurs plans pour la saison suivante, ils savent qu'ils se procureront des moyens d'existence, bien que l'industrie leur refuse un emploi régulier. Qu'on se rende compte de ce que les 2.946 personnes composant les 632 familles bénéficiaires eussent coûté à l'assistance dans une ville renommée de longue date pour sa générosité?

Quel que soit le type adopté pour l'organisation, toutes ces créations ont un caractère commun : ce sont des agences de secours pour ouvriers sans travail sur la base du self-help, et non des bureaux de distribu-

94 LES JAUDIXS OUVIÎIEUS.

tion de secours. On écarte lliomme qui ne peut travailler aussi bien que le paresseux, sauf à renvoyer le premier à l'assistance publique, s'il est digne d'intérêt. Le but, c'est de procurer un moyen d'existence à l'ouvrier valide, soit qu'il se trouve momentanément sans travail, soit qu'il soit repoussé par l'industrie à un âge oîi il est encore susceptible de fournir un travail agricole suffisant.

Le premier résultat est de relever le niveau moral des assistés, de leur rendre le respect d'eux-mêmes, s'ils l'ont perdu, et de le préserver chez ceux qui l'ont conservé intact. Le contact avec un milieu nouveau, les perspectives d'un avenir meilleur, aident puissamment cette œuvre de relèvement. C'est pour la seconder que les instruments, et quelquefois même les semences, sont fournis à titre d'avances remboursables, et non de dons gratuits.

Le rapport du maire de Détroit constate les excellents résultats obtenus à cet égard. Il n'y a que 5 p. 100 des concessionnaires qui naient pas montré une bonne volonté suffisante dans la culture de leurs terrains. Une surface relativement restreinte a suffi à assurer la nourriture d'une famille, et les propriétaires se sont félicités d'avoir prêté leurs terrains gratuitement, en évitant ainsi les taxes supplémentaires qu'eût probablement nécessitées la crise de 1894.

D'une manière générale, les résultats obtenus dès la première année ont dépendu de la promptitude avec laquelle on s'est mis à l'œuvre. Si on commence trop tard, les jardiniers improvisés ne peuvent plus espérer obtenir les primeurs dont le prix élevé constitue la principale source de bénéfices. Partout on a constaté la bonne qualité des produits et leur fraîcheur, qui leur permet d'atteindre des prix supérieurs à ceux

LES JARDINS OUVlilEHS A L ÉTRANGER. 95

qu'obtiennent les légumes envoyés de loin. En général, le rendement des parcelles a varié entre trois et quatre fois la somme dépensée. Toujours les résultats financiers ont été satisfaisants. Dans les sept villes où l'œuvre a été abandonnée après un essai d'une année, cela a tenu à des considérations d'autre nature, jamais à un déficit.

Il est important d'éviter de mettre en culture des champs d'une superficie trop petite, dont la surveillance devient difficile pour le superintendent. Généralement on préconise comme minimum une étendue de dix acres (4 hectares). Comme ces terrains sont généralement concédés à titre précaire, sous condition de délaissement immédiat en cas de vente, il est bon de constituer dans chaque ville une ferme coopérative sur le modèle de celle de New- York [suprci, p. 88), où on puisse occuper éventuellement les tenanciers dépossédés. Cette organisation présente, en outre, l'avantage de procurer un peu d'argent comptant, en échange de journées de travail, aux travailleurs qui sont dénués de ressources jusqu'à la vente de leurs légumes. Dans quelques villes, on a même trouvé dans la ferme coopérative un moyen de restreindre les frais généraux du l'œuvre, chaque preneur s'engageant à fournir gratuitement à la ferme deux ou trois journées, dont le produit bénéficie à l'ensemble de l'œuvre.

Le succès dépend surtout du choix du superintendent, qui est la cheville ouvrière de l'entreprise. Il est difficile de rencontrer un homme qui soit à la fois un fermier pratique, connaissant le sol et le climat du pays, un commerçant susceptible de diriger les ventes en indiquant le meilleur moment, et un psychologue sachant manier des hommes de provenances si variées. Il doit être, en même temps, ferme et charitable, savoir

96 LES JARDINS OUVRIEUS.

sauvegarder les intérêts généraux de l'œuvre et favoriser chacun des assistés. Là où les résultats ont été les plus remarquables, à New-York, à Philadelphie, les divers rapports attribuent au superintendent le mérite du succès; tandis que les insuccès correspondent partout à des plaintes sur le caractère, l'assiduité ou l'expérience de cet agent.

Les fonds nécessaires à la création d'un groupe de jardins ont toujours été obtenus sans difficulté. Les dépenses sont modérées ; la principale consiste dans les fournitures de graines et semences, et le gouvernement a souvent alloué des distributions de ce genre ^ sur la demande des députés. On peut, du reste, les faire rembourser, si les ressources ne permettent pas de les donner gratuitement.

On sait qu'aux Etats-Unis les constructions de maisons ouvrières ont pris une importance colossale, grâce à l'admirable organisation des Building and loan societies. Trois milliards de francs employés en bâtisses ont prouvé « la possibilité d'associer la philanthropie et le cinq pour cent » .

Toutes les maisons individuelles ou cottages ont naturellement leur jardin ; il était facile de lui donner une étendue plus grande dans le cas assez fréquent oîi des maisons ont été construites pour les ouvriers dans des localités créées de toutes pièces.

M. Draper, manufacturier à Hobden, Hopedale, a pris le premier l'initiative d'allouer des prix pour la bonne tenue de ces jardins. Cet exemple a été suivi par la Westinghouse Air Brake G".

Un philanthrope dont les initiatives sont célèbres, ]\L J.-H. Patterson. directeur de la Société nationale des caisses enregistreuses, à Dayton (Ohio), a créé des

LES JAUDIXS OLVIilErtS A l'ÉTUANGEK. 97

jardins ouvriers dans le but de développer Tesprit d'initiative chez les enfants du personnel de son usine. Chaque garçon de douze à quatorze ans reçoit un jardin de 140 mètres carrés pendant deux ans. Un jardinier est chargé d'expliquer aux tenanciers ce qu'ils ont à faire pour leurs cultures, il leur remet ensuite graines et outils. Chacun laboure et sème à sa guise. Des primes en argent sont allouées aux jeunes jardiniers qui ont obtenu les meilleurs résultats, les lauréats reçoivent un diplôme et obtiennent la préférence pour les places disponibles à l'usine.

Une organisation analogue a été créée postérieurement par la « Natural Food Conservatory », gigantesque fabrique de biscuits installée près des chutes du Niagara.

YI. Angleterre. — Les diverses lois relatives à la constitution de petites tenures ont eu surtout en vue d'améliorer la situation du journalier rural, dit labourer ' .

Au xvni'= siècle se produisit chez nos voisins une véritable transformation de la propriété, dont les « enclosure acts » n'ont été qu'un épisode. La terre se concentra entre les mains des riches propriétaires dont les estâtes absorbèrent à la fois les biens communaux et les petits domaines ; le paysan propriétaire, le

1. Sur celte importante et intéressante question, on lira avec fruit les ouvrages suivants, auxquels nous empruntons le meilleur de ce qui suit :

L. Gref.n, Allotments and Small Holdings, Londres, Swann Sonnenschcin etc. ISiMî, in-18.

P. Akmenjon, l'Administration locale en Angleterre, ch. x (Paris, Chevalier-Marescq et C", 1895, 1 vol. in-8»). — Paul de Rousiehn, la Question ouvrière e7i Angleterre, i""- partie, ch. v, S i (Paris, Firmin-Didot et C"=, 1895, 1 vol. in-8»). — Le même, le Trade-Vnionisme en Angleterre, p. 97-1 li (Paris, Colin et O-, 1897, l vol. in-S").

98 LES JAHDINS OUVllIEHS.

yeomen, disparut; il ne resta sur le sol anglais, en dehors du landlord, généralement fixé au loin, que le fariner^ exploitant industriellement la terre à l'aide d'un gros capital et vivant dans l'aisance, et le labourer, véritable prolétaire, aussi étranger à la terre qu'il faisait valoir que l'ouvrier de ville à la grande usine où il travaille ' .

Ce journalier rural est logé dans un cottage qui lui est loué, soit par le fermier, soit par le propriétaire; dans un cas comme dans l'autre, cette location entraîne une sorte de dépendance. Si c'est le fermier qui fournit le logement, il réclame un droit de préférence sur le travail du preneur, et souvent à prix réduit; si c'est le landlord, il faudra adopter ses préférences politiques ou religieuses, sous peine d'expulsion ^.

Cette situation anormale ne tarda pas à porter ses fruits : développement du paupérisme dans les campagnes, imposant des charges énormes à l'assistance, et par suite aux propriétaires qui acquittent la taxe des pauvres ; hostilité croissante entre les trois classes ru.rales, landlords, farmers et labourers; émigration en masse de ces derniers vers les villes, où l'industrie se développait incessamment et réclamait un nombre de bras toujours croissant.

11 fallut aviser.

4. Sur 33 millions d'acres représentant la surface utile de l'Angleterre et (le la principauté de Galles, 30 millions et demi sont possédés par '2.18i propriétaires. On connaît le mot de John Briglit : « Le sol anglais appartient pour moitié à deux cents personnes au plus. •

M. deUousiers nous apprend que l'Angleterre a un propriétaire foncier sur 2G chefs de famille, l'Ecosse 1 sur 30, l'Irlande 1 sur ."iti.

La France en compte 1 sur 3. C'est là sa grande force conservatrice, en dépit des théories et même de certaines lois plus ou moins sociallistes.

2. Certains propriétaires ont refusé de laisser construire deschapelles pourdescullesdissidents auxquels appartenaient en grand nomhre leurs coltagers. Quelques-uns de ceux-ci ont reçu congé pour avoir voulu organiser une Union. [Le Trade-U monisme en Angleterre, p. ll'i.)

LES JAI5DIXS OUVRIERS A LÉTRAXGER. 99

Dès 1819, une loi connue sous le nom de « Sturge Boui'ne's Act » (59 Geo. III, ch. 12) autorise les marguilliers et surveillants des pauvres à prendre en mains un champ appartenante la paroisse, ou loué à un propriétaire, soit pour le faire cultiver par les indigents, moyennant salaire, soit pour le diviser en parcelles [allotments] qui seront louées aux habitants pauvres el capables désireux de les cultiver par eux-mêmes.

L'étendue de ces champs, fixée à vingt acres, fut portée à cinquante acres sous Guillaume III. Une seconde loi permit d'affecter à ce genre de locations d'anciens allotments créés dans l'intérêt des pauvres, spécialement au point de vue du chauffage, et devenus improductifs (1 et 2 William IV, cap. 42).

La contenance de chaque parcelle avait été fixée à un quart d'acre au moins, et un acre au plus. Une loi de 1873 supprima la limite inférieure et permit de créer des allotments de moins de dix ares (38 et 39 Vict., ch. 19).

Mais, dans tous ces statuts, l'organisation de ce mode de travail demeurait subordonnée à l'agrément de la majorité des contribuables ; l'exécution de la loi était confiée à des autorités locales choisies parmi les propriétaires ou fermiers, presque tous peu favorables aux revendications des lahourers ; l'effet en demeura très restreint.

Aussi le nombre des allotments ainsi créés fut-il minime; l'immense majorité d'entre eux fut due aux iiîitiatives locales prises par certains propriétaires philanthropes. Tel fut le cas de M. Barwick Baker, juge de paix de Glocester, en IS'K) '. Les parcelles de

1. Nous avons dcjii eu l'occasion de signaler le système organisé par cet homme de bien pour la répression du vagabondage (Mendiants el vagabo7ids, lî)02, p. 61).

100 LES JARDIXS OL'VniERS.

terre qu'il mit à la disposition de ses ouvriers furent acceptées par ceux-ci avec reconnaissance, parce qu'alors le pain était cher et les salaires réduits. Plus récemment une tentative originale a été faite par M, Lovibond, ancien maire de Salisbury. Ce respectable vieillard a réuni un certain nombre d'ouvriers urbains en une société, en vue d'acquérir des terrains à proximité des faubourgs de cette ville et de les administrer en commun. Il les a formés en groupes de dix familles ou décuries; chaque groupe élit un président annuel et la réunion des présidents forme un conseil de direction chargé de délibérer sur les intérêts communs à tous les associés : établissement et entretien des chemins, achat de machines communes, avances aux sociétaires. Ces délibérations sont soumises à l'assemblée générale qui décide en dernier ressort ^ .

A ces initiatives restreintes et isolées, nous voyons succéder, à partir de 1880, un véritable mouvement d'opinion, dû la propagande entreprise par M. Jesse Collings. Pendant une longue carrière parlementaire, l'honorable député de Birmingham a pris en main la cause de la petite propriété rurale-^. C'est lui qui, au cours d'une discussion au Parlement, a trouvé Iheureuse formule « trois acres et une vache », devenue bientôt un mot de ralliement pour les partisans de la

1. On remarquera l'analogie avec le système d'administration établi à Saint-Étienne par le R. P. Volpette, qui ne connaissait certainement I)as le règlement de Salisbury.

M. Lovibond avait imité, du reste, l'organisation créée sur une plus grande échelle par son ami le major Poore à Winterlow, dans le Wiltshire. Voir l'arlicle de M. Eug. Simon : le Major Poore et les villages du Wiltshire {Reforme sociale, 1893, t. H, p. 30i), et aussi un article de M. Arminjon : la Question agraire en Angleterre [Réforme sociale, 1895, t. il, p. 832).

2. Tout récemment encore, M. Jesse Collings écrivait à l'occasion du Congrès des Jardins ouvriers : « L'absence de paysans propriétaires constitue un grand danger social ])0ur notre pays et le plus grand désavantage de notre propriété agricole. »

réforme. En 1882, il réussissait à faire voter une loi ' à laquelle la reconnaissance publique a attaché son nom. Elle stipule que les terrains donnés pour le bien des pauvres de la paroisse, à l'exception de ceux affectés à un but religieux ou éducatif, pourront être mis à la disposition des cultivateurs sous forme d'allotments. Enfin, après une campagne de cinq années, au cours de laquelle il renversa un cabinet^, M. Jesse Collings obtint le vote de la loi de 1887, qui constitue la charte de Tinstitutiou •'^.

L'exécution de la loi relève de l'autorité sanitaire : town council, dans les villes, rural distinct council, dans les campagnes^. Sur la demande écrite de six personnes, électeurs parlementaires ou contribuables résidant dans le district, cette autorité doit examiner s'il est possible aux journaliers d'acquérir des aïlotments à l'amiable, à un prix raisonnable. Dans le cas de la négative, il lui appartiendra d'acquérir les terrains nécessaires et de les louer aux ouvriers par parcelles contenant un acre, au maximum. Si les terrains nécessaires ne peuvent être acquis à l'amiable, l'autorité sanitaire adressera une requête au conseil de comté qui, après enquête, pourra rendre une ordonnance obligeant le propriétaire à céder son terrain. Cette ordonnance ne sera définitive qu'après le vote d'une loi conforme par le Parlement, sur la proposition da Bureau du Gouvernement local.

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