FONDATION D'UN GROUPE DE JARDINS
Nous avons montré comment les œuvres de jardins ouvriers, écloses spontanément au souffle de la charité, ont revêtu des formes fort diverses sur les différents points de la France. Le lecteur qui a bien voulu nous suivre peut facilement se représenter l'aspect extérieur d'un groupe de jardins.
Au sortir de la ville, après les dernières maisons du faubourg, vous rencontrez une pièce de terre, découpée en carrés réguliers par des treillages^ ou des fils de fer. Les arbres sont rares, sinon absents, car ils tiendraient trop de place. De petites guérites barbouillées de goudron ou de coaltar renferment les outils de jardinage. Quelquefois, une seconde baraque plus basse abrite des lapins, future gibelotte pour les grands jours. La terre est complètement cultivée, les allées étroites semblent laissées à regret. Un grand carré est occupé par les pommes de terre, la principale récolte ; puis viennent les choux, les carottes, la salade. Enfin,
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de tout petits espaces sont consacrés aux pois, aux fèves, aux fraises, aux primeurs qui se vendent au marché.
Quelle que soit l'heure, il est bien rare que vous ne voyiez pas quelqu'un dans ces jardins, ne serait-ce qu'une ménagère occupée à trier ses légumes ou à sarcler les plates-bandes. Mais c'est surtout vers le soir que la vie y devient active. Un peu après quatre heures arrivent les enfants, au sortir de l'école, courant, essoufflés, tout en mordant un morceau de pain. Plus tard, d'un pas plus lent, ce sera le père, fatigué par dix ou onze heures datelier. Il n'en prend pas moins la bêche : il a un ou deux sillons à préparer, quelques graines à semer. Et la nuit tombera déjà quand toute la famille reprendra le chemin du logis, l'aîné des fils portant sur l'épaule la botte de légumes préparée par la mère et qui constitue la réserve pour le repas du lendemain.
Ces groupes, semblables dans leur apparence extérieure, ont été pourtant constitués dans des conditions fort diverses.
Beaucoup ont été fondés par une personne charitable qui en a pris la responsabilité et en assure le fonctionnement. Plus souvent, c'est un groupement de bonnes volontés qui s'est constitué; parfois, nous rencontrons des associations existant antérieurement, conférences de Saint- Vincent de Paul, sociétés de secours mutuels; parfois enfin, la puissance publique intervient par l'entremise de la municipalité ou du bureau de bienfaisance.
Examinons ces divers types.
I. Quand nous avons affaire à un individu unique, la situation est très simple. Il dispose du terrain dont il s'est assuré la jouissance, attribue les parcelles,