IV. Les associations privées sont un peu plus nombreuses
Nous rencontrons en premier lieu les sociétés d'anciens élèves. Les jardins du faubourg Saint-Maurice, à Amiens, sont maintenant dirigés par V Association Michelet, composée des anciens élèves de l'école primaire ; la Ligue de l'Enseignement lui a accordé à plusieurs reprises une subvention.
Les jardins de Saint-Martin-lès-Boulogne ont été fondés par le Patronage Notre-Dame-de-la. Persévérance et ceux de Calais par la Société de Notre-Damedu-Travail.
A Lisieux, la Société d'Horticulture a pris l'initiative de la fondation d'un groupe de cinq jardins.
La Ligue française antialcoolique, fondée en 1895 et développée avec vaillance par M, le D"" Legrain, a compris que le jardin ouvrier est un dos moyens les plus efficaces pour combattre le cabaret. Deux de ses sections, à Nîmes et à la Rochelle, ont pris l'initiative de la création de jardins aujourd'hui en pleine prospérité. Comme la ligue elle-même, leurs comités spéciaux se sont placés sur le terrain de la neutralité politique et religieuse et groupent toutes les bonnes volontés disposées à concourir à leur action spéciale.
V. Un appoint plus important a été apporté à l'œuvre commune par la Société de Saint-Vincent de Paul.
Quarante et un groupes de jardins ont été fondés par des conférences. Dès que le mouvement favorable à la création de jardins ouvriers commença à se propager, le Conseil général se préoccupa d'y faire participer les conférences. En 1895, il chargeait un de ses membres de signaler à l'assemblée générale des conférences de Paris l'intérêt que présente, au point de vue des secours, l'assistance par le travail. En 1898, un second rapport fut consacré aux jardins ouvriers. Ces deux documents, insérés au bulletin de la société ^ , furent portés à la connaissance de toutes les conférences de France et de l'étranger. Ils furent commentés et complétés par la correspondance régulière qu'entretient le bureau avec les divers conseils qui groupent les organisations locales.
Quelques personnes eussent désiré qu'on fît davantage, que le Conseil général invitât les conférences à modifier leurs habitudes en remplaçant leurs secours traditionnels par dos allocations de jardins. Ces personnes sont sans doute insuffisamment renseignées sur l'esprit libéral qui préside aux relations entre l'administration centrale et les conférences. Celles-ci ont toute liberté d'action en dehors des points prévus par le règlement de la société ; or, celui-ci ne leur impose formellement que la tenue de séances hebdomadaires, la quête anonyme, la visite des pauvres à domicile. Ces trois points accomplis, chaque conseil ou conférence est libre de déterminer les œuvres spéciales auxquelles il lui convient d'appliquer le surplus de ses ressources, et le Conseil général ne peut agir que par voie de suggestions amicales.
Le nombre de fondations cité plus haut prouve que
1. Bulletin delà Sociétéde Saint-Vincent de Paul, 189C, p. 29,etl899, p. 35.
FONDATION l)"lIN GHOUPE Di: JAP.DIXS. 119
ses avis ont été entendus. Nous espérons que ce mouvement se développera encore. Certains conseils qui, à l'origine, avaient refusé de s'associer à l'œuvre nouvelle, sont revenus sur leur décision et ont accepté le patronage de groupes de jardins ouvriers ; d'autres ont préféré fusionner les jardins créés par eux avec les œuvres plus étendues qui se sont constituées dans leur voisinage et leur confier leurs jardiniers en leur allouant des subventions. Tel est le cas à Tours, Dijon, Carcassonne, Arras, Douai. Ailleurs, à Grenoble et à Fourmies, par exemple, les œuvres locales sont allées au-devant des conférences, en mettant des jardins à leur disposition. Sur tous les points, nous pouvons l'affirmer, l'accord est complet et le concours réciproque.
VI. La Ligue du Coin de terre et du Foyer a pris part à cette propagande de trois manières : par son bulletin, qui constitue un moyen permanent d'informations sur tout ce qui concerne l'œuvre en France et à l'étranger; par la correspondance incessante qu'entretient son président avec tous ceux qui lui demandent conseil, correspondance complétée par l'envoi de brochures, de modèles de règlements, destinés à éclairer les fondateurs d'œuvres nouvelles par l'expérience de leurs devanciers; enfin par la création de sections locales. Ces sections sont actuellement au nombre de sept : Orléans, Dunkerque, Amiens, Tours, Chàteauroux, Versailles, Roubaix.
VII. Nous arrivons enfin à l'intervention des établissements et pouvoirs publics, que nous avons gardés pour la fin, — lasty not the least.
Certains légistes ont cru devoir protester contre le principe même de cette assistance communale. Ils ont rappelé que l'administration supérieure, en vue de restreindre la redoutable mainmorte, incite les bu-
120 LES JARDINS OUVRIEHS.
reaux de bienfaisance à aliéner les terres qui leur sont léguées et même celles qu'ils possèdent de longue date ; que les habitants des communes ont un droit égal à la jouissance des biens communaux et que cette jouissance ne doit pas être réservée à une seule catégorie d'entre eux, si intéressante qu'elle puisse être ^ . A cela on peut répondre que, en fait, les bureaux de bienfaisance n'ont pas tous suivi les conseils du gouvernement et que beaucoup d'entre eux possèdent encore des immeubles voisins de la ville, affermés en bloc à prix réduits ; l'amodiation d'une partie de ces terres diminuerait notablement les charges d'assistance et améliorerait, par suite, la situation du bureau. En second lieu, il incombe aux municipalités de pourvoir, à l'aide de subventions, aux insuffisances de ressources des établissements publics d'assistance. Il y a forcément des contribuables aisés qui supportent la charge des subventions et des citoyens pauvres qui en bénéficient; la situation est donc parfaitement inégale pour les uns et les autres, et toute mesure qui diminue les charges des premiers en assurant économiquement les secours revenant aux seconds, devra être accueillie avec reconnaissance par les uns et les autres.
Du reste, en fait, cette assistance communale existe; loin d'avoir soulevé les observations des pouvoirs publics, elle peut se prévaloir des circulaires ministérielles encourageant le développement de l'assistance par le travail ^, puisque le jardin ouvrier constitue une modalité de cette assistance.
1. Une intéressante polémique a eu lieu à ce sujet à Amiens, en février 1902, entre M. Morvilez, rédacteur du Progrès agricole et un rédacteur anonyme du Progrès de la Somme.
2. Voir les circulaires du ministre de l'Intérieur en date des 8 novembre 1894 et 19 avril 189S ; cf. article 28 du décret du 15 novembre 1895.