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Rapport sur l'exercice 1902-1903, publié en juillet

122 LES JAHDIXS OUVlîIEKS.

ci se charge d'assurer la jouissance d'un jardin à tout individu auquel le bureau délivre un « bon de jardin » au lieu d'un bon de pain, viande ou vêtements, en se chargeant d'acquitter le coût de la location. Cette entente fonctionne à Douai à la satisfaction réciproque des deux parties; d'autres bureaux pourlont l'imiter par la suite.

Parfois, c'est le conseil municipal qui a pris l'initiative de créer des jardins ouvriers sous l'impulsion d'un besoin pressant ou d'un vœu de l'opinion. Etablis sur des terrains communaux, ces jardins sont mis à la disposition des ouvriers moyennant un prix de loyer et administrés comme les autres biens communaux. C'est ce qui s'est passé à Fouilloy dès 1848, plus tard à Beauvais en 1872. Sur d'autres points, le conseil municipal a préféré fournir des terrains communaux, comme au Gâteau, ou assumer la location de terrains privés, comme à Boulogne-sur-Mer ou à Reims, en confiant au bureau de bienfaisance le soin d'administrer l'œuvre nouvelle et de désigner les familles indigentes auxquelles les jardins pourraient être attribués.

Dans quelques villes, enfin, les jardins créés par la municipalité sont administrés par une commission comprenant à la fois des conseillers municipaux et des personnes compétentes choisies en dehors du conseil. Tel est le cas à Arras où le maire a nommé une commission de vingt membres dont font partie un adjoint et quatre membres du conseil.

VIII. La multiplicité même des catégories que nous venons d'examiner montre immédiatement la merveilleuse souplesse de cette institution charitable. En fait, au début, les groupes de culture ont été constitués par des catholiques, le plus souvent par des prêtres. Mais,

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depuis lors, des sociétés protestantes, des associations étrangères à toute idée religieuse et même des syndicats à tendances collectivistes ont appliqué le même principe. Les deux premières municipalités qui ont subventionné des jardins ouvriers étaient précisément des municipalités radicales ; il en est de même de celle de Reims, qui a fondé des jardins en décembre 1900.

En même temps, cette œuvre a l'avantage de pouvoir débuter avec le plus mince capital. En novembre 1897, neuf jeunes étudiants de Douai décident de créer une œuvre de jardins. Ils louent moyennant vingt-trois francs par an un petit champ d'une « coupe », soit onze ares, qu'ils divisent en trois jardins. A mesure que leurs ressources ont augmenté, ils ont loué d'autres champs. L'œuvre de Douai distribue aujourd'hui cent un jardins, pour une surface totale de trois hectares et demi. La multiplicité des pièces de terre est une chose excellente, puisqu'elle permet de rapprocher le jardin du domicile de chaque assisté, sans nuire en rien à l'unité de direction ni au bon fonctionnement de l'ensemble. Quel avantage considérable, en comparaison des œuvres qui exigent de grands bâtiments, où, dans les constructions modestes du début, il faut déjà prévoir les développements ultérieurs possibles, sous peine d'avoir à tout recommencer!

Enfin le travail de la terre constitue la meilleure solution aux difficultés soulevées par l'organisation de l'assistance par le travail ^

Tous ceux qui se sont occupés de la création d'œuvres de ce genre savent que la plus grosse difficulté

i. On sait que l'assistance par le travail a essentiellement pour but de substituer au secours en argent ou en nature, gratuitement donné, l'offre d'un travail rémunéré, librement accepté, et qui doit être convenablement exécuté.

consiste précisément dans la détermination du travail qui sera ainsi offert aux assistés. Ce travail doit être facile, puisqu'on n'a pas le temps de faire un apprentissage; il doit être suffisamment rémunérateur pour représenter au moins une portion notable du salaire et ne pas imposer à l'œuvre des sacrifices par trop lourds ; il doit enfin ne pas faire au travail libre une concurrence susceptible de provoquer une baisse factice des salaires.

Jusqu'ici, un très petit nombre d'industries ont pu satisfaire à ces conditions, et c'est là, sans doute, la cause de ce temps d'arrêt dans la création d'œuvres nouvelles que signalait jadis le président d'une des principales sociétés d'assistance par le travail de Paris \ 11 n'est pas jusqu'au classique margottin, inauguré jadis sur les hauteurs de Belleville par le vénéré pasteur Robin, un ouvrier de la première heure, et devenu depuis lors l'occupation favorite des assistés, qui n'ait suscité les plaintes des intéressés. Je me souviens d'avoir, au cours de mes enquêtes à travers Paris, reçu à ce sujet les confidences d'un marchand de bois : « Jadis, me disait cet industriel, j'avais trois ouvriers qui me fabriquaient toute l'année de petits fagots et gagnaient de 5 fr. 50 à 6 francs par jour; depuis que la Société d'assistance par le travail s'est établie dans le quartier, je n'en ai plus qu'un seul, et j'ai dû diminuer le prix de façon, en sorte qu'il ne gagne plus que 4 fr. 50. »

J'avoue que cette réponse m'a longtemps troublé. Je me disais, en effet : « Si, pour donner du travail à des inconnus, dont un à peine sur cinq est intéressant, nous le retirons à des pères de famille du quartier,

1. M. Gaufrés, président de l'OEuvre d'assistance par le travail des VIII" et XVII= arrondissements. (Séance du VJ novembre 1897 de la Société internationale pour l'étude des questions d'assistance.)

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faisons-nous donc une œuvre utile? » J'ai fait part de mes inquiétudes à de plus compétents que moi, aucun ne m'a fait une réponse satisfaisante; mais on s'est montré de plus en plus circonspect dans le choix de nouveaux modes d'occupation, et la propagande a subi un temps d'arrêt.

Or, l'initiative prise par une femme de cœur, sur notre vaillante frontière de l'Est, est venue fournir la solution vainement cherchée à Paris par les philanthropes et les économistes.

Ce métier que tout le monde peut faire sans préparation, qui rémunère suffisamment celui qui l'exerce, qui n'encombre jamais le marché, c'est le premier et le plus simple de tous : c'est le travail de la terre. Il n'est guère d'homme, en effet, qui ne soit capable de manier une pelle ou un arrosoir, sans étude préalable. La terre offre cette particularité que, plus on la divise, plus elle demande de bras pour cultiver la même surface. Enfin, le marché n'est jamais encombré, puisque les nouveaux cultivateurs consomment les produits qu'ils font pousser et se paient à eux-mêmes leur salaire en nature.

Mais ce ne sont pas seulement les œuvres privées qui peuvent demander un précieux concours au travail de la terre.

Il y a, en France, 114 communes possédant plus de 100.000 francs de revenus qui dépensent chaque année près de 5 millions de francs en secours donnés en travail, pour les victimes du chômage K

Il résulte d'une enquête faite avec le plus grand soin

l. Enquête sur le chômage pendant les années 1890 à 189S, faite par les soins de l'Office du travail.

M. J. de Crisenoy a publié une substantielle analyse de ce document dans les Annales des assemblées départementales, 10« année, 1896, p. \Vo à 18-2. \ vol. in-8", Paris, Beri^er-Levrault et C'«, 1897.

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que la grande majorité de ces ouvriers sont toujours les mêmes sans-travail, domiciliés dans la commune, et se représentant périodiquement, lors de l'ouverture des chantiers.

Si les communes en question consacraient à la création de jardins ouvriers la dixième partie de l'argent ainsi dépensé, elles pourraient procurer une occupation permanente à toute cette partie de leurs assistés et réduire ainsi leurs dépenses, tout en donnant un secours plus efficace.

Seuls les exploiteurs de la charité publique, les professionnels de la mendicité, réclameraient contre une. pareille transformation.

Nous ne voulons pas revenir ici sur l'importance des terrains communaux susceptibles d'être convertis en jardins. Mais ce domaine n'est pas le seul à utiliser. Combien de bureaux de bienfaisance, spécialement dans les campagnes, possèdent des terres louées à bas prix à des fermiers aisés dont ils distribuent ensuite le revenu en bons de pain ou de chauffage? Combien augmenteraient-ils la valeur effective de leur secours en divisant ces terres par petits lots de 500 à 1.000 mètres carrés entre des familles nécessiteuses, pour en faire des jardins légumiers ?

Des particuliers charitables leur ont déjà suggéré ce qu'il y avait à faire sous ce rapport; à Louviers, à Geneste^, à Bachy^, des terres ont été léguées aux

1. M. César Carpentier, rentier à Geneste, près Saint-Pol (Nord), a légué au bureau de bienfaisance de sa commune, par un testament du 14 janvier 18'J-2, 26 arcs 72 centiares de terre pour être convertis en douze jardins qui doivent être attribués gratuitement aux douze pauvres les plus méritants de la commune. La sœur du donateur, M"= Rosalie Carpentier, a doublé cette libéralité par semblable donation, aux mêmes conditions, et M. le Préfet du Nord a autorisé l'acceptation des deux legs, en ISOS.

2. M. Alexandre Huin, décédé à Bachy (Nord), le 2!i décembre 1897,

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bureaux de bienfaisance à la condition spéciale d'être transformées en jardins. L'organisation fonctionne à la satisfaction réciproque des assistés et des administrateurs. Employer de la même manière des terrains donnés antérieurement sans condition, c'est le moyen de remplir le vœu le plus cher des bienfaiteurs, qui désiraient, avant tout, secourir de la façon la plus efficace les pauvres de leur commune.

Et ce que nous disons des biens communaux est vrai, à plus forte raison, des terrains provenant de fortifications déclassées. Les progrès de l'art de la guerre ont eu au moins ce résultat de débarrasser la plupart de nos places fortes de la ceinture de pierre dans laquelle elles étouffaient; le gain serait toutefois médiocre si on livrait à la bâtisse les terrains déblayés ; les maisons voisines auraient moins d'air encore qu'auparavant.

Pourquoi ne pas faire comme en Allemagne, où tous ces terrains déclassés sont convertis en parcs, pour le plus grand bien de la population? A une extrémité de ce parc, vers le faubourg où habite la population la moins fortunée, on réserverait quelques hectares pour établir des jardins ouvriers. Ce serait la part du pauvre, qu'on ne devrait jamais oublier. Dans un parc luxueux, on trouve le potager à l'extrémité du jardin anglais. Les jardinets cultivés en légumes constitueraient le potager du parc municipal ; la vue en aurait aussi son charme.

donne et lègue par son testament, déposé chez M" Dorchies, notaire à Templeuve, quatorze parcelles de terre, contenant ensemble plus d'un hectare, pour être remises gratuitement aux quatorze plus vieux pauvres des deux sexes de la commune de Bachy. A la mort de chaque titulaire, la parcelle sera réversible sur la tête d'un autre indigent âgé, à la seule condition ((u'il s'engage à la cultiver. [A la voile! revue mensuelle, 1" année, n» -2, 20 mai 1898, p. 23.}

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