Compte rendu du Congrès, p. 18ti à
glements élaborés par les conférences de Saint- Vincent de Paul. D'autres œuvres, au contraire, tout en admettant en principe l'interdiction, ont autorisé d'avance certaines dérogations. Ainsi, à Carcassonne, on distingue entre les gros travaux qui sont rigoureusement interdits, et les menus travaux d'entretien qui sont tolérés. La défense est si bien respectée qu'on a vu des ouvriers défoncer leur terrain, le soir, à la lanterne, et se reposer le dimanche. A Romans, à Grenoble et à Fourmies, le travail du dimanche est toléré pour les ouvriers qui justifient d'un travail régulier de douze heures par jour; à Balan-Sedan, il est interdit jusqu'à midi, toléré plus tard. Enfin, certains règlements permettent l'arrosage ou l'arrachage des légumes à la fin d'une journée de sécheresse.
Nous avons remarqué que ce sont souvent les curés fondateurs d'œuvres qui sont les plus larges dans leur appréciation des cas de dispense prévus par l'Eglise. Ils peuvent s'appuyer sur l'autorité d'un des doyens respectés de notre épiscopat, visitant une œuvre de jardins. Comme on l'interrogeait au sujet des légères infractions au repos dominical commises par les ouvriers, Son Eminence répondit : « Fermez les yeux sur ces peccadilles ; il vaut mieux leur voir arracher une mauvaise herbe près de leurs choux que de les laisser s'enivrer au cabaret ou battre leur femme. »
Nous ne nous permettrons pas de chercher, après les autorités que nous avons citées, à préciser le point où doit s'arrêter la tolérance.
Mais il est une observation générale que nous avons le devoir de présenter ici. Il nous a toujours paru souverainement injuste de prétendre imposer des obligations spéciales à nos œuvres en matière de repos dominical. En fait, une expérience prolongée prouve
qu'on peut cultiver les jardins et y obtenir de beaux légumes sans travailler le dimanche. A Saint-Etienne, le R. P. Volpette a concédé des coins de terre à des socialistes déclarés, à des anarchistes même, sans leur demander aucune pratique religieuse ; mais il a imposé à tous l'obligation de s'abstenir de travail le dimanche. Et tous ont été fidèles à cet article du règlement. A Bercy, les tenanciers sont choisis dans une population de faubourg fort peu respectueuse des prescriptions de l'Eglise, à la seule condition d'avoir à nourrir une famille nombreuse ; les jardins sont fermés le dimanche jusqu'à midi, et personne ne travaille dans la soirée, parce quun membre de la conférence s'astreint à passer toutes ses après-midi au milieu des jardiniers, qui apprécient ses conseils, sa bonté; sa seule présence suffit pour empêcher toute infraction. Que dans chaque groupe de jardins un chrétien ait le courage de se soumettre régulièrement à la même obligation, il obtiendra les mêmes résultats.
Par conséquent, si la culture est possible en respectant l'obligation, on commet un abus en la violant ; .et on ne saurait rendre une œuvre responsable de la violation de la loi quelle a établie. Comme le faisait remarquer un des rapporteurs du congrès, « l'homme abuse de tout, de la liberté, de la propriété, de la santé, et cependant Dieu n'a pas hésité à créer un monde dans lequel les abus pullulent. En face des abus, il n'y a qu'à les prévenir, si on peut; aies réprimer, s'ils se sont produits ».
D'ailleurs les modifications économiques travaillent à faciliter le repos du dimanche. « Quand nous aurons la journée de dix heures, » — nous dit un prêtre qui vit dans un grand centre ouvrier et connaît bien son milieu, — « nous obtiendrons des patrons que la jour-
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née se termine à cinq heures et l'ouvrier pourra ensuite cultiver son jardin. Nous aurons alors le droit d'exiger le repos dominical et nos jardins produiront tout leur effet au point de vue hygiénique et moral. »
Je me permets d'appeler sur ces derniers mots l'attention des présidents et directeurs d'œuvres de jardins que ne toucheraient pas les arguments d'ordre religieux. Le repos dominical n'est pas seulement une prescription de l'Eglise, c'est une nécessité sociale. Les forces musculaires ont besoin d'une détente périodique, et ce besoin est d'autant plus impérieux que l'alimentation et l'hygiène laissent davantage à désirer. L'esprit aussi a besoin d'une diversion à la tension uniforme que lui impose le travail de l'atelier : il faut un jour par semaine pour la famille, pour la promenade, pour les réunions, pour la lecture. Le lendemain, on reprend la tâche quotidienne avec plus de courage, avec des forces renouvelées par le grand air et le mouvement. Oùpourrait-onmieux les trouver qu'au jardin ouvrier, distantde ia ville sans en être éloigné, entouré de voisins de même condition, vivant la même vie? N'est-ce pas là véritablement la campagne du travailleur, l'équivalent populaire de la villa oh son riche patron va se reposer le dimanche?