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II. L'Œuvre catholique des jardins ouvriers de Nancy

a édité une courte notice qu'elle remet à tous ses jardiniers. Ils y trouvent : 1° le texte du règlement, dont l'exécution est sérieusement contrôlée; 2° des renseignements pratiques sur la culture des potagers dans la région de Nancy. Ces notions élémentaires sont très appréciées des jardiniers ^ .

Dans le travail très complet qu'il a publié récemment -, M. Lemaille a établi deux plans de jardins disposés suivant un assolement triennal. Chaque jardin est divisé en quatre carrés; trois d'entre eux étant affectés à chaque année d'assolement (foliacées, racines, cosses et graines), le quatrième est réservé aux artichauts et aux primeurs. Le produit d'un jardin de 250 mètres ainsi cultivé est évalué par l'auteur à 160 francs.

A Hennebont, M. Chevassu préconise une culture très simple, comprenant une dizaine de légumes, d'abord la pomme de terre, ensuite les choux, oignons blancs et rouges, poireaux, rutabagas, betteraves et choux- vaches pour engraisser un porc.

A Carcassonne, un horticulteur émérite s'est intéressé à l'œuvre en qualité de chef de culture. Deux ou trois fois par mois, il se rend dans les deux sections, et donne à chacun renseignements et conseils.

i. M. Fontaine a publié un petit Manuel de culture en 6 pages, édité chez V'<^ Paul Jacquin, Besançon, 1903. On y trouve l'indication des travaux de chaque mois, des conseils pratiques sur la culture des salades, choux, betteraves, tomates, haricots, l'A B C du jardinier, des conseils sur les engrais.

Citons également :

RivoiuE, Le petit jardinier potager et fleuriste, 2.T éd., librairie et imprimerie horticoles, 84 bis, rue de Grenelle, Paris, 0 fr. 75.

Ch. Naldin, Le potager, 10'- éd., librairie agricole de la Maison Rustique, 26, rue Jacob, Paris, 1 fr. 25.

Du même, Le maraîcher bourgeois, même librairie.

2. Les Jardins d'ouvriers au point de vue économique et social, imprimerie de l'Impartial, Valenciennes, 1003.

nÉSUI.TATS MATÉRIELS DF.S JARDINS OUVRIERS, loi

11 a établi une sorte de tableau synoptique de tous les travaux à effectuer, imprimé en forme de placard de manière à pouvoir être affiché dans l'habitation.

L'Œuvre de Sedan a inauguré la première la création dun champ d'expériences dont le but est de faire des recherches sur les qualités de légumes les plus savoureuses et les plus productives. Le champ de Sedan n'a que 16 ares de superficie, et cependant il a suffi à M""® Hervieu pour réimplanter à Sedan la culture de l'œillette. « Connaissez-vous cette plante ? disait-elle au docteur Lancry en lui faisant visiter son champ de Torcy, le 5 septembre 1897. — Parbleu ! ce sont des œillettes. Autrefois, elles faisaient la richesse des cultivateurs de mon pays d'Artois, aujourd'hui elles ont disparu sous l'invasion des plantes oléagineuses étrangères et l'influence des grandes fabriques d'huiles. — C'est exactement comme chez nous. Or, je veux que nos familles aient leur huile pour assaisonner leur salade; elles cultiveront des œillettes et je ferai tordre les graines par un petit moulin. — Tous mes compliments ! — Et, par la suite, j'arriverai à implanter les œillettes dans le pays. »

« Je regardai mon interlocutrice, ajoute le visiteur, pour savoir si elle mesurait bien toute l'importance de la promesse qu'elle se faisait : elle avait le regard assuré des personnes qui ont la foi ardente, et par conséquent calme : elle me la communiqua'. »

L'exemple ainsi donné par M"^ Hervieu a été suivi sur divers points.

Citons en premier lieu les jardins d'expérience créés à Saint-Nicolas-de-Waës (Belgique), par un di-

\. Une visite aux Jardins ouvriers de Sedan, par le D"' I.vncp.y (la Démocratie dirétienne, octobre 18!)7, p. 364).

recteur des cultures tellement habile que l'État leur a accordé une subvention et en recommande la visite aux agriculteurs de cette riche région. Cet enseignement a prouvé son efficacité; en 1901, trois ouvriers ont renoncé à leurs jardins pour prendre à ferme un lot de terrain plus important qu'ils exploitent en légumes, aidés par leurs enfants.

Nous aurons bientôt en France des institutions analogues.

Le syndicat des ouvriers jardiniers de Tours, siégeant à l'Office du travail, a sollicité de l'œuvre locale la concession d'un terrain, dans le but d'y créer un jardin d'études, en offrant d'ouvrir l'accès à tous les concessionnaires de la société. Le bureau a accueilli favorablement cette demande, ces jardiniers de métier pouvant devenir très utiles à des jardiniers d'occasion par leurs exemples et leurs conseils.

A Reims, la Société d'Horticulture a décidé de créer un jardin ouvrier modèle, d'une contenance de trois à quatre ares. On y cultivera spécialement les légumes les plus avantageux au bien-être de la famille ouvrière. Des étiquettes et indications spéciales, renouvelées tous les mois, permettront aux intéressés de savoir ce qu'ils auront à faire pendant le mois suivant. En outre, le professeur se mettra gratuitement à leur disposition le dernier dimanche de chaque mois, de deux à trois heures, pour leur fournir explications et renseignements.

A Sceaux, la direction a réservé un jardin pour y installer une école d'arboriculture fruitière, dirigée par M. Séjourné. En outre, des conférences ont été faites par M. Curé, secrétaire du syndicat des maraîchers de la Seine, qui se consacre avec le plus grand zèle à la direction des jardiniers en leur indiquant les

cultures les plus avantageuses et la manière de s'assurer les meilleurs produits.

Certaines villes ont même organisé de véritables cours à l'usage des jardiniers. Ceux qu'a ouverts à Lille la Société centrale d'Horticulture du Nord sont professés par M. Bedène chaque dimanche à trois heures et demie. A Beauvais, des cours analogues sont faits à l'hôtel de ville par M. Courtois, professeur de la Société d'Horticulture, et le rapport présenté au conseil municipal constate que « ces conférences ont produit les meilleurs résultats ; tous ceux qui les ont suivies se font remarquer par la bonne tenue de leurs jardins ' ».

La Société d'Horticulture de Valcnciennes a prêté gracieusement son concours à MM. Mulat et Legrand, maîtres de verreries à Fourmies, pour faire des conférences aux ouvriers bénéficiaires de jardins. Le « Coin de terre Fourmisien » a organisé des conférences analogues, grâce au concours d'un membre de la société. Ces conférences pratiques, fort appréciées, ont été imprimées et mises à la disposition des intéressés au prix de 0 fr. 05 l'une.

HL Des cultures accessoires varient parfois l'aspect des jardins. A Tours, des arbres fruitiers (pêchers, pruniers, cerisiers), des vignes, des pieds de framboisiers, augmentent d'une manière appréciable le produit du jardin. Six cerisiers se trouvaient sur le terrain des jardins de Romans et ils y ont fourni une récolte assez importante pour que, après un prélèvement en faveur de chaque famille, on ait pu vendre au profit commun un reliquat appréciable. A Hennebont, ce sont des pommiers qui fournissent ce

1. Rapport sur les concours organisés par la Société d'HorticulUirc de l'Oise en 1902. par M. Molle.

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supplément de profit. Un seul d'entre eux a produit en 1903 pour 42 francs de pommes. M. l'abbé Vaillant a fait clore ses jardins de Châteauroux avec des fils de fer, sur lesquels il fait courir des treilles ; il estime que chaque jardin pourra obtenir cent mètres courants de treilles susceptibles de rapporter pour 35 francs de raisins.

M. Fontaine, qui se préoccupe constamment d'améliorer la situation de ses jardiniers, compte installer à Beaune des ruches, qui donnent un fort bon produit. On sait déjà que, à Saint-Etienne et ail- 4

leurs, on rencontre parfois dans un coin du jardin ^

des toits à poules ou à lapins, voire même quelques toits à porcs.

Parmi ces cultures accessoires, une des plus intéressantes est celle des fleurs. Parfois les hommes la dédaignent. « La plus belle fleur, c'est une belle légume », — disait à M. Fuchs un jardinier de Tours. Heureusement, les femmes sont plus idéalistes et, quand elles mettent la main au jardin, elles savent bien faire une place à ces charmantes inutilités qui réjouissent les yeux et élèvent l'âme, a La maison embellie et parée, c'est la vie ennoblie et épurée, » a-t-on dit avec raison.

A côté des fleurs, il faut savoir faire une place dans le jardin ouvrier aux simples, ressource précieuse dans un grand nombre d'indispositions légères. Un des rapporteurs du récent congrès, M. l'abbé Labeau, a décrit avec amour les plantes traditionnelles du jardin de l'ouvrier flamand. Après avoir donné, comme de juste, la plus large place aux plantes qui nourrissent, il enseigne à réserver des plates-bandes pour les plantes qui guérissent et pour celles qui réjouissent, car le don de la vie serait peu de chose

RÉSULTATS MATlilUELS DES .lAHOlNS OlVKlEnS. 155

si on ne savait le conserver et aussi rcmbellir par lin peu d'idéal et de beauté.

IV. En même temps que les jardiniers deviennent plus habiles, ils s'habituent à s'ingénier pour se procurer à meilleur marché les graines et engrais qui leur sont nécessaires. A Wissant, ils font chaque année une collecte à raison de 0 fr. 75 par jardin et le produit sert à acheter les graines pour tout le monde. 11 en sera de même à partir de l'hiver prochain, à Romans, où les jardiniers ont accepté l'idée d'opérer un versement mensuel de 0 fr, 50, afin de couvrir les dépenses qui les intéressent tous. A Amiens, le comité du faubourg de Beauvais se charge d'acheter les semences en gros et les cède ensuite à prix coûtant. A Tours, le comité a proposé aux jardiniers d'acheter en commun les pommes de terre et les semences et il est disposé à faire un sacrifice pour les aider.

V. Dans le but dencourager les jardiniers à perfectionner leurs modes de culture, on a eu de bonne heure ridée de leur décerner des prix. Cet usage n'est cependant pas accepté par tous les comités. Les dames qui composent celui de Reims déclarent qu'elles considèrent l'habitude des concours comme susceptible de développer la jalousie et en contradiction avec les idées d'aide mutuelle qu'elles cherchent à inculquer à leurs protégés. Nous trouvons la même idée dans les rapports de la Rochelle et de Carcassonne, tandis que celui d'Hennebont déclare les concours inutiles, les jardins devant tous être bien tenus, sous peine de retrait.

L'usage des concours est, par contre, en vigueur dans une cinquantaine de sociétés, qui allouent périodiquement des prix aux jardins les mieux tenus. Ces récompenses sont décernées, à la suite de la visite des cultures, par une commission spécialement nommée

à cet effet. Les membres de ce jury sont fréquemment fournis par les sociétés locales d'horticulture qui témoignent partout la plus grande sympathie à notre oeuvre. La Société d'Horticulture de Valenciennes fournit des jurys d'examen à MM. Mulot et Legrand à Fourmies, au « Coin de terre Fourmisien » et aux Jardins municipaux du Cateau. A Amiens et à Beauvais, les sociétés départementales d'horticulture organisent depuis 1901 un concours annuel spécial pour les petits jardins cultivés par des ouvriers. A Beauvais, le total des récompenses qui était de 100 en 1900, a atteint 114 en 1902 et 169 en 1903. Des prix spéciaux sont attribués aux instituteurs qui présentent les jardins les mieux tenus ; c'est un excellent moyen de leur faire aimer l'horticulture et de les amener à en inspirer le goût à ceux qui les entourent. A Abbeville et à Paris-Bercy, ce sont les sociétés professionnelles de Saint-Fiacre qui fournissent les membres du jury. Au Puy, on a pris l'habitude de faire décerner les prix par les jardiniers eux-mêmes; dans chaque groupe est ouvert un scrutin secret auquel participent tous les tenanciers de jardins du groupe.

Les prix sont généralement évalués en argent, mais souvent ils doivent être touchés en ustensiles de jardinage ou en engrais, au choix du bénéficiaire. Tel est le cas à Fourmies, Troyes, Nîmes, Rodez, Abbeville, Magny-en-Vexin, Amiens (faubourg Saint-Maurice).

Ailleurs, on préfère donner des livrets de caisse d'épargne. En 1903, M. l'abbé Vaillant a distribué quinze livrets de 20 à 2 francs à plus de la moitié de ses jardiniers. Il les incite à opérer des versements réguliers en vue d'arriver ultérieurement à l'acquisition de leur terrain. M. Fontaine laisse le choix aux lauréats

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entre des outils de jardinage ou un livret de caisse d'épargne. La conférence Saint-Eutrope, de Clermont- Ferrand, qui laisse également l'option libre, assure un intérêt de 10 ^ à tous ceux qui choisissent le livret de caisse d'épargne.

Les conditions insérées dans les programmes des concours nous révèlent parfois des particularités intéressantes. A Sceaux, la commission d'examen doit tenir compte de la culture des fleurs, ainsi que de la décoration des berceaux et tonnelles. Le conseil municipal d'Arras a stipulé que les prix seraient accordés non pas tant aux jardins les mieux tenus, qu'à ceux dont les produits sont les plus variés et la culture la mieux entendue.

Certaines sociétés ne se sont pas bornées à accorder des récompenses aux ouvriers, elles en ont parfois donné aussi aux fondateurs des jardins. L'Œuvre des jardins ouvriers de Sceaux a obtenu une médaille d'argent à l'Exposition d'horticulture de Bourg-la- Reine en septembre 1902, et la Société nationale d'Agriculture a signalé son excellente organisation dans un rapport envoyé récemment à la commission des récompenses.

La Société d'horticulture de Valenciennes a décerné une médaille d'argent à MM. Mulat et Legrand, de Fourmies, pour leur généreuse initiative, et ce sont des tenanciers des jardins créés par ces patrons qui ont obtenu la médaille donnée par le ministre de l'Agriculture, à l'Exposition d'horticulture de Saint-Amand.

L'Œuvre des Jardins ouvriers de Douai a obtenu une médaille de bronze à l'Exposition horticole organisée en juillet 1903auChâteau-Gaillant; une médaille d'argent a été décernée à la même exposition à un de ses locataires, M. Malézieux. A l'autre bout de la France,

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les jardins ouvriers de Saint-Brieuc ont reçu au comice agricole un diplôme et un prix de 20 francs, et les jardiniers ont été très flattés de cette distinction.

Nous nous faisons un devoir de signaler ici les concours de bonne tenue des jardins organisés par une société qui poursuit sur un autre terrain un but analogue. Chacun sait que la Société française des Habitations à bon marché s'occupe, avec le plus grand zèle, depuis quatorze ans, d'encourager la construction de maisons salubres comme aussi d'améliorer les logements existants. En étudiant, avec une compétence universellement reconnue, toutes les questions relatives à l'habitation, le conseil d'administration a été amené à constater que le jardin constitue le cadre nécessaire de la maison individuelle, telle que la réalisent la plupart des sociétés locales de construction.

Un don généreux a permis à la Société française de manifester sous une forme tangible sa sympathie pour les jardins. M™" Frédéric Hartmann, de Munster (Alsace), lui ayant offert une somme de 1.000 francs sans affectation spéciale, le conseil décida de l'employer à récompenser les lauréats d'un concours de bonne tenue des jardins attenant aux maisons construites par les diverses sociétés affiliées.

Le concours aeulieu au printemps de 1900 et M. Georges Picot, président de la Société française, a rendu compte de ses résultats dans l'assemblée générale du

19 juin 1900.

Dix sociétés locales ont été désignées pour y prendre part. Chacune d'elles a reçu trois prix de 50, 30 et

20 francs, décernés par un jury local. Les rapports des divers jurys constatent l'habileté et l'ingéniosité croissantes des jardiniers, la part que prennent à la

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culture les femmes et les vieux parents, l'influence de la vie au grand air sur la santé et la moralité des enfants.

Ce concours a été renouvelé dans les mêmes conditions au printemps de 1903, grâce au don d'un autre membre de la Société française, M. Alfred Engel.

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