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Le siège de la Société est à Paris, 4, rue Lavoisier

On sait que les sociétés de construction se divisent en deux grandes catégories: sociétijs anonymes, sociétés coopératives.

2. Voir à ce sujet une étude très documentée de M. Jules Challamel, si compétent en ces matières .: les Habitations à bon marché en France et en Belgique {Bulletin de la Société de législation comparée, a.naéQ 1895).

chaussée est déjà élevé. A Reims, deux tenanciers ont terminé leurs bâtisses. Dans l'une habite une famille de six personnes; le père, toujours malade auparavant, a recouvré la santé depuis qu'il vit au grand air. Sa dernière fille est née dans cette maison et la présidente de l'œuvre a accepté d'être sa marraine.

Quelque intéressantes que soient ces générations spontanées de maisons, elles ne sont cependant pas sans inconvénients. Les œuvres meurent parfois, comme les individus qui les suscitent; durassent-elles, elles peuvent être forcées d'abandonner des terrains qui leur ont été loués, et parfois prêtés gratuitement, en attendant un emploi prévu à longue échéance. Le jour où le tenancier d'un jardin devra abandonner la maison qu'il a construite de ses mains, au prix de mille efforts, de privations persévérantes, où il aura à chercher un loyer, à rentrer dans une chambre obscure et insuffisante, ne sera-t-il pas disposé à se sentir lésé, à accuser son bienfaiteur plutôt que sa propre imprudence?

Les fondateurs de jardins l'ont compris. A côté de leurs œuvres, souvent avec les mêmes concours, ils ont constitué des sociétés spéciales d'habitations à bon marché. C'est ainsi que sont nées la Société Hazebrouckoise ^, puis la Caisse ouvrière de Valenciennes, société de crédit établie sur le modèle des caisses similaires belges, avec responsabilité illimitée des adhérents. A Orléans, la section locale de la Ligue du Coin de terre et du Foyer s'est adjoint également une Société de construction d'habitations.

Les sociétés de jardins ont même leurs types spéciaux de constructions. A Rosendaël, M. le D"" Lan-

1. Les statuts de la Société ont été reproduits par la revue Le Coin de terre el le Foyer, 1898, p. 30U.

cry a préconisé un plan de maison dite « Mardyckoise », mesurant cinq mètres en tous sens, composée d'un rez-de-chaussée, avec un grenier au-dessus, auquel on accède par une échelle. Cette maison, construite en briques, revient à moins de mille francs (H elle a l'avantage de pouvoir s'allonger sur le côté, si les nécessités de la famille augmentent ^.

Sur d'autres points, nous pourrions citer d'autres modèles. Peut-être n'ont- ils pas toujours réalisé ti tûtes les conditions prévues par les devis dressés l)ar les architectes de la Société française; mais, même défectueuse, cette maison construite en pleine campagne vaudra toujours mieux qu'une chambre dans une cité de faubourg. On s'y sentira chez soi, on y fera apprentissage de la propriété, on sera débarrassé du souci du terme, ce cauchemar de la classe ouvrière ; chaque tenancier se félicitera d'avoir suivi le conseil donné jadis par INI. Vautour :

Quand on n'a pas de quoi payer son terme, Il faut avoir une maison à soi.

III. Pour ceux ou celles qui sont condamnés à habiter les étages d'une maison collective, M""^ Chalamet a inauguré à Paris en 1901 une œuvre charmante, celle des « Fenêtres fleuries », qu'on a ingénieusement baptisée « le jardin ouvrier à domicile » . Les précédents en sont nombreux à l'étranger. Tout le monde a entendu parler des « Floralia » de Hollande, ces sociétés établies dans le but d'encourager les ouvriers à embellir leur maison en l'ornant de fleurs. Elles distribuent à leurs membres des bouquets et des graines et elles organisent des expositions, dans lesquelles ces

1. On trouvera plans, devis et détails explicatifs dans Le Terrianisme, 1899, p. 39ti-'(0l.

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jardiniers bénévoles voient leurs efforts récompensés par des médailles.

L'Allemagne et l'Angleterre possèdent des institutions analogues.

A Franc for t-sur-le-Mein. la « Société pour l'encouragement de la petite culture jardinière » a distribué l'an dernier 572 pots de géraniums, fuchsias, pensées, œillets, à des familles habitant les maisons ouvrières de la Société anonyme de Construction. En fm de saison, tous les pots ont été inspectés et 269 prix ont été décernés aux détenteurs qui les avaient le mieux soignés. A Londres, certaines dames habitant la campagne adressent chaque semaine des fleurs aux jeunes filles composant le cercle de Soho ; celles-ci se chargent de les répartir entre les pauvres du quartier. Dans la même ville, l'administration des parcs distribue gratuitement les plants de ileurs de ses massifs, à la fin de la saison d'été. A Glasgow, à Liverpool, à Leicester, on donne aux ouvriers des boîtes toutes plantées de ileurs pour les placer sur Tappui de leurs fenêtres. Récemment, la direction du jardin botanique de Bruxelles a décidé de mettre gratuitement des plantes d'ornement à la disposition des ménages ouvriers.

En France même, un concours annuel de fenêtres fleuries existe à Amiens et l'œuvre des balcons fleuris a été établie à Nîmes en juillet 1903,

Nous aimons à citer ces exemples pour encourager les fondateurs de l'œuvre parisienne à ne pas se laisser décourager par les difficultés du début. Nos compatriotes ne sauraient rester sourds au touchant appel que leur adressait récemment une jeune fille * en fa-

i. M"« Marie Sauvage, Les Fencires fleuries {Le Coin de terre et le Foyer, 1903, p. 38/t-380).

\e\iv du « jardin de Jenny Touvrière ». Le pot de ileur sur la fenêtre, c'est un peu de gaîté dans sa tristesse, de joie dans son isolement. « C'est notre fin d'aimer toute faiblesse dont le soin nous incombe. En mères manquées, nous donnons si parfaitement notre cœur! Elever des ileurs, pour chacune de nous, deviendra donner de l'amour. »

Mères heureuses, femmes aimées, assurez au moins quelques pots de ileurs à votre sœur solitaire qui peine et souffre, sans affection autour d'elle!

ly. Après les fleurs, les légumes.

11 ne sutfit pas de savoir les obtenir forts et sains, il faut aussi être capable d'en tirer un bon parti, de varier la manière de les préparer ; c'est ce qu'ignore trop souvent la femme de louvrier. Il est pourtant facile de faire de bonne cuisine sans dépenser beaucoup, quand on sait éviter le gaspillage. Cet art, éminemment pratique, est enseigné dans les écoles ménagères si remarquablement organisées en Belgique, grâce au généreux concours de l'État ; nous voudrions voir propager cet enseignement dans toutes les communes de France.

A Saint-Nicolas-de-\Vaës (Belgique), une école de cuisine fonctionne sous la direction d'une dame protectrice de l'œuvre. Chaque semaine, trente à quarante mères de famille s'y réunissent. Une soupe et un plat de légumes, préparés exclusivement avec ce qu'a donné le produit delà culture, composent le menu servi aux assistantes.

Un enseignement de ce genre sera organisé à Fourmies aussitôt que sera mis en vigueur le dernier palier de la loi Millerand-Colliard. Déjà deux industriels ont créé dans cette commune un cours de couture à l'usage de leurs jeunes ouvrières ; aussitôt que la

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journée pourra se terminer à cinq heures, cet enseignement sera transformé en une école ménagère complète.

La jeune fille qui aura reçu cette instruction sera particulièrement apte à recueillir le complet bénéfice de cette « Dot terrienne », jadis inaugurée à Sedan \ et qui a renoué, après un siècle d'interruption, une des meilleures traditions de la vieille France.

V. Un des grands mérites de l'œuvre des jardins ouvriers, c'est son exemplarité. Elle est si facile à établir, si peu coûteuse à entretenir, si simple à diriger, si bienfaisante dans ses effets, que la pensée de l'imiter vient tout naturellement aux personnes généreuses qui la voient fonctionner. M. le D'' A. Sorel nous en signale un exemple à Pont-de-l' Arche. Une personne riche abandonne aux pauvres la jouissance d'une petite pièce de terre de 80 ares. Une autre personne de bonne volonté se charge de la répartir entre onze familles chargées d'enfants et d'exercer une surveillance facile. L'œuvre fonctionne depuis cinq ans à la satisfaction de tous.

Personne n'ignore que la plupart des œuvres municipales de jardins ont été créées dans des villes où fonctionnaient déjà des œuvres privées. La bienfaisance a joué là une fois de plus le rôle d'initiatrice qui lui appartient depuis vingt siècles et que veulent bien \u[ concéder même les partisans les plus déterminés de l'assistance obligatoire.

Beaucoup d'industriels et de compagnies anonymes ont également imité nos modestes institutions. En dehors des jardins annexés aux maisons ouvrières dont nous avons parlé, des concessions de jardins isolés

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