‹ La terre et l'atelierChapitre 38 sur 49 · Suprà, p · texte numérisé non relu

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ont été organisées par MM. Mulat et Legrand à Fourmies, Poullot à Reims, Deviolaine à Vauxrot (Aisne),

En outre, une propagande active a été entreprise dans le but d'améliorer la culture des jardins attenant aux maisons. M. Lemaille, dont nous avons déjà signalé le zèle, est caissier principal de la Compagnie des mines d'Anzin. A sa demande, le conseil d'administration a décidé d'organiser la visite des jardins do ses ouvriers et de distribuer des primes aux possesseurs de ceux qui auront été reconnus les mieux tenus. Il serait à désirer que des mesures analogues fussent prises par la Compagnie des mines de Lens. Les mineurs, qui ont toujours du temps libre, soit avant de descendre à la mine, soit en en remontant, cultivent leurs jardins avec amour. Chacun d'eux est fier d'être cité comme « ayant le pompon ». Ce qui leur manque parfois, c'est l'expérience des saisons et des qualités des fleurs et des simples. Des conférences pratiques leur seraient très utiles.

On sait que les compagnies de chemins de fer ont eu de tout temps l'habitude d'adjoindre un jardin aux habitations concédées à leurs agents du service de la voie, garde-barrières, chefs de stations et gares, etc.; mais on ne soupçonne peut-être pas l'importance qu'atteignent ces cultures. Elle nous est révélée par les chiffres que cinq des grandes compagnies ont bien voulu verser à notre enquête. Le Nord concède à 3.000 agents du service de la voie des jardins de 3 à 5 ares ; ceux des chefs de gares ou de stations atteignent une contenance do 4 à 6 ares. A la Compagnie de l'Est, le nombre des bénéficiaires de jardins est de 2.800 pour les agents de la voie et de 820 pour les chefs de gares et stations. Le Midi a construit 2.663 maisonnettes pour cantonniers et garde-barrières, en leur adjoignant

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un jardin de 5 ares, et 650 chefs de gares et employés logés ont la jouissance de jardins de 6 à 7 ares. L'ensemble constitue pour ce seul réseau un domaine de 179 hectares. La Compagnie d'Orléans accorde à titre gracieux des jardins de 3 à 5 ares à 6.062 de ses agents ; en outre, la même compagnie alloue une subvention à l'Œuvre des jardins ouvriers de Tours, qui a attribui' trente de ses jardinets à des familles d'ouvriers employés dans les gares.

VI. L'Etat lui-même est entré dans cette voie en concédant des jardins à certains agents dont les traitements sont particulièrement réduits. M. l'abbé Winnaere nous signale cinquante jardins d'une contenance de 60 mètres carrés, dépendant de la caserne des douaniers du Havre et distribués au personnel suivant l'ordre d'ancienneté et de mérite. M. le D'' Lancry s'est livré à une véritable enquête sur les « jardins administratifs » concédés aux douaniers dans les environs de Dunkerque. Leur contenance est de 120 mètres à Ghyvelde, 125 mètres aux Moeres françaises, 360 mètres à Rosendaël. Les titulaires ne trouvant pas cette contenance suffisante, y ajoutent généralement la location d'une petite pièce de terre, labourée à la charrue par un propriétaire voisin, et sur laquelle ils cultivent leurs pommes de terre. Ces jardins contribuent pour une grande part à assurer la vie de la famille. L'Etat en accorde également aux gendarmes, aux éclusiers employés sur les canaux, etc..

Les jardins jouent aussi leur rôle dans la vie du soldat. Ils sont prévus aux articles 381 et 382 du règlement sur le service intérieur des corps de troupe, et une circulaire ministérielle du 12 janvier 1863 les recommande comme un excellent moyen d'améliorer l'ordinaire. La circulaire règle le mode de culture, le paie-

ment des dépenses, la comptabilité, la transrnission en cas de changement de garnison. Dans diverses casernes, des conférences agricoles ont été organisées par des officiers. Ils prêchent aux soldats l'amour de la campagne, l'estime de la profession agricole, ils leur inculquent des notions pratiques de culture et les mettent au courant des diverses formes d'association qui permettent d'augmenter le rendement net de la terre.

Assez peu nombreux en France, les jardins militaires existent dans presque toutes les garnisons de l'Algérie et de la Tunisie. Au 4" chasseurs d'Afrique, à Tunis, un escadron a même adjoint un jardin d'agrément au potager ; une piste cavalière a été tracée et serpente au milieu des eucalyptus, des faux-poivriers et des aloès.

Mais l'utilité des jardins est particulièrement frappante aux colonies. L'homme de troupe colonial est un soldat de carrière; ses occupations sont variées. Pas un cercle qui n'ait jardin, culture de maïs, rizières, fours à chaux, à briques et à tuiles. Chaque chef de poste cherche à ajouter aux créations de son prédécesseur. On peut signaler spécialement les jardins d'essai du deuxième territoire du Tonkin.

Par suite, on s'ennuie moins aux colonies qu'en France, « le service y est plus léger ». Le soldat ainsi préparé ferait plus tard un excellent colon, si les jeunes Françaises étaient mieux disposées à suivre l'exemple donné jadis par leurs aînées au Canada.

VIL C'est particulièrement à l'école primaire que serait utile l'enseignement horticole dont nous parlions tout à l'heure. On a depuis longtemps signalé l'intérêt que pri'sente la culture comme procédé éducatif : Pestalozzi et Fellcnberg en ont fait jadis le fondement

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de leur célèbre système. Froebel, le créateur des jardins d'enfants en Allemagne, attribuait un rôle capital au jardinage dans l'éducation de l'enfance; on remarque que les jeunes écoliers qui ont passé par les jardins Froebel ont l'esprit plus éveillé que les autres et saisissent plus vite les leçons du maître. Aux États- Unis, les instituteurs se font eux-mêmes les propagateurs des jardins scolaires et M. Jesse Collings a présenté jadis au Parlement anglais un projet de loi sur l'enseignement agricole qu'il compte bien voir aboutir quelque jour '.

Ces idées commencent à se répandre également dans notre pays. IM. Viger, ancien ministre de l'Agriculture, a fait adopter un vœu à ce sujet par le Congrès international d'Arboriculture et de Pomologie, dans sa séance du 14 septembre 1900. A l'Exposition même iigurait dans la classe VIII un minuscule jardin scolaire destiné à montrer tout le parti qu'on peut tirer d'un espace très restreint dans le but de développer chez les enfants le goût de la culture.

Certains instituteurs zélés n'avaient point attendu cet exemple pour organiser des jardins scolaires destinés à leurs élèves. Dès 1875, M. Morlon, instituteur à Saint-Symphorien, près Tours, ayant planté des tilleuls dans sa cour, eut l'idée, pour protéger leur croissance, d'attribuer à chacun un patron, en donnant à l'élève choisi le droit de cultiver un jardin d'un mètre et demi environ autour de son pupille. La bonne réussite de ces jardinets décida l'instituteur à transformer son propre jardin en un champ de culture scolaire. Les élèves étaient chargés de l'entretien des allées communes. Chacun avait son carré, por-

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