VOLCANS CENTRAUX
Etna. — Le mont Gibel, en Sicile fig. 97), est le plus remarquable des volcans de l'Europe. Ses éruptions sont cie toute an-
tiquité; les historiens et les poètes grecs et latins ont décrit longuement ses paroxysmes. On y a remarqué une période séculaire; ainsi, l'Etna a offert des éruptions en 1183, 1285,
Kig. "J7. Erupliun de TKlna eu 1771.
1381, 1G82, 1781; ensuite, en Van 56 avant .1. G , et en 14V', 1643, 1744, 1844.
Une des plus célèbres éruptions de l'Etna est celle de 1669. l-'n tremblement déterre venait de renverser la ville de.Xicolosî,
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lorsque deux gouffres s'ouvrirent près de cette ville. Il en sortit une telle quantité de matières volcaniques que les monts Rossi prirent naissance par l'accumulation de ces matières.
On voit par la figure 98 que le mont Gibel n'offre pas cette apparence conique qui se remarque dans beaucoup de volcans. L'Etna s'étend, en effet, sur une circonférence de près de trente lieues ; sa pente s'élève tout à fait insensiblement des ondulations de la plaine. Aussi voit-on se succéder sur ses flancs les différentes régions botaniques.
Aux assises inférieures de la montagne est une zone de jardins magnifiques; plus haut, vient une zone de forêts ; enfin, apparaît la région des roches nues. Le sommet de l'Etna est situé à 3315 mètres; il dépasse la limite des neiges perpétuelles : aussi est-il presque toujours couvert de neiges ou perdu dans les nues.
L'aspect du cratère de l'Etna est d'un effet saisissant. Il n'est pas impossible d'arriver jusqu'au bord même de ce cratère et de plonger ses regards dans ses profondeurs. Un mélange de scories noirâtres, de fragments de lave, de basalte et de soufre jaunâtre s'offre alors â la vue : la lave bouillonne au fond de ces conduits ténébreux En ^34, M. Élie de Beaumont, accompagné de Léopold de Buch et de quelques autres savants, visita un petit cratère actif (j[ui forme le point culminant de la montagne.
« Ce fut pour nous tous un moment de surprise assez difficile à d(>peindre, dit M. Élie de Beaumont, quand nous nous trouvâmes à Tiniprovisle non au bord du grand cratère, mais au bord d'un gouffre presque circulaire d'environ 80 à 100 mètres de diamètre, qui ne touche au grand cratère que par une petite partie de sa circonférence. Nos regards plongeaient avidement dans cet entonnoir presque cylindrique, mais c'était en vain qu'ils y cherchaient le secret de la volcanicité ! Les assises à peu près horizontales qui se dessinaient dans les escarpements presque verticaux ne nous révélaient que la structure du cône supérieur. En cherchant à les compter les unes au-dessous des autres, on les voyait se perdre peu à peu dans l'obscurité complète du fond; aucun bruit ne sortait de ce fond ténébreux; il ne s'en exhalait que des vapeurs blanchâtres, légèrement sulfureuses, formées principalement de vapeur d'eau. L'aspect lugubre de ce gouffre noir et silencieux, dans lequel nos regards se perdaient; ses flancs obscurs et humides, le long desquels serpentaient, d'une manière languissante et monotone, de longs flocons de vapeur d'une teinte grise et mélancolique; le grand cratère auquel
se rattache le gouffre étroit, et dans lequel Tentassement confus de matières diversement colorées en jaune, en gris, en rouge, semblait Timage du chaos, tout présentait autour de nous un aspect funèbre et sépulcral. Le froid du matin, secondé par un vent léger du nord-est, augmentait encore pour nous cette impression triste et sauvage. »
Du sommet de l'Etna, on voit avec admiration se dérouler, étages selon les hauteurs, tous les produits de la flore européenne. On aperçoit nettement la région des neiges, la région J)oisée et la zone cultivée, qui surmonte l'immense tapis des verdoyantes plaines de la Sicile.
Vésuve. — Le Vésuve est, pour l'Européen, le volcan classique. Son origine est moins ancienne que celle de l'Etna, mais ses
lig. 99. La bomina .ivaiit le premier siècle.
éruptions sont plus fréquentes; elles ne sont pas séparées par un intervalle de plus de cinq ou six ans.
Ce qui prouve le peu d'ancienneté du Vésuve, c'est <[ue les écrits des anciens naturalistes romains n'en font aucune mention.
Jusqu'au premier siècle de notre ère, on ne connaissait que la montagne à la(|uelle on donnait le nom ûe Somma {û<^. 99), dont la cime était couverte de l)0S(piets, de buissons et de petits lacs. On sait par la de.scription que Strabon en a donnée, que la Somma était cultivée sur toute sa liaiilctir, à cause de sa fer
TEMPÉRATURE DU GLORE.
tilité. Rien n'avait fait présager l'éruption effroyable qui, au premier siècle de notre ère, bouleversa la Somma, jeta dans la mer la plus grande partie de la montagne, et fit naître dans la concavité résultant de sa chute le cône volcanique qui prit le nom de Vésuve (fig, 100).
Tout le monde sait que, pendant l'éruption de l'an 79, qui coûta la vie au naturaliste Pline, les villes d'Herculanum et de Porai^éi furent ensevelies sous une immense quantité de matières pulvérulentes, lancées par le nouveau cratère.
Pompéi fut ensevelie sous des matières assez meubles ; Hercalanum fut couvert d'une espèce de tuf, ou boue épaisse, qui l'enterre aujourdhui sous une couche dure et compacte.
Fig. 100. Le Voiuve après l'éruption de l'an 79.
Pompéi a pu être de nos jours déblayée en grande partie. Les fouilles, qui sont poussées avec beaucoup plus d'activité depuis quelques années, grâce à la sollicitude du nouveau gouvernement d'Italie, ontfini .par mettre au jour la ville presque entière.
La figure 101 donne un spécimen exact de l'état actuel de Pompéi. Cette figure représente , d'après une photographie , une rue de cette ville.
La figure 102, dessinée également d'après une photographie, représente ce que l'on nomme la rue des Tombeaux, qui est une avenue située hors de la ville.
Les premières éruptions du A'ésuve ne produisirent aucune coulée de lave; elles ne donnèrent que des matières pulvérulentes. Les premières laves n'ont apparu que dans l'éruption de l'année 1036. En 1500, se manifesta une grande éruption
l-ig. 101. Une rue de Pompéi,
f[ui lança des matières pulvérulentes en abondance. Le cratère resta dans un repos absolu jus({u'au 16 décembre 1631, éjioqut' à laquelle il se ralluma tout à coup. La montagne avait eu le temps de se couvrir de bois et de taillis dans lesquels paissait le bétail. Tout cela fut soudainement lancé en l'air ou consumé.
Sept torrents de lave coulant du cratère couvrirent plusieurs villages. Sur ces laves mêmes furent reconstruits les villages qui portent les noms de Torre dell' Annunziata, Torre del Greco, Résina, Portici, etc.
Depuis cette épo({ue, il se passa rarement plus de dix années sans que le Vésuve donnât signe de vie. Le 27 février 1730, le cratère s'était peu à peu élevé, par l'abondance des matières, de telle sorte que son sommet formait une plaine. Le 15 mai 1737, nouvelle éruption, avec courants de lave. Le 2 décembre 1754, le cratère lance des blocs de lave de 4 mètres de diamètre. L'éruption de 1766 dura neuf mois, et la lave forma
Fig. 103. Le ^'ésuve actuel.
un grand lac de matières fondues. L'aspect du cratère était alors remarquable; il formait un cône, et de cette sorte de cheminée s'échappaient des gaz, des flammes et des scories. De la base sortaient des matières laviques en fusion. L'ambassadeur d'Angleterre, Hamilton, a publié de très-curieuses planches représentant l'état du Vésuve pendant l'éruption de 1766*. L'éruption de 1767, qui a été aussi figurée et décrite par Hamilton, fut remarquable par la grande quantité de lave qui sortit du volcan. Le Vésuve, loin de diminuer dé hauteur,
1. Campi phlœgrxi. Observations sur les volcans des Deiix-Sictles, texte aaglais et français, avec 9.) planches, in-folio. Xaples, 1776.
s'éleva, pendant cette éruption, de 185 pieds. Le 20 octobre, la lave s'ouvrit une issue à cent pas au-dessous de l'ancien cratère. Dans l'éruption du 19 juillet 1799, les colonnes de feu lancées par le Vésuve s'élevèrent à une hauteur prodigieuse.
D'autres éruptions remarquables ont eu lieu en 1790, J794, 1804, 1810, 1817, 1820,1822, 1831, 1834, 1839, 1858 et 1861.
C'est le roi de Naples, Ferdinand de Bourbon, qui a fait éta- })lir sur le Vésuve un observatoire particulier, où Ion suit tous les phénomènes que présente le volcan. M, Palmieri est le savant chargé des observations.
La figure 103 représente le Vésuve actuel, vu delà colline de Pausilippe, aux portes de Xaples.
Iles Lipari. — Les îles Lipari. situées en face de la Sicile, renferment deux centres d'action volcanique : le Stromboli et le Volcano. Mais le Stromboli est le plus actif, et on peut le considérer comme le volcan central de ce groupe.
Le Stromboli, qui s"élève au bord de la petite lie volcanique de ce nom, est sans doute en communication avec les vastes foyers souterrains qui ont fait surgir le Vésuve et l'Etna. C'est le volcan le plus remarquable de l'Europe par sa continuité. Connu de toute antiquité, signalé par Homère, le Stromboli n'a pas cessé un moment ses resplendissantes éruptions, <jui lui ont fait donner le nom de Phare de la Mcdiicrranée ou de la mer Tyrrliénienne .
Depuis deux mille ans, on n'a jamais vu s'éteindre son panache de flammes; aujourd'hui, comme au temps d'Homère, la gerbe enllamméc qui sort de son cratère sert aux pilotes des environs pour se diriger pendant la nuit.
Toute l'île de Stromboli a été formée par les déjections volcaniques, par des scories et de la \à\e. Elle forme une sorte de cône, fendu du liant en bas i)ar une large crevasse. Le cratère est placé à 200 mètres au-dessous de la montagne, la lave s'écoule par le haut de l'énorme fissure qui la divise ^lig. 104).
H n'est pas difficile d'arriver au sommet de la montagne, et comme les précipices qui descendent vers le cratère sont pres- ([ue verticaux, on peut plonger ses regards dans le sombre orifice sans être incommodé par les vapeurs sulfureuses ou les roches lancées en l'air, car on domine les bouches d'éruption d'une assez liniiRic liaiilcur. 'routcl'ois. comme le sommet d(;
la montagne est formé de matériaux mouvants, il y a quelque danger à s'approcher des bords du précipice.
La perspective de ce danger n'a pas arrêté les observateurs. On possède plusieurs descriptions du cratère de Stromboli. La plus exacte est celle qui a été donnée par le géologue prussien Frédéric Hofmann. En 1828, Hofmann sétant couché sur le bord du précipice, se fit tenir par ses compagnons, de manière à pouvoir avancer la tête au delà des bords, et voici comment il décrit ses impressions :