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Le Stromboli

« Trois bouches actives se voyaient au fond du cratère, La moyenne principale avait 200 pieds de diamètre; elle ne montrait rien de particulier; elle fumait légèrement et de nombreuses croûtes jaunes de soufre couvraient les parois de sa cheminée. A côté de cette bouche on en trouvait, plus près du précipice, une antre, large seulement de 20 pieds, dans laquelle je pouvais observer le feu de la colonne liquide de lave, dont le niveau se balançait par intervalles.

« La lave ne se montrait point comme une imagination ardente se la dépeint quelquefois, sous forme d'une masse brûlante, vomissant des flammes; mais elle paraissait luisante comme du métal fondu, comme le fer sortant du haut fourneau, comme fargent au fond du creuset.

« Cette masse fondue oscillait en montant et en descendant. Elle était

poussée évideimnenl par la tension terriblement élevée de vapeurs élastiques renfermées dans son intérieur, et on pouvait l'ac lenient voir l'effet du balancement entre le poids des masses fondues et la pression des vapeurs d'eau qui les soulevaient. La surface montait et descendait régulièrement par intervalles rhythmiques. On entendait un bruit particulier, semblable aux décrépitations de Tair entrant par un soufflet par la porie d'un fourneau de mines. Un ballon de vapeurs blanches sortait ;i chaque décrépitation, en soulevant la lave, qui relombait après sa

1 li^'. 10."). Le cratère du Stromboli, d'ai)rès l'atlas de ruuvrat;c de M. de lîylaiidl. [Théorie des vokam.)

sortie. Ces ballons de vapeur arrachaient à la surface de la lave des scories chauffées au rouge, et ces morceaux dansaient comme ballottés par des mains invisibles, dans un jeu riiytiunique, par-dessus le bord de l'ouverture. Ce jeu si régulier et si attrayant était inlerronqiu de quart d'heure en quart d'heure par des mouvements plus lumullucux. La masse des vapeurs tourbillonnanlcs resta alors immobile pendant un moment en faisant même un mouvement saccadé de retour, comme si elle était aspirée par le cratère, du fond duipiel s'élevait plus fortement la lave comme pour aller à sa rencontre. Le sol tremi)lait alors, les parois du cratère tressaillaient en s'imlinanl. C'était un tremblement de

terre manifeste. La bouche du cratère faisait entendre un mugissement sourd et roulant, et à la fin un ballon immense de vapeur crevait à la surface de la lave, soulevée avec des craquements sonores et tonnants. Toute la surface de la lave réduite en esquilles incandescentes était alors lancée en Tair.

« La chaleur frappait vivement nos visages, une gerbe enflammée montait toute droite en Pair et retombait en pluie de feu sur les environs. Quelques bombes s'élevaient jusqu'à 1200 pieds de haut et décrivaient, en passant par-dessus nos tètes, des paraboles de feu. Immétliatement après une éruption pareille, la lave se retirait dans le fond de la cheminée, qui s'ouvrait noire et béante; mais bientôt on voyait remonter le miroir luisant de la surface de lave qui recommençait alors le jeu rliythmique des dégagements ordinaires moins violents. »

Islande. — Bien que les anciens traités de géographie ne signalent en Islande que le mont Hékla comme montagne volcanique, il existe dans cette île plus de 20 volcans, dont 8 sont en activité. L'Hékla (fig. 106) n'est ni le plus grand ni le plus formidable de ces volcans. Si on le cite de préférence, c'est qu'il est situé près de la côte méridionale de lîle, partie le plus souvent visitée par les voyageurs. Au reste, l'Islande ellemême est tout entière un terrain d'éruption.

L'histoire n"a constaté qu'au neuvième siècle des éruptions volcaniques dans cette contrée; mais depuis le commencement du douzième siècle, il s'est rarement passé en Islande un intervalle de vingt années sans quelque éruption ou quelque violente secousse. L'Hékla a été quelquefois en activité pendant six ans sans interruption. Les tremblements de terre ont souvent bouleversé l'île dans sa totalité en y produisant le déchirement des montagnes, le déplacement du cours des rivières et l'apparition de lacs nouveaux. Toute l'Islande est sillonnée de crevasses et recouverte par des masses de laves d'une si grande étendue qu'on n'en trouve de semblables en aucun autre lieu du monde.

Dans certains points de lile, les volcans sont en activité à tour de rôle, l'un d'eux servant de soupape de sûreté pour les autres. Presque tous ces volcans sont situés sur une large bande de trachyte qui traverse l'Islande du nord- est où se trouve le Krabla, jusqu'au cap ileykiavers, qui termme l'île au sud-ouest. Les principales bouches volcaniques, ou jokulls^ sont : au nord, le Krafla, le Leirhnukur, le Trolladyngur, le Skapta; au sud, l'Hékla, Eyafiall, Katlugia; à lest, l'Oerafa.

36i LA TERRE ET LES MERS.

Les plus terribles éruptions dont les annales de l'Islande fassent mention sont celles de 1783. Le courant de lave sorti le 11 juin du Skapta-Jokull remplit le lit de la rivière trèsprofonde du Skapta, ainsi qu'un lac considérable qu'elle traversa, et déborda ensuite sur les champs voisins. Plus de neuf mille personnes et une immense quantité de bétail périrent dans cette catastrophe. Les masses pulvérulentes qui furent vomies pendant six mois par le Skapta et le Krafla, chassées par les vents sur l'Europe, y obscurcirent momentanément le soleil et donnèrent au ciel une couleur blafar(fe. Un mois avant que l'éruption ne se manifestât sur la terre ferme, il y eut à trente milles au sud-ouest du cap Reykiavers une éruption sous-marine qui couvrit la mer de ponces et de cendres jusqu'à une distance de 30j kilomètres. En même temps une ile sortit des eaux; elle était formée de roches qui lançaient des flammes. Le roi de Danemark la réclama et lui donna le nom de Ny-Oc {nouvel îlol). Mais avant qu'une année fût écoulée, la mer reprit son domaine, et il ne resta en ce point qu'un récif dangereux.

A côté de ces volcans, des sources chaudes et des solfatares donnent issue à la chaleur souterraine. L'un des phénomènes les plus curieux sont les geysers, ou volcans d'eau bouillante, parmi lesquels il faut citer surtout le graiid Geyser (son nom signifie fureur) et le Strokkur.

Le grand Geyser est une source jaillissante dont le tube a 23 mètres de profondeur sur 3 de largeur; il est surmonté d'un bassin qui mesure en travers de 16 à 18 mètres Les parois de ce bassin, aussi bien que celles du tube d'ascension, sont revêtues d'une couche siliceuse très-unie et très -dure provenant des dépôts siliceux fournis par les eaux, car ces eaux tiennent en dissolution une assez forte proportion de silice. Cependant l'eau du geyser ne dépose rien; mise en bouteille, elle reste claire comme le cristal ; on peut la garder des années sans qu'il se forme aucun précipité. On ne comprendrait donc pas la formation des parois de silice du geyser, si on ne savait que le même li(|uide, soumis à une évaj)oration rajiide, laisse un anneau siliceux sur les côtés du bassin dans leijuel on l'évaporé; et c'est là le cas des puits d'eau chaude de Ils-

lande. La source thermale déposant de la silice a donc ellemême bâti son puits dans le cours des siècles, et en a exhaussé les bords en forme de tertre.

La figure 107 représente le bassin du grnnd Geyser, dans un moment d'interruption du jet d'eau bouillante.

L'explication des phénomènes du geyser a longtemps embarrassé les physiciens. Le jet d'eau bouillante n'est pas continuel; il n'arrive que par intervalles. Avant chaque éruption, le tube et le bassin se sont d'abord remplis d'eau chaude; de temps en temps des détonations violentes, accompagnées d'une grande agitation de l'eau, se font entendre. L'eau est soulevée

Fig. 107. Bassin du grand Geyser.

dans le tuyau, de manière à produire un monticule au centre^ de la nappe ; le liquide déborde, puis tout à coup il s'élance avec fureur, en formant une immense gerbe, dont les épis, perçant la vapeur, retombent sur eux-mêmes dans le bassin. Des pierres ou des mottes de tourbe, qu'on jette quelquefois dans le geyser afin de provoquer une éruption, sont rejetées avec violence. Ensuite la gerbe diminue, s'élance encore, fait un dernier effort, avec une violence soudaine, puis tout s'apaise : le geyser reste enveloppé d'un nuage de vapeurs blanchâtres, et le bassin se montre de nouveau vide et parfaitement sec. Le jet lancé par le grand Geyser atteint quel-

quefois une hauteur de 60 mètres; en 1770, il a dépassé

M. Bunsen a donné l'explication suivante du jeu de cette fontaine intermittente. Il a réussi à déterminer la température de l'eau à différentes profondeurs quelques minutes avant une éruption. Dans aucune partie du tube Peau, d'après ses observations, n'atteint le point d'ébullition correspondant à la pression à laquelle elle est soumise dans cette partie du tube. Ainsi, à 9 mètres du fond, elle a 122 degrés de chaleur, tandis qu'à cette profondeur elle ne pourrait bouillir qu'en atteignant 124 degrés, en raison de la pression qu'elle supporte. Or, à une profondeur moindre, la colonne d'eau superposée étant plus courte et la pression moins considérable, le point d'ébullition n'est qu'à 120 degrés. Si donc la vapeur, arrivant par les conduits souterrains, pousse l'eau qui possède 122 degrés au niveau pour lequel le point d'ébullition est à 120 degrés, elle y entrera aussitôt en ébuUition, formera de la vapeur qui soulèvera encore davantage la colonne supérieure, dont le sommet se déversera dans le bassin, déchargeant ainsi l'eau inférieure d'une partie de sa pression. De cette manière, tout le tube peut soudainement entrer en ébuliition, et l'eau être projetée avec force en jets verticaux. Ces éruptions s'expliquent donc en supposant que l'eau reçoit un excès de chaleur en un de ses points par l'action locale de roches très -chaudes, et que la vapeur qui s'y forme donne une première im ;,ulsion verticale à la colonne liquide (lig. 108).

Il résulte de la théorie de M. Bunsen que le grand Geyser, comme d'autres sources chaudes de llslande, cessera de jaillir lorsque son tube d'ascension aura atteint une certaine limite de longueur.

. Le Sirokkur est le deuxième volcan d eau bouillante qui accompagne le grand Geyser. Pour donner une idée exacte de ce curieux jet d'eau bouillante, nous rapporterons la description qu'en a donnée un voyageur, M. Jules Xougaret, à (jui l'on doit d'intéressants récits des grandes curiosités naturelles de notre globe.

« Le mol Sirokkur, dit M. Jules Nou^'an'l iluiisle Moniteur universcldu. 12 juin 1866, signifie, en islandais, baratte. Il a clé donné à ce geyser parce que son cralÎTe ressemble; à une machine à liatlre le Ixniri'o. Il se

TEMPÉRATURE DU aLOBE. 371

trouve à environ 70 mètres du grand Geyser et par conséquent à 35 mètres de ma tente. Il est autrement etïrayant que son voisin, vu que rien ne garde son ouverture. Au milieu d'un soubaissement, espèce de cuvette difforme, se trouve la bouche du Strokkur, véritable trou de puits àpeu près rond et ayant un diamètre de 1 mètre 50. Tout à fait à rentrée, il s'est formé un semblant de bourrelet qui n'entoure pas entièrement la bouche. Il se compose d'une espèce de conferve rouge comme la brique et d'une concrétion siliceuse mélangée qui n'oftre pas les mêmes apparences que celle du grand Geyser. Elle est d'un gris blanchâtre et remplie de tubulures qui, si elles étaient régulièies, la feraient prendre pour des fragments de rayons d'abeille pétrifiés. L'impureté de ces concrétions provient de ce que, pour provoquer des éruptions du Strokkur, on y jette continuellement des pierres, des mottes de gazon, tout ce qui tombe sons !a main. On comprend que toutes ces matières doivent sensiblement altérer l'eau et y introduire des principes hétérogènes qui, mélangés au silicium, combiné avec l'oxygène, produisent des espèces de silicates imparfaits, au lieu d'une silice pure.

« Quant aux cellules ou tubulures irrégulières qu'on y trouve, elles proviennent de la même cause ; les herbes, les racines, après être allées provoquer une éruption, sont rejetées en dehors, tombent quelquefois sur le bord de la bouche, et si on les y laisse, ce qui arrive le plus souvent, l'année d'après elles sont couvertes de dépôts de silice, et au bout d'un certain temps, ces mêmes herbes, ces mêmes racines déjà calcinées, cuites par les eaux du geyser, pourrissent; alors il ne reste à leur place que le moule vide de leur forme |)rimitive et un vague résidu.

« Quand on s'approche du bord de ce puits pouren regarder 4'intérieur, on est saisi d'une horreur insurmontable. J'ai déjà exploré tous les cratères connus de l'Europe. J'ai été le premier à porter mes pas sur les derniers cônes de l'Etna, alors qu'ils venaient à peine de sortir de terre, et pendant que leurs éruptions étaient dans toute leur imposante grandeur; j'ai passé une nuit dans le Stromboli, penché sur le bord d'une bouche pour regarder bouillonner les laves à l'intérieur: tout cela m'in téressait; j'ai toujours été parfai'onient calme, sans songer à la possibilité d'un accident, sans éprouver le moindre sentiment de crainte. Ici, sur le bord du Strokkur, en voyant cette eau couverte d'écume qui bouillonne dans ce puits aux parois unies, j'éprouve une espèce de vertige, un frisson insurmontable qui ne me quitte plus, et je pense à ce malheureux cheval d'un naturaliste qui, y étant tombé, en fut rejeté, (juelques instants après, complètement cuit.

« A une profondeur qui varie selon les oscillations occasionnées par le bouillonnement de deux à trois mètres, les eaux limoneuses tourbillonnent en crachant une écume jaunâtre et avec un bruit terrible. C'est à tort que, j'ignore pourquoi, les naturalistes ont prétendu que les vapeurs de ces geysers sont inodores. Je trouve que celles qui s'en dégagent iint, au contraire, une odeur de chlore et de soude tellement forte, à certains moments, qu'elle attaque le gosier et provoque la toux.

« S'il faut attendre le bon plaisir du grand Geyser pour avoir le spectacle d'une éruption, il n'en est pas de même du Strokkur, dont on peut exciter les fureurs au point de le mettre dans de magnifiques transports. Il suffit

pour cela, comme je l'ai dit, d'y jeter des pierres, des mottes de gazon ou d'autres matières lourdes. Pour atteindre ce résultat, j'ai mis près d'une heure, avec l'aide de mon guide, à construire sur le bord une espèce de muraille avec divers matériaux que j'allais ciiercher sur les bords de la rivière d'Haukadalur. Quand l'édifice a été élevé à une hauteur suffisante, je l'ai poussé dans le cratère, et j'ai attendu.

« En tombant dans le puits bouillant, toutes ces matières n'ont produit qu'un bruit très-naturel; mais j'ai observé qu'à partir de ce moment le bouillonnement devenait moins fort, diminuait progressivement, jusqu'à ce qu'enfin il a fini par cesser tout à fait. Au milieu de ce silence, pendant lequel le monstre semblait se recueillir, de temps à autre j'entendais l'eau qui faisait des soubresauts, se livrait à des saccades isolées se succédant de minute en minute et devenant de plus en plus fortes.

c Ily avait vingt-trois minutes que je suivais cette marche, quand tout à coup l'eau s'est montrée au-dessus de l'orifice ; ce soulèvement a été immédiatement suivi d'un premier jet, qui s'est élevé à la hauteur de trois mètres : l'éruption était commencée. Ce n'est pas une éruption continue, semblable à un jet d'eau qui obéit à une pression toujours égale, mais une suite d'éruptions successives et sans interruption. A partir de ce moment, une énorme bouchée d'eau s'élevait dans les airs en entraînant une certaine quantité de vapeurs, retombait sur les bords concaves du cratère, et pendant qu'elle s'y engouffrait de nouveau, une autre gerbe plus volumineuse s'élevait, avec une rapidité extrême, aune plus grande hauteur. Il arrivait parfois qu'un jet en suivait presque instantanément un autre; alors les deux, en se rencontrant, se brisaient et retombaient ensemble. Mais quand l'éruption suivante avait lieu aussitôt aprùs la chute de celle qui l'avait précédée et avant qu'elle fût entièrement rentrée dans le puits, alors, libre de tout obstacle, la nouvelle venue s'élevait à quatre-vingts pieds, en conservant à sa base un volume de deux mètres de diamètre, qui allait s'élargissant de manière à former un cône renversé.

« Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que l'eau retombe exactement sur place et que l'observateur peut se placer à quatre mètres de la bouche sans en recevoir une seule goutle.

« Après un spasme qui avait duié dix-huit minutos, tout se calma soudain. Croyant que tout était fini, je m'approchai aussitt du cratère pour en examiner l'intérieur; mais, au moment où je regardais, comme si ce terrible geyser eût été doué d'une intelligence quelconque, il me cracha à la face une éruption formidable. L'eau arriva avec une vitesse telle, que j'eus à peine le temps de détourner la tète ; mais dans la précipitation que je mis à me sauver, et, je dois le confesser avec toute sincérité, tant que j'ai été en présence du Strokl^ur, il m'a élé impossible d'entrer en possession de mon sang-froid. Dans ma trop brus(|ue retraite, je tombai dès le premier pas, et (pielque diligence (pie je misse h me rouler sur moi-même, je ne pus pas fuir assez vite pour ne pas recevoir une grande quantité d'eau chaude. Pour le coup, je me crus à moitié cuit, et ce n'est pas sans quelque surprise que je m'aperçus, dès les premiiTcs sensations, que cette eau était à peine tiède. Béfiexion faite, je suis bien aise que le hasard m'ait fait faire celte expérience, qui va nous mettre sur la

voie de quelque vérité, quand nous essayerons de pénétrer les secrets de ces geysers.

« L'éruption dura encore douze minutes, après lesquelles tout se tut de nouveau. Je m'avançai alors sur la bouche, mais cette fois avec plus de confiance, parce que je savais que l'eau n'arrivait jamais au delà de trois mètres de la bouche et qu'on avait le temps avant sa chute de parcourir un espace double sans se presser, et que de plus, quand elle retombait, elle était sensiblement refroidie. Cette fois l'éruption était bien finie. L'eau s'était complètement retirée dans les profondeurs , et il m'a été facile d'examiner ce cratère provisoirement desséché. Il est parfaitement rond et uni, poli même par le bouillonnement continuel des eaux; il a, comme je l'ai dit plus haut, 1 mètre 60 à son ouverture évasée, et va se rétrécissant comme l'embouchure allongée d'un cor de chasse.

Fig. 109. Fontaines bouillantes du Strokkur.

On peut le suivre de l'œiljusqu'à une profondeur de vingt ou trente pieds; là il est large de trois pieds au plus, et semble décliner vers le nord. Ce n'est qu'au bout de seize minutes que les eaux ont commencé à reparaître dans le fond, mais il a fallu en tout douze minutes à ces mêmes eaux pour revenir à leur premier niveau et reprendre leur allure primitive. »

La figure 109 représente les fontaines bouillantes du Strokkur.

Iles Açores, Canaries, et îles du Cap-Vert. — Ce groupe d'îles situées à l'ouest de l'Afrique est tout aussi volcanique que l'Islande.

Le principal volcan des îles Açores est le Pico, remarquable

par son cône d'éruption parfaitement régulier et formé de trachyte.

Nous avons déjà parlé du pic de Ténériffe à propos des montagnes de l'Afrique. C'était jadis un volcan terrible; mais ses éruptions ont cessé depuis le commencement de notre siècle. Le cône d'éruption du pic de Ténériffe s'aperçoit à 50 lieues en mer. Le célèbre géologue allemand Léopold de Buch est descendu jusqu'à plus de 200 mètres de profondeur dans lé cratère éteint, pour étudier la structure de cette masse éruptive et la succession des terrains que cette fissure met à nu.

Les îles du Cap-Vert ne contiennent qu'un seul volcan en activité : le Fuego.

Iles Gallapagos. — Ces îles renferment 12 volcans en activité.

Iles Sandwich. — On rencontre dans cette chaîne le cratère le plus large que l'on connaisse parmi les volcans en activité : c'est celui de Kilauea ou Kirauea, dans l'île Hawaii, qui semble devoir son existence à un soulèvement assez moderne.

Lîle d'Hawaii nous offre d'ailleurs les pliénomènes volcaniques les plus instructifs, au point de vue de la théorie. Cette île est formée de trois grandes montagnes, dont la plus haute, le Mowna-Roa, atteint 4800 mètres; c'est à la fois la cime la plus élevée et le volcan le plus actif de l'Océanie. Mowna-Roa porte à son sommet un cratère qui est peu considérable ; mais sur les flancs de cette montagne s'ouvre une autre bouche de dimensions extraordinaires. Elle a plus d'une lieue de diamètre, et l'on évalue sa circonférence à 10 ou 20 kilomètres. Ce cratère présente un sol ferme, composé de lave et de scories, d'où s'élèvent partout de petits cônes d'éruption toujours fumants, qui, plusieurs fois déjà, ont vomi des coulées de lave d'une immense largeur. Des terrasses successives font de ce cratère une sorte d'amphithéâtre, au fond duquel se trouve le bassin de lave en fusion, (hi remarque deux terrasses en gradins, dont l'une est à 200 mètres au-dessus du niveau de la lave. Cet immense cratère ressemble à un lac de feu, sorte de nouveau Phlégithon . Cependant, par les temps calmes, il est en partie couvert par des scories solidifiées, et il ne reste au milieu que quelques nappes de lave incandescente, de dimensions plus ou moins considérables.

TEMPÉRATURE DU GLORE. 377

« La lumière qui jaillit de la lave de ces lacs, dit le naturaliste américain Dana, est tellement intense qu'elle formait, dans des nuages de pluie, qui passaient au moment de notre observation, un véritable arcen-ciel. Cette masse de lave rappelle la mer agitée. Elle est presque aussi liquide que de l'eau; ses vagues forment des brisants sur les bords des terrasses ; quelquefois elle est soulevée jusqu'à la hauteur de la première terrasse, d'où elle se précipite en formant des cascades. Quelquefois des jets isolés jaillissent jusqu'à la hauteur de 20 mètres ; la lave fondue se retire après une pareille explosion, la surface se fige et devient noire; mais tout à coup cette écorce se brise de nouveau, se couvre de fissures d'une lueur éclatante ; les pièces noires sont soulevées et flottent à la surface, comme des glaçons sur une rivière à l'époque du dégel. Tout cela se passe ordinairement dans un silence complet et sans secousses du sol, car l'ouverture est trop large.... »

Le calme habituel de cet immense brasier s'explique facilement par la grandeur de l'orifice. Dans les cheminées étroites de la plupart des volcans, les mouvements de la matière liquide sont gênés, et par suite très-brusques et violents; dans l'ouverture large et béante que forme le Kilauea, ces mouvements rencontrent peu de résistance, et ils perdent alors leur caractère convulsif. Cette circonstance prouve que la violence des éruptions des volcans ne tient qu'à Tétroitesse de la fissure qui met l'intérieur du globe en communication avec l'extérieur. A ce point de vue , le large cratère du Kilauea est , comme nous le disions plus haut, très-instructif pour les géologues.

Il serait très-intéressant de chercher à constater si les soulèvements de la lave du Kilauea ont quelque rapport avec les positions de la lune, et si on peut les assimiler au phénomène des marées océaniques , ce qui confirmerait la théorie de M. Perrey sur la cause des tremblements de terre et des éruptions volcaniques. Un physicien français, M. Bravais, mort en 1863, avait formé le projet d'aller suivre aux bords de ce lac de feu le mouvement de la lave, afin de reconnaître si, conformément à la théorie de M. Perrey, les soulèvements de cette masse liquide correspondent, comme les marées, aux phases de la lune. Ce serait une observation très-importante à faire ; nous la signalons aux voyageurs qui pourront visiter ces parages.

L'approche d'une éruption du Kilauea s'annonce par des ondulations très-fortes de la nappe liquide. Quelquefois, quand

l'éruption du grand cratère se trouve empêchée par une cause inconnue, on voit s'ouvrir dans les flancs mêmes du cône un nouvel orifice, ainsi que cela a eu lieu en 1859, où une bouche latérale vomit pendant plusieurs mois des flots de lave qui allaient se précipiter dans la mer.

La figure 110 représente le cratère du Kilauea, d'après le dessin de MM. Dana et Wilkes.

Iles Marquises. — Quelques volcans existent dans ces îles, dont le terrain est trachytique.

Fig. lU. Le Piton (ile Bourbon).

Iles de la Société. — La montagne de Tobreonou, aussi haute que l'Etna, est le volcan central de ce groupe.

Iles des Amis. — Le volcan de Tofua, qui appartient à ces îles, est, dit-on, continuellement en éruption.

Ile Bourbon. — Le volcan qui s'élève dans cette île est un des plus importants du globe. 11 a au moins, dit le célèbre géologue Dufrénoy, deux éruptions par an'. Sa hauteur dépasse 2000 mètres.

1. Encyclopédie du dix-nruvii^'me siècle, art. Volcan, p. 471.

Nous trouvons dans une publication récente sur lîle Bour-

Fiff. 112. Cratère du volcan de Bourbon.

bon (Album de l'Uc Bourbon' quelques détails intéressants sur les phénomènes volcaniques propres à l'île Bourbon :]

Fig. 113. Le Grand- Brille.

c II existe à l'île Bourbon, dit M. Dejean de la Bâtie, un volcan qui paraît avoir donné naissance à cette île, et dont les éruptions fort abon-

dantes et presque continuelles ne cessent de l'agrandir. Des cratères éteints attestent sa présence plus ou moins ancienne sur tous les points de Tîle ; il occupe aujourd'hui la partie sud-est, et c'est une exposition qu'il a dû et qu'il doit toujours conserver. En effet, en supposant qu'une première éruption sous-marine ait formé, à une époque très-reculée, le noyau de l'île, les cendres, les étincelles et toutes les parties les plus légères ont dû être chassées par le vent dans le nord-ouest. Les laves elles-mêmes, subissant plus ou moins l'action de la lame, ont dû s'étendre plus facilement sous le vent, où elles rencontraient moins d'obstacles. Tout ce qui a pu se détacher de ces laves et être roulé par les flots a formé du même côté un commencement d'alluvion, et, à la lon-

Fig. 114. Cralire du Ci-anil-Hriilé.

gue, la même cause continuant à produire les mêmes effets, le cratère primitif s'est trouvé plus rapproché de la mer du côté du vent que du côté opposé.

" Cependant à chaque éruption les lavfs l'cfroidies ont dû former, autour du cratère d'où elles sortaient, un bourrelet qui, s'élevant toujours en Hicevant de nouvelles couches, n'a pas tardé à former une moiilagne. Lorsque cette montagne a eu atteint une certaine hauteur, le cratère s'est trouvé avoir une profondeur et des dimensions que la lave avait à parcourir et à remplir avant de trouver une issue. On conçoit que l'expansion des gaz a dû exercer alors, sur la lave et sur toutes les parties solides qui la contenaient, une pression d'autant plus forte que la résistance était plus grande; et coniine le colé ilu Vful ;i toujours été le moins

chargé, c'est de ce côté que la résistance a dû être vaincue. De nouveaux cratères se sont ainsi ouverts et s'ouvriront successivement, toujours dans le voisinage de la mer, et toujours du côté du vent. Ces convulsions terribles, l'ouverture de nouveaux cratères et la formation de nouvelles montagnes, qui en est la conséquence, expliquent parfaitement les pitons élevés, les ravines profondes, les cirques immenses qui remplissent tout l'intérieur de l'île, aussi bien que les alluvions qui s'étendent à la mer d'un côté, et les remparts accores qui la bordent de Tautre. Ainsi s'expliquent également la qualité supérieure des terres, leur plus grande profondeur, la décomposition plus avancée des laves dans la partie sous le vent, et les contrastes que le géologue peut remarquer entre cette partie de l'île et celle de formation évidemment plus récente, qui est exposée au sud-est.

« Le Grand-Brûlé, qui s'étend aujourd'hui sur une largeur de plusieurs lieues, n'offre encore aucune trace de végétation. C'est un plan incliné et inégal, rempli d'aspérités aiguës, qui s'élève et change sans cesse de forme et d'aspect par l'effet des ruisseaux de laves qui le sillonnent annuellement, tantôt dans une partie et tantôt dans l'autre.

« Ce pays désolé est destiné à devenir, avec le temps, une terre fertile, et quelques années ne se seront pas écoulées que déjà d'innombrables fougères, trouvant à s'y alimenter, y prépareront la couche légère d'humus où doivent prendre naissance de véritables forêts. Tous les environs du volcan de Bourbon attestent, en l'accomplissant avec une incroyable promptitude, cette métamorphose'. »

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