Un tonneau pèse 1000 kilngramincs
tranquille des eaux paraît d'un azur plus brillant que celui du ciel. Par un temps couvert, cette teinte passe au vert sombre ; elle se rembrunit également si la mer est agitée. Au coucher du soleil, la surface des eaux s'illumine de teintes pourpre et émeraude.
Une foule de circonstances locales influent encore sur la couleur des eaux de la mer, et leur donnent quelquefois une certaine nuance prononcée et constante. Un fond de sable blanc communique à l'eau de la mer, si elle est peu profonde, une teinte grisâtre ou vert-pomme; quand le sable est jaune, le vert paraît plus sombre. La présence des écueils est souvent annoncée par la couleur foncée que la mer prend dans leur voisinage. Dans la baie de Loango, les eaux semblent fortement rougeâtres, parce que le fond y est naturellement rouge.
D'autres fois, ce sont des animalcules colorés qui donnent à leauune teinte particulière. La mer Rouge doit sa coloration particulière à une algue microscopique, le Trychodesmium eryihrœum. Les eaux de la mer concentrées par l'action spontanée des rayons solaires, dans les marais salants du midi de la France, prennent, quand elles sont arrivées à un certain degré de concentration, une belle couleur rouge, qui est due à des animalcules à carapace rougeâtre, qui vivent dans l'eau de mer à ce degré de concentration, et qui, circonstance bien étrange, meurent dès que l'eau atteint une densité plus forte par la concentration, ou plus faible par l'effet des pluies.
Les navigateurs traversent souvent de longues bandes vertes, rouges, blanches ou jaunes, dont les teintes sont dues à des crustacés microscopiques, à des méduses, des zoophytes, et à des plantes marines. C'est ce que l'on observe dans la merde Sargasses ou de Varechs; c'est ce que l'on voit aussi sur la côte d'Afrique, etc.
C'est à une cause du même genre qu'il faut rapporter le magnifique phénomène de la phosphorescence de la mer, qui se manifeste fréquemment dans l'océan Indien, dans le golfe de Suède, le golfe d'Arabie, etc. Dans la merdes Indes, le capitaine Kingman traversa une zone de 40 kilomètres de largeur, tellement remplie d'animalcules phosphorescents, qu'elle présentait, pen-
dant la nuit, l'aspect d'un immense champ de neige. Ces animaux, longs de près de 15 centimètres, étaient formés d'une matière gélatineuse et translucide. La réflexion de la lumière solaire sur cette substance visqueuse donnait à la surface de l'eau une apparence laiteuse.
La phosphorescence de la mer est un spectacle imposant et magnifique. Le navire, en sillonnant les ondes, semble s'avan-
My. 161. Mer phosiihorescenli?
cer au milieu de tlammes rouges et l)leues, qui jaillissent de la quille comme autant d'éclairs. On croit voir des myriades d'étoiles qui llottent et se jouent à la surface des Ilots; elles se multiplient, se réunissent et Unissent i)ar former un vaste champ de feu. Quand le temps est orageux, les vagues qui s'élèvent sont lumineuses; elles roulent et se brisent en une écume argentée. Des corps étincelanls, (|uon prendrait pourdes
poissons de l'eu, semblent se poursuivre, s'atteindre, se perdre et sélancer de nouveau.
Connu de temps immémorial, le phénomène de la phosphorescence de la mer a été observé par tous les navigateurs. Il est assez fréquent dans certaines régions de l'Océan, en particulier sous les tropiques et dans la mer des Indes. L'apparence lumineuse se montre aux crêtes des vagues qui. en retombant, éparpillent la lueur en tous sens ; elle s'attache aussi au gouvernail et semble s'échapper des lames coupées par la proue du navire lig. 161^; elle se joue encore autour des récifs et des rochers battus par les flots. Ce phénomène naturel produit de magiques effets dans les nuits silencieuses des tropiques.
La phosphorescence de la mer est due à la présence d'une multitude de mollusques et de zoophytes qui brillent d'une lumière propre. Ces animaux émettent un fluide tellement susceptible d'expansion, qu'en nageant en zigzag ils laissent sur l'eau des traînées brillantes qui s'étendent avec rapidité. L'un des plus remarquables de ces animalcules est une espèce de Pyrosoma, sorte de poche muqueuse d'un pouce de long, qui, jetée sur le pont d'un navire, émet autant de lueur qu'un fer chauffé à blanc. Sir John Herschel a observé à la surface d'eaux tranquilles une forme très-curieuse de cette phosphorescence : c'étaient des polygones à contours rectilignes, de plusieurs pieds carrés de surface, s'illuminant par moments d'une vive lumière qui les parcourait avec rapidité,
La phosphorescence de la mer peut résulter aussi d'une autre cause. Quand les matières animales se putréfient, elles deviennent quelquefois phosphorescentes. Le corps de certains poissons, quand il est en proie à la putréfaction, émet une lueur assez intense. MM, Becquerel et Breschet ont observé de beaux effets de phosphorescence produits par cette cause, dans les eaux de la Brenta, à Venise.
La matière animale en décomposition, provenant de poissons morts et qui surnagent à la surface des étangs, y produit quelquefois de larges taches huileuses qui, s'étalant sur le liquide, lui communiquent, jusqu'à une assez grande étendue, l'aspect piiosphorescent.
Quelle qu'en soit d'ailleurs la cause locale, la coloration des eaux se retrouve dans certains fleuves, et a valu à ces cours
d'eau des noms tirés de cette circonstance même. Le Guaïnia au Rio-Negro est d'un brun foncé, qui ne nuit en rien à la limpidité de ses eaux. L'Orénoque et le Cassiquiare ont aussi une couleur brune ; le Gange est d'un brun trouble, tandis que la Djumna, qu'il reçoit, est verte ou bleue. La couleur blanchâtre appartient au Rio-Blanco, ou fleuve Blanc, et à une foule d'autres rivières. L'Obio, en Amérique, le Torjédale, le Goetlia et la plupart des rivières norvégiennes, la Traun à Ischl, etc., sont d'un beau vert limpide. Le fleuve Jaune et le fleuve Bleu, en Chine, se distinguent par la teinte caractéristique de leurs eaux. L'Arkansas, le Red River, le Llobregat en Catalogne, sont remarquables par la couleur rouge qu'ils doivent à l'argile (|ue leurs eaux tiennent en suspension.
L'eau de la mer est essentiellement salée, c'est-à-dire qu'elle renferme un grand nombre de sels minéraux et quelques autres composés qui lui donnent un goût désagréable et la rendent impropre aux usages économiques. On y trouve presque toutes les matières solubles qui existent sur le globe, mais principalement le chlorure de sodium, ou sel marin, les sulfates de magnésie, de potasse et de chaux. L'eau de mer contient plus de 3 0/0 de son poids de matières dissoutes. A'oici d'ailleurs des analyses exactes de cette eau.
J'ai fait, en 1847, l'analyse chimique de l'eau de la mer, prise au Havre, àquel({ues lieues de la côte. Cette analyse a donné le résultat suivant, pour 1 litre d'eau :
grammes.
Chlorure de sodium 25,704
— de magnésium 2,905
Sulfate de magnésie 2,462
— de chaux 1,210
— de potasse 0,094
< larbonatc de chaux 0,132
Silicate de soude 0,017
Bromure de sodium 0,103
— de magnésium 0,030
Oxyde de fer, carbonate et phos- \
pliate de magnésie , oxyde de 1 traces, manganèse )
Total 32,657 '.
I. Examen comparatif des principales eaux minérales salines de France et
L'eau de la Méditerranée est plus chargée de sels que celle de l'Océan. Voici, d'après M. Usiglio, chimiste attachée l'exploitation des eaux mères des salines du midi de la France, la composition d'un litre d'eau de la Méditerranée :
grammes.
Chlorure de sodium 29.524
— de potassium 0,^05
— de magnésium 3,219
Sulfate de magnésie 2,477
Chlorure de calcium 6,080
Sulfate de chaux 1,557
Carbonate de chaux 0,114
Bromure de sodium 0,356
Peroxyde de fer 0,003
Total 43,735
On peut conclure de la quantité de sel marin contenue dans 1 litre d'eau de TOcéan, que la quantité de sel marin existant dans toutes les mers formerait, si on la supposait étalée sur le globe, une couche de plus de 10 mètres de hauteur.
La salure de l'eau de mer lui donne une densité plus grande que celle de l'eau douce; son poids spécifique est, en moyenne, 1.027. La densité de l'eau de la Méditerranée est, selon M. Usiglio, de 1,025 à la température de -|- 21". Mais la salure de la mer varie beaucoup sous l'influence d'une foule de circonstances locales, parmi lesquelles il faut compter surtout les courants, les vents qui favorisent l'évaporation, les fleuves qui descendent des continents, etc.
On a remarqué que la salure de la mer est moindre vers les pôles que sous l'équateur; — qu'elle augmente, en général, avec l'éloignement de la terre et avec la profondeur de l'eau; — que les mers intérieures, telles que la Baltique, la mer Noire, la mer Blanche, la mer de Marmara, la mer Jaune, sont moins salées que l'Océan. La Méditerranée fait exception à cette dernière règle : elle est, comme on vient de le voir, plus salée que l'Océan. On explique cette diff'érence en admettant que la quantité d'eau douce que lui apportent les rivières est inférieure à celle qu'elle perd par l'évaporation. La Méditerranée doit donc augmenter de salure avec le temps, à moins qu'elle ne se décharge dans l'Océan par un contre-courant dirigé de
d'Allemagne, par MM. L. Figuier et Mialhe; mémoire lu à l'Académie de médecine, le 23 mai 1848, in-8, p. 7.
l'est à l'ouest, et qui régnerait sous le courant qui vient de l'Atlantique par le détroit de Gibraltar.
La mer Noire, dont les eaux n'ont qu'une densité de 1,013, reçoit au contraire, par les rivières, plus d'eau douce qu'elle n'en abandonne sous forme de vapeurs. La salure de cette mer intérieure n'est que la moitié de celle de l'Océan.
La mer d'Azow et la mer Caspienne sont encore moins salées que la mer Noire.
Nous réunissons dans le tableau suivant la composition de l'eau de ces trois mers intérieures.