‹ La terre et les mersChapitre 37 sur 45 · POUR UN LITRE D'EAU · texte numérisé non relu

POUR UN LITRE D'EAU

Densité 1,013.

Densité 1,009.

Densité 1,005.

Chlorure de sodium

Chlorure de potassium

Chlorure de magnésium . . .

i,ao45

Sulfate de magnésie

Sulfate de chajx. . .

0,lOn

Bicarbonate de magnésie. . .

Bicarbonate de chaux

Bromure de magnésium . . .

traces.

17,GGG3

Dans les lacs fermés qui n'ont aucune issue, comme la mer Morte, le lac d'Aral, etc., le degré de la salure a considérablement augmenté. De nombreuses expériences ont établi que les eaux de la mer Morte sont six fois plus salées que celles de l'Océan. MM. Boutron et 0. Henry ont analysé l'eau de la mer Morte, puisée après la saison des [iluies, au mois d'avril 1850, à deux lieues environ de l'emljouchurc du .loiwdain ; sa densité était alors de 1,10. Un kilogramme de cette eau renfermait :

yrammcs.

Chlorure de sodium 110,03

— de polassUiiii 1,06

— de niaf^nésitiiii 16,96

— de calcium • 6,80

Sulfates de soude , de magnésie et

de chaux anhydre 2,33

Carbonales terreux 9,53

Silice et matière orfraniciue 2,00

Bromure, a/.olale, oxyde de fer ti'aces.

Total 1^9,31

LES MERS. 54i

« Des échantillons de la même eau, ajoutent MM. Boutron et 0. Henry, ont donné à l'analyse des nombres beaucoup plus considérables pour le poids du résidu salin laissé par l'évaporation. Ainsi Klaproth trouva, pour 1000 parties, un résidu de 426 parties; A. Marcet obtint 245,8; Lavoisier, Macquer et Sage, 433,75; Gay-Lussac, 462,4; lecapitaine Lynch, 264, 187. Ces résultats s'expliquent facilement en remarquant que la salure de la mer Morte doit nécessairement diminuer après la saison des pluies, pendant laquelle elle reçoit une grande quantité d'eau douce du Jourdain, et de plusieurs autres cours d'eau. »

De nouvelles analyses de l'eau de la mer Morte, puisée en avril 1862, près de l'embouchure du Jourdain, faites en 1863, par M. Roux, ont donné 200 grammes de sels par litre. x\ucune eau minérale, si l'on en excepte celle du lac Salé d'Utah. n'est aussi chargée de substances salines. La quantité de bromure de magnésium est de 08^35 par litre. L'eau de la mer Morte serait, d'après cela, le plus riche gisement naturel de bromures; elle pourrait fournir une source abondante de ces sels dont la médecine fait usage.

Les eaux du grand lac d'Utah et celles du lac Ourmiah en Perse offrent également une salure extraordinaire. Dans le lac Ourmiah, comme dans la mer Morte, la proportion des sels est six fois plus forte que dans celle de l'Océan ; un homme y surnage, sans faire le plus léger mouvement.

Beaucoup de nos lacs d'eau douce étaient prol)ablement salés à l'origine ; ils ont peu à peu perdu leur salure par le mélange de leurs eaux avec celles des rivières qui les traversent. Parmi les lacs aujourd'hui complètement dessalés, on peut citer les grands lacs du Canada et la mer de Baïkal, où vivent encore aujourd'hui des phoques et d'autres animaux marins, qui se sont acclimatés dans l'eau, devenue graduellement douce. La mer elle-même est toujours peu salée à l'embouchure des grands fleuves, et, comme nous lavons déjà dit, dans le voisinage des glaces polaires, dont la fonte fournit beaucoup d'eau douce.

La salure rend l'eau de mer plus propre à porter des vaisseaux, puisque sa densité s'accroît par les sels qu'elle tient en dissolution. En outre, ces sels doivent contribuer à empêcher ce que l'on nomme la corruption de l'eau, et qui n'est que la décomposition putride des matières organiques qu'elle peut renfermer.

D'après le tableau qui représente la composition de l'eau de l'Océan et de la Méditerranée, on voit que les sels de chaux, de potasse, l'iode et la silice n'y figurent qu'en proportions infinitésimales. Cependant la chaux et la silice contenues dans l'eau de la mer y jouent un rôle d'une très-grande importance, car ces quantités qui nous paraissent si faibles dans le tableau d'une analyse chimique rapportée à l litre d'eau, deviennent énormes dans la masse entière des océans. Les plantes marines s'emparent de la chaux, de la silice, de la potasse et des iodures dissous dans l'eau de la mer ; elles font entrer dans leur texture ces matières minérales. C'est aux dépens du carbonate de chaux et de la silice dissous dans les eaux de la mer que les animaux marins forment leur test solide, leur coquille ou leur carapace. Les infusoires s'emparent, pour le même résultat, de la clîaux, de la silice et de la potasse de ces eaux. C'est par suite de la vie des polypiers que s'édifient, au sein des mers, ces lies à coraux, qui ont toujours été un sujet détonnement pour l'observateur, et dont l'étude doit trouver place dans ce chapitre.

L'océan Pacifique et la mer des Indes sont parsemés d'îles en voie de formation, qui doivent leur origine aux polypiers et aux coraux. Ces zoophytes retirent des eaux de la mer la chaux et la silice qui s'y trouvent à l'état de sels solublcs. Pour s'accroître et se développer, ils ont besoin d"ètre constamment baignés par les (lots. Ils produisent sans cesse des dépôts calcaires ; ces dépôts s'entassent rapidement, et finissent par s'élever jusqu'à fleur d'eau. C'est alors que les épaves et les débris de toute espèce que la mer charrie, arrêtés par ces masses émergées, retenues sur ces îlots naissants, s'y déposent et les recouvrent d'une couche de terreau fertile, sur lequel la végétation ne tarde pas à se développer, grâce aux semences que la mer et les oiseaux y transportent plus tard. C'est ainsi que se forment, dans l'océan Pacifique, les Iles à coraux.

Ces îles sont ordinairement très-boisées. Il arrive presque toujours que les sommets des îlots de corail qui émergent simultanément autour d'un autre sommet sous-marin, se réunissent et forment un circuit annulaire, dont le ccMitre est un petit lac, et dans lequel on trouve en grand nombre les coquillages qui produisent la perle et la nacre. Telles sont les

îles d'Oeno (fig. 162) et de Whitsunday (fig. lG3i dans l'archipel de Pomotou, dont nous donnons deux vues, d'après le capitaine Beechey. Avec le temps, cette ceinture s'élargit latéralement ; les ouvertures qui donnaient accès aux lagunes intérieures se ferment, et quand le petit lac intérieur a été comblé ou s'est desséché, lile prend peu à peu l'aspect des îles ordinaires. Les archipels des Maldives, des Ghagos et des Laquedives, au sud de l'Inde, sont d'origine madrêporique . Parmi ces îlots, que l'on désigne sous le nom (ï atolls \ il en est de si récents que nos pères les ont vus naître.

Ces agrégations forment dans l'Océanie d'innombrables récifs.

Fig. 162. Iles à coraux. — Ile d'Oeno. dans l'archipel Pomotou.

Les grandes îles de cet archipel de nouvelle formation s'entourent, par le travail lent des polypiers, d'une barrière de récifs, qui s'élève à une certaine distance de la côte, et en rend l'abord très-dangereux. La côte orientale de la Nouvelle-Hollande est garnie, entre 9** et 25" de latitude sud, d'une ceinture de cette espèce. Le banc de corail qu'on appelle la Grande-Barrière a une longueur de 1770 kilomètres et une largeur moyenne de 50 kilomètres, ce qui donne une surface de 88 000 kilomètres carrés. Les murs construits par les polypiers sont toujours taillés à

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