De Humbold», Mélanges de géologie et de physique, p
geusement à marcher dans ce périlleux sentier. Par un dernier effort, ils parvinrent, à une heure trois quarts, au bout de cette terrible arête.
Mais il fut impossible d aller plus loin. On se trouvait au pied d'un énorme massif de trachyte, dont la partie supérieure, couverte d'une calotte de neige, forme le sommet du Ghimborazo.
Les arêtes qui pourraient conduire au sommet sont les arcsboutants que l'on aperçoit de la plaine, et qui semblent supporter de divers côtés, comme pour l'étayer, ce rocher immense. L'arête à l'extrémité de laquelle M. Boussingault se trouvait avec ses deux compagnons avait à peine un mètre de large. Elle était entourée de toutes parts de précipices et de roches qui contrastaient avec l'éblouissante blancheur de la neige. De longues stalagmites de glace, suspendues sur les têtes de nos voyageurs, ressemblaient à une cascade qui se serait gelée en l'air. Le temps était magnifique, l'air calme et pur; la vue embrassait un horizon sans limites : la situation était sublime.
Le baromètre se soutenait à 371 millimètres, ce qui correspond à une hauteur absolue de 6004 mètres. M. Boussingault avait donc dépassé les limites d'élévation atteintes par de Humboldt. Personne avant lui n'avait porté le baromètre à 6000 mètres de hauteur. Et nous verrons que cette dernière limite n'a pu être dépassée que par les frères Schlagintweit dans leur passage sur les sommets neigeux de l'Himalaya.
Le colonel Hall était ravi de joie ; il ne cessait de plaisanter tout en dessinant Venfer de glace. Les voix semblaient profondé ment modifiées ; le son avait peu d'intensité : c'est à peine si Ion entendait le bruit du marteau frappant la roche.
Circonstance remarquable, les effets du mal des montagnes que nos voyageurs avaient ressenti au bas de l'arête étaient nuls au sommet du Ghimborazo. Le pouls de M. Boussingault battait, il est vrai; 106 pulsations par minute; il avait soif et ressentait, ainsi que le colonel, une excitation fébrile, mais cette excitation n'avait rien de pénible.
Le peu d'effet que la raréfaction de Tair produisit sur nos voyageurs s'explique par l'espèce d'acclimatation que leur avait procuré une séjour prolongé sur les plateaux des Andes. On est porté à croire que l'homme peut s'accoutumer à l'air raréfié des montagnes quand on considère que les habitants de la vihe de
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Quito vivent à 3000 mètres au-dessus de la mer ; que, dans ce pays, l'homme vit, sans trop de malaise habituel, à des altitudes aussi grandes que celles du iMont-Blanc ; enfin si on se rappelle le combat de Pichincha, livré de nos jours, et qui eut lieu à une hauteur égalant celle du Mont-Blanc.
On a reconnu, et M. Boussingault insiste sur ce fait, que l'on éprouve, à hauteur égale, un plus grand malaise sur une surface de neige que sur la roche nue. Les Indiens, en marchant sur la neige, sont saisis d'un étouffement {aJwgo}, d'une difficulté de respirer qui ne dépend pas uniquement de la raréfaction de lair. Aussi M. Boussingault croit-il que la neige vicie chimiquement l'air respirable. Saussure avait reconnu que l'air extrait de la neige contient moins d'oxygène que l'air ordinaire. M. Boussingault soumit à une expérience eudiométrique les gaz contenus dans la bouteille qu'il avait remplie de neige sur le Chimborazo, et il arriva à un résultat analogue. Ce fait est l'indice d'une certaine altération de l'air par la neige des grandes hauteurs.
M. Boussingault ne trouva pas au ciel du Ghimborazo la couleur foncée que Saussure a signalée dans le ciel du Mont-Blanc. Du sommet du Ghimborazo, le ciel ne paraissait pas plus foncé qu'à Quito. En général, M. Boussingault n'a observé^que très-rarement le ciel bleu-noir dont parle Saussure. Il est persuadé que cette apparence de couleur foncée du ciel, que l'on voit quelquefois sur les glaciers, n'est, en grande partie, qu'un résultat de la fatigue des organes de la vue ; peut-être aussi n'est-elle qu'un effet de contraste avec la blancheur de la neige. Ce serait donc un phénomène essentiellement physiologique.
Le temps était resté jusqu'à trois heures d'une admirable beauté, et le thermomètre n'avait marqué que + 8 degrés. Mais des nuages commencèrent à se former au pied de la montagne, et un orage grondait au-dessous des pieds de nos observateurs aériens. Le bruit du tonnerre montait vers eux, mais très-affaibli, comme s'il venait de loin. Il était temps de redescendre, car la neige ou le froid aurait pu rendre la route impraticable, et on n'avait pas de provisions pour séjourner sur le glacier. Après une descente de 300 mètres, qui fut très-pénible, on entra dans la région des nuages. 11 tombait, plus bas, un peu de grêle. Enfin, à mesure que l'on descendait, après avoir repris les mulets, une
pluie glaciale vint se mêler à la grêle. On arriva pourtant sain et sauf, à huit heures du soir, à la métairie du Chimborazo.
Toutes les observations du physicien français tendent à confirmer l'opinion émise par de Humboldt, à savoir que le Chimborazo est un volcan éteint. Sa masse est une accumulation de débris trachytiques irrégulièrement disposés. Les plateaux de trachyte présentent d'énormes crevasses qui semblent diverger du centre, comme les fentes d'un morceau de verre étoilé. Le Chimborazo, en se soulevant, a redressé les rochers, qui sont restés amoncelés autour du centre d'éruption.
Le 23 décembre 1831, M. Boussingault quitta Riobamba, pour continuer ses voyages. En se séparant du colonel Hall, qui avait si longtemps partagé ses périls et ses fatigues, il lui serra la main, non sans un sombre pressentiment. En effet, quelques mois après, le courageux officier anglais périssait misérablement dans une rue de Quito, sous le fer d'un assassin.
Nous parlerons, pour terminer ce chapitre, de l'altitude générale du continent américain. Cette altitude, qui est considérable, peut expliquer l'élévation de la plupart des chaînes de montagnes de l'Amérique, bien supérieure à l'altitude des montagnes de l'Europe.
Les hauteurs primitives des basses terres de TAmérique du Sud et de l'Amérique du Nord sont évaluées respectivement à 200 et 145 mètres environ, par M. de Humboldt; mais, en tenant compte de l'exhaussement que produirait la répartition uniforme de la masse des montagnes sur toute la superficie du pays, en trouve 345 et 230 mètres respectivement pour la hauteur moyenne de ces continents, et 285 mètres pour l'Amérique en général.
On ne sera pas surpris dès lors de l'élévation de beaucoup de lieux du continent américain. Dans cette région, en effet, il existe des villes, et l'homme passe son existence dans des localités dont l'altitude est celle des plus hautes montagnes de l'Europe. La hauteur moyenne de la crête des Andes est, selon M. Boussingault, de 4300 mètres. Mais un grand nombre de cols ou passages de montagne d'Amérique sont plus élevés. Les passages de Lagunillas, Alto de Tolédo sont situés à 4750 mètres audessus de la mer. Le passage de Gualilas, qui mène de la ville la Paz à celle d'Arica, au Pérou, est à 4520 mètres. Dans tous
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ces passages, on trouve des habitations isolées ou même des hameaux à des hauteurs extraordinaires. La maison du maître de poste d'Ancomarca, qui est fréquentée par les voyageurs qui se rendent de la Bolivie aux ports du Pacifique, est située à une altitude de 4792 mètres, celle de la cime du Mont-Blanc. Les hameaux ou maisons de Chullunquani, de Rio-Mauro, de Huayllas, sont suspendus à environ 4200 mètres de hauteur absolue sur les flancs des Cordillères.
Voici encore les altitudes de quelques villes du Pérou ou de l'État de Bolivie :
Mètres.
Arequipa 2375
Gochabamba 2575
Chaquisaca 2845
Tapisa 3050
La Paz 3715
Oruro 3790
Puno 3910
Chucuito 3870
Potosi 4165
Plusieurs de ces villes sont des capitales de provinces. Potos. est à la hauteur de la Yungfrau. Le village Tacora, habité par des Indiens, situé à la base d'un volcan éteint, a une altitude de 4345 mètres.
Dans la république de l'Equateur, la grande ville de Quito est à 2900 mètres de hauteur absolue; la métairie, au pied du volcan d'Antisana (haut de 5833 mètres^ s'élève à 4100 mètres. Dans la Nouvelle-Grenade, Santa-Fé de Bogota a encore une altitude de 2660 mètres. Mexico est à 2275 mètres, et un grand nombre de villes du plateau mexicain sont à 2000 mètres au-dessus du niveau de l'Océan.
Ainsi I homme s'habitue à vivre dans un air étrangement raréfié. Ce qui est un air rare et léger pour l'Européen des plaines, n'est que de l'air à sa densité ordinaire pour l'habitant des plateaux du Mexique ou des Cordillères.
Montagnes de l'Asie. — Tableau des montagnes les plus élevées de l'Asie. — Le Gaurisankar et le Kunchinjunga.
Le point le plus élevé de la terre que Thomme ait pu atteindre, la région la plus haute que son pied ait foulée, se trouve dans l'Asie centrale, sur la chaîne de l'Himalaya. Le 19 août 1855, les frères Schlagintweit, célèbres voyageurs bavarois, dont l'un devait bientôt périr au milieu de ses voyages, victime de son zèle scientifique, atteignirent, sur le pic Ibi-Ganmin, la hauteur de 6770 mètres.
Si l'on se rappelle que la hauteur du Mont-Blanc est de 4810 mètres, on voit que le baromètre a été porté 2000 mètres plus haut que sur le Mont-Blanc. L'altitude des chaînes de montagnes de l'Asie est d'ailleurs bien supérieure à celle de l'Europe, et l'on peut dire, en général, que le géant des Alpes est peu de chose, si on le compare à divers points des Cordillères, en Amérique, et de l'Himalaya, en Asie. Dans la chaîne du Tibet, en Asie, les hauteurs moyennes des passages sont évaluées comme il suit parles frères Schlagintweit : dans l'Himalaya, 5400 mètres; dans le Karakoroum, 5700 mètres; dans le Kuen-Luen, 5200 mètres. Le plus haut passage dans l'Himalaya, V Ibi-Ganmin, n'a pas moins de 6236 mètres; il a été fréquenté autrefois par les marchands, et n'est abandonné aujourd'hui que parce qu'il est un repaire de brigands.
La carte placée en regard de cette page représente le panorama des montagnes les plus élevées de l'Asie. Le tableau suivant renferme les altitudes de ces montagnes.
Ida (Kaz-Dagh) Turquie
Boulgar-Dagh Taurus (Turquie) . . .
Pic de Kaïsarich Ibid
Djebel Makmel Liban (Syrie)
Djebel Musa ( Sinaï ) Syrie
Elbrouz Caucase (Gircassie)
Mètres.
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Mè(rcs.
: Kasbeck Caucase (Gircassie) 4675
Ararat Arménie 5350
Kar-Konch Oural (Russie) ieoo
Pontichkhour Bolor-Tag (Turkestan) 5845
Dapsang Karakoroum (Tibet occidental). 8625
Djawahir Himalaya (Népaul) 7845
Dawalagiri Ibid 8180
Kunchinjunga Ibil 8840
Gaurisankar Ibid 8840
YunLing Chine 4895
Kuen-Luen Jbid 6700
Nom-Ling Ibid
Altaï Sibérie 3270
Jablonaï Ibid 4550
Kliutschi Volcan de Sibérie 4800
Taddian-da-Malla Ghats (Inde) 1730
Samana^a (pic d'Adam ). . Geylan.. 1950
Si l'on veut se faire une idée assez nette de la configuration orographique de Timmense continent de l'Asie, il faut considérer la grande élévation centrale comprise entre les deux systèmes de l'Himalaya et de l'Altaï. Cette vaste intumescence du sol, comme l'appelle d'une manière expressive M. de Humboldt, s'étend dans la direction du sud-ouest au nord-est, à travers le Tibet et la Mongolie. Quatre grandes chaînes s'étendent dans le sens des latitudes terrestres. Au nord, à la frontière de la Chine et de la Sibérie, s'élève le groupe de l'Alta'i; au sud, la ceinture imposante des monts Himalaya, où Ion découvre les plus hautes cimes du monde. Les deux chaînes intermédiaires, en allant du nord au sud, sont les Thian-Chan, on montagnes Célestes, et le Kuen-Luen, qui se termine à l'ouest par le Tioungling, ou Kara-Koroum ; elles vont rejoindre, à l'occident, la chaîne du Bolor-Tag {montagnes du Brouillard).
Les montagnes Célestes semblent se continuer par delà le grand bassin aralo-caspien, dans le Caucase, qui borde à l'orient la mer Noire. La Sibérie est séparée de la Russie d'Europe par les monts Ourals, qui s'étendent du nord au sud ; les rives de l'Inde portent les Ghattes occidentales et les Ghattes orientales, qui fprment au sud les plateaux des Nilgherris , ou montagnes Bleues. Enfin, la Turquie d'Asie est traversée par le Taurus et le Liban.
L'élévation de la ligne du faîte, ou hauteur moyenne des passages, est, d'après MM. Schlagintweit :
Ces chiffres sont plus élevés que ceux qu'a donnés Al. de Humboldt. Ce dernier évalue à 80 mètres environ la hauteur primitive des basses terres de l'Asie. Le plateau chinois a une élévation de 1500 mètres, Tintumescence qui renferme le Tibet a une altitude de 3500 mètres en moyenne. La répartition de toutes les montagnes et de tous les plateaux élevés sur la surface totale de l'Asie produirait un exhaussement qui porterait la hauteur moyenne générale de ce continent à plus de 350 mètres. Elle est plus considérable que la hauteur moyenne de l'Amérique ou de l'Europe.
Le versant occidental du Bolor-Tag renferme le célèbre plateau de Pamir, que les Kirghiz nomment le Toit-du-Monde. Le premier voyageur qui en ait parlé est le Vénitien Marco-Polo.
« Là , dit-il , se trouve une plaine , où il y a un fleuve moult bel et la meilleure pnsture du monde, car une maigre jument y deviendroit bien grasse en dix jours. On y chevauche toujours montant pendant douze journées , durant lesquelles on ne rencontre nulle habitation ni nul herbage , fors le désert. Nul oiseau n'y a , pour le haut lieu et froit qui y est. Et si vous di que le feu , pour cel grant froit n'y est pas si cler ne de tel chaleur comme en autre lieu , ne se peuvent pas si bien cuire les viandes. »
Ce plateau est le nœud central, d'où rayonnent les chaînes de montagnes tibétaines. Le fleuve Amou, lancien Oxus, y prend naissance et va se jeter ensuite dans le lac Aral. En février 1838, le capitaine Wood visita ces lieux déserts, et il trouva à 4760 mètres d'altitude le lac Kink-Kiol, grande et belle nappe d'eau en forme de croissant, d'où sort l'Amou-Daria. Les montagnes d alentour alimentent plusieurs des principales rivières de l'Asie, le Yarkand, le Sin, etc. Voici en quels termes le capitaine anglais rend compte de ses impressions :
« L'aspect du pays présentait l'image d'un hiver dans toute sa rigueur. Partout où le regard se portait , une couche éblouissante de neige couvrait le sol comme un tapis , tandis que le- ciel au-dessus de nos têtes offrait une couleur sombre et désolante. Des nuages eussent reposé les
Pour l'Himalaya
Pour le Kuen-Luen. .
Pour le Kara-Koroum
Mètres.
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yeux; mais il n'y en avait nulle part. Pas un souffle ne s'agitait sur la surface du lac ; pas un animal vivant , pas même un oiseau ne se montrait à la vue. Le son d'une voix humaine eût été une musique harmonieuse à l'oreille; mais aucune, en cette saison inhospitalière , ne s'aventurait dans ces domaines glacés. Le silence régnait tout autour de nous: un silence si profond , qu'il oppressait le cœur. »
Pendant l'été, tout est changé; alors une herbe fraîche et nourrissante couvre la plaine et attire les tribus de pasteurs.
Quelques-unes des villes principales du Tibet sont situées à de très-grandes hauteurs au-dessus du niveau delà mer. MM. Schlagintweit donnent :
La ville d'Erzeroum, en Arménie, est située à une altitude de 1900 mètres, celle d'ispahan à 1340 mètres. Voici les hauteurs de quelques lacs du Tibet occidental, d'après les déterminations barométriques des frères Schlagintweit :
Dans Garval, on rencontre un lac au milieu des glaciers, à 5410 mètres de hauteur : c'est le Déo-Tal. A de certains intervalles, le rempart de glace qui le borde se brise, et alors des torrents d'eau inondent le pays inférieur.
Ces lacs du Tibet sont plus salés que les eaux douces ne le sont d'ordinaire. Dans l'Himalaya, les lacs sont plus rares ; celui de Naintal est situé à 2000 mètres de hauteur absolue.
Les passages ou cols des montagnes centrales de l'Asie offrent, comme nous l'avons déjà dit, une hauteur moyenne excessive, puisqu'elle dépasse la hauteur des cimes les plus élevées des Alpes. Mais il existe dans l'Himalaya des passages encore plus aériens : celui d'Hji-Ganmin , que MM. Schlagintweit ont traversé en allant de Garval à Guari-Korsum, a 6240 mètres d'altitude.
A Gartok
A Leh ou Ladak, A Lassa
Mètres.
Aksaé-Ghin
Tso-Kar
Lac Kink-Kiol
Monsarawr ou Teso-Mapan
Rakous- Tal ou Teso-Hanag
Les deux Tsa-Mognalari (moyenne)
Mètres.
Vers 1820, des indigènes tentèrent de suivre cette route, avec un troupeau de brebis. Mais ils tombèrent entre les mains des brigands qui infestent cette région de la montagne, et les pertes qu'ils subirent les décidèrent à abandonner le passage d'Ibi-Ganmin comme route commerciale.
Le col de Mastag présente encore une altitude de 5800 mètres de hauteur. Les indigènes ont l'habitude de placer le long de ces voies des blocs de pierres. Ces pierres et les nombreux squelettes de bêtes de somme, restées en chemin, sont ordinairement les seules marques auxquelles on puisse reconnaître ces routes sauvages.
Les passages de l'Himalaya , qui s'élèvent au-dessus de 4900 mètres, sont fermés par la neige pendant l'hiver, depuis novembre jusqu'en mai, ou même en juin. En décembre 1845, les Chinois y ont livré une bataille. La garnison de Takla Khar se sauva par un de ces cols neigeux ; mais la moitié de cette troupe fut tuée par le froid, les survivants eurent les extrémités gelées.
Dans le Kara-Karoum, les passages sont libres à peu près toute l'année, et les marchands les traversent même en hiver pour aller de Ladak au Turkestan.
Le plus haut pic de l'Himalaya et du monde entier, c'est le Gaurisankar qui a été mesuré trigonométriquement par le major Everest, en 1847. 11 a 8840 mètres. La figure 36 représente le Gaurisankar d'après la vue qu'en ont donnée dans le magnifique atlas de leurs voyages les frères Schlagintweit.
Immédiatement après, quant à l'altitude, vient le Dapsang, appartenant au système du Kara-Koroum, qui sépare le Ladak du Yarkand. Ce pic, qui a été mesuré en 1861 par le capitaine Montgomerie, officier de l'état -major anglais, a 8625 mètres environ de hauteur absolue.
Les glaciers de l'Himalaya, compris entre le Gaurisankar, qui domine le centre du Népaul, et le Kunchinjunga du Sikkim, qui occupe le troisième rang parmi les cimes connues (il a 8588 mètres), présentent un des plus grandioses panoramas
1. Sir John Herschel lui donne encore les noms de Disdunga et de Chingopamari. On a voulu, plus récemment, en Angleterre, lui donner le nom démon/ Everest, du nom du major Everest qui a mesuré sa hauteur. Mais le nom de Gaurisankar doit prévaloir, comm.e étant usité dans le pays.
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qu'il soit donné aux hommes de contempler. L'eau de ces glaciers alimente la rivière Gosi qui vient du nord se précipiter dans le Gange, dont le cours est presque parallèle à cette partie de l'Himalaya. Le Gosi trace un sillon d'argent sur la verdure intense des plaines du Bengale. En remontant du regard ce large ruban qui brille au soleil, on aperçoit à 3 ou 400 kilomètres de distance les contours blanchâtres de ces pics neigeux, se détachant sur le fond d'azur du ciel. Au pied de cette chaîne aérienne s'étend la zone brisée que l'on appelle le Teray , d'un mot persan qui signifie brouillard. Au commencement et à la fm de la saison des pluies, ces forêts se couvrent d'une brume blanchâtre qui en écarte toute créature vivante. Les bétes abandonnent ce séjour mortel à la mi-avril et n'y retournent que vers le mois d'octobre.
(( Les Tigres et les Éléphants, lisons-nous dans un ouvrage récent, gagnent la montagne ; les Singes, les Antilopes et les Sangliers se jettent dans la plaine cultivée, et les êtres humains, qui, tels que les coursiers et les militaires , sont quelquefois obligés de traverser la forêt pendant la mauvaise saison, s'accordent à dire que rien, pas même le cri d'un oiseau, ne trouble l'afifreux silence de cette immense solitude, abandonnée à la malaria »
La seule passe praticable pour les touristes est l'échancrure ou ravine par laquelle la rivière sacrée Satledje se précipite du Tibet dans la plaine méridionale, où elle va alimenter l'Indus. Gette vallée estdéprimée jusqu'à moins de 1000 mètres d'altitude. Entre ses parois noires et escarpées, le fleuve n'a guère que 50 mètres de largeur. On le traverse sur des câbles tendus d'un de ces murs à pic à l'autre. Autour du câble, on passe un anneau de bois, auquel les voyageurs s'attachent avec tout leur bagage ; puis on les tire rapidement vers le bord opposé : si le câble venait à se rompre, on tomberait dans le torrent qui gronde et écume au-dessous.
En remontant les rives du Saltedje, on rencontre des paysages frais et fertiles où les Anglais qui habitent l'Inde vont se reposer, pendant l'été, des fatigues et des chaleurs qu'ils ont supportées dans le midi de cette contrée.
L'une des parties les plus pittoresques de la chaîne colossale
] . Inde contemporaine.
de l'Himalaya est le district de Sikkim, dominé par le pic de Kunchinjunga. Dans cette étonnante région on trouve réunis les plus grandioses contrastes. Des glaciers régnent au-dessus de la région des neiges ; plus bas, des torrents s'engouffrent dans de profonds abîmes ; plus bas encore et à travers des bois de Magnolias, des lacs étendent le miroir de leurs eaux tranquilles au milieu des verts pâturages, peuplés de vaches tibétaines et de vallons fertiles, habités par des montagnards pasteurs. Le Kunchinjunga se dresse à 6550 mètres au-dessus du plateau de Dorgiling, élevé lui-môme de 2100 mètres audessus de la mer. Dans la vue que le lecteur a sous les yeux (fig. 37), le Kunchinjunga occupe le fond; on voit au premier plan à gauche le grand torrent Rungeït, qui se précipite dans un gouffre.
« La plume la plus éloquente, dit le botaniste Hoke, le pinceau le plus habile , sont également impuissants à placer sous les yeux les formes et les couleurs de ces monts neigeux, ou à réveiller dans l'imagination les sensations et les pensées qui l'enchaînent tout entière à ces sublimes phénomènes , quand ils se développent dans leur réalité. Rien ne peut rendre la précision et la netteté de leurs lignes, et encore moins les merveilleux effets des couleurs jouant sur les pentes des neiges, les faisceaux lumineux formés par les combinaisons de l'orange , de l'or et de l'incarnat , les nuages illuminés par le lever du soleil, et enfin la teinte fantastique que revêt le tout au moment du crépuscule'. »
Ce qu'il y a surtout d'imposant dans l'Himalaya, c'est la largeur de ce système de montagnes, le grand espace qu'il occupe. Dans les Alpes, les cimes forment des bandes assez étroites , les vallées sont ouvertes comme des plaines; ici, au contraire, toute la chaîne est hérissée de cimes, c'est un labyrinthe irrégulier et capricieux de pics noirs, de gouffres abrupts, et de glaciers qui s'entre-croisent dans tous les sens. On rencontre quelquefois des sommités coupées horizontalement comme une table , ou des crêtes ondulées qui se croisent en formant comme des nœuds irréguliers- Le caractère commun de l'Himalaya et des montagnes tibétaines c'est ce groupement sans ordre qui semble sorti des plus bizarres caprices du hasard.
L'une des montagnes les plus intéressantes de l'Asie est le mont Ararat, situé en Arménie, entre la mer Noire et la mer