‹ La terre et les mers; ou, Description physique du globeChapitre 12 sur 38 · In le contemporaine · texte numérisé non relu

In le contemporaine

THE LIBRARY or THÈ

RELIEFS DU GLOBE

Caspienne. C'est la montagne volcanique qui, par son éruption, provoqua le grand événement qui porte le nom de déluge de VAsie.

On a cru longtemps l'Ararat inaccessible. En 1700, le célèbre botaniste Tournefort fut obligé de renoncer à une tentative d'ascension, après avoir enduré beaucoup de fatigues inutiles. Plus récemment, le pacha de Bajazed envoya une expédition chargée d'escalader l'Ararat. Ces hommes construisirent des tentes échelonnées le long de leur route, et y laissèrent des provisions; mais le froid les força à revenir sur leurs pas avant d'avoir atteint le but de leur mission. Enfin, en 1829, le voyageur prussien Parrot parvint au sommet neigeux de cette montagne, qui est élevé de 5260 mètres. En 1834, il fut imité par M. Autonomoff, qui confirma le récit de son prédécesseur, contesté par le clergé arménien. Des touristes anglais ont escaladé de nouveau , l'Ararat en 1857.

La chaîne du Caucase offre encore quelques autres pics trèsélevés : tels sont le mont Elbrouz ( 5640 mètres), le mont Kazbek ( 5040 mètres) et le pic de Demavend, près Téhéran , la capitale de la Perse, auquel on ne donnait'que 4485 mètres, d'après lord Schomberg; son altitude réelle est de 6550 mètres.

Montagnes de l'Afrique et de l'Ocâanie.

Nous réunissons dans le tableau placé en regard de cette page .

les montagnes les plus élevées du continent africain, et dans la î

liste suivante les hauteurs de ces montagnes. \

Mètres. !

Ras Dajan (Éthiopie) 4620 \

Wosho (Kaffa) 5060 '

Kénia (côte de Zan-uebar) 5000 | ^

Kilimandjaro (/6îd ) 6100 '

Grand Atlas (Maroc) 3^165 : ^

Pic de Ténériffe (lie Canaries) 3710 ; ^

Mont Mandara (Sénégambie) 1500 ^

Monts Gamerons (Guinée) 4000

Piton des Neiges (lie de la Réunion) 3065 • y|

Green-Mountain (île de l'Ascension) 885 ; c»

. Pic de Diane (Sainte-Hélène) 825 \ • tsn

Monts Lupata (Mozambique) 1950 ^

Mont Ambotismène (Madagascar) 3500 cj

Nieuveveld (cap de Bonne-Espérance) 3050 ', i ^

Roggeveld (Ibid.) 1700 ;

Mont de la Table {Ibid.) 1350 ' ; . ^

Nos connaissances sont encore très-incomplètes relativement aux montagnes de l'Afrique. Le continent africain se termine au sud par une masse rocheuse de grès, superposée au schiste et au granit, qui s'élève de 1000 à 2000 matres. Cette formation granitique, recouverte par le grès, est très-développée dans l'Afrique | méridionale ; on y rencontre des murailles escarpées que cou- , j ronnent d'immenses talus de grès. Le long de la côte orientale ; j courent les montagnes Neigeuses, qui s'élèvent à 3500 mètres, et se 1 continuent par la chaîne de Lupata. Une 'branche plus élevée se dirige vers le nord jusqu'aux montagnes de la Lune, en contournant l'immense lac Nyassi, qui est séparé de la côte par un rempart de montagnes dont le faite semble se rencontrer dans ; Mombaz, où l'on a décçuvert presque sous l'équateur les pics ■ , neigeux du Kénia et du Kilimandjaro.

RELIEFS DU GLOBE. 147

D'après le voyageur anglais Livingstone, une grande partie de l'Afrique méridionale serait un plateau très-élevé; TÉthiopie,

située au nord de l'équateur, est dans les mêmes conditions. Mais la côte occidentale n'offre que des élévations peu considérables,

ces groupes de montagnes n'atteignent une hauteur respectable qu'au golfe de Guinée, où les monts Camerons s'élèvent à 4000 mètres. Dans l'intérieur, du côté de Tombouctou, le docteur Bartlî a signalé les monts Homboris (fig. 38), remarquables par leur aspect bizarre.

Le groupe de l'Atlas, qui, au nord de l'Afrique, traverse le Maroc et l'Algérie, se rapproche, par sa direction générale et son élévation , des montagnes de la presqu'île ibérique. Le faîte de l'Atlas n'atteint pas 4000 mètres. Cette chaîne se continue le long de la côte de Tripoli, où elle semble former une branche rattachée aux Apennins, les montagnes de Sicile étant considérées comme un anneau de la même chaîne interrompue par la mer. La partie moyenne de ce système, qui renferme les montagnes de l'Algérie, domine des régions fertiles et habitées.

L'Ethiopie offre des plateaux considérables, étagés du nord vers le sud. Un voyageur français, M. d'Abbadie, y a mesuré un grand nombre de sommets; nous en citerons quelques-uns: Abba Yared (4500 mètres), Ras Dajan (4620 mètres), Buahit (4510 mètres), Amadamid (3600 mètres); Wariro (3700 mètres), Boré (2600 mètres) ; enfin le mont Wosho, en Kaffa, qui a 5060 mètres. D'après le même voyageur, le lac Tsana est situé à 1900 mètres d'altitude. Voici encore les hauteurs de quelques villes d'Ethiopie :

Le mont Wosho doit être couvert de neige, puisque M. d'Abbadie a déjà trouvé de la neige sur le Buahit, à une hauteur inférieure de 550 mètres à celle du faîte des montagnes de Kaffa. Le père Kuoblecher, qui a remonté le fleuve Blanc jusqu'à 4 degrés de latitude nord, a vu à l'horizon sud des chaînes de montagnes qui semblaient très-élevées et neigeuses, mais ces fameuses montagnes équatoriales ont passé longtemps pour un mythe.

Deux missionnaires anglais constatèrent pour la première fois, il y a quinze ans , l'existence sous l'équateur, de cimes neigeuses, portant les noms de Kéniaet de Kilimandjaro. M. Rebmann avait vu lui-même cette dernière au mois de mars 1848, et plusieurs fois depuis, M. Krapf avait vu cette cime couverte

Adoua. .

Gondar.

Saka.. , Bonga. .

Mètres.

RELIEFS DU GLOBE

de neige au mois de novembre de l'année suivante. Aucun de ces deux voyageurs ne tenta une ascension ; mais les indigènes leur racontaient qu'ayant visité la montagne et emporté un peu de la matière blanche qui s'y trouvait, ils avaient été surpris de la voir se transformer en eau. Plusieurs d'entre eux étaient revenus avec les mains et les pieds gelés, ce qu'ils attribuaient aux mauvais esprits.

Les récits des deux voyageurs rencontrèrent tout d'abord beaucoup d'incrédulité. Mais en 1862 la Société de géographie de Londres a reçu la confirmation complète des assertions de MM. Krapf et Rebmann, par deux autres voyageurs, M. Thornton, géologue anglais, et le baron Van der Decken, qui ont donné une description authentique de la montagne équatoriale qui doit faire partie de la chaîne de Lupata.MM. ^'an der Decken et Thornton ont fait une esquisse de leur route depuis la côte de Mombaz jusqu'à la chaîne dont le Kilimandjaro est le sommet; ils en ont fixé la hauteur à 6100 mètres, au moyen d une suite de triangles, mais ils n'ont pu en faire qu'une ascension incomplète ; ils ont dû s'arrêter h une hauteur de 2500 mètres.

L'aspect du Kilimandjaro varie beaucoup suivant le point de vue où l'on se place. En général, c'est un cône à base très-large. A quelque distance au nord-est, s'élève un autre cône à environ 5200 mètres; à 90 kilomètres vers l'ouest, on aperçoit le pic Mérou, haut d'environ 5500 mètres. Du côté de l'est, le KiUmandjaro offre l'aspect d'un cône tronqué; la neige le couvre comme une épaisse calotte, une^ langue de neige descend du côté , du sud, et plusieurs filets de neige remplissent les ravins ou sillons le long des flancs de la montagne. La pente, très-escarpée du côté sud, ne permet pas à la neige de s'accumuler, et l'on en voit souvent des quantités rouler vers le bas. M. Thornton croit que le Kilimandjaro est la partie nord-est d'un ancien volcan, dont la partie sud-ouest se serait affaissée; il en trouve les débris dans une montagne très -rocheuse qui se trouve à peu de; distance du faîte actuel. Bien loin au sud-ouest on aperçoit par un temps clair trois aspérités très-élevées, de forme conique, appartenant probablement^à la chaîne granitique centrale.

Les îles africaines offrent aussi quelques élévations remarquables. Les monts Ambotismènes, à Madagascar, atteignent 2500 mètres; le piton des Neiges, à l'île Bourbon, et le pic des

Açores ont 3000 mètres; le pic de Fuego, dans une île du cap Vert, et les trois Salasses, à Bourbon, s'élèvent encore à 2400 mètres.

La plus haute de ces cimes est le pico de Teyde, h l'île de Ténériffe, grand cône de verdure qui se termine par un autre cône de neige (fig. 39). Le pic de Ténériffe, dont la hauteur est de 3710 mètres, a passé longtemps pour le plus haut point du monde. C est pour cette raison que les Hollandais l'avaient choisi pour y faire passer leur premier méridien.

Terminons letude des montagnes de la terre par quelques mots sur les reliefs de l'Océanie.

Voici la cote des plus grandes altitudes de l'Océanie :

Le relief du continent d'Australie est encore trts-peu connu. Il paraît que c'est en général une terre basse, renfermée entre des chaînes côtières d'élévation assez médiocre. La partie la plus haute est probablement le bord sud-est, le pays de la Nouvelle Galles. De ce point, la chaîne des montagnes Bleues s'avance vers l'intérieur du continent. Elle a été traversée, pour la première fois, en 1813, par le voyageur anglais Evans. On dit qu'elle renferme des pics qui atteignent 3000 mètres de hauteur absolue.

Les îles de la mer du Sud sont couvertes de montagnes volcaniques, parmi lesquelles on cite le Mov^na-Roa d'Owaïhi (4800 mètres).

1. Voir le tableau des plus liautes n;onlagnes de l'Océanie, p. 149.

Mètres.

Ophir (Ile de Sumatra)

Simiron (ile de Java)

Gede Tagal (Volcan, ibid.)

Montagnes Bleues (Australie). . . .

Sommet de Gesam (Moluques).. .

Pic de la Nouvelle Guinée

Mouna-Roa (Owaihi)

Tobreonou (Otaïti)

Mont Egmont (Nouvelle Zélande)

Ruapehou

Mont Peel

Érèbe (mer du Sud)

OFTHE -RSITY 0? î'-UtiÛlS

Les vallées, les passes et les gorges de montagnes.

On appelle vallée une dépression du sol existant entre deux montagnes, collines ou plateaux voisins. La forme et l'origine de ces dépressions sont extrêmement variées. Les vallées sont trèsétroites et ressemblent à de véritables fentes du sol, si les montagnes qui les encaissent sont très-rapprochées. Quand les montagnes sont à de grandes distances, les vallées s'élargissent jusqu'à former des plaines.

Si l'on considère leur origine géologique, il faut distinguer les vallées cV affaisse ment j de déchirement, de séparation et d'érosion.

Les premières sont dues aux tremblements] de] terre, c'est-àdire aux grandes oscillations qui ;ont autrefois ébranlé le sol; on y voit se continuer en pente douce les couches qui forment les élévations latérales (fig. 40).

Les vallées de déchirement sont nées de la brusque rupture de deux ou plusieurs couches de terrains, rupture ordinairement produite par l'action d'un tremblement de terre, comme^ on le voit dans la figure 41. Les couches se correspondent et continuent dans les deux murailles disjointes.

Fig. 40.

Fig. 41.

Une vallée résulte quelquefois du soulèvement d'une masse éruptive entre deux couches , elle présente alors la forme suivante (fig. 42).

Les vallées de séparation peuvent aussi être formées par la

Fig. 42.

perte ou l'usure d une couche de terrain qui était autrefois superposée aux autres couches (fig. 43).

C'est l'action des eaux torrentielles ou diluviennes qui a façonné ce genre de vallée.

Les vallées d'érosion présentent ce dernier phénomène d'une

Fig. 43.

manière plus accusée. Elles tirent leur origine de Faction destructive des eaux qui ont mis à nu les couches inférieures du sol en emportant les couches supérieures (fig. 44).

Ainsi les vallées ont été formées par des causes géologiques bien différentes. Le sol s'est soulevé en ondulations convexes;

Fig. 44.

de violentes secousses l'ont fendu et déchiré ; des éruptions volcaniques ont écarté des couches de terrain autrefois continues; des courants d'eau, usant peu à peu le terrain sur leur parcours, ont fini par se creuser des lits profonds. C'est cet ensemble d'effets qui a donné à la surface de notre sol sa configuration actuelle.

RELIEFS DU GLOBE

Les géographes établissent entre les différentes vallées une autre distinction , fondée sur la place qu'elles occupent dans les systèmes de montagnes On appelle vallées longitudinales celles qui s'étendent entre deux chaînes de montagnes, parce quelles suivent le sens de la longueur de ces chaînes. Celles qui sont formées par deux rameaux latéraux d'une chaîne s'appellent vallées transversales. Parmi les vallées de la première espèce , on peut citer, en France, celle qui sépare le Jura et les Alpes à l'est, et les montagnes du Lyonnais et du Vivarais à l'ouest. Elle est arrosée par la Saône et le Rhône , et reçoit les vallées transversales du Doubs, de l'Isère et de la Durance d'un côté, et l'autre celles du Gard et de l'Ardèche. La vallée du Rhin nous fournit un autre exemple de vallée longitudinale.

Si l'on considère une île ou les côtes d'un continent, on remarque toujours qu'à partir de la mer , le sol s'élève graduellement jusqu'à une certaine hauteur, qui forme une ligne de faîte, d'où le terrain s'abaisse de nouveau, offrant ainsi deux pentes ou versants opposés. Chaque versant général se divise en une foule de versants secondaires, formés par les rameaux qui se dirigent transversalement à la ligne de faîte, et se terminent à la côte. La ligne qui suit le fond de la vallée formée par deux versants voisins s'appelle thalweg , d'un mot allemand qui signifie chemin de la vallée ; c'est le chemin , ou fil , des eaux qui naissent sur le faîte principal , et descendent vers la mer ou vers la plaine. Le thalweg devient presque toujours le lit d'un fleuve.

Les hautes vallées offrent souvent, à leur origine , une foule de petites vallées secondaires, dont les flancs sont en pente douce, et qui s'appellent vallons. Quelquefois on les voit commencer par un bassin circulaire ou cirque, tel que le cirque de Gavarnie dans les Pyrénées. Les vallées étroites et profondes reçoivent le nom de gorges ; quand elles sont très-petites, on les appelle ravins; ordinairement les ravins renferment un torrent.

Dans les chaînes de montagnes, le point de départ de deux rameaux opposés est ordinairement marqué par un exhaussement de la crête, et la naissance de deux vallées opposées est indiquée par une dépression que l'on appelle col : tels sont les cols de Tende, de Balme, du Saint-Bernard en Savoie, etc. Dans les Pyrénées, les cols reçoivent le nom déport.

Souvent une vallée est fermée par un angle saillant de l'un des deux" rameaux qui lui servent de ceinture, de sorte qu'il ne reste plus qu'un étroit passage par lequel on peut y pénétrer : ces détroits s'appellent défilés ou passes. Il est bon toutefois de faire remarquer ici que les mots col, défilé^ passe, passage sont souvent confondus par les auteurs , et que les significations de ces mots ne sont pas bien fixées.

Les premiers peuples de chaque pays s'établirent d'abord dans les vallées; aussi les cols ou passes qui en ouvrent l'accès, ont ils reçu quelquefois le nom de portes des Nations. Citons, comme exemple , la porta Vestphalica que traverse la rivière de Weser ; les portes du Caucase; les portes Caspîemes; la passe d'Issus, près des portes Syriennes, dans la chaîne du Taurus, célèbre par la victoire d'Alexandre le Grand sur Darius Codomannus; les pyles Ciliciennes, qui mènent à Tarse ; les Thermopyles, près du montOEta, immortahséesparle dévouement des trois cents Spartiates; les Fourches caudines, où s'humilia la gloire des armées romaines. Entre la Suède et la Norvège, près de Skiaerdal, une de ces portes est formée par deux murailles à pic; une autre semblable se trouve dans le Portfield. Aux États-Unis, on en trouve des exemples très-remarquables dans les ouvertures si brusques par lesquelles le fleuve Hudson se fraye un chemin à travers les montagnes. Dans les Andes, il existe de ces portes qui ont 1500 mètres de profondeur.

Signalons avec plus de détails quelques-uns des défilés les plus célèbres dans l'histoire.

Le col de Vertus a été de tout temps le passage naturel à travers la partie orientale des Pyrénées. Pompée et César le franchirent, et bientôt ribérie était devenue province romaine. Plusieurs siècles après, les Goths traversèrent le même passage, pour aller s'établir en Espagne à la place des Romains; et lorsque, au huitième siècle , ils furent à leur tour chassés par les Arabes, ces derniers traversant le col de Pertus, se ruèrent sur la France, et ne furent arrêtés par Charles Martel qu'entre Poitiers et Tours.

M. Blanchard a visité le célèbre défilé du Darial {portes du Caucase) en 1857, ahant de Tiflis à Stavropol.

û De tous les passages de montagnes que j'ai traversés, nous dit ce

RELIEFS DU GLOBE. 157

voyageur, celui-ci est de beaucoup le plus imposant. Qu'on se figure deux immenses parois de rocher s'élevant perpendiculairement, presque à la limite des neiges éternelles, au pied un torrent écumant, furieux, contrarié dans sa course par d'énormes blocs détachés de la montagne voisine; une route parfois large de dix pieds à peine, largeur que souvent Ton n'a pu obtenir qu'en faisant sauter, en forme de demi-voùte, les ro-

Fig. 45. Rosstrappe, gorge des montagnes du Harz.

chers de la parois à pic : tel est ce tableau. La plume ne peut donner une idée de la sauvage grandeur que présente ce passage , Tbermopyles infranchissables et avec lesquelles on est maître de la route militaire qui, de l'Europe , pénètre en Asie.»

Les gorges se rencontrent souvent dans les pays de collines et

de plateaux; elles conduisent toujours à des vallées plus ouvertes. Aussi en cheminant sur la crête qui les domine , peut-on souvent arriver jusqu'à leurs bords sans les apercevoir. L'origine des gorges est ordinairement due à l'action destructive de quelque torrent ou à des crevasses produites par une fracture ou déchirement violent du sol. On trouve dans les Pyrénées de nombreuses gorges qui se distinguent par une beauté sauvage. Le Dauphiné, en France, est riche en accidents montagneux de ce genre. Telle est la gorge de Trente-Pas^ située aux abords de la grande Chartreuse, dans les Alpes dauphinoises.

Nous représentons (fig. 45) la curieuse gorge formée par le rapprochement des montagnes du Harz, et qui est connue sous le nom de Rosstrappe.

On rencontre, dans les montagnes du Taurus, en Gilicie, un grand nombre de gorges très-pittoresques . qui sont des repaires de brigands. Leurs flancs sont couverts de Cèdres, de Chênes, de Platanes et d'arbres résineux. Des torrents qui s'écoulent rapidement à travers les rochers y forment de bruyantes cascades. Le défilé qui mène de Cihcie en Cappadoce a reçu le nom des portes de Cilicie. C'est un point stratégique de la plus haute importance. Xénophon, qui le traversa, en a donné une description qui représente fort bien l'état actuel des lieux, d'après M. Victor Langlois, qui a rapporté de beaux dessins de ce défilé célèbre, de sa récente exploration du Taurus. Ce voyageur ajoute que le Kulek est encore rempli des souvenirs du passage des Croisés. Les gens du pays montrent aux voyageurs l'arbre même au pied duquel le chef de la croisade s'assit pour voir défiler les armées chrétiennes marchant sur Antioche, pour préluder à la conquête des lieux saints et du tombeau du Christ.

Les ravins sont formés par les torrents qui se creusent un lit dans les flancs des montagnes. Ces dépressions du sol sont d'un grand intérêt pour le minéralogiste , parce qu'ils mettent à nu des coupes de terrains, et découvrent les roches qui composent la montagne. Les Pyrénées, les Alpes, et surtout les Cordillères, sont sillonnées en tous sens par une foule de ravins. Plus les montagnes sont élevées, plus ces érosions sont considérables. Les Espagnols donnent aux grands ravins des Andes le nom de qucbradas (fractures).

Altération et destruction des roches qui formGnt les montagnes. Cluses de l'érosion et de la chute des montagnes.

Nous ne terminerons pas Tétude générale des montagnes sans parler des altérations continuelles que subissent les roches qui les composent, et des éboulements ou chutes partielles qui sont la conséquence de cette altération.

Pour l'observateur peu réfléchi, il semble que les roches et les substances minérales soient absolument indestructibles, qu'elles représentent, pour ainsi dire , le type de la stabilité et de la durée. Mais un peu d'attention fait voir que les roches se détruisent sans cesse, et que toute substance minérale exposée à l'air et à la pluie est forcément vouée à la destruction. L'air, par son humidité, par son acide carbonique et son oxygène, exerce sur les roches exposées à son influence une puissance d'altération vraiment extraordinaire. Aucune roche ne résiste à l'influence de l'air : calcaire et basalte, granit et porphyre, rien n'est à l'abri de l'attaque chimique de l'atmosphère et de l'eau. Ce que les poètes et les rhéteurs appellent la main du temps, n'est autre chose que cette action chimique s'exerçant pendant un long intervalle. Les alternatives de chaleur et de froid sont de puissants auxiliaires de l'air dans cette œuvre de destruction. Le froid brise en fragments, par suite de la congélation de l'eau qui les a pénétrées, les pierres que l'action de l'air doit ensuite décomposer : c'est une division mécanique qui prépare et facilite une décomposition chimique'. Citons les exemples les plus frappants de ces diverses altérations.

Le calcaire grossier retiré des terrains tertiaires, avec lequel on bâtit les maisons de Paris, subit une désagrégation lente, qui

1. Quand l'eau s'est infiltrée dans une roche, et que cette eau vient à se congeler, elle se dilate, résultat inévitable de son changement d'état, et cette dilatation provoque souvent la rupture de la roche.

le fait tomber en poussière. Le peuple attribue cette altération à la lune : il dit que la lune mange les pierres. Le savant hydraulicien Bélidor fait, à ce propos, la consolante remarque, que ces actions étant réciproques, et la terre étant bien plus grosse que la lune, elle doit lui en manger bien davantage.

Les statues de marbre exposées en plein air souffrent singulièrement de l'action de l'atmosphère.

Le feldspath, l'orthose, exposés à l'air, se décomposent rapidement ; ils perdent leur silicate de potasse, qui disparaît dans les eaux pluviales en raison de sa solubilité, et il ne reste que de l'argile. Ainsi se forme, sous nos yeux, l'argile dite kaolin^ ou terre à porcelaine.

C'est pour cette raison que le granit, formé de silicates divers (feldspath, quartz et mica), est loin de garantir la durée des édifices. Les murs de l'église de Notre-Dame, à Limoges, bâtie il y a quatre siècles seulement, sont déjà attaqués à une profondeur de 7 à 8 millimètres. Le Puy-de-Dôme, roche trachytique, repose sur une base de granit; quand on y arrive du côté de Clermont- Ferrand, on croit marcher sur un dépôt de gravier, tant la roche est déjà désagrégée. Dans quelques carrières de granit, on a remarqué sur la roche exposée à l'air une décomposition superficielle qui va jusqu'à 2 mètres de profondeur. C'est la même cause qui a donné leur forme arrondie à certains blocs, ou houles de granit, que l'on trouve dans l'Erzgebirge de Saxe, et aux houles de basalte, si abondantes en Auvergne, qui s'exfolient et abandonnent successivement des couches concentriques de leur écorce.

Le basalte altéré de la même façon finit par tomber en poussière et par former une terre grasse très-fertile.

Les grès de Fontainebleau exposés à l'air deviennent si tendres, au bout d'un certain temps, qu'on les fait tomber en poussière d'un coup de marteau.

Toutes ces remarques feront comprendre que, de nos jours et sous nos yeux, l'action combinée de l'eau et de l'atmosphère produise, en agissant sur les roches qui composent les montagnes, des éboulementts, des chutes de terrains, etc., aussi désastreux quelquefois que les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques.

Dans d'autres circonstances, les éboulements de terrain sont provoqués par les flots d'une rivière, qui rongent et minent

RELIEFS DU GLOBE

sourdement un terrain, et finissent par amener la chute de masses énormes de roches. D'autres fois, les eaux pluviales s'infiltrant dans le sol et y produisant des courants souterrains, emportent la base des couches superficielles des montagnes. Des éboulements se sont produits par cette dernière cause dans la falaise crayeuse du cap la Hève, près du Havre. D'autres fois, enfin, par une fissure existant entre les diverses couches superposées, une partie d'une montagne se détache du reste ; privée ainsi de son soutien, elle se renverse ou glisse au bas du talus.

Ainsi les montagnes se détruisent sans cesse : le froid fend et divise les roches, l'air les décompose, l'eau les lave et les emporte. C'est un nivellement général opéré par les seules forces de la nature. Il ne sera pas sans intérêt de donner ici l'énumération des catastrophes les plus célèbres qui ont été produites par des causes de ce genre.

En 1767, le bourg de Neumarkt fut englouti sous les eaux de l'Adige qui avaient miné le terrain sur lequel il était bâti.

Le château de Borge, en Norvège, s'enfonça le 5 février 1702 dans une crevasse souterraine creusée par le torrent Glommen , qui descend des monts Dofrines.

Le 25 juillet 1825, vers cinq heures du soir, on entendit dans le village de Barlis (Hanovre) un éclat de tonnerre effroyable. Tout à coup, un nuage de poussière obscurcit l'air, et la terre s'éboula avec fracas sur une largeur de 40 mètres, en formant un gouffre dont on peut concevoir la profondeur par ce fait qu'un caillou emploie, dit-on, une minute pour arriver au fond : ce qui donnerait au gouffre 17 kilomètres de profondeur si l'assertion est exacte.

En Irlande, il se forme un grand nombre de lacs par l'enfoncement des tourbières. C'est là que l'on peut voir le spectacle extraordinaire de forêts souterraines, c'est-à-dire de masses d'arbres abaissés brusquement au-dessous du sol, et qui continuent à verdir par le sommet des branches.

En Prusse et en Pologne, il existe bon nombre de lacs qui ont été formés par des éboulements. Il suffit de citer, comme exemple de ce genre, le lac d'Arend, dans la Marche de Brandebourg. D'après Strabon, des événements de cette nature avaient lieu fréquemment dans les environs du lac Copaïs, en Béotie, qui est aujourd'hui un marais.

En 1792, plusieurs maisons de la ville de Lons-le-Saunier disparurent, et un lac qui se forma engloutit encore une partie de la route de Lyon à Strasbourg. Les eaux souterraines avaient miné le sol, qui s'était enfoncé.

En 1768, en Gascogne, une montagne s'écroula, et tombant dans une rivière ou cavité remplie d'eau, elle produisit une inondation dans le pays environnant. Ce fait est rapporté par Buffon. Nous pourrions citer une foule d'événements semblables; nous nous en dispensons d'autant plus que nous aurons à parler plus loin des eaux souterraines et de leurs effets.

Le 29 janvier 1840, le mont Casnans, dans le Jura, descendit dans la plaine qui s'étend à sa base, et une partie de la route royale de Dijon à Pontarlier s'enfonça dans un trou de 50 mètres de profondeur, qui s'ouvrit en même temps. Cette partie de la route, désignée sous le nom de la Rampe de Casnans, fut ainsi rendue impraticable. Le lendemain de cet éboulement, il se détacha une autre masse de terrain et de roches qui suivit la première. On suppose que cette catastrophe était due à une source souterraine qui avait tari vingt-cinq ans auparavant, et s'était épanchée sous le sol, qu'elle avait peu à peu rongé.

Le 25 août 1618, le bourg de Pleurs et celui de Schilano dans le val de Breglia (Lombardie) furent ensevelis par l'éboulement du mont Conto. Les quartiers de roche dont se compose cette montagne étaient minés par des ruisseaux et des sources; ils s'écroulèrent sur les deux bourgs. 2430 individus y trouvèrent la mort; un lac prit la place de 200 maisons.

En 1248, une partie du mont Grenier, à 10 kilomètres au sud de Chambéry, tomba et couvrit cinq paroisses, y compris la ville Saint-André; les ruines portent aujourd'hui le nom d'abîme de Myans. La coulée s'arrêta devant l'église de Notre-Dame des Myans, qui devint très-célèbre par ce miracle. Les Savoisiens regardent comme une impiété l'idée que l'élévation du terrain, au point où s'arrêtèrent les débris, ait quelque peu secondé les efforts protecteurs de la sainte Vierge.

A Adersbach, en Bohême, un espace de 10 kilomètres carrés est couvert d'un labyrinthe de blocs de grès, de 30 à 60 mètres de haut, qui sont les débris d'une montagne écroulée.

Les Diablerets, montagn<3s de la Suisse, entre les cantons de

RELIEFS DU GLOBE

Berne et du Valais, avaient autrefois quatre cimes. Peut-être en ont-ils perdu plusieurs dans le cours des siècles. Le 23 septembre 1713, un de ces sommets tomba tout à coup. Il couvrit de ses décombres une énorme étendue de terrain, et ensevelit plusieurs centaines de cabanes. La chute de ces masses énormes souleva une poussière si épaisse que pendant plusieurs heures l'air en fut complètement obscurci. Au milieu de cette affreuse catastrophe, un pâtre du village d'Avon, dans le Valais, avait disparu ; on le croyait au nombre des morts de cette journée funeste. Trois mois après, et pendant la nuit de Noël, il apparaît dans son village, pâle, amaigri et couvert de haillons. Aussitôt, grand effroi partout ; la porte de sa maison se ferme devant lui; les paysans cherchent un prêtre pour exorciser le revenant, qu'ils ne veulent pas reconnaître. Le spectre parvient pourtant à se faire entendre; il réussit à calmer cet émoi, et raconte ce qui lui était arrivé. Au moment de la catastrophe, il se trouvait dans une hutte de bois; il tomba à genoux et se mit en prière. Une énorme roche s'abattit bientôt, et vint s'appuyer contre le mur au pied duquel était bâtie la cabane ; cette roche, formant un abri, protégea le pâtre contre les masses qui passaient par-dessus sa tête. Quand tout fut rentré dans le calme, le pauvre homme, enterré vif sous les décombres, se mit à l'œuvre pour se dégager. Il lui restait de son dîner un morceau de fromage, et l'eau qui suintait à travers les pierres entassées sur sa cabane servit à le désaltérer. Au bout de quelques jours, qu'il n'avait pu compter, il put enfin sortir des ténèbres, comme Jonas sortit du ventre de la baleine. Ses yeux ne pouvaient d'abord supporter l'éclat du jour, et il fallut l'y habituér avec de grandes précautions. Il rentra enfin au sein de sa famille, témoignage vivant d'un miracle de la Providence.

On voit aujourd'hui sur le théâtre de l'événement d'énormes rochers brisés et fendillés qui barrent le chemin aux torrents de la montagne. Quelques morceaux de pâturages restés intacts, quelques troncs de Sapins à demi noyés dans les eaux, voilà tout ce qui rappelle aujourd'hui l'existence d'un vallon jadis florissant. L'éboulement se renouvela dans les mêmes lieux en 1749.

La montagne de Piz, située dans le territoire de Trévise, était rongée à sa base par des eaux qui s'infiltraient par toutes ses

fissures. En 1772, cette montagne se fendit en deux, une partie se renversa et ensevelit trois villages. Les ruines barrèrent le chemin à un ruisseau, qui ne tarda pas à former un lac. Le reste de la montagne tomba peu de temps après dans ce lac, le fit déborder et causa dans le pays une inondation terrible.

En 1740, d'après les Mémoires de V Académie de Slockholm, une pluie d'orage qui dura huit heures détruisit et entraîna plusieurs collines dans l'ancienne province de Wermelam, voisine de la Norvège. Le mont Lidscheere se fendit et s'écroula; ses débris furent emportés par les eaux.

Des effets de ce genre s'observent quelquefois en Savoie. Un des événements de ce genre les mieux connus est celui qui se produisit en 1 751, près de Sallanches, sur la route de Chamonix. Les neiges très-abondantes de l'hiver 1751 s'étant mêlées aux eaux d'infiltration qui minaient depuis longtemps cette montagne, un éboulement se manifesta, et 25 millions de mètres cubes de rochers tombèrent dansla vallée. Une immense quantité de poussière très-fine fut le résultat de cette chute; cette poussière mit trois jours à se dissiper. Elle ressemblait tellement à de la fumée que le bruit se répandit qu'un volcan s'était ouvert au milieu des Alpes. Le roi du Piémont envoya sur les lieux,, et en toute hâte, le géologue Donati. Ce naturaliste arriva assez à temps pour voir les rochers continuer de s'ébouler avec un fracas terrible.

Horace de Saussure nous a conservé une lettre assez curieuse dans laquelle Donati donne une idée succincte de cet événement'.

Des éboulements ou chutes de montagnes peuvent être produits par une action des plus curieuses : par le simple glissement d'un ensemble très-étendu de couches de terrain qui descendent, sans se séparer, sur une pente de la montagne. Le village de Pardines était bâti sur une partie de la montagne de Perrier, située près d'Issoire. Du 22 au 23 juin 1737, tout ce village glissa jusqu'au pied de la montagne, entraînant avec fracas les arbres et les fermes. Un champ de vigne et une maison furent transportés sans éprouver aucun dérangement.

Les chroniqueurs racontent que la ville de Dordrecht, en Hollande , fut jadis transportée à une certaine distance de son

Page 1