‹ La terre et les mers; ou, Description physique du globeChapitre 33 sur 38 · Un tonneau pèse 1000 kilogrammes · texte numérisé non relu

Un tonneau pèse 1000 kilogrammes

temps couvert , cette teinte passe au vert sombre ; elle se rembrunit également si la mer est agitée. Au coucher du soleil, la surface des eaux s'illumine de teintes pourpre et émeraude.

Une foule de circonstances locales influent encore sur la couleur des eaux de la mer, et leur donnent quelquefois une certaine nuance constante et prononcée. Un fond de sable blanc communique à l'eau de la mer, si elle est peu profonde, une teinte grisâtre, ou vert pomme ; quand le sable est jaune, le vert paraît plus sombre. La présence des écueils est souvent annoncée par la couleur foncée que la mer prend dans leur voisinage. Dans la baie de Loango, les eaux semblent fortement rougeâtres, parce que le fond y est naturellement rouge.

- D'autres fois, ce sont des animalcules colorés qui donnent à l'eau une teinte particulière. La mer Rouge doit sa coloration particulière à une algue microscopique, le Trychodesmhm ery~ thraeum; la mer Vervieille, près de la Californie, paraît devoir sa teinte à une grande quantité de Chevrettes. Les eaux de la mer concentrées par l'action spontanée des rayons solaires, dans les marais salants du midi de la France, prennent, quand ehes sont arrivées à un certain degré de concentration, une belle couleur rouge, qui est due à des animalcules, à carapace rougeûlre, qui vivent dans l'eau de mer à ce degré de concentration, et qui, circonstance bien étrange, meurent dès que l'eau atteint une densité plus forte par la concentration, ou plus faible par l'effet des pluies.

Les navigateurs traversent souvent de longues bandes vertes, rouges, blanches ou jaunes, dont les teintes sont dues à des Crus tacés microscopiques, des Méduses, des Zoophytes, et à des plantes marines. C'est ce que l'on observe dans la mer de Sargasses ou de Varechs, sur la côte d'Afrique, etc.

C'est à une cause du même genre qu'il faut rapporter le magnifique phénomène de la phosphorescence de la mer, qui se voit fréquemment dans l'océan Indien, dans le golfe de Suède, le golfe d'Arabie, etc. Dans la mer des Indes,le capitaine Kingman traversa une zone de 40 kilomètres de largeur, tellement remplie d'animalculesphosphorescents qu'elle présentait,pendant la nuit, l'aspect d'un immense champ de neige. Ces animaux, longs de près de 15 centimètres, étaient formés d'une matière gélatineuse

et translucide. La réflexion de la lumière solaire sur cette substance visqueuse, donnait à la surface de l'eau une apparence laiteuse.

La phosphorescence de la mer est un spectacle imposant et magnifique. Le navire, en sillonnant les ondes, semble s'avancer au milieu de flammes rouges et bleues, qui jaillissent de la quille comme autant d'éclairs. On croit voir des myriades d'étoiles qui

Fig. 137 Mer phosphorescente.

flottent et se jouent à la surface des flots; elles se multiphent, se réunissent et finissent par former un vaste champ de feu. Quand le temps est orageux , les vagues qui s'élèvent sont lumineuses, elles roulent et se brisent en une écume argentée. Des corps étincelants qu'on prendrait pour des poissons de feu, semblent se poursuivre, s'atteindre, se perdre et s'élancer de nouveau.

Connu de temps immémorial, le phénomène do la phospho-

rescence de la mer a été observé par tous les navigateurs. Il est assez fréquent dans certaines régions de l'Océan , en particulier sous les tropiques et dans la mer des Indes. L'apparence lumineuse se montre aux crêtes des vagues qui, en retombant, éparpillent la lueur en tous les sens; elle s'attache aussi au gouvernail et semble s'échapper des lames coupées par la proue du navire (fig. 137); elle se joue encore autour des récifs et des rochers battus par les flots. Ce phénomène naturel produit de magiques effets dans les nuits silencieuses des tropiques.

La phosphorescence de la mer est due à la présence d'une multitude de Mollusques et de Zoophytes qui brillent d'une lumière propre. Ces animaux émettent un fluide tellement susceptible d'expansion, qu'en nageant en zigzag, ils laissent sur l'eau des traînées brillantes qui s'étendent avec rapidité. L'un des plus remarquables de ces animalcules est une espèce de Pyrosoma, sorte de poche muqueuse d'un pouce de long, qui, jetée sur le pont d'un navire, émet autant de lueur qu'un fer chauffé à blanc. Sir John Herschel a observé à la surface d'eaux tranquilles, une forme très-curieuse de cette phosphorescence : c'étaient des polygones à contours rectilignes, de plusieurs pieds carrés de surface, s'illuminant par moments d'une vive lumière qui les parcourait avec rapidité.

La phosphorescence de la mer peut résulter aussi d'une autre cause. Quand les matières animales se putréfient, elles deviennent quelquefois phosphorescentes. Le corps de certains poissons, quand il est en proie à la putréfaction, émet une lueur assez intense. MM. Becquerel et Breschet ont observé de beaux effets de phosphorescence produite par cette caujse, dans les eaux de la Brenta, à Venise.

La matière animale en décomposition, provenant de poissons morts et qui surna'gent à la surface des étangs, y produit quelquefois de larges taches huileuses qui, s'étalant sur le liquide, lui communiquent, jusqu'à une assez grande étendue, l'aspect phosphorescent.

Quelle qu'en soit d'ailleurs la cause locale, la coloration des eaux se retrouve dans certains fleuves, et a valu à ces cours d'eau des noms tirés de cette circonstance même. Le Guainia au Rio-Negro est d'un brun foncé, qui ne nuit en rien à la limpidité de ses eaux. L'Orénoque et le Cassiquiare ont aussi une

couleur brune; le Gange est d'un brun trouble, tandis que la Djumna, qu'il reçoit, est verte ou bleue. La couleur blanchâtre appartient au Rio-Blanco , au fleuve Blanc et à une foule d'autres rivières. L'Ohio, en Amérique, le Torjédale, le Goetha et la plupart des rivières norvégiennes, la Traun à Ischl, etc., sont d'un beau vert limpide. Le fleuve Jaune et le fleuve Bleu, en Chine, se distinguent par la teinte caractéristique de leurs eaux. L'Arkansas, le Red river, le Liobregat en Catalogne, sont remarquables par la couleur rouge qu'ils doivent à l'argile dont leurs eaux sont imprégnées.

L'eau de la mer est essentiellement salée, c'est-à-dire qu'elle renferme un grand nombre de sels minéraux et quelques autres composés qui lui donnent un goût désagréable et la rendent impropre aux usages économiques. On y trouve presque toutes les matières solubles qui existent sur le globe, mais principalement le chlorure de sodium, ou sel marin, les sulfates de magnésie, de potasse et de chaux. L'eau de mer contient plus de 3 0/0 de son poids de matières dissoutes. Voici d'ailleurs des analyses exactes de cette eau.

J'ai fait, en 1847, l'analyse chimique de l'eau de la mer, prise au Havre, à quelques lieues de la côte. Cette analyse a donné le résultat suivant, pour 1 litre d'eau.

Chlorure de sodium 25,70^i grammes

— de magnésium 2,905 --

Sulfate de magnésie 2,462

— de chaux 1,210 —

— dépotasse 0,094 —

Carbonate de chaux. 0,132 —

Silicate de soude 0,017 —

Bromure de sodium 0,103 —

— de magnésium. ... . 0,030 — Oxyde de fer , carbonate et j

phosphate de magnésie , > traces.

Oxyde de manganèse )

Total 32,657 grammes '.

L'eau de la Méditerranée est plus chargée de sels que celle

1. Examen comparatif des principales eaux minérales salines de France et d'Allemagne, par MM. L. Figuier et Miallie ; mémoire lu à l'AcaJémie de médecine, le 23 mai 1848, in-8, p. 7.

de l'Océan. Voici, d'après M. Usiglio, chimiste attaché à l'exploitation des eaux mères des salines du midi de la France, la composition d'un Htre de l'eau de la Méditerranée

Chlorure de sodmm 29,52^ grammes

— de potassium 0,405 —

— de magnésium. . . 3,219 —

Sulfate de magnésie 2,477 —

Chlorure de calcium 6,080 —

Sulfate de chaux 1,557 —

Carbonate de chaux 0,114

Bromure de sodium 0,356 —

Peroxyde de fer 0,003 —

Total 43,735 grammes

On peut conclure de la quantité de sel marin contenue dans un litre d'eau de l'Océan, que la quantité de sel marin existant dans toutes les mers formerait, si on la supposait étalée sur le giobe, une couche de plus de 10 mètres de hauteur.

La salure de l'eau de mer lui donne une densité plus grande que celle de l'eau douce; son poids spécifique, est, en moyenne, 1,027. La densité de l'eau de la Méditerranée est, selon M. Usiglio, de 1,025 à la température de + 21". Mais la salure de la mer varie beaucoup sous l'influence d'une foule de circonstances locales, parmi lesquelles il faut compter surtout les courants, les vents qui favorisent l'évaporation, les fleuves qui arrivent des continents, etc

On a remarqué que la salure de la mer est moindre vers les pôles que sous l'équateur ; — qu'elle augmente, en général, avec l'éloignementdela terre et avec la {)rofondeurde l'eau; — que les mers intéiieures, telles que la Baltique, la mer Noire, la mer Blanche, la mer de Marmara, la mer Jaune, sont moins salées que l'Océan. La Méditerranée fait exception à cette dernière règle : elle est, comme on vient de le voir, plus salée que l'Océan. On explique cette différence en admettant que la quantité d'eau douce que lui apportent les rivières, est inférieure à celle qu'elle perd par l'évaporation. La Méditerranée doit donc augmenter de salure avec* le temps, à moins qu'elle ne se décharge dans l'Océan par un contre-courant dirigé de l'est à l'ouest, qui régnerait sous le courant qui vient de l'Atlantique par le détroit de Gibraltar.

La mer Noire, dont les eaux n'ont qu'une densité de 1,013, reçoit au contraire, par les rivières, plus d'eau douce qu'elle

n'en abandonne sous forme de vapeurs. La salure de cette mer intérieure n'est que la moitié de celle de l'Océan.

La mer d'Azow et la mer Caspienne sont encore moins salées que la mer Noire.

Nous réunissons dans le tableau suivant, la composition de l'eau de ces trois mers intérieures.

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