Ibidem, tome IX, p
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dont le souvenir est encore vivant aujourd'hui dans la vallée de Chamonix.
Le 3 août 1820, jour anniversaire de l'ascension de Saussure, une première tentative d'ascension fut faite par le docteur Hamel, par les glaciers de Bionnassay et l'aiguille du Goûter; mais un orage et des nuages amoncelés qui occupaient le Mont-Blanc le forcèrent à redescendre.
Ce fut le 18 août que le docteur Hamel recommença son ascension. Il était accompagné de deux gentilshommes anglais, M. Dornford et le colonel Gilbert Henderson. Douze guides les escortaient, sous le commandement de Marie Coutet; les autres guides étaient Julien Devoissous, David et Joseph Folliguet, les deux frères Pierre et Mathieu Balmat, Pierre Carrier, Auguste Teiraz, David Coutet, Jacques Coutet et Pierre Favret.
Partis de Chamonix à six heures du matin, on était arrivé à dix heures aux Grands- Mulets. C'est à cette hauteur que l'on s'arrête toujours pour passer la nuit. Une partie de ce rocher est taillée en forme de lettre L ; l'échelle et quelques bâtons couverts de toile furent arrangés de manière à former une sorte de triangle dans l'intérieur duquel on passa la nuit, couchés sur de la paille. Mais, dans la soirée, le temps s'était mis à l'orage, la pluie commença de tomber. L'atmosphère était si fortement électrisée, que les boules de l'électromètre dansaient à faire peur. Le tonnerre ne cessa de gronder pendant toute la nuit.
La pluie continua toute la journée du lendemain, et la neige, qui ne tombait d'abord que sur le Mont-Blanc, commença à atteindre la région où se trouvait la tente de nos voyageurs. Le mauvais temps persista toute la nuit, qui fut passée, comme la première, sous le misérable abri de la tente.
Les conseils de la prudence la plus vulgaire prescrivaient le retour immédiat dans la vallée. Les guides, ayant tenu conseil au lever du jour, décidèrent de redescendre à Chamonix; mais quand cette décision fut signifiée au docteur Hamel, celui-ci la rejeta formellement. Il fut donc décidé que trois guides, qui furent désignés par le sort, Jacques Coutet, Joseph Fohiguet et Pierre Favret, iraient chercher à Chamonix les vivres qui commençaient à manquer.
11 avait été arrêté qu'on attendrait dans le lieu du campement
le retour du beau temps; mais à huit heures du matin, sur une éclaircie du ciel, le docteur Hamel décida qu'il fallait immédiatement partir. Les guides, qui connaissaient tout le danger de marcher, au milieu de tant d'effroyables précipices, sur des neiges fraîchement tombées, refusaient d'obéir à un ordre si imprudent; l'un d'eux, Auguste Teiraz, versait des larmes ; il se jeta dans les bras de l'un de ses camarades en disant : « Je suis un homme perdu, j'y périrai! » Ce pressentiment sinistre devait se vérifier, car Auguste Teiraz fut une des victimes de la catastrophe. Le colonel Henderson lui-même prenait le parti des guides; mais le docteur Hamel, frappant du pied et regardant l'Anglais en face, laissa échapper le mot de lâches!
Il n'y avait plus à hésiter. Chacun fit ses préparatifs en silence, et l'on se mit en route.
La première partie de la montée se fit sans accident; le tempss'était remis au beau. On gravit sans trop de peine le dôme du Goûter, et l'on arriva ainsi enfin au grand plateau, qui se trouve à la base du Mont-Blanc.
<t Ici, dit le docteur Hamel dans la relation qu'il a écrite de cet événement, nos guides nous félicitèrent, en disant qu'actuellement toutes les difficultés étaient vaincues ; plus de crevasses , plus de danger. Jamais, disaient-ils, uns ascension n'a mieux réussi. Jamais personne n'est monté plus vite et avec moins de difficulté; en effet, les neijes avaient justement la consistance qui convenait pour marcher avec facilité ; les pieds ne s'enfonçaient pas trop, et elles n'étaient pas trop dures. Personne n'était indisposé. Cependant nous éprouvions déjà depuis quelque temps l'effet de la rareté de l'air, mon pouls battait 128 pulsations par minute, et j'avais soif à chaque instant. Nos guides nous invitèrent à déjeuner ici,, car, disaient-ils , plus haut on n'a plus d'appétit. Une couverture fut étalée sur la neige à l'entrée du grand plateau , elle servit de chaise et de table. Chacun mangea avec appétit son demi-poulet; j'arrangeai plusieurs choses pour les observations et les expériences que je me proposais de faire en haut. J'écrivis deux billets pour annoncer notre arrivée au sommet, en laissant seulement un blanc pour l'heure. Je voulais les attacher à un pigeon, que j'avais avec moi et que je voulais lâcher sur la cime, pour voir comment il volerait dans cet air si rare , et ensuite pour savoir s'il retrouverait son chemin jusqu'à Sallanches, oii sa femelle l'attendait. Nous gardâmes une bouteille de notre meilleur vin pour boire sur la ci.ne , à la mémoire de feu de Saussure.
« A neuf heures précises , nous nous remimes en marche pour monter jusqu'au sommet , que nous voyions devant nous. — « Accepteriez-vou3 « mille livres sterling pour descendre, au lieu de monter? » demandait un de mes compagnons à son compatriote, qui répliqua: «Je ne vou-
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Fig. 32. — Catastrophe du 20 août 1820.
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« drais pas retourner, à quelque prix que ce fût. » — Nous étions trop pleins d'espérance et de joie de nous voir si près du terme de notre voyage *. »
La caravane gravissait en ce moment ce que les guides appellent la calotte du Mont-Blanc , c'est-à-dire la dernière pente de neige qui mène à rextrême sommité. Au pied de ce talus est béante une immense crevasse de glace, de 20 mètres de large et de 50 de profondeur. C'est la grande crevasse que l'on a vue représentée page 93. On marchait à la file les uns des autres, dans Tordre suivant : le premier guide était Pierre Carrier, le second Pierre Balmat, et le troisième Auguste Teiraz. Venaient ensuite Julien Devoissous et Marie Coutet. Derrière eux enfin marchaient, toujours à la file, cinq autres guides, le docteur Hamel et les deux Anglais.
Ce fut cet ordre de marche qui probablement détermina la catastrophe. En avançant sur une seule ligne, on tranchait, comme avec une charrue, la neige récemment tombée et qui n'avait pas encore contracté d'adhérence avec les neiges anciennes. Ainsi divisée par une longue section, la portion de neige que gravissait la caravane, se sépara tout d'un coup; elle glissa sur la neige ancienne. Toute la caravane fut emportée avec cette avalanche le long du talus au pied duquel s'ouvrait, comme pour l'engloutir, l'immense crevasse dont nous avons parlé. L'avalanche de neige qui se détachait avait une longueur de 1000 mètres sur 70 de large, et moins d'un mètre d'épaisseur.
Tout le monde fut renversé et roulé dans la neige. Les trois guides qui marchaient en avant, Pierre Carrier, Pierre Balmat et Auguste Teiraz, furent précipités dans la crevasse. Julien et Marie Coutet, lancés par une impulsion plus violente, eurent le bonheur de dépasser cet abîme, et d'aller tomber dans une autre crevasse, heureusement peu profonde, à moitié remplie de neige, et d'où ils purent être tirés. Par un bonheur providentiel, les autres guides, les deux Anglais et le docteur Hamel, restèrent au bord du goufi're. Ils avaient roulé sur eux-mêmes d'une hauteur de 100 mètres.
Julien Devoissous et Marie Coutet restèrent un moment sans connaissance. Julien, la tête en bas, était tout meurtri de sa chute entre les parois resserrées de la crevasse. Marie Coutet
L Bibliothèque universelle de Genève, tome XIV, p. 317.
était à demi couvert par la neige qui remplissait cette anfractuosité, de 20 mètres de profondeur. Ayant de la neige jusqu'au cou, il ne pouvait faire un mouvement, et son visage avait la couleur violacée de Fasphyxie II appela, d'une voix éteinte, son compagnon à son secours; Julien, ayant réussi à se dégager, se servit d'un bâton de guide pour écarter la neige qui couvrait le corps de son ami. Les deux montagnards restèrent pendant quelques minutes assis en face l'un de l'autre, se regardant sans proférer une parole; ils croyaient avoir survécu seuls à cette horrible chute.
Heureusement, il n'en était pas ainsi. Plusieurs de leurs camarades, échappés comme par miracle à l'avalanche, se tenaient au bord de la crevasse qui avait manqué leur servir de tombeau. L'un d'eux, Mathieu Balmat, se laissa même couler le long des parois, pour leur porter secours. On leur jeta une hachette, avec laquelle ils taillèrent des escaliers dans la glace. Arrivés à une certaine hauteur, on leur tendit un bâton ferré, et on les tira dehors.
Tout le monde, en ce moment, se trouvait réuni sur le même point; on se compta. Il manquait trois guides : ceux qui marchaient en tête, Pierre Carrier, Pierre Balmat et Auguste Teiraz. Ils étaient tombés tous les trois dans la grande crevasse. Mathieu Balmat les avait vus précipités dans cet abîme; et Julien Goutet, au moment de sa propre chute, et tout en tournant sur luimême, avait vu passer rapidement devant ses yeux, et tomber dans la grande crevasse, comme une jambe de couleur noire : c'était sans doute Auguste Teiraz, qui portait des guêtres de même couleur, le même qui avait manifesté de si vives appréhensions lorsque le docteur Hamel avait donné, en dépit de tout, l'ordre impérieux du départ.
Le docteur Hamel était consterné de regret et de douleur. Quant aux deux Anglais, rien ne saurait donner une idée de leur désespoir. Ils se prosternaient sur la neige ; la raison semblait les avoir abandonnés. Ils déclarèrent ne pas vouloir quitter la place avant que l'on etjt retrouvé, morts ou vivants, les trois malheureux dont ils s'accusaient d'avoir causé la perte.
Malgré les remontrances des guides, M. Dornford et le docteur Hamel descendirent dans la grande crevasse, le corps à demi enfoncé dans les neiges molles. Ils sondèrent la neige
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avec leurs bâtons ferrés, sans rencontrer rien de résistant. Ils appelaient de toutes leurs forces les guides par leurs noms ; mais à ces hauteurs extraordinaires l'air, très-raréfié, ne produit que des sons très-faibles.
Présumant qu'ils étaient ensevelis sous une épaisse couche de neige, Hamel enfonçait son bâton de toute sa longueur dans la neige, sur laquelle il se couchait, en appliquant les dents au bâton; il écoutait ensuite avec une profonde attention. Mais rien ne répondit ; rien ne troubla le silence de ce lugubre tombeau.
Il fallut renoncer à une recherche reconnue inutile. Le docteur Hamel et son compagnon remontèrent donc sur le plateau. Les malheureux guides devaient avoir au moins 50 mètres de neige sur la tête. On fut forcé de les abandonner, et depuis cette époque tous les voyageurs qui font l'ascension du Mont-Blanc ne peuvent passer sans un serrement de cœur devant l'abîme de glace où ont péri les trois habitants de la vallée.
Cependant, à mesure que la journée avançait, le froid devenait glacial, puisque à cette hauteur on touchait presque au Mont-Blanc. On avait employé deux heures en vaines recherches au bord de la grande crevasse; il fahait absolument commencer de descendre , si Ton ne voulait pas être surpris par la nuit au milieu de ces précipices et courir le risque d'y être tous gelés.
Le guide Mathieu Balmat s'approcha alors du docteur Hamel, et le regardant en face, comme le docteur les avait regardés au matin de cette journée funeste :
« Eh bien, monsieur, lui dit-il, sommes-nous des lâches, et faut-il monter encore ? »
Le docteur répondit en donnant Tordre de descendre. Il aurait voulu que quelques guides consentissent à passer la nuit au bord de la crevasse, pour attendre les secours qu'on leur expédierait de Chamonix. C'était peut-être les vouer à la mort. Aussi cette idée ne fut-elle accueillie qu'avec colère et récriminations par les guides, qui reprochaient à l'étranger d'avoir causé, par son obstination, la mort de leurs camarades.
Pendant le retour, chacun raconta les sensations qu'il avait éprouvées au moment de la chute de cette avalanche d'un kilo-
mètre de long. Julien Coutet avait tourné trois fois sur luimême avant de tomber dans la petite crevasse, en franchissant la grande. Il attribuait son salut à ce qu'il portait en bandoulière le long étui du baromètre du docteur, qui l'aurait retenu suspendu un moment au bord de cet abîme, d'où il aurait rebondi dans la seconde crevasse. Marie Coutet avait vu quatre des cinq guides qui le précédaient tomber les pieds en l'air, un seul rester debout et n'être pas renversé. Quant à lui, il s'était senti emporté comme par un boulet de canon, et s'était trouvé, en un clin d'œil, couché et à demi enseveli dans un lit de neige. Une seconde après, un autre de ses compagnons tombait du ciel à ses côtés : c'était Julien Devoissous.
Le seul des guides qui n'avait pas été entraîné par l'avalanche était Mathieu Balmat. Devinant ce qui se passait, comprenant, avec son instinct de montagnard, que la neige nouvelle se détachait de l'ancienne, et glissait tout d'une pièce sur le talus ; doué d'ailleurs d'une force prodigieuse, il enfonça son long bâton ferré à travers la neige nouvelle, qui n'avait pas un mètre d'épaisseur, et le planta dans la neige ancienne et résistante. Il put rester, de cette manière, suspendu à son bâton, à la force des poignets, tandis que l'avalanche emportait au-dessous de lui ses compagnons et son frère, Pierre Balmat , qui allaient trouver la mort au fond de l'abîme.
Renversé et roulé comme les autres, le docteur Hamel s'était trouvé heureusement arrêté au bord de la grande crevasse. Le colonel Henderson avait été lancé plus près encore du même abîme; il n'avait été arrêté que par la masse de neige qui l'entoure. Il était resté entièrement enseveli sous cette neige, qui le couvrait jusqu'au-dessus de la tête, et dont on ne le tira qu'à grand'peine.
En arrivant aux Grands -Mulets, on rencontra les trois guides envoyés le matin à la recherche des provisions. Ils redescendirent avec le reste de la caravane. Tous ces braves montagnards, frappés d'une sorte de stupeur, déploraient, d'une voix concentrée, le trépas de leurs camarades et la détresse dans laquelle cet événement devait plonger leurs familles.
Les deux Anglais contribuèrent généreusement à secourir ces familles, sans que le docteur Hamel prît d'ailleurs aucune part à ces libéralités. Mais rien ne put consoler la mère d'une des
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trois victimes, Pierre Balmat. Elle ne cessait de pleurer; trois mois après, elle mourut*.
Le 15 août 1861 s'est passé le dernier épisode de cette triste histoire. Un guide de Ghamonix trouva sur le glacier des Bossons deux crânes avec leurs téguments , un bras avec la main adhérente, le tout revêtu de chairs sanguinolentes. Des débris de sacs, d'étoffe de veste, etc., ne permirent pas de douter que ces restes humains eussent appartenu aux deux guides Pierre Balmat et Pierre Carrier ^ Enfin, le 1" juillet 1863, le glacier des Bossons apportait un nouveau débris humain : c'était un pied, recouvert de ses chairs et de ses ongles, adhérant encore par les tendons au tibia décharné. A côté de ce pied était une boussole, probablement celle du docteur Hamel, que portait le guide Auguste Teiraz. Et c'est un petit-fils de la victime, Joseph Teiraz, photographe de Ghamonix, que le hasard a rendu l'auteur de cette lugubre découverte.
Beaucoup d'ascensions au Mont-Blanc ont été entreprises depuis celles qui viennent d'être racontées. Nous n'entrerons pas dans ces nouveaux récits, et nous nous contenterons de donner la liste et la nationalité des voyageurs qui ont réussi dans cette tentative, après l'année 1820. Voici cette liste :
1822 ( 18 août)
M. F. Glissold
1823 ('i sept. )
Id.
1825 (26 août)!
Id.
Id.
1827 ( 15juil. )
Id.
Id.
» (9 août)
Id.
1830 ( 3 août)
Le capitaine Bootle Wilbrahonn
Anglais.
1834 ( 17 sept. )
Id
» (9 oct. )
ISkk (août) MM. Maitins , Bravais et le Pileur Français,
1. Bibliothèque universelle de Genève, 1820, tome XIV, p. 304-323. — Ascension du docteur Edmund Clark et du capitaine Markham Sherwill^ note 3.
2. Notice sur la découverte de cadavres après quarante et un ans de séjour dans la glace, Ghamonix, 1861 , chez Venance Payot, brochure in-8° de 7 pages.
M. Hedzengen. , 1837 (23 août) M. Pidwell. . ..
M. H. M. Arkins
Suédois.
Anglais.
Id.
Le capitaine Markham Sherwill^ le comte de Tilly', et M. Arkins, officier de dragons anglais^, ont publié le récit de leurs ascensions. Ce sont toujours les mêmes périls évités, les mêmes difficultés surmontées avec plus ou moins de bonheur. Le comte de Tilly eut, au retour, les pieds gelés ; M. Arkins fut menacé de la même manière, et l'on craignit un moment la gangrène du pied. Le capitaine Markham Sherwill termine sa narration en disant : « Je ne conseillerais à personne une ascension dont le résultat ne peut jamais avoir une importance proportionnée aux dangers qu'on y court et qu'on y fait courir aux autres. »
L'ascension faite en 1844 par MM. Ch. Martins, Bravais et le Pileur est la plus intéressante de toutes celles qui se trouvent portées sur la liste précédente, parce qu'elle est la seule qui ait été entreprise depuis Saussure dans un but scientifique.
Parvenus au sommet du Mont-Blanc, MM. Martins et Bravais prirent un certain nombre de mesures de la hauteur et de la distance des montagnes situées autour du Mont-Blanc, et ils firent des observations thermométriques et physiologiques vraiment importantes \
Un physicien de Berlin , le docteur Pitschner, a fait en 1861 un séjour de trois semaines aux Grands- Mulets, pour s'y livrer à des expériences météorologiques. Il a publié à Berlin quelques vues, assez grossières, des principaux passages que l'on franchit pour atteindre au Mont-Blanc.
Nous ne pousserons pas plus loin ces récits, déjà bien longs, des principales ascensions du Mont-Blanc. Cette escalade est devenue assez vulgaire aujourd'hui. On en compte une quarantaine chaque année. Ce qui arrête surtout les touristes français, dont la bourse n'est pas enflée par les guinées anglaises ou les dollars américains , c'est le tarif exagéré de la compagnie des guides. Les règlements de l'autorité locale prescrivent de n'entreprendre
1. Ascension du docteur Edmund Clark et du capitaine Markham Sherwill à la première sommité du Mont-Blanc les 25, 26 et 27 août 1825, par le capitaine Markham Sherwill, Paris et Genève, 1837, brochure de 80 pages.
2. Ascensions aux cimes de l'Etna et du Mont-Blanc, par le comte Henri de Tilly, ancien officier de dragons, Genève, 1835, brochure de 114 pages.
3. Ascension au sommet du Mont-Blanc le 22 et le 23 août 1837, par M. Arkins, Genève, 1838, brochure de 63 pages.
'i. Illustration du 5 octobre 1844.
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Fig. 33. Passage des Échelles par M. Bissoa en i86l -, d'après une photographie de M. Bisson.
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Tascension du Mont-Blanc qu'avec trois guides par voyageur. Chaque guide se paye 100 fr., et il y a d'autres frais accessoires. Si le tarif était plus modéré, le nombre des excursionnistes au Mont-Blanc serait très-considérable. Pendant une semaine que nous avons passée, en 1863, dans la vallée de Chamonix, pour visiter les glaciers de la chaîne du Mont-Blanc, nous avons assisté au départ ou à l'arrivée d'une dizaine de sociétés (c'est le mot du terroir), et le 20 août, à 10 heures du matin, nous pûmes compter, avec la longue-vue de Vhotel de Saussure^ vingt-cinq personnes réunies au sommet du géant des Alpes.
Dans leur ardent désir de rapporter les spécimens artistiques de toutes les merveilles du globe, les photographes ne se sont pas laissé arrêter par les difficultés que présente le transport au Mont-Blanc de tout le matériel daguerrien. En juillet 1861, M. Bisson est parvenu à escalader, avec tout son attirail , la cime du Mont-Blanc, et il en a rapporté d'admirables vues photographiques. La figure 33 placée en regard de cette page a été exécutée d'après une de ces photographies. Elle représente le passage des Échelles ^diT les guides qui accompagnaient M. Bissonet portaient son bagage. Ce passage des Échelles se trouve avant l'arrivée aux Grands- Mulets.
Nous terminerons tout ce qui se rapporte aux montagnes de l'Europe par quelques remarques sur l'altitude générale du continent européen prise dans sa totalité.
D'après M. de Humboldt, la hauteur moyenne des plaines de la France est de 156 mètres. Arago a trouvé cette altitude de 206 mètres, en prenant la moyenne d'un grand nombre de villes de France. La répartition des montagnes exhausserait le niveau moyen de 113 mètres, ce qui donne 269 mètres pour la hauteur moyenne générale de la France , en adoptant les données de M. de Humboldt. Avec le nombre trouvé par Arago, on arriverait à plus de 300 mètres. Il est à remarquer que par l'annexion de la Savoie qui place en France le groupe du Mont-Blanc, la hauteur moyenne de la France se trouve encore augmentée. Ces variations sont, toutefois, peu importantes pour le calcul de l'élévation moyenne de toute l'Europe.
L'Allemagne est, en moyenne, plus haute que la France; 380 mètres représentent son niveau moyen. Pour l'Europe, en
général, M. de Humboldt trouve 205 mètres d'altitude. L'altitude moyenne de l'Asie est de 350 mètres, et celle de l'Amérique de 285 mètres. Si l'Océan montait de 300 mètres, il submergerait donc la plus grande partie de notre continent.
On comprendra mieux la signification de ces chiffres, si on les rapproche de quelques autres, contenus dans le taljleau suivant :
ALTITUDES DE QUELQUES LIEUX HABITES DE l'eUROPE.
Mètres
Hospice du Saint -Bernard 2490
Village de Soglio (Grimons) 20^16
Village de Breuil ( Mont-Cervin ) 2007
Village de Héas ( Pyrénées ) 1500
Briançon (Hautes-Alpes) . . 1320
Village de Barége ( Pyrénées ) 1240
Bains du Mont-Dore. . 1040
Village de Ghamonix 1023
Pontarlier 828
Madrid 608
Munich 538
Genève 407
Moscou 300
Lyon 163
Paris 65
On peut enfin comparer à ces hauteurs les élévations de quel ques ouvrages de l'homme, dont voici un court tableau :
Mètres.
La grande pyramide de Gizeh 146
Le Munster de Strasbourg 142
Goupole de Saint-Pierre à Rome 132
Flèche de l'église d'Anvers 120
Flèche des Invalides 105
Sommet du Panthéon 79
Balustrade de Notre-Dame 66
Colonne Vendôme.. 43
Mâture d'un vaisseau de 120 canons 73