‹ La terre [microforme]Chapitre 15 sur 17 · PRÉ DR ORE · texte numérisé non relu

PRÉ DR ORE

avec joie, à Marcelle, un bon soir qu'il arrivait à village. Se basant sur les dernières dépêches, ; s’était aussitôt mis à supputer mentalement les di tances, un peu contrarié en lui-même À cause ds réceptions officielles que l’on projetait, ici et là, e qui sans doute allaient entraîner des retards. —“Tl ne sera pas ici avant trois ou quatre jour avait-il conclu amèrement, comme frustré dans s droits et sa tendresse de père au profit d’étrangen Mais, à l'opposé de ses prévisions, sun voisin signan était accouru dès le lendemain lui apporte un télégramme dont on l'avait chargé en passant 4 bureau. Devinant tout de suite qu’il était de Yves, vieux Beaumont l’avait ouvert avec empressemer! I] lut: “Arriverai à Saint-Hilaire à cinq heures. express maritime... Vous embrasse tous. Yves.”

Il avait pourtant été bien pur le sursaut d'all gresse qu’il avait éprouvé à la nouvelle de Parrin prochaine de son fils, mais il est si vrai qu’aucu joie lumair- ne puisse naître ici-bas sans qu'u ombre ne s’interpose aussitôt et n’en altère la sé nité, qu’à l’heure où tous ses voeux allaient être : tisfaits il sentit à la même minute un serrema peser sur sa poitrine: C'était à la fois l’appréhensi cuisante d’avoir à annoncer à Yves le départ su retour possible de Lucas et la stupéfaction que à vauce il imaginait sur sa figure.

Qu'importe, c’était à un de Beaumont, doublé à soldat, ; ’il allait s’adresser et pour quiconque po ces deux titres, avait-il fermement réfléchi, il

vouvait y avoir matière à honte ou à mépris dans .Mlacte de fureur aveugle de Lucas... N’était-ce pas Shen somme son enfant qu’il avait vengé?... Il saura bien out expliquer.

Raisonnant ainsi en lui-même, il était parvenu à rfouler les soucis qui l’assiégeaient, et de nouveau il n'avait plus vu que son Yves descendant du train, D: figure irradiée, s D Aussi n’était-il guère plus de quatre heures, le lendemain, que déjà le père de Beaumont guettait M arrivée du convoi. | D —“Vous avez amplement de temps”, lui avait en vain crié Marcelle au départ. Il s’était quand même hâté de se mettre en route, à cause de

: la sépageste inatd’adieu sur tard, sans

pressée de

dant le tintamarre subit de l'entrée en gare de | press. Fouillant aussitôt du regard chacune des. tures, il s’était embusqué à distance, l’oeil inqu épiant la sortie des Voyageurs. Ces derniers « mençaient déjà à s'éloigner, mélés aux curieux entraînés par les Cochers, lorsqu'il entendit :

—“Ah! le vieux ère”, et il se sentit aussi P »

étreint, presque soulevé, par la caresse de deux h jetés serrés à son cou.

—“Yves”, s’était-il écrié spontanément, en treignait à Son tour. “En uniforme ?... C’est di Sa, pauvre Yves, que je ne t'ai nullement recon à la descente du train... Je Pattendais gi peu cette tenue.”

Impatient de lavoir à lui, de l’arracher aux ? gnées de mains et aux interrogations dont certs; amis, témoins de son arrivée, se préparaient à / siéger, il l’avait entraîné: “Viens, Yves.”

—“C’est vous, vieux père, c’est Saint-Hilaire, cl la Montagne, que je revois enfin de nouveau,” s’exc mait à tout propos Yves, en promenant son reg comme pour mieux se convaincre de son retour

de sa présence. “Que je suis content de vous trouver.”

—“Et moi donc?” Et il l’examinait affectue sement avec orgueil. “Tu es changé, sais-tu?. grandi, il me semble, et grillé... Pour ça je m'y tendais, la mer, le soleil d'Afrique... L’esentiel ce que tu nous sois revenu sain et sauf.” —“Tiens, Rouzeaud |...

il dure encore”, fit Yr a

n reconnaissant le vieux cheval, immobile dans 1a

re de lur de la gare.

ne des à Is s’étaient tous deux installés dans la voiture et il inqui père de Beaumont avait aussitôt fait claquer sou niers «

vuet pour commander le départ.

C’est vrai que cette année de camp, de marche:

it : orcées et de grand air, avait produit un changement It aussi hysique notable chez Yves. Son teint bruni, son deux ti, ge durci par l'effort donnaient maintenant à sa

sonne entière une plus mâle allure. Il semblait & en si avoir retenu de son habitude de scruter les D’est douvements lointains de lennemi, et d’y faire face recon@ke décision et élan, quelque chose de plus résolu PEU di le transformait. Ses mains pareillement, quoique

ujours élégantes et souples, avaient acquis je ne aux?

is quoi de rudesse nerveuse et ferme dans le manie-

agent des durs outils de guerre

nt à l'érécipité des tranchées.

C'était toute l’énergique Prestance de Lucas, —

l qu’il apparaissait dans ses champs — que Yves

ppelait tout à coup.

1 rega Le père Beaumont avait eu le temps de faire déjà

etour Mie constatation.

I! continuait de l’examiner avec admiration.

—“Cela ne te coûtera Pas au moine de quitter

n uniforme ?”

—“Loin de 1à, vieux père... Il aurait si peu d’à

pos d’ailleurs, sur les bords du Richelieu. .. Oh,

jel ct il y avait d’autres genres de vêtements aussi bas. Souvent vous auriez cru reconnaître de vos

et dans le creusement

propres gens de Saint-Hilaire sous le costume bur. gher.”

—“Qui, tu nous le notais dans une de tes lettres... J’ai hâte de t'entendre nous raconter tout ça”

Mais ce n’était pas de ces choses que Yves voulait aujourd’hui parler, car deux ou trois questions parurent se presser à la fois sur ses lèvres. Après un moment d’hésitation, il ajouta seulement:

—“Vous aussi vous devez avoir beaucoup à me dire, n’est-ce nas ?”

—“Qui, beaucoup en effet, mon Yves... Si ti savais, mon pauvre Yves”... répliqua sourdement de père Beaumont, la pensée déjà pleine du souvenir de Lucas.

Sans le regarder, au seul tremblement de sa voix, Yves perçut que le moment douloureux qu’il appré hendait était déjà arrivé, et pour lui épargner le supplice des confidences, l’assurer tout de suite avec fierté que lui aussi ne condamnait pas, ne rougissäit pas, n’avait personne à renier, il s’empressa de re Æ prendre : 4

—“Je sais tout... tout... Nous pouvons passer le front haut, vieux père... Lucas ne reste-t-il pas un homme de coeur aux yeux de ceux qui sont eumêmes des hommes de coeur?... Se trouve-t-il quel: quelqu’un pour le blâmer ?”

— “Tu sais tout, vrai?” avait murmuré le père Beaumont, dans un bégaiement attendri où se reflé tait se joie de sentir enfin s'évanouir le tourment fi longtemps redouté: celui d’entendre jaillir des lè-h vres révoltées de Yves des paroles de condamnation et

veut

de mépris à l’adresse de Lucas. — “Tu sais tou: Nous te croyions si mal placé là-bas, pour juger juste, que nous n’avons jamais osé t’en rien dire... jamais osé...”

—“C’est longtemps après, par un numéro du Sokil qui se trouvait par hasard entre les mains de mon ami Larue, que j’ai tout connu... J’ai bien compris la raison de votre silence et pour ne point vous hagriner davantage j'ai feint moi-même de tout ignorer... Ce fut là constamment ma pire torture de rfouler cruellement en moi le cri de solidarité que leusse tant désiré vous jeter.” La —“Quel brave coeur tu es demeuré, cher Yves... 14 Alors, tu comprends, j’ai dû reprendre le chemin de ÉE ferme abandonnée et l’exploiter de nouveau... Il k ; ie fallait point qu’elle te qui.tât comme l’autre, sans 4 que tu la revoies et que tu lui dises adieu, n'est-ce pas 2°”

—“Sans lui dire adieu?... Vous songiez à vous Fa séparer,” demanda Yves avec anxiété, cherchant | Li la fois du regard à s'orienter et à découvrir dans

e renflement des coteaux le vieux toit familier.

—“Non, ce n’est pas ce à quoi je songe, Yves...

Je prévois seulement que mes deux pauvres bras,

n peu déshabitués de la tâche, ne sauraient long-

mps résister... et que...” Il e’arrêta court ne vou-

dt étaus e à AS HAT RE LD DAME LED BAS 2: à

L ; FR: ROOMS D PAT AR PRET E ae ren tenue

> père Munt pas laisser sa voix trahir l’émotion qui de plus reflé fa plus l’étreignait.

ent si@ Ils avaient maintenant atteint le village ainsi que es LM petite église qui, discrètement enfouie dans un

bosquet d’érables, projetait son clocher jauni vers Le ciel.

Yves s’était tu pareillement, retiré au fond de sa pensée, car à mesure que Rougeaud avançait, unissant la cadence de son trot monotone à celle de la vague bruissante du Richelieu, il lui venait des choses et des lieux qu’il revoyait des impressions de plus en plus poignantes. Une insaississable silhouette était soudainement venue remplir sa vision. — Ja queline lui réapparaissait partout, tantôt avec une expression de rdvissement qui la transfigurait, tantôt comme accablée sous une suprême souffrance. Et c fut avec le tressaillement de peur que l’on éprouve : cotoyer un précipice qu’il s'engagea dans la portion de route publique qui bordait l’avenue de la demeure des Duvert.

Ses fibres tendues, il se demandait si Jacqueline n'allait pas de nouveau jaïllir à sa rencontre; s’il n’allait pas en réalité l’entrevoir à quelque coin de fenêtre. Alors comment contiendrait-il son émoi! Où trouverait-il, dans ses nerfs agités, la force ou peut-être mieux la simple fatuité — car il sentait sur ses épaules sa rude livrée militaire — de mainte. nir son sang-froid et de ne point se trahir publiquement par quelque explosion irrésistible d’attendrissement ?

Par moment, il lui semblait que le vieux Rougeaud L'avançait plus, ralentissait à dessein son allure.

C’est à peine si Yves avait osé plonger furtivemen: un rapide regard à travers les arbres... Rien n’avait

toutefois bougé, ni au dehors ni au dedans de la ma

vers le

d de sa , unise de la es choons de houette — Jac ec une tantôt

Et ce ouve 2 ortion meure

queline e; sil pin de émoi!

ce ou entait ainteliquendris-

son des Duvert. Une immuable paix y paraissait régner.

Sitôt la distance franchie, Yves avait immédiatement éprouvé une détente apaisante. La sensation qui lui restait était maintenant douce; il aurait voula la prolonger:

—“Et le docteur Duvert?. -. et mademoiselle Jacqueline ?” ajouta-t-il au bout d’un temps, comme on revient à une pensée qui obsède. “Est-elle toujours la grande amie de Marcelle ?”

—“Oui, toujours... de Marcelle et de nous tou:. Il ne nous est rien arrivé d’heureux ou de malheureux qu’elle n’ait aussitôt pris sa part de joie ou de tristesse.?”

—“Je craignais que son amitié ne se fut refroidie à cause de...”

—“Nullement... Sa sympathie nous est demeurée fidèle... à toi aussi, va, si j'en juge par le Plaisir et l'intérêt qu’elle Prenait à relire tes lettres. Cela fétonne?... I] J à tant à démêler dans le coeur de cette petite”, acheva simplement le père de Beaumont, en laissant les mots tomber lentement comme Pour en prolonger l’écho sur l'âme de son fils.

À ce moment, ils étaient engagés dans la montée qui conduisait “chez eux” et alors d'entendre ces consolantes paroles et dq apercevoir à la fois, dans

linclinaison des champs, la bonne terre natale, le toit chéri de

La satisfaction du retour avait également empoigné Rougeaud, je suppose, car il marchait à présent grand ‘train, avec de temps à autre un court hennis sement qu'il lançait à ses compagnons de char occupés à paître dans les près avoisinants. Le pè Beaumont lle laissait aller, la guide abandonnée.

Yves, lui, assouvissait sa vue aux objets conn - qui défilaient devant lui. Dans ce calme déclin d jour, il écoutait le chant adouci des oiseau": il rocor naissait au loin les bois, “les sucreries”, les maisons amies distribuées le long des routes, re granges qu émergeaient ici et là du sein des vergers.

Il venait en même temps d’apercevoir Charles Lu signan qui rentrait dans son étable avec une énorm brassée de foin fraîchement coupé, et il l’avait salu gaiement de la main.

Malgré tout, un attendrissement de plus en ph profond ne cessait de monter en lui, comme un fl prêt à déborder, car ce n’était plus l’haleine da des choses respirées autrefois qu’il retrouvait. assis immobile à côté de son père, il restait grav n’osait plus parler, tant la pensée de Lucas abser du petit Gérard envolé, de Marcelle, de tout ce foyet en lambeaux qu’il allait dans un instant atteindre ’envahissait douloureusement.

Lorsque la voiture s'engagea sur le petit pont f milier qui précédait la maison elle-même, il se raid spontanément pour se composer une expression # reine, dégagée, mais déjà Marcelle se précipitait sa rencontre, trahie par sa propre émotion et impui sante à contenir ses larmes.

Afin de ne pas jeter trop de noir sur la rentrée ide ce pauvre Yves, elle avait espéré pouvoir dissimuler sa peine, se composer pareillement une figure i-Splacide, mais son effort s'était immédiatement brisé. ue i elle s’était abattue

rrivée de Yves au

La soirée s’était-elle prolongée longtemps? Non; trop de misère matérielle et morale, avait envahi le modeste foyer durant les derniers dix mois écoulés.

L’atmosphère en était alourdie et chagrine en dépit de l'élément nouveau qui venait d’y pénétrer avec l’entrée de Yves. Lui-même n’osait parler. Sa propre émotion, la crainte de susciter par ses interrogations des visions lugubres, J’emportaient sur sa curiosité. Ses voisins, avides, on n’en doute pas, :e revoir le grand voyageur, s’étaient abstenus de se prés ter le premicr soir; seule la nuit descendue de Îla haute montagne était venue mettre son deuil sur les personnes et sur les choses. Elle était entrée et s’était logée librement au foyer comme une amie, comme une complice consciente des pensées et des sentiments qui les obsédsient tous. Et dans ce milieu assombri, les longs silences, les sanglots irrépressibles de Mar-

elle parlaient plus souvent et plus éloquemment que s paroles articulées.

Bientôt Yves comprit qu’il valait mieux, pour heure, mettre un terme à cette situation angoissante. jus le prétexte de dépouiller son uniforme militaire ii l'enserrait depuis vingt-quatre heures, il exprima désir de se retirer.

Marcelle alluma une bougie et les trois affligés, le re Beaumont en tête, montèrent lentement et ilencieusement le fruste escalier qui conduisait à la ambre destinée à Yves, la même qu’il avait autre- Dis occupée.

Certes, elle n’était pas luxueuse cette chambre, mis Marcelle l’avait ornée de tout ce que, en la cir-

mstance, elle avait pu réunir en vue ide réjouir ce-

qu’elle aimait comme un grand frère. Quelques «rs printanières; un portrait où, sous Parchaïque stume strié de lignes blanches, apparaissait le colgien de jadis; un autre portrait de Lukas et de vs qu'aux jours de leur petite enfance un photophe ambulant avait fait très-beau, sinon ressemnt, en y mettant du carmin aux joues et de l’or l plastron; des vieux meubles de famille et, dans is les coins, le pénétrant arôme du foin d’odeur le les mères canadiennes ont accoutumé de semer out; bref, un ensemble d'objets inanimés qui fitaient cependant, avaient tous leur histoire et où jaillissait un cortège de souvenirs que l’âme d« # s'était mise à savourer pieusement.

Une fois seul, il était aussitôt retourné vers le naïf rtrait qui les représentait, serrés l'un coutre l’antre,

* Lucas et lui. En reconnaissant leurs mines d’enfant,

gauches et embarrassées, il n’avait d’abord pu rote.

air un sourire, mais quelque chose de poignant avait

sans doute tout de suite pénétré son âme, car il avait

tristement détourné son regard, son esprit absorbé dans je ne sais quelle songerie amère.

Son rêve — un rêve à Yeux ouverts — ajouta en. core à sa sensation en déroulant le film de son existence encore courte, mais si inégale et jonch£e de débris. \

I1 dormit peu: Le coq matinal, les beuglement: lointains des bestiaux, le concert des oiseaux saluant à leur façon le réveil de la nature canadienne, tout l’avait invité à descendre aussitôt le jour venu.

Au surplus, il lui tardait de visiter seut, et sous Pempire de sentiments intimes, les abords de la mai.

son et les dépendances familières dont l'enfant à la campagne, devenu homme et même homme de villes, revoit toujours avec un contentement iner: primable les recoiris et les mystères.

A pas légers, son pied déjà réapprivoisé anx ma ches raides de l’étroit escalier qu'il avait si souvent Parcouru autrefois, il s’était échappé sans bruit.

Hélas! ce fut pour constater à maints indices qu l'oeil et la main du maître avaient pendant longtemy manqué d'exercer leur action réparatrice. Les “bâti ments” délabrés et veufs de leurs portes, les clôtu écrasées, le sol envahi par les hautes herbes parasi taires, ce désarroi général que l’activité diligente à père Beaumont, prise par les besoins plus press de la terre elle-même, n’avait encore réussi à corrige

tout lui criait leur abandon et l’implorait comme un sauveur.

Il subit, en ce Premier contact avec la ferme natale, une emprise qui Paccabla, tel un cauchemar, dans son âme comme Ja

Tus OU absents — Gont il ici et là, la trace loinés. |

quelque temps aux alentours, re-

trouvant un souvenir à chaque sillon, il s'était ache-

miné, l’oeil humide, vers la maison. Mais une voix

l'avait interpellé; Je père de Beaumont ge hâtait à

a rencontre,

ne faut pas que tu restes sur

ion. Tu n’as vu que le mauvais

+ mes vieux bras n’ont pu suffire

*.. Viens, ce sont les moissons, les

pâturages, l'effort toujours fidèle et généreux de notre p'onne terre qu’il importe de constater.”

Désignant d’un regard l'étendue elle-même de la kerme, il l'avait entraîné doucement comme pour M'ssocier à son admiration.

Ds traversèrent les près, les bois de la “sucrerie” jleins de chuchotaments mystérieux, les plantureuse: noissons dont les balancements ondulaient avec mol- ‘se AUX sommets des coteaux;

Le père battant la ma

donner encore abondamment, mais dont la fécor demeurait évidente. Puis il avait conduit dan: parcs verdoyants, parmi les chevaux de labours milieu des vaches laitières qui lourdes de lait n naient en clignotant de leurs grands yeux vague

Du point élevé qu’ils avaient atteint à ce mom la vue s’étendait sur le Richelieu, embrassait les] nes endormies de Beloeil et de Saint-Basile.

reconnut les hautes cheminées de la Poudrerie se découpaient sur l’horizon et dont la fumée fu en flocons noirâtres. Repris par ses illusions étein il demanda au bout d’un temps: *

—“Je serais bien curieux de savoir qui mer place aujourd’hui dans la direction du laboratoin

Sans répondre, le père Beaumont avait simplem ébauché un geste indifférent, suivi d’une contract rapide de lèvres qui voulait à peu près dire: “A q cela te servirait-il? Tu as bon coeur de te préoccu encore du passé.”

Puis zigzaguant à travers les arbres, se courh sous les branches abaissées des pommiers, ils étai redescendus en longeant les vergers. Tantôt c'étais des champs de blé d’Inde, tantôt des carrés de cha ou de patates qu’ils traversaient, mais partout 1 joyeuse et bourdonnante rumeur montait du généreux dont la fécondité s’exhalait par chaque ti

—“Hein! penses-tu, Yves, combien elle a peu rancune, la vieille terre de chez nous”, répétait père Beaumont avec ravissement.

Et après un brusque détour à langle du jardir toit familial lui-même, encore embué des vane

atutinales, avait réapparu soudain à leurs yeux.

wmme d’une poitrine, il en montait une haleine

mpalpable et douce. Il sembla à Yves qu’il ne l'avait mais vu sous un tel aspect de caresse, avec ce char- Me grave et pénétrant que la mousse successive des nées paraissait avoir attaché à chacune des fenés, et un long soupir d’attendrissement lui serra le eur. Il n’avait pas prévu que c’était là le sourire œueillant que tiennent en réserve les nids désertés.

Entre-temps, les voisins avaient commencé d’arri-

Îl'en vint plusieurs, ses amis Personnels, quelques nis de Lucas, les vieux voisins de la famille Beauot qu’aucun n’avait délaissée dans son infortune. Tous étaient désireux de connaître quelque chose cs Boers opiniâtres que les journaux avaient polarisés. Yves avait hâte de leur apprendre que * braves gens étaient des “habitants” semblables x Canadiens : des idolâtres de la terre.

. D — "Comme nous, leur dit-il, ils cultivent le sol deis près de trois siècles. Ils possèdent de vertes iries et des Pâturages sans fin, Leur figure resre le calme et la force que donne le contact journa- A ovec la terre. Je ne vous dirai pas combien de Mi j'ai eu l'illusion de VOUS apercevoir, vous Lusi. an et toi Rémi, au milieu des herbes touffues du Mt. Oh! cette guerre est une triste aventure; le dat, quel qu’il soit, se prend à gémir en ce constix l’ennemi de ces fidèles fermiers. ls vivaient eux avec leurs moeurs d’un autre âge. Ils n’a-

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