‹ La terre [microforme]Chapitre 16 sur 17 · NES · texte numérisé non relu

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vaient qu’une crainte: la venue de l’Anglais. Et PAnglais est venu. Il a construit des chemins de fer, bâti des villes, ouvert des industries et pour se . compenser des grands biens qu’il leur apportait, il a exploité à son bénéfice leurs mines fabuleusement riches d’or et de diamant. Mais il leur a laissé le sol dans lequel ils se sont tenus enracinés. C’est dans ce sol qu’ils trouvent le bonheur et qu’ils ont puisé l’héroïsme avec lequel ils ont lutté.

Yves ne révéla point comment se fit, en sa conscience et ses actes, l’accord de son serment de fidélité à ses chefs avec son admiration pour les ennemis qu’il avait eu à combattre.

Ce qui resta de ses paroles, ce fut, dans l’esprit des auditeurs, un amour plus profond du sol qui peut faire germer de tels héros et, en son propre € prit, un attrait plus prononcé pour la vie rurale si propre à les achever.

Le père de Beaumont l'avait Le avec émotion.

Lui qui était né au bruit du canon de 1837, dont ke père avait fait le coup de feu contre l'Anglais, qui avait vécu dans cette paroisse de Saint-Hilaire dont chaque famille avait fourni un fils à la bataille de Saint-Charles, en attendant de l’enrôler pour la lutte pacifique de la terre, il avait suivi Yves avec un vé ritable orgueil dans son récit. Il aurait souhait} que toute la paroisse, que les deux rives du Richelie entendissent le soldat du Transvaal se joindre ains à l'employé de la Poudrerie pour proclamer la ju tesse de la thèse qu’il avait toujours intérieuremen

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wtenue: Arcbouter avant tout sur le sol l'essor notre race.

C’est pourquoi, le lendemain, il s’était empressé lui proposer de descendre au village après le dîner. —“Fort bien, fit Yves, avec joie. Il me semble e je n’ai pas marché à mon gré depuis un siècle; me sens des fourmis dans les jambes.”

—“Tu n’ajoutes pas en même temps une piqûre 1 coeur ?” reprit le père Beaumont avec un sourire mplice destiné à lui démontrer que, après son dérl, il avait découvert et analysé des secrètes anisses de sa vie.

Et comme Yves restait décontenancé, il avait ajoupour lencourager aux aveux:

—“Tu n’avais pas prévu, en t’enfuyant là-bas, que s canons boers ne tonneraient pas encore assez fort ur t’assourdir le coeur?... Car il a continué tout même de battre, n’est-ce pas, mon Yves? Et qui il, peut-être simplement à lunisson de celui de oqueline. . .”

En l’écoutant dire, Yves avait éprouvé un épanouisment subit de toutes ses fibres intimes. De savoir n secret partagé lui avait tout à coup enlevé des ules comme un pan de roc écrasant. Il resta un ant sans voix, ses mains seules cherchant dans le affoctueuse poignée à traduire sa reconnaissance, —“Cest bon, mets ton uniforme, il te va bien.

us irons ensemble saluer le docteur Duvert,” ache-

le pèrè de Beaumont.

Le docteur les. attendait. Quelque chose lui avait

annoncé leur présence au premier coup de la son nette. Il se porta vivement à leur rencontre.

—“Oh! brave soldat, et vous le père, commen “llez-vous tous deux? Ce gaillard que j'ai mis a monde, le voilà devenu un héros. Mais dis-moi tout de suite, n’as-tu pas hésité certaines fois à faire feu sur ces paisibles burghers? Pour moi, la main m’av. rait tremblé, car j'ai appris à les aimer. Leur ré. sistance m’a conquis. Paul Kruger, Botha, Joubert — presque un Canadien — restent grands dans leur défaite à l’égal de Roberts et de Baden-Powell, leurs vainqueurs. Cette tache de sang sur la terre d’Afri. que ne s’effacera pas du souvenir des populations et je me demande de quel côté inclinera la balance de l’histoire imipartiale. C’est un peu, beaucoup, notr propre histoire, vois-tu? Est-ce que nous avons per. du, nous, dans le sentiment public, et même en l'es. prit de nos vainqueurs, par nos équipées de 1837 el de 1838?

Le docteur ne savait plus se taire une fois engagi sur ce thème longtemps médité.

Yves avait à peine interposé quelques courtes roles d’assentiment, quoiqu'il brûlât tout le temp du désir de remercier et d'interroger à son tour. Mai des phrases qu’il avait retournées en route, aucun ne parvenait maintenant à s'échapper de ses lèvrall

Pendant qu’il écoutait distraitement le docteull discourir, un autre son avait commencé de vibrall dans son esprit et c’était l’accent de cette voix, muette} sans timbre — la même qui sous les arbres du chemi s’était si douloureusement brisée dans l’adieu du d

Part — qui l’accablait de plus en plus et le reportait

tout à coup à sa même gêne sauvage d’autrefois. Il se rendit Compte cependant de l’anomalie de son Lui et les siens étaient redevables d’une

—“Mademoiselle Duvert, commen: se porte-t-elle ? Les touchantes bontés qu’elle nous a prodiguées à tous, ainsi que vous-même, docteur, m’ont profondément ému et croyez bien que...”

—“Oh! Jacqueline? mon “assistante” toujours active, toujours dévouée, un Peu concentrée parfois dans la solitude où nous vivons. Viens donc, Jacqueline... viens saluer notre aventureux Yves. . . peutêtre t’apporte-t-il de là-bas le -.Jus intéressant chapitre du roman que tu élabores?” achevat-il dans un 1°re narquois.

Jacqueline n

surrexcitée auprès

ui, reluquant de derrière un Paravent, Jui : —“QOui, c’est

+ Va donc, Jac-

Jacqueline fit un effort et entra prête à manifester on contentement par le geste amical de la main tene. À la vue du beau Militaire qui, brusque com-

me un ressort, s’était levé, et s’inclinait maintenan sur sa main, une flamme de tendresse admiratir avait rapidement traversé ses yeux. Mais aussiti ses traits se détendirent et d’un large regard elle en: veloppe Yves comme pour fouiller tout de suite « qui lui restait encore au coeur d’ardeurs vivantes éteintes. Se raïdissant dans un sourire forcé, elk s'était assise palpitante.

—“Et oui, fit aussitôt la verve inlassable du do: teur, “le voici, ce revenant d’un autre continen d’un autre hémisphère, et nous le garderons pa toujours. N'est-ce pas qu’il n’y a rien, sous la calott des cieux, de plus attirant, de plus enchanteur qu la petite campagne de chez nous, avec sa rivière, & montagne, ses vergers, ses champs, ses actifs “hab tants” et qu’il fait bon de revenir dans ce charman milieu ?”

—“C’est une confession que vous me demanda docteur? Eh! bien’, continua Yves, ému par présence de Jacqueline, “je confesse que vos sent ments sont devenus les miens. Etant enfant je pétais, sans comprendre le sens caché des mots, naïve complainte dont grand-mère Beaumont accor pagnait toujours le ronflement de son rouet: “Ra dez-moi mon beau pays, mes bois, ma liberté” Pl tard, à l’usine, dans le laboratoire qui a trahi n ambitions tout en me procurant une expérience des connaissances qui me consolent de mes éche je chantonnais le même refrain sans y mettre bes coup plus de conviction. Mais là-bas, à travers

nostalgiques visions que me renvoyaient les ê

bénis d’ici, je l’ai crié à tous les échos. Je l'ai crié sux ondulations du veldt immense, aux rives de la Tugela, aux murs de Ladysmith, aux oiseaux voyageurs que l’hiver méridional chassait vers

ct aujourd’hui,

I finit en se tournant vers Jacqueline, comme pour la prendre à témoin et lui faire hommage de sn uniforme, de ses aspirations scientifiques et in- Biustrielles, de tout son passé instable dont il s’ap-

prêtait à faire le sacrifice.

R Ni Jacqueline, ni le père de Beaumont n’avaient encore ouvert la bouche.

Elle, parce que, à la sensation première qui l'avait Ms fortement émue en entrant, avait aussitôt succédé

pénétrable barrure, Lui, le père pareillement tu ’avaient reporté à ents, il les avait joie jusqu’au jour.

’infortune les avait assombris sans les effacer. entendre son fils jui révéler un autre lui-même, lespérer de le voir se disposer un jour à le prolonger our ainsi dire, dans ça lignée aussi bien que dans # carrière de travailleur de la terre, cela avait en-

chaîné sa langue et l’avait tenu dans une profonde méditation muette.

Il ne sortit de son silence que pour prononcer :

—“N’abusons pas de l’accueil bienveillant de monsieur le Docteur.”

—“Permettez-moi de revenir,” ajouta Yves à son tour en lui pressant la main. “Vous m’avez fait du bien.”

—“Oui, revenez, nous causerons encore. Je connais parfaitemet la campagne que vous avez menée. Un compagnon d’armes ne saurait vous en entretenir mieux que moi.”

—“Au revoir, monsieur Yves”, prononça J acqueline à son tour, lentement, comme si elle eut cherché à retourner dans son esprit le sens de cette invite,

fonde

besognes qu’il se Yves se plaisait à revêtir accompagner son père dans s multiples travaux des champs.

Au début, il y avait été entraîné par sa seule tenresse filiale, par Po::igation er l’a

rer silencieusement pour

il ne pouvait se résoudre à Je

er partir seul pour les champs. Précipitamment,

endossait lui aussi sa livrée de travail : une blouse isée par Lucas et un grand chapeau de paille :

— 242 — ù —“Attendez-moi, père” lui criait-il, et il le rejoi gnait en courant.

Plus tard, cela avait semblé comme si le goût lui même de la terre l’eut repris; il ne mettait plus a cun effort dans ses résolutions de travail; il ne coûtait plus de se lever avec l’aurore. Peut-être en fouissait-il encore dans quelqu’une de ses poches livre, un numéro de journal quelconque, mais c’étai simplement pour y jeter un coup d’oeil hâtif en ser posant, la ‘dinette finie, enfoui dans l’ombre cra de quelque épaisse veillotte.

Puis finalement, c'était devenu presque un attni D’acord avec son père, plus les javelles étaient dru et lourdes de grains, plus il s’en réjouissait. Il m4 tait maintenant de l’âme dans son rustique labeu Il ne pensait plus à la Poudrerie, ni aux fabriq . des villes, ni aux diverses positions qu’il avait si « vent convoitées autrefois. Les offres d’emploi ( publiaient les journaux le laissaient indifférent.

Quoiqu'il ne s’y arrêtât pas encore entièrement, terre était, après Jacqueline, ce qui lui tenait à pi sent le plus l’esprit.

Certes, oui,... “après Jacqueline”... car lorg au cours du travail exécuté en commun, le père Beaumont, discourant au hasard à la manière à paysans dont la pensée se replie sans cesse sur choses qui seules les préoccupent de plus près, ab dait tout à coup la louange des Duvert, Yves le sait dire sans s’interposer autrement que d’un 1 d’une interjection, comme une simple amorce ja

à la conversation, et le pauvre vieux mordait en effet, fier de s’épancher à fond.

—“Tout le monde est bon pour nous dans cette maison... On se croirait de la famille... Si tu avais une soeur, je crois qu’elle ne me serait pas plus chère que cette petite Jacqueline... Lui-même, le docteur, intéresse jusqu’à nos moissons. “Votre récolte sera bonne” m’a-t-il crié, en manière de salutation amicale, l’autre jour, en passant... C’est qu’il a l’âme rurale et qu’il descend comme nous d’une lignée de

ait en lui-même que les liens qui l’attachaient à la re se resserraient de plus en plus fortement.

Un matin, en tapinois, comme pour une ruse d’écolier, Yves s’était levé le premier,

Le grand calme serein de la nature et le soleil, qui déjà commençait à discrètement traîner son lumieux pinceau sur le sommet des choses, l’avaient inonli et comme attiré. Puis il y avait aussi le champ le javelles — que, le soir précédent, il avait laissées outes couchées les unes auprès des autres, offrant insi l’image du moutonnement des vagues du Richequ’il lui tardait de mettre en meules, avant Re le soleil ne dardât trop vivement les épaules.

Sans éveiller Marcelle, il avait en silence préparé

le petit déjeûner frugal ainsi que le cruchon d'ea vinaigrée que, en vue de l’ardente soif prochaine les travailleurs des champs emportent d’ordinair avec eux et réussissent à conserver frais tout le jour en lenfouissant sous quelque javelle épaisse. fourche à l'épaule, il allait prendre “le large”, lorsque le père Beaumont, inquiet lui aussi du sort de sa r6 colte entièrement fauchée et à la merci des élément: mauvais, — à l’époque des moissons, le paysan nm qu’une défiance: la venue de l’orage, — apparut sur le perron, anxieux de scruter plus profondément l’ho. rizon lointain. Une émotion joyeuse et suave vin aussitôt illuminer sa figure en apercevant à la foi Yves et le soleil, le soleil ét Yves, déjà levés tous der et prêts, chacun à sa manière, à participer à la longué et rude tâche de la journée.

Après une pause où perçait son ravissement, à vieux de Beaumont demanda :

—“Comme ça, tu nous aimes toujours ? j’entend tu aimes toujours la vie des champs ?” —“Comment se soustraire à cette emprise,” pliqua Yves, “par des matins pareils à celui-ci, o l'odeur de la terre semble écarter les rideaux des f nêtres et venir nous baigner jusqu'aux os?... } m'étais proposé de vous jouer un bon tour”, fi ingénûment... “Vous auriez été mystifié, n’este pas, de me trouver rendu au travail avant vous?” —“Mais tu vois,” selon que Lusignan le répète so vent avec orgueil à son garçon: “Le bonhomme « toujours le bonhomme,” acheva-t-il d’un ton enjou ... Allons, viens...”

Et dans la rosée qui perlait à chaque pointe d’herbe, ils s'étaient éloignés, coude contre coude, comme deux camarades,

—“Sapristi! moi qui voulais recommander à Marcelle de ne pas manquer de nous apporter du bléd'Inde rôti”, fit tout à coup Yves, mande aux lèvres,

—“Tu ne soupçonnes Pas, mon enfant, combien ton entrain me charme et me fait espérer encore de beaux jurs... Tu es bon et je te bénis.”

...Le père de Beaumont venait, cette fois, de se iSconvaincre que la terre triomphait enfin dans le coeur

de Yves.

Yves eut bientôt renoué amitié — avec tout ce qui s’y rattachait de réminiscences joyeuses — avec se anciens camarades d’école, de catéchisme, de veil. lées champêtres, que, au cours de ses études et de sa récente campagne militaire, il avait plus ou moins perdns de vue. La mort en avait déjà moissonné quelques-uns; d’autres, à son exemple, de Saint-R Hilaire et des environs, avaient déserté la terre natale, mais la plupart avaient repris avec amour le sillon abandonné par leurs pères et étaient devenus à leur tour des chefs de maison.

Tous se réjouissaient de son retour à la terre et & sentaient grandis par sa présence en leurs diven cercles. Il devint bientôt leur conseiller et ils consultaient sur mille choses.

Sans s’en douter, sans le rechercher, mais non san ‘ quelque sentiment de fierté à cause de Jacquelin

Yves, que sa culture intellectuelle mettait constamment en relief, eut bisntôt pris rang parmi les prin- L: dpaux citoyens de la paroisse. 2:

Un incident fortuit le mit tout à fait en évidence. A c moment-là, il J avait forte agitation dans le ‘1 omté de Rouville à propos du choix d’un représen- 40 int au parlement. Tous les partis étaient surchauf- ; 8. Yves n’avait pas encore eu l’occasion d’analyser ke conflit d’idées et de Programmes qui les divisaient n apparence si profondément, Sur ce point, son ducation ne tenait en réalité qu’en quelques chapires d’histoire, certains débats retentissants dans les semblées délibérantes et peut-être plus exactement m de courtes réflexions politiques, — portant plus ur les événements et les hommes que sur les idées, qu’il avait parfois entendues tomber des lèvtes de x père ou du docteur Duvert sous une poussée quelnique d'enthousiasme, de colère ou dé mépris. Or, comme un embaucheur était venu, un bon jour, Finviter à assister à un comité qui devait se tenir, soir même, dans l’école du Brulé, il avait accepté avitation avec une joie mêlée de curiosité, Car c’était un spectacle nouveau pour lui que ces mions de paysans, en des coins reculés, où s’ébau-

wlqu’inconnu de la veille, qui le lendemain sera le kf, le meneur, l’idole d’un Pays ou d’une race, et , de sa voix comme d’une pique rougie à blanc,

tra pendant une époque entière Parfois les remuer que dans leurs couches 1

Yves s’y était rendu à pied, en compagnie de son père et de son voisin Lusignan hélé au passage.

A son entrée dans la salle, déjà grise de la fumé des pipes, un mouvement de curiosité satisfaite « dessina dans les rangs des électeurs qui avaient précédé. Tous s’empressèrent de lui faire fête à titr de recrue précieuse.

“Bonsoir, Yves... Par ici, Yves.. .” Jui jetaient les amis, de chaque coin.

—“Tiens, c’est Yves... le fils du père de Bear mont... celui qui revient de la guerre... Un be gars...” échangeaient à mi-voix les autres assistant entreeux... “Est-ce vrai qu'il doit reprendre ferme paternelle ?... Et capable... instruit... Ce le vieux qui va être content, n'est-ce pas?...”

Contre son gré, Yves fut poussé aux premiè places.

Entretemps, l’orateur. d’occasion faisait office à placier, prodiguant des poignées de mains et d’ot quieuses politesses aux arrivants, offrant un tg bon accueil aux chefs -de rang des divers partis pol tiques.

—“Pour quel candidat, votre assemblée ?” lui je du fond de la salle, Isa Gauthier un peu agacé de: manège équivoque. À

“Qui, quel parti, quelle politique venez-vous ( fendre devant nous?” interpelle un autre.

“Je n’ai jamais défendu qu’une politique vr ment canadienne,” risqua l’interpellé, sans se ci promettre encore.

Dans l'assemblée, très nombreuse et grimpée

: que sur les rebonds des fenêtres, on commençait ainsi our à chuchoter et à s’agiter; car dans Pindividu qui aite w avait convoqué la réunion, plusieurs affirmaient reavaient connaître un simple charlatan d’élection, une espèce à titrMde spéculateur en immeubles qui

jetaient bre à écouter son boniment, s’était adroitement avisé de tirer parti de la fièvre politique alors régnante. o Beau On en fut vite convaincu lorsque, harcelé par des Jn beulMltPostrophes et les interpellations, il se décida à désistantii"loPper son programme.

mdre 1 —“Messieurs,” dit-il aux libres et intelligents élec- . Caurs de Rouville. “Vous désirez savoir quelle est ma

t d’obdous le faites et comme vous Préparez vos fils à le ira 2

tie ke “Une ère de prospé

rité aussi nouvelle que génése s’ouvre présentement à votre activité, Mont-

Jui je la métropole du Canada, grandit à vue d'oeil.

cé de chemins de fer, la navigation y apportent des iesses inouies. Des industries de toutes sortes gurent son territoire, débordent sur la campagne VOS Bine et bientôt envahiront toute étendue de L’He.” D'Du sud au nord, de l’est à l’ouest, les usines mon- Ant leurs hautes cheminées et font entendre le cli- 1 & tis harmonieux de leurs machines, alors que vous

mode 127 endormis sur vos mornes fermes, sans paraître

VTass .4

percevoir qu’il faut des bras et des mains pour de si nombreux besoins.”

“Les pays étrangers nous envoient des millier: d'ouvriers. Déjà ils remplissent de superbes emplois, en même temps qu’ils gonflent d’argent leurs goussets et s'emparent des terrains... Mais c'est à vous jeunes gens vigoureux de la campagne, que ces bien: sont dûs en premier lieu. Ils vous sollicitent, pendant que vos terres stérilgs ét ingrates épuisent sans profit vos forces et ne vous offrent aucun contentement.”

—“ C’est assez correct, ça,” ne put retenir Isa qui sentait renaître en lui son même levain d’amertume contre la terre... “Envoyez.”

“Venez, la fortune vous attend. Cette invitatior je l’ai fait entendre dans plusieurs paroisses de vallées du St-Laurent et du Richelieu -- à Varenne à Verchères, à Beloeil, — et l’on est venu en fou Je la réitère ici avec une foi plus convaincue. Vene il y a encore des lots à acheter; j’en possède moi-mên un grand nombre... Plusieurs m’ont été arraché des mains par des étrangers, mais c’est à vous, Ô m« chers compatriotes, que je réserve les plus avants

—“C’est pas vrai,” cria quelqu'un... “Parlez-nn politique,” lança un autre.

“Venez, l’avenir est à l’industrie, à la finance, au affaires. La terre a fait son temps ici... Et à ceu qui me demandent de itraiter de la politique, je pondrai qu'aucune question n’est plus importanl que celle que je vous expose. Elle constitre la pol tique du jour, la politique vraiment canadienne

nationale que tous les Bouvernants, les hommes d’affaires. et les candidats s’empressent d’applaudir, car atteindrons l'influence et les dûs parmi les populations de

—“Politique de suicide,” avait proféré tout haut, un goût de terre fraîche à la bouche, le vieux de Beaul temps promèené lentement

‘ua pays et sa principale nt démontré — c’est

Cette vérité incontestable 186 des auditeurs

reprit décontenancé, equel se cachait l’embaure là? L'expérience vous Regardez donc autour Où est la Puissance ?

vous n'êtes que les dupes de la terre, laquelle abu de votre travail.”

Et perdant toute mesure sous le coup de multipl désapprobations, il leur cria en se retirant:

—“Oui, changez de métier, changez de pays, s le faut, et ne vous ensevelissez point de coeur joi comme vous le faites, dans l’étroit sillon que va creusez.”

Le docteur Duvert se trouvait parmi les auditeur Appelé auprès! d’un malade des environs, il s’éta empressé, sa visite terminée, de faire acte de présenc à l’assemblée. S'il avait en grognant écouté les asser tions paradoxales du hableur politique, il avait a cueilli avec transport la chaleureuse riposte de Yves.

Cette généreuse intervention, arrachée à la solids rité filiale bien plus qu’au désir de se mêler au débat avait révélé chez son auteur autant de coeur que à culture. C’est pourquoi le docteur avait-il d’un mou vement spontané, lancé son nom en l’invitant à ré pondre. |

Le nom fut repris par la foule et les appels :.… Yves!... Yves... de Beaumont, les battements 4 mains, nombreux et pressants, ne cessèrent qu’à l’ap parition de Yves, debout et nerveux, gêné sous le regards attentifs.

“Camarades”, dit-il, “selon que vous le disait « monsieur, mon expérience est en effet peu complèt puisqu'elle ne date que du jour encore récent où suis venu reprendre au milieu de vous la place « je n’aurais jamais dû quitter. Cependant les ilusia éteintes de ma vie m’ont déjà appris à connaître |

duperies des hommes et des choses, et je vous affirme que cet homme vous trompe.

—“QOui... oui — très bien”, volèrent dans la salle.

“TI est vrai que je n’ai encore pénétré les questions qui vous agitent qu'avec mon coeur, mais je me réjouis de constater tout de suite une réprobation de la prétendue politique nationale que cet homme vous & exposée ce soir — en vous offrant de déserter le sol natal — par l'absence elle-même de tout candidat officiel et dans ea Propre gêne à déclarer qui il représente en cette circonstance.

“Votre place est ici avant tout, et non dans les villes que l’industrie et le commerce gouvernent. Et si par hasard, dans nos vieilles Paroisses du Richelieu, il est des jeunes hommes robustes et courageux qui trouvent le sol trop cher pour la valeur de leurs bourses, ou trop étroit pour la valeur de leurs bras, qu'ils aillent bâtir leurs foyers dans nos riches régions vierges, La terre maternelle et toujours féconde de Québec n’a rien à envier aux pays les plus fortunés. Et ce serait une aberration que d’accepter Pétrange déracinement — aussi amer pour l’homme que pour l’arbre — que l’on vous a proposé tantôt.

—Très-bien... très-bien. . .? et cette fois Yves avait reconnu la voix émue de Isa.

“D'ailleurs, en vous donnant cet avis, jeunes hommes de mon pays, je ne suis pas animé du seul souci d'assurer votre bien-être eb votre prospérité, je sens que je suis entraîné Par une aspiration plus large et Plus haute: celle d'assurer à la fois la survivance de notre pauvre province française en lPappuyant... en

ne —

la chargeant en quelque sorte comme un berceau à défendre, sur vos rudes épaules d'agriculteurs.”

—“Bravo!... trèsbien, Yves. C’est toi qui as raison.”

“Enracinez-vous donc dans le sol, dans ce sol que vos ancêtres ont ouvert, que vos pères ont cultivé et dont le sein généreux offre à notre race la seule ai. sance et la seule force désirables.”

“Une autre race s’agite dans le domaine des affai. res. Trois sièéles de trafic, de négoce, pendant lesquels elle a constamment dominé malgré sa faiblesse numérique, nous convainquent de son invincible supériorité naturelle sur ce terrain. Il n’y a pas à en. trer en lutte contre elle.”

“Pareillement, trois siècles d’attachement au sol, — et ce sont nos trois siècles d’histoire — ont façonné à la race française, en Canada, une âme rurale, mais une âme susceptible d’atteindre aux plus nobles élans du coeur et de lesprit. C’est par elle que nous tien. drons tête à l’envahissement, d’où qu’il vienne, et que nous nous hausserons aux premières situations s0ciales... à la condition toutefois que nos gouvernants s’acharnent à faire pénétier l'instruction dans chacun des foyers de la province et à développer ainsi, en même temps que la culture du sol, cette autre culture, infaillible pour nous pousser encore plus vite et plus haut: la culture de l’intelligence. Avec cette paire d’ailes, avec cette bouée de sauvetage aux épaules, la race francai > défiera éternellement les vents . et les marécs.. .”

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au 80], açonné >, Mais s élans s tienet que ns 60- OU VeTn dans er ain- > autre us vite c cette épau- | vents

—Très-bien... hourrah!... Bravo! Yves... Encore.”

Yves aurait voulu s’arrêter pourtant, mais étourdi par sa propre émotion et entraîné par les bravos et ls claquements de mains qui crépitaient de lui, il reprit, en reconnaissant certains vieillards de son voisinage, parmi lesquels son père qui cachait dans le dos du docteur Duvert son regard noyé de larmes.

“Messieurs, est-ce en écoutant les clairvoyants, et les vieux patriotes à tête blanche que je retrouve dans cette salle, que j’ai tout à coup pleinement compris que la mission sacrée de défendre cette terre française d’Amérique ne serait bien remplie que par vous Est-ce simplement parce que, dans ces coins calmes de paroisse, je me souviens d’avoir de trop près et pendant trop longtemps écouté le bruit de vos faucheuses et le battement fascinateur de vos fléaux? … Est-ce plutôt parce que ce soir je laisse trop joyeusement palpiter dans mes veines la bonne vieille sève de paysan et de laboureur dont je descends?... Je lignore... Mais je ne demande pas moins avec ardeur aux hommes politiques de mon sang — à ceux surtout qui ne peuvent fouiller l’avenir sans qu’un certain émoi ne leur traverse aussitôt l’âme — de ne jamais perdre de vue la bouée bienfaisante dont j'évoquais tantôt le symbole.”

“Et si ce suprême souci d’avenir ne devait pas seul suffire à les animer, ne leur resterait-il pas en-

core l’ambition touchante de nous grandir, nous les

vaillants du sol?... quand ça ne serait. quand ça ne serait, n’est-ce pas, que pour nous permettre de

faire rayonner, au-dessus de toutes les autres classes, Péclair d’indépendance et de liberté qui nous distin- Bue, Comme nous savons au temps des moissons “faire briller l'éclair de nos faulx, au-dessus des gerbes môûres.”

Yves s'était assis. Ses lèvres et ses mains conti. nuaient de s’agiter sous le coup de la violente émo. tion par où son âme venait de se déverser en des accents qui l’avaient troublé lui-même.

Il releva la tête en entendant les félicitations du docteur Duvert que l’enthousiasme avait porté d’un bond auprès de lui. 11 vit en même temps son père dont les yeux pleins de larmes joyeuses disaient l grande fierté de son vieil âge.

Il se porta vers lui avec une caresse attendrie du temps où il était tout petit; et indifférent à tout œ monde autour de lui, il se jeta sur son épaule: —“Es-tu eontent, père ?” murmura-t-il tout bas.

Et pourtant combien J acqueline l’aimait au fond.

Malgré la diplomatie et la défiance sans cesse surveilée où elle s’enveloppait, elle ne pouvait entièrement cacher les élans de tendresse qui venaient l’accabler jusque dans la solitude morale où elle #’appliquait à renfermer son coeur. Et cette souffrance contenue, qui s’attachait ainsi à ses pas comme une entrave, s’exagérait encore de la cuisante pitié qu’elle nourrissait.

Si alors il faisait beau temps, si le soleil saupoudrait sa séduisante poussière d’or sur la crête des pommiers et des rochers de la Montagne, elle partait au hasard, par besoin apparent de s’agiter, humer l'air, mais en réalité Pour sentir de plus près la présence de Yves. Par des méandres agrestes, qui serpentaient sous les arbres, enjambaient bizarrement d'un, verger à l’autre, mais finissaient toujours par

l’entraîner dans le voisinage de la ferme des Beaumont, elle allait.

De loin, enfouie sous les arbres, elle scrutait attentivement les alentours et si elle découvrait que Yves était occupé à travailler dans quelque coin reculé de son champ, sans plus aucune crainte de le trouver à la maison, elle entrait dire un bref bonjour à Marcelle.

Un bref bonjour... Ce n’était plus en effet les longs et gais bonjours d’autrefois, pleins d’intermi. nables épanchements, qu’elles échangeaient à présent, Les événements s’étaient en ces derniers temps précipités d’une manière si étrange; ils avaient semé dans leur vie tant d’amères énigmes, qu’il ne fusait plus de rires heureux et inextinguibles de leurs lèvres Ë encore jeunes. Elles n’avaient plus d'illusions à échanger, de rêves à ébaucher tout haut; il restait toujours une ombre, une alarme, un sanglot, en suspens derrière leurs pensées.

Cette fois cependant, Marcelle était accourue vers Jacqueline avec son ancien sourire accueillant et ouvert. C’est que de là-bas, de l’autre bout de l’Amérique, elle avait reçu l’appel — si longtemps craint et désiré — de Lucas. Elle n’en eut rien dit que Jacqueline l’eut deviné, tant Marcelle laissait nettement son état d’âme se refléter sur sa figure.

Après une foule d’indications variées, — où se trouvaient consignés, comme dans un schéma, le tracé de la route, les moyens de déplacement à adopter de préférence, les incidents à prévoir, les embarras à tourner, les distances, jusqu’à la rue à suivre et la

porte où finalement frapper — Lucas avait ainsi terminé sa lettre: “Tu demanderas André Robert et quelqu'un, qui pleure de tristesse en écrivant et en wngeant à ceux que tu vas quitter, le sautera à ce moment au cou, en pleurant de joie, cette fois.”

En grand mystère, faisant ainsi ressusciter les”

pensionnaires d’autrefois, elles avaient toutes deux

de nom, de coeur, de tout, parmi lesquels il allait fslloir se perdre sans retour, Marcelle en avait reçu une vive secousse, Mais qu'importe, son Lucas sera près d’elle ; elle saura s’il souffre ou s’il est heureux;

fil continue sa vie d’alcool ou s’il est corrigé, selon quil le lui jure... à cette perpétuelle incertitude, lle préfère tout.

Elle ajouta tristement :

—“Ce sont les deux d’ici, qu’il va maintenant me wûter d'abandonner.”

de joie et :

«.. Je vois si bien d’ailleurs que Lucas a + Mout analysé et pesé d’avance et qu’il endure les ménes perplexités dans son gîte secret d’exilé.”

Avec sa grâce spontanée à adoucir ou à partager vute souffrance chez ceux qu’elle aimait, Jacqueline

FE DRE dise a ME E?

eut désiré trouver tout de suite quelque formule co patisante pour fusionner encore plus profondéme son âme à celle de Marcelle; mais elle était res interdite, déjà debout et prête à s’en sauver, en ap cevant soudain Yves qui, en tenue de paysan, son ls ge chapeau de paille à la main par fantaisie de mieux laisser caresser par la brise, rentrait de & travail.

A laspect de Jacqueline, il avait eu de même 1 sursaut de surprise et d’embarras gêné, mais il s’étai bientôt remis, emporté par le ravissement intérien qui tout de suite l’avait pénétré comme un vin.

—“Si vous me voyez confus, mademoiselle, ce n°es Pas par honte de ma tenue de travail,” s’empres sa-t-il d'émettre. “C’est que je ne puis même pa ainsi accoutré, m’offrir Pour vous guider à trave les sinuosités de: vergers... N’alliez-vous pas parti pour le village ?”

—“Et cela sous-entend que si vous ne rougiss Pas, vous, de votre livrée de Paysan, je n’ai pas cette fienté, moi,” reprit Jacqueline avec une expression! défaite... “Eh! bien, voyez si jen rougis”, profé telle au bout d’un temps, du ton des résolution Sraves. Et allant se placer auprès de lui: “Venez.

Sous le coup de je ne sais quel reploiement subi Yves était demeuré un instant hésitant en face d’ell Puis il l’avait suivie.

Séssés Combien souvent toutefois il avait souhaité une circonstance Pareille: Se + une bonne fois en 1

lenchantement de

en: espril rouver set & compagnie de Jacqueline, ave marcher à ses côtés, dans l’omb

; lu par- ’auraient pas même arraché

aussi ému par où ils s’étaient

Et ce fut Jacqueline qui rompit le silence, So

à se défendre d

trouvé nulle part ailque seuls les hommes des

“PS savourent: pouvoir attacher à leur gré une

figure, une âme, à chacune des choses parmi lesquelles ils vivent... Si bien que ces choses finissent par leur ressembler, savez-vous?... Je me serais reconnue ici, « tant chaque objet me paraît revêtir la physionomie des de Beaumont,” conclua-t-elle avec un sourire interrogateur.

Puis elle fit mine de se hâter davantage, jetant un coup d’oeil ici, arrachant là une tige qu’elle rejetait aussitôt, l’esprit visiblement occupé à combattre quel. que souci.

A quelle périlleuse stratégie ne s’essayait-elle pas en effet à ce moment? manier ses sentiments de manière à les dresser au besoin en obstacle, comme un mur, et cependant se raidir en même temps contre eux de toutes ses forces pour échapper à la tentation de se jeter à genoux et confesser son amour en demandant pardon. Car elle percevait, au tumulte des idées qui l’agitaient, qu’un pareil état de fièvre pour. suivait Yves.

Jusque-là, forcés par l’étroitesse du lacet, ils avaient marché l’un devant l’autre, sans beaucoup lever du sol leur regard. Yves, roulant des pensées qui tantôt l’accablaient, tantôt l’exaltaient pour d’irrémé diables aveux, suivait l'empreinte fragile que le sou lier de Jacqueline laissait comme un sillage à la sur. face de la terre fraîche.

Brusquement, dans une pénétrante ondée de lu mière, le sentier ombragé qu’ils longeaient avait di bouché d’un massif d’érables, au sommet du versar qui dominait à quelque distance du village. Ton jours ce tableau — fait des grandes forêts lointaine:

des pâturages avoisinants où paissaient d’innombrables troupeaux, du Richelieu qui semblait

que sous les pieds ses eaux

bleau, qui s’offrait de ce don d’émouvoir Yves.

dela rusticité de son costume, de rebiousser chemin. Et alors il se rendit compte que, sans avoir rien dit des paroles exaltées qui le tourmentaient, ce serait irrémédiablement fini de ce tête-à-tête unique que la Providence semblait elle-même lui avoir si ingénieusement ménagé. Il ne lui resterait plus qu’à rechar- 8er 60n secret sur ses épaules.

Cette réflexion amère, soudainement retournée dans son esprit, lui servit de ressort Et faisant un détour pour reprendre lentretien au point où il l’avait laissé tomber :

champêtres que leurs ce que vous imaginez,

si dans la vie propre des champs on pouvait empêcher l’autre vie, l’autre... la triste...”

Jacqueline comprenait ça et elle y avait acquiescé d’une inflexion de la tête.

—“Mais il y a toujours cette ambition, ces aspirations plus hautes que nos ailes, ce coeur qu’on ne peut rêner non plus et qui dans son aveugle aphkétit fausse et entraîne notre raison... J’ai déjà fait bien des circuits à sa poursuite...” Puis à voix plus tendre il lui avait raconté ses tentatives et ses échecs à la Poudrerie, sa belle fièvre de travail au début pour triompher, l'emporter par quelque succès scientifique éclatant qui les aurait matés... eux... I l’avait pourtant atteint ce succès qu’il se flattait d’offrir à la science, à sa race, à...

Cela aussi Jacqueline le savait...

—“Et voyez”... C’est alors que désebusé, rebuté, sans une épaule de femme où appuyer son front, ce besoin l’avait pris comme une soif de s’en aller, s’éloi. gner, prendre du service, s’étourdir là-bas, là-bas, du bruit des canons boers... Mais il avait bientôt senti que, même en plein combat, il n’y aurait jamais assez de fumée dans le ciel africain pour obscurcir certaines visions bénies... “Croiriez-vous,” repre. nait-il, “que c’est là que l’emprise du foyer natal, le rappel aigu de mon village, de certains visages chers, ont commencé par me plus violemment remuer? Malgré le désarroi des lieux, je reconstituais, à même le veldt, de consolants paysages où je me plaisais à re. trouver mes êtres bien-aimés... Et c'était toujour le simple tableau, rapidement entrevu au passage,

protégeant la ferme abanfeul burgher, qui éveiliait visions.‘ Qui m’eut dit

Jacqueline lui eut dit un mot ’aurait plus été maître de son

t que l’orage de ses sen subitement arrêtée «0

blement pâle, courbée dans l'attente pleine d’anxiété de je ne sais quelle redoutable menace suspendue sur sa tête.

Sans un mot, clouée dans l'attitude où l’imminence des aveux de Yves l’avait écrasée, sa main seule cherchant un appui dans le vide, elle restait frissonnante, comme si elle eut attendu le coup fatal.

Elle le savait si bien ça aussi...

Quant à Yves, il s'était écarté, puis rapproché d’elle avec un geste d’effroi. Les lèvres vibrantes, très vite il lui avait jeté trois ou quatre paroles incohérentes qu’elle avait écoutées sans répondre et voyan. se ‘lever doucement vers lui son regard chargé de lar-

mes suppliantes, il s’était tu. Une sensation d’égartment — où perçait encore entière lextrême tension de son esprit vainement ramassé pour un effort de perspicacité — continua de l'agiter encore quelques instants, puis sous le coup de quelqu’étrange retentissement au fond de son âme, il s'était enfui.

“Ah!” soupira douloureusement J acqueline en le voyant s'éloigner.

Eperdue, elle tenta vers lui quelques pas chancelants, comme pour le retenir; mais n’en pouvant déji plus, avec une exclamation de déchirement rlaintif:

—“Monsieur Yves... Yves... Yves... appel:

t-elle, à voix de plus en plus éplorée.

Les dernières f.

Il pleuvait un

palpable brouillard ittelages de labour

champs otones; mais à la longue

js :

du sol, s’ingéniait de toutes n.nières à lui en adoucir le poids. — “J’en profiterai moi-même pour réparer le harnais de Rougeaud.” Toute maternelle qu’elle est, la terre tient à ne mesurer ses largesses que sur les sueurs qu’on lui consacre; et sans relâche elle sollicite, gourmande, distribue partout ses commandements muets.

Le vieux n’avait jamais regimbé, lui, contre les mille soins qu’elle requiert. Il s’empara du harnais e* avec un bruit de boudles et d’:".neaux heurtés aux portes, de sangles et de traïts rampants sur le plancher il était allé s’installer dans un coin de la cuisine. — “Cela ne t’embarrassera pas trop, Marcelle ?”

Quand cela aurait été, la pauvre ne se serait pa. plainte, tant elle éprouvait le besoin — par cet. muette pluie d’automne qui lui détrempait l’âme de sentir quelque présence chère remuer auprès d’elle

—“Non, aucunement,” s’était-elle jempressée de répliquer.

Son alène d’une main, sa “babiche”, son ligneu de l’autre; tenaui, de ses doigts libres, très exacte ment superposées les bandes de cuir dont le lien av cédé, le père Beaumont avait commencé le piquags Si ses yeux lui faisaient à présent un peu défaut pc fixer les points avec la symétrie d’autrefois, sa vieill main toujours experte devinait, voyait, elle, et la lig des coutures se prolongeait très droite. De tem] en temps, pour mieux ramollir le cuir, il le tre pait dans un baquet d’eau tiède disposé auprès lui, puis il reprenait.

adoucir r répa-

ternelle temps de silén rgesses E taille profonde que l’ardillon de la boucle avait à relâche E la longue creusée Ï i

28 COM- se pren-

tôt qu’il itre les L atteindra l'adresse de Lucas en ce 8enre de travail.” rnais e* Il retournait Je harnais en tous sens, l’éprouvait Ux por E pièces par pièces. “Il est encore soli cher. il

solide, sais-tu?.

Lucas ne Pavait

Point payé cher.”

* €ncore le nom de à fait exprès ce rappel du fils Perdu, au moment où 5 Marcelle se débattait elle-mêm

e contre son souvenir, frrangeait des phrases qui aussité

trop Pénibles, en combinait d’a à la confidence qu’elle avait ; Avec un regard d’un

umont, comme Pour suime de plus près son travail] Longtemps elle le refarda en silence, pendant qu

il reprenait son toud’enfoncer son alène,

de plonger tt tirer le fil

ut po —“Je ne Vous en ai pas encore parlé... Lucas à vieil m'a écrit”, Prononça-t-elle.

la lign S’apercevant de l’accent grave et changé de Mar. ? temeelle, j: -osta sans rien dire. A la fin:

e tre - «n demande que tu le rejoignes ?”

près —“Qui.”

—"Et tu iras?” —“Qui.. ,»

Ïl l'avait écoutée sans trop grande émotion. Mon Dieu ! il savait bien que cela devait un jour arriver, qu’il y avait quelque part un autre abandon plus douloureux que le sien à consoler et il aurait rougi comme d’une lâcheté, il aurait cru sa vieilie honnéteté éteinte, si, malgré son désarroi, il ne se fut pas accordé avec Marcelle sur ce point.

Mais en homme qui craint que la lie ne remonte dans la coupe qu’il pensait avoir vidée :

—“Ce n’est pas sur mon sort que je m’inquiète, va... C’est l’avenir de Yves qui me préoccupe... On entend de si trompeuses suggestions, les chimères ont tant d’écho dans les maisons vides... Si Pennu allait le prendre et le chasser de nouveau...

Marcelle interposa :

—“Quelle délicieuse remplaçante j’aurais pourtant à vous proposer et qui vous aime bien tous deux.”

—“Jacqueline, hein!... Tu crois?... Tu le crois toi aussi, Marcelle, qu’elle aime Yves ?”

—“Ti me semble toujours que ce n’est qu’en étouffant son coeur à deux mains qu’elle en comprime les battements... et si Yves écoutait mieux...”

, —“Chut,” fit le vieux, en le voyant sortir de son étable tenant précieusement à la main son chapeau rempli d’oeufs. “Il faudra ne lui rien dire de tout ça, ton départ, Lucas, rien...”

Il ramassa ses outils, le harnais, mais il n’avait plus l’esprit à travailler. Avec dans son âme une brume plus dense que celle qui flottait sur les co teaux étendus devant lui, il s’était mis à regarder la pluie tomber,

esprit et de Mouvement qui racontait, en les mi.

comité, par cclamé, 3oir-là, pendant

lei tion que le salut et la stabil dée françaises en ce Pays ne se Mesureront toujours qu'au degré d’atte.

chement des nôtres au sol... Et Puis ce regard ins. piré qu’il avait ; et ces appels Puissants, quoique très doux, qui fouettaient les Poitrines et leg faisaient

vibrer, de même que le battement amorti de nos fléaux fait tout vibrer et trépider dans l'aire; et ces apostrophes de feu qui, après avoir ricoché sur l’odieux charlatan qui l'avait précédé à la tribune, enflammaient les auditeurs: Messier, Lusignan, le docteur, Isa et les vieux comme moi qui pleuraient, eux, et se demandaient en même temps jusqu’à quel inaccessible sommet pourrait bien monter le fils du laboureur, “l'habitant”, qui déciderait de semer dans sa vie de telles idées avec une telle éloquence... Aurait-elle été empoignée et subjuguée, la petite Jacqueline, si elle l’eut entendue di

Se fouettant sans cesse de ces réflexions, il avait finalement arrêté de mettre à exécution un projet qui s'était déjà présenté à son esprit, mais dont jamais, comme à cette heure, il n’avait aussi nettement espéré l’heureux accomplissement.

“Yves aime sûrement la demoiselle Duvert et la petite ne l’aime pas moins,” avait-il souvent raisonné dans sæ vieille tête. “N’ai-je pas le témoignage de leurs sentiments réciproques dans les incidents qui ont accompagné le départ de Yves? Ce baiser spontané que j'ai reçu des lèvres de Jacqueline était, je lai senti, à celui qui partait. Lui-même l’a senti sans doute et c’est à cause de ce souvenir qu’il était si ému et si empressé d’aller saluer le docteur à son retour. #ai secondé son (tendre dessein, espérant qu’il en résiterait une liaison plus significative, mais je le vois ées. il est trop défiant de lui-même, trop sauvage

sr ester une démarche décisive auprès du doc teur... Je moi. Pour assurer le bonheur de s0n

enfant, un père ne gir ?” Son i

Peut-il point tout oser sans rou-

‘égal à égal qu’il “hésitation, il s'était mis

intimité

un peu de fée occupé à régenter à leur fantaisie cœurs de leurs administrés ?... C’était son rêve, Yves.”

S’il avait déjà lui-même noté les attentions de fille, il n’y avait vu toutefois que la manifestat: d’une légitime sympathie envers un jeune hom dont les aventures avaient défrayé la chronique ] roissiale. Personnellement il avait toujours ‘esti et admiré Yves. Peut-être l’eimait-il même. .., puis le soir surtout où il l’avait vu, au Brulé, prêt semer, pêle-mêle avec son blé, tant de germes fécon dans le terroir canadien. Qu'il put lui devenir pl cher encore, jusqu'à entrer dans sa famille, nu induction ne l’y avait préparé.

Cette éventualité lui sourit toutefois sur le cham Le père de Beaumont parti, il se prit à réfléchir lo guement sur la proposition qu’il venait de recew de ce brave homme.

Mais dans quel tréfonds imprévu ne s’était-il p aussitôt senti emporté, avec de ces arrêts, de « brusques ressauts qui tantôt suspendaient sa pensé tantôt l’entrainaient dans les plus étranges compl cations, Jusque-là, il n’avait pensé qu’en homn seulement en homme pour qui l'affection tient li de tout; il ne s’était jamais arrêté à méditer avec conscience inquiète du père. Quelle différence il y cependant.

J’ai rêvé le bonheur pour ma Jacqueline, se dis il, est-ce que ce paysan me l'offre? Jadis, je ch cuais ce trésor dans la santé, les honneurs, les suce j'ai rencontré tout cela sans les goûter et sur le co

Ê Meur, de décou ifestation fort vers Je mie tre de la vie et le É homme bonheur se trouve dans le travail ininterrompu. Plus ee ; ’accroit, Plus l'être devient sensible À St Cr À 16... , delé, prêt à 8 470ns la dure e enir tâc lle, null que heure du jour.

8 à la Poursuite de ses besoine, ji] L’éprouve pas Je Cuisant malaise qui Le uvent résu] u seul ralentissement de Paction 1r > recevui Æ. |

€ pas là Je bonheur ? Oui, ;

se on Te

» Je le crois fermement et er j'espère faire Pénétrer Conviction dans l’âme de ati Bacqueline.

s, de h di S'enferma de ToUveau quelques Insiants dans dus exions stendirent, se rasdun. fout à fait. Son habituelle figure d’afes euse tendresse était ré grue rayonnante . —"Où es-tu, Jacqueline ? Viens do

nce il y

NC, Jacqueline. OUrS, que je to "éconte une histoire .… À te x

l *choses-]à. Ecoute.»

28 Le "TT y avait Une fois... ne BTande petite fille F imait beaucoup beaucoup un begn jeune horame

mais elle était si discrète ou si rusée, la coquine, qu’elle n’en laissait rien paraître et que son père même ne s’en était pas aperçu. Pour on ne sait quel mystérieux motif, elle parvenait si bien à étouffer le: battements de son coeur que le jeune homme qu’elle aimait beaucoup beaucoup et qui aurait brûlé de se. conder sa flamme, se croyant sincèrement repoussé était parti pour la guerre, l’âme découragée et brisée A cette occasion-là, par exemple, malgré l’écrou dont elle sæ verrouillait, quelque chose s'était brisé dans sa poitrine et un sanglot déchirant en avait jailli tant elle l’aimait beaucoup beaucoup, au fond, ce beau jeune homme, et tant ça la torturait de...”

—“Non, père, je ne l’aime pas, Yves... je ne dois pas l’aimer. . .” s’exclama tout à coup Jacqueline, en se voilant la figure de ses mains.

—“$’agit-il de toi? Ai-je dit qu’elle se nommait Jacqueline, cette grande petite fille qui...? Non, tu ne l’aimes pas? bien vrai?... C’est ce pauvre vieux de Beaumont qui aura rêvé...”

Sentant son propre rêve s’en aller, il reprit: “Sais-tu, Jacqueline, que je m’étais moi-même lais entraîner dans sa naïve chimère ?... Mais puisque t ne l’aimes pas...

—“Et lui, Yves?” ne put-elle se retenir de d mander.

—#Qh! lui... Il faut apprendre de la bouche t père de ovnent. .. Mais peut-être se l’est-il im giné seulement... À son âge, et avec ce qui reste to jours de songe inquiet dans l’âme des vieux, on

coustruit tant pour les enfants de ces châteaux si

oquine, m père ait quel ffer les qu’elle é de sepoussé, : brisée, ou dont sé dans t jailli ond, ce

une soif de Courir endormir éternellement . =

Yves, il Je revoyait t, et lui annonçant

aCCOmpagnerait et le

N Viatique...

Beau

Pourquoi t’e

insista le docteur en ]

C’est mont s’imagine »»

1 Cacher com.

attirant à lui

d'un mouvement de caresse... “J’en serais si fier, moi, si heureux. Car où trouver un plus estimable garçon que ce Yves? lJustruit, pétri d’honneur et d’idéal, attaché aujourd’hui à la glèbe par toutes Îles fibres de son coeur et les élans de son intellignece, et de plus en état — à cette sèche époque où Von ne se plaît qu’à noter l’absence des oeuvres, non la rareté des hommes — de jouer un rôle très élevé dans son pays, à la simple condition de sentir sur sa manche de paysan la main d’une femme complice de son rêve et qui lui commanderait: Monte... Ah! le beau, VPincomparable foyer — aussi sain pour le corps que pour lâme, puisque ce serait un foyer rural — que nous nous étions, comme deux pauvres vieux fous, mis en frais de vous bâtir, le père de Beaumont et moi... Vois, nous te faisions l’héroïne du roman le plus complexe, le plus spontané, le plus vrai, partant le plus beau qu’un écrivain ait jamais écrit.”

—“Père, combien tu me tortures,” implora Jacque line.

—“Tu sais mon admiration pour les enfants de champs... Ce n’est pas de l’état d’agriculteur d Yves que tu rougis, n’est-ce pas ?”

—“Certes, non... mais je ne peux pas, je ne doi pas épouser le fils de la mère de Beaumont... N m’interroge pas... Comprends donc... C’est si fo be la vie,” finit-elle en phrases hachées par les la mes.

—“Grand Dieu! tu me mets au supplice toi-m me... Quoi?... que signifie?... Ÿ aurait-il d l'existence limpide de ma Jacqueline quelque ca

si fier, que mes yeux de père n’auraient point vu?.., Parle.’ imable ” —“Tu ne veux donc Pas rester les yeux fermés? eur et cause de toi, j’aurais été plus forte seule, il me ates les est si affreux... J’ai empoisonné Ja lignece, mère de Yves,” et elle écrasa son front sur les genoux l’on ne de son père.

la rare- —“La mère de Yves? Mais tu délires, Jacqueans son line, Que me dis-tu?... Raconte.” Le docteur la manche Pressait de questions ardentes, la soulevait dans ses

bras.

ressaisir et, se dégageant du poignait, elle ay

Pour elle seule.

Avec un regard imb

ibé de suprême pitié,

ple d’une hauteur d’âme presque inaccessible... Oh! je saisis maintenant toute la trame attendrissante et généreuse de ta vie... Tu te sacrifiais pour moi, pour la dignité de notre nom... C’est presque barbare ce que je vais te dire, alors que je te vois là, écrasée par la souffrance, mais pourtant, c’est vrai qu’à travers ma propre douleur quelque chose de suave me réjouit et m’exalte: savoir que la fierté de ta conscience a crié plus fort que ton amour. Ah! les fictions des livres, tu ne Îles inventes pas, toi, tu les vis... Soit! je n’hésiterai pas non plus et j’accepte ton généreux sacrifice. J’irai reprendre aux de Beaumont l’imprudente parole que j’avais donnée. Je dévoilerai tout, selon que me le dicte ma droiture de père et de médecin, quitte à vider ensemble, jusquà la lie, \e calice que j’aurai déversé.

Sentant que c’était bien là l’immolation définitive, Jacqueline s’était redressée avec une figure d’indici. ble détresse. Ses lèvres frémirent pour une imploration quelconque, mais ne pouvant se résoudre à la formuler, elle s’était de nouveau effondrée sur les genoux de son père.

C’est fort un homme que sa conscience commande... Ses larmes, il les essuiera du revers de sa main comme une souillure. Il contraindra son coeur à battre à son gré. Les décombres de son foyer, même s’ils lui barrent la route, ne l’arrêteront pas... Il enjambera par dessus, mais ilira. Et c’est bien ainsi que le docteur Duvert s’en allait maintenant, presque ‘redevenu calme, avec une soudaine clarté en lui qui

l’apaise, lui trace sa voie et lui démontre qu’il marche droit.

Comme s’il eut rép

irurgie dont il anal

&rands pas, il exa- &Spects de son Propre cas, au- Ours qu’une seule solution digne:

de sa faute, Certes cet aveu l’épouvante Par moments: i] sem. ble parfois que sa détermination hantise du point d’ dresse et l’exalte. étrange volupté qd’ la noblesse de son ac

Si “la nuit est lon route

fiance se-

Oh! cette confiance et cette réponse! c’est cela

E < & à Lu à Z

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