CHAPITRE II
L'fiST. LA PROVINCE DE QUÉBEC
Les Provinces maritimes; le Nouvel- Oatario. — Dans )a partie orientale du Canada, nous n'étudierons que la province de Québec, les autres provinces étant loin de présenter les mêmes avantages pour la colonisation française européenne.
La Nouvelle Ecosse, l'Ile du Prince-Edouard et le Nouveau-Brunswiek, qui sont principalement formés de l'ancienne Acadie, jouissent d'un climat assez doux et humide. Ce pays est habité par une population très peu dense, en grande majorité anglaise. La minorité acadienne, c'est-à-dire française, est d'à peu près 150 000 âmes ; elle s'accroit très vite, tandis que l'élément anglo-saxon reste absolument stationnaire. Il est donc très vraisemblable qu'elle jouera un rôle de plus en plus im-
portant et que c'est elle, population solide, saine, un peu fruste, qui s'emparera lentement du sol ; mais, la colonisation se faisant silencieusement, dans des régions boisées etpar conséquent difficiles à défricher pour les Européens, il n'est guère possible ni d'en parler avec précision, ni de la recommander.
L'Ontario est la province anglaise la plus importante de la Confédération. C'est la partie sud, au climat le plus tempéré, sur le bord des lacs Ontario et Erié où mûrit la vigne, qui est à peu près colonisée. Mais tout le nord était, naguère encore, presque vide d'habitants. C'est là, dans cette région que Ton appelle le Nouvel-Ontario, que se porte un courant notable d'émigration alimenté surtout par des Canadiens-Français de la province de Québec. Aussi l'influence de nos compatriotes grandit-elle vite dans l'Ontario. Ce qui les attire dans ce pays voisin, c'est tantôt l'industrie naissante d'une région fort riche en mines et en forces hydrauliques, tantôt la culture. Mais, sur cette terre rude, à l'aspect sévère, très boisée, la vie de colon est particulièrement dure et demande une énergie et une endurance peu communes. Le défrichement est d'ailleurs ici une pierre d'achoppement pour les Européens : nous ne nous y attarderons point.
Avantages et inconvénients de la Province de Québec. — Elle est par excellence la pro-
vince française et elle le devient un peu pins d'année en année, la proportion de nos cousins d'Outre-Mer y augmentant régulièrement. Vraiment» dans la plus grande partie de ce pays aussi étendue que l'ancienne Gaule, le Gaulois de maintenant, qu'il soit Français, Suisse ou Belge, se sent chez lui, reconnaît le doux langage d'abord, puis les mœurs cordiales et les visages amis de sa terre natale. C'est bien l'ancienne France, d'esprit à la fois religieux et gai, au bon sens robuste et à la grâce légère, que cette Nouvelle France accueillante des bords du Saint-Laurent.
Nous avons déjà dit que les Eglises sont, théoriquement, au Canada, séparées de l'Etat, mais qu'en fait il existe entre elles et lui des relations permanentes. Elles sont particulièrement étroites dans la Province de Québec. Ainsi une paroisse religieuse est érigée canoniquement par l'évoque avant d'être constituée dans les mêmes limites par le gouvernement comme municipalité locale. A défaut de budget des cultes, le curé perçoit des contributions qui ont force de loi à Québec (la vingt-sixième portion des grains pour les cultivateurs) ; c'est lui qui tient les registres de l'étatcivil. Il pénètre librement à l'école pour y faire observer intégralement les principes de la morale et de la religion. Les fabriques comme les paroisses et les congrégations forment des corpora-
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tions en mainmorte, c'est-à-dire inaliénables et ne produisant aucun droit de mutation.
L'enseignement supérieur est donné, pour les catholiques, dans les Universités Laval (du nom du premier évêque canadien) de Québee et de Montréal (dans la province d'Ontario, il existe à Ottarva une Université catholique dirigée par les Oblats). L'Ecole polytechnique de Montréal forme des ingénieurs.
Une vingtaine de collèges ou de séminaires (les autres provinces en possèdent aussi quelquesunes) établis par le clergé préparent à la prêtrise et aux professions libérales. LMnstruction y est moins poussée que dans les lycées et collèges de France, mais le prix de la pension y est très peu élevé.
Nombre d'écoles ont un rôle spécial ; les académies et plusieurs couvents dirigent les enfants vers le commerce. Il est intéressant de dire un mot des écoles d'agriculture ; nous nous bornons comme toujours aux écoles françaises.
L'Ecole ménagère de Roberval (région du lae Saint-Jean) est dirigée par les Ursulines ; elle est jointe à un pensionnat où est donnée l'éducation libérale. La pension est de 300 francs ; avec les dépenses dues aux arts d'agrément, elle peut s'élever à 470 francs. On ne reçoit les jeunes filles qu'à partir de 14 ans.
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A l'Ecole de Notre-Dame du Lac, Oka, près Montréal, tenue par les Trappistes, les jeunes gens sont admis à partir de 15 ans. Ils travaillent environ six heures à la ferme et peuvent prendre, en dehors de l'instruction technique, des leçons de français, d'anglais, etc.. Prix de la pension 50 francs par mois.
Le coors régulier de l'Ecole d'agriculture de Samte-Anno-de-la-Poeatière (comté de Kamouraska, en amont de la Riyière-du-Loup) dure deux ans. Les étudiants, admis à partir de 15 ans, reçoivent une instruction très pratique en même temps qu'une éducation Kbérale.
Dans ce même comté, à Saint-Pascal, a été installée assez récemment une école ménagère pour les jeune? filles (éducation libérale, économie domestique, etc.). Prix de la pension : 300 francs par an.
L'Ecole de laiterie de Saint-Hyacinthe est subventionnée par le gouvernement.
Nous ne parleronepas des autres écoles spéciales : écoles normales, écoles d'arts et métiers, etc.
Si les académies jouent le rôle d'écoles primaires supérieures, les écoles modèles sont des éeoles primaires intermédiaires et enfin le premier enseignement est donné dans les écoles élémentaires.
Les éeoles publiques élémentaires sont sous le
contrôle du conseil de l'Instruction publique qui est divisé en deux comités, l'un catholique, l'autre protestant, et dont les membres] laïques, catholiques ou protestants sont nommés par le lieutenant-gouverneur, les évoques en faisant partie de droit. Le surintendant de l'instruction publique est chargé de présider à l'administration. Chaque comité a des réunions séparées et délibère sur ce qui concerne les écoles de sa dénomination religieuse. Les municipalités scolaires ont pour unique but la création et le fonctionnement des écoles ; ce sont les contribuables de chaque district qui nomment des commissaires d'écoles chargés de ce soin ; ces derniers imposent et perçoivent les taxes nécessaires. Mais la minorité, catholique ou protestante, a le droit d'organiser des écoles confessionnelles séparées et elle ne paye d'impôt que pour ses propres écoles.
L'agriculture est admirablement développée et organisée dans la province de Québec. Sociétés d'agriculture, cercles agricoles, syndicats, concours, congrès, toutes ces institutions se multiplient et fonctionnent à merveille» Un Journal d'agriculture et d'horticulture, publié par le ministère et rédigé d'une manière très pratique tire, pour son édition française, à 57 000 exemplaires.
La province a dû restreindre sa production de blé, à cause de la concurrence de l'Ouest cana-
dien; elle s'est tournée vers l'industrie laitière. Elle s'est aussi adonnée avec grand succès à l'exportation des œufs et du lard fumé (bacon). L'envoi en Angleterre de beurre et de fruits s'effectue très bien grâce aux chambres frigorifiques des paquebots.
L'agriculture offre donc dans la province de Québec un bon champ d'activité au cultivateur européen. Mais, et il faut insister sur ce point, une grosse difficulté se présente de prime abord. L'Est canadien est naturellement une immense forêt, et cette forêt, il faut la défricher pour trouver un sol souvent fertile bien qu'il n'ait pas cette richesse extraordinaire, cette profondeur d'humus de la prairie de l'Ouest. Or, à d'infimes exceptions près, l'Européen, et particulièrement le Belge, le Suisse ou le Français n'est pas un défricheur. Ce n'est qu'à la longue que le Canadien-Français est devenu cet intrépide pionnier [qu'il est actuellement. Les Français d'Europe ne sont pas faits à ce travail rude, et ils ne sont pas habitués à labourer au milieu des souches. S'ils le tentent, ils se découragent bien vite après avoir perdu leur temps et leur argent. Signalons de suite deux autres dangers : l'absence fréquente de bons chemins dans les cantons nouvellement ouverts et l'attitude déloyale de certains marchands de bois spéculateurs qui pillent les colons on cherchent à les mettre en faute afin
de pouvoir faire reprendre leur lot. Des règle* ments récents auraient» assur*-t-on, mie fin à ces abus. En tout cas, on eonpe court à U fois à tons ces dangers en achetant des terre* entièrement ou partiellement défrichées et qui sont devenues la propriété définitive de leurs maîtres actuels. S'ins* taller sur des terres défrichées, c'est là pour le colon européen la seule décision raisonnable et c'est le conseil que lui donne le ministre même de la co* Ionisation de la province de Québec.
Nous croyons ntile d'indiquer i ce propos le prix de terres à vendre dans diverses régions de la province, dans les conditions moyennes. Ces renseignements sont extraits d'une brochure pu* bliée en 1905 à Montréal ; on s'est borné à réduire les mesures canadiennes en mesures métri* ques.
Bien que nous ne puissions conseiller l'achat de terres non défrichées, nous disons à titre de simple information que le prix des lots du gouvernement est fort peu élevé ; il varie de 2 fr. 50 à 7 fr. 50 l'hectare. C'est plutôt un droit d'inscription qu'un prix de vente. Voir au chapitre iv les privilèges et les obligations de l'acheteur.
On trouve assez fréquemment à louer des terres en culture ; le loyer ne dépasse point le vingtième du prix de vente.
Les métayers, appelés au Canada « fermiers »,
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Nord-ouest de Montréal .
Baie des chaleurs . . .
Entre la baie
des chaleurs et le St-Laurent . . .
Au sud du St- Laurent à 60
km. de Québec . . .
Sud-est de la province. .
Ouest de Montréal . . .
Nordd'OUava.
St-Jovite . .
Matapédia « Causapscal .
Stornoway .
Huberdeau .
St-Gérard de Montarville
partagent généralement avec le propriétaire les produits du sol et de la ferme.
Du Rapport annuel du ministère de VIntirxeur pour Tannée 1903-1904, j'extrais les renseignements que voici.
Les salaires moyens étaient (Montréal) :
Garçons de ferme, par mois et la nourriture, de 52fr.à 104 fr .
Filles de ferme » » 31 » 62 »
Cuisinières » » 62 » 104 »
Servantes » » 41 » 78 »
Jardiniers » » 62 » 130 »
Bûcherons » » 130 » 156 »
Journaliers par jour » 6,50 à 9 »
Nous n'indiquons que ces professions, pour lesquelles, d'après le même Rapport, les immigrés étaient fortement demandés.
Les régions de colonisation. — Nous allons passer en revue les plus importantes.
Région du lac Saint-Jean et du Saguenay. — Au nord du Saint-Laurent. Le Saguenay traverse un pays des plus pittoresques que visitent chaque année de nombreux touristes. Le lac Saint- Jean, dont la largeur et la longueur atteignent respectivement 40 et 44 kilomètres, est le centre et le réservoir d'un vaste bassin arrosé par de grandes rivières, propice à la fois à la production des grains et à l'industrie laitière, surnommé, à cause de sa fertilité, le grenier de la province de Québec.
L'humus repose d'ordinaire sur d'épaisses cou-
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ches argileuses, et le sons-sol est généralement composé de roches calcaires.
Depuis une cinquantaine d'années, des villages prospères se sont fondés ainsi que deux petites villes actives, Roberval sur le lac Saint-Jean et Ghicoutimi sur le Saguenay.
Un chemin de fer relie Ghicoutimi et Roberval à Québec ; la compagnie transporte gratuitement les colons de bonne foi (certificat du curé de la paroisse et certificat du département de la colonisation), avec les effets de ménage à raison de 436 kilos par personne adulte et 68 kilos par enfant.
Pendant la belle saison, le Saguenay est navigable.
Enfin, il existe un service régulier de bateaux sur le lac.
Région du Saint-Maurice. Par lui-même ou par ses affluents, le Saint-Maurice égoutte une grande contrée située au nord du Saint-Laurent, parsemée de lacs, couverte de forêts, riche en forces hydrauliques. Ce cours d'eau puissant et large traverse une région montageuse et il vient, après une série de chutes et de rapides, s'engloutir à Trois-Rivières dans le Saint-Laurent. La partie de ce pays favorable à la colonisation agricole s'appelle la Mantavaisie ; elle est constituée par le bassin de la rivière Mattawin, affluent de droite du Saint-
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Maurice. Mais, jusqu'ici elle est mal desservie*
Outaouais et Témiscaming, C'est la région arrosée par les affluents de gauche de l'Ottawa ou rivière des Outaouais, affluents dont les principaux s'appellent la Coulongc, la Gatineau, le Lièvre et le Rouge. Un tiers de cette contrée offre de bonnes ressources à la colonisation.
Elle est couverte de superbes forêts de pins, de cèdres, de tilleuls, de frênes, d'érables, etc... Elle possède de grandes et nombreuses forces hydrauliques.
On signale particulièrement la plaine de la rivière Rouge, le bassin du lac Nominingue et celui du lac Témiscaming. On se rend dans cette dernière contrée par chemin de fer et par bateau.
Les cantons de F Est. Cette riche région s'étend au sud de Saint-Laurent, de la rivière Richelieu à l'ouest jusqu'à la rivière Chaudière à l'est ; le principal affluent intermédiaire étant le Saint-François. Le sol est fertile,|le défrichement assez facile. Les céréales et les légumes viennent bien ; l'élevage et l'industrie laitière donnent aussi de beaux résultats. Le réseau de chemin de fer est très étendu et le pays passablement peuplé.
Bas Saint-Laurent. Région située au nord-est de la précédente. Terre généralement riche. A signaler les cantons à l'est de la rivière Rimouski ; beau bois, lacs nombreux et poissonneux.
Le chemin de fer intercolonial traverse tout ce pays.
Matapédiac. Rivière qui coule du nord-ouest au sud-est et vient se jeter dans la Ristigouche à (peu de distance de son embouchure, à l'extrême échancrure ouest de la baie des Chaleurs. La vallée de la Matapédia est riche, les pâturages y sont excellents; elle est abondamment arrosée de cours d'eau. Beaucoup de lacs (truite et saumon) et d'animaux à fourrures. Pays traversé par l'Intercolonial.
Gaspésie. A l'est de la vallée de Matapédiac, de la baie des Chaleurs au sud, au Saint-Laurent, au nord. Riches pêcheries. Cette contrée est des plus pittoresques et des plus fertiles.
Votes de communication : l'Intercolonial, le chemin de fer de la baie des Chaleurs et un service de hateaux le long de la côte sud.