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LES CHRÉTIENS DE JÉRUSALEM

de mise en scène dans la rie orientale; le patriarche

le sait, et il condescend avec une grâce parfaite à ces faiblesses channaiites d'un peuple toujours poélique , parce qu'il est toujours enfant ! 11 faut voir avec quelle élégance patrici^^uie il teiul sa main tiiie et blanclie aux adoi'ations de la foule ([ui \ient baiser son anneau pastoral ! Les cérémonies du culte s'entom^ent dans l Ei^Use d'Orient d'une pompe et d'une niajesié dont les ticiditious se s(nit vite effacées dans nos climats raisonneurs et froids. On dirait que le patriarche a été élevé dans les sanctuaires éclatants dos anciennes églises d'Eplièse ou d'AntiocUe, au milieu des nuages njystiques de Tencens. La beauté chez lui est un don de famille ; j'ajouterais volonl u i s que c'est aussi une îïn\ce d'état. 11 faut èiva beau chez ce peuple enlli«Mi if stc , pour qui tout est spectacle, et que l'on prend d'abord par les yeu\. J'ai vu , aux jours des grandes solennités , des Ai'abes et des Etbioi)iens , éblouis devant cet édat des ornements sacerdotaux et ce rayonnement étincelant de la mitre pyramidale, constellée de topazes, de sapbii'set d'émcraudes, lis adndrent cette barbe que le fer ne louche jamais , et qui descend en longs flots sur la poitrine connue la barbe d'Aaron : «Allons entendre le père de la barbe , » disenl-iis en leur langage figuré, quand ils savent que le patriarche doit prêclier. Rien ne flatte plus un Arabe que d'entendre un Européen parier sa langue; alors son visage se détend, ses yeux s'animent, sa bouche sourit. 11 y a toujours foule empressée aux sermons du patriarche, elles émotions ^qui passent sur le visagcde ses auditeurs font com7

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prendre , sinon la lettre, du moins rospril de son discours aiu auditeurs les moins familiers avec la langue qii*î1 parle. On écoute avec les yeux. Rien n'est curieux coininp line audience dn patriarche. Toulrs le.slaiip:nes s*y parleut, tous les idiomes s'y iieui lent. Lui , cependant, assis au coin de son divan, répond à tous dans la lanc^ie de chacun: ses paroles sont des oracles; il est ici comme le grand juge des Latins. On préierc de l)eaucoup sa justice à la justice turque. G*est un jiige sou-: verain dont les arrêts ne craignent aucune cassation; mais c'est aussi un juge conciliant ^ et qui trouve souvent le moyen de renvoyer les deux plaideurs cont<^ts : il est vrai qu'on se présente à son tril)nnal sans aucune espèce de procureur. Cette grande autorité morale est entourée du respect des Turcs ; elle coinn^ande 0es égards aux Arabes nirmos : on le voit daqsles grandes et daus les petites occasions.

On jour le prélat s'était ayancé seiil et un peu tém^

rairement peut-être, dans des défilés suspects ; il montait ce jour-lji une jument de Bagdad, d'une race fameuse entre toutes : elle descendait, dit-qn, de la célèbre (lEl'lwrack ,)) monture préférée du prophùtc. Les Bédouins avaient établi une gaide autour du patriarchat. Ils épiaient l'occasion. Cette fois l'occasion était bonne : le dcfdé fut clos et gardé à ses deux extrémités \ cinq ou six Arabes , bien t|rmés, descendirent deç montagnes : le patriarche fut entouré, le cheyal saisi. Le secours était loin, et le cheval si beau que toute capitulation devenait impossible. Le patriarche le compritj mit pied à1$)Te, jeta yfn regard d'adieu et dç rfc

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gret sur la belle Fatma ^ et reprit à pied le chemin de Jérusalem. Un jeune Bédouin , s'approchant de lui :

((Soigaciii", lui tiil-il, lioiis no souliiiiuns pas qii ua hoii)me de ta dignité s'expose aux. latigues d'uu rude voyage. Nous avons pris ton cheval , oxcuse-nous , nous en avions besoin... niai.> pu iidi» du jiiuins celuici eu écii4i|ge ; il ne vaut pas le tieq, mais il est bon. Maintenant va-t-en; Dieu est grand ! qu'il te^arde f »

Deux lionnues se détachèrent de la ])ctile troupe et servirent d'esçoite au prélat jusc^u'à rentrée de la plaine, oft cesse tout danger, A la troisième rencontre, le paUiarche aurait fini p;ir n'avoir plus qu uii Ane entre les jambes pour rentrer à Jérusalem... et ce n'était pas le dimanche des Rameaux \

Monseicrnenr Valerga est arrivé à J('rusaleni avec }.9liL§ ii^ pduvrpté apostolique ; b'4n$ liaison, sans clergéf sans séminaire et sans église ; avec un traitement de Borne assez léuer et liiiu subvention jnodique de la propagande ; mais tout réussit au zèle delà charité iagénieuse. I^e palais épiscopal s'est élevé comme par enchantement, modeste sans doute, mais convenable et digue. Le séminaire est à coté , el cette vigne du Seigneur croit sous la protection et sous le regard

d'un pouvoir ami.

Les élèves du clei'gé indigriie vivaient auti-efois dans le Liban, chez les jésuites de Ghazir ; le patriarche a voulu les avoir près de hn,pourféconder leurs études, en leui* iu^primaut sa diiectioa uuiqiie et vigoureuse. J'ai assisté avec une attention toute particulière aux exercices ilc liii (i 4W^^e et à la disliijjutioa des prix d au

JÉEIiSALEM.

concours tout à fait général; car TAfiique , TEurope et TAsie s'y rencontrent dans la carrière pacifique du thème grec et de la version latine. J'ai toujours porté le plus vil intérêt à ces travaux de la génération nouvelle. J'oublie assez volontiers qu'elle se hâte de grandir pour nous remplacer : je ne veux voir en elle que l'espérance au beau sourire, et, comme diraient les Grecs, la fleur et le printemps de l'année. Ces jeunes mains » tremblantes encore et inhabiles , ne porterontelles point un jour après nous, les destinées du innude?

Ce qui m'a irappé dans le programme des études de Jérusalem, c'est leur universalité même; fai vu avec plaisir que , grâce aux efforts des niaiU es et au zèle des élèves , ces études , en s' étendant , ne s'affaiblissaient point. Je serais mauvais juge de l'arabe, sachant à peine demander dans cette langue rebelle les deux c lioses indispensables ici : le pain ci un cheval; mais les compositions grecques, latines, françaises et italii'iiues urouL paru salisfaisanles. Les Orientaux ont une incroyable facilité pour s'identiiier aux idiomes étrangers; ils ont toujours le don des langues. La dissertation française respectait toutes les règles de la syntaxe; quelques tournures élégantes révélaient de temps en temps la familiarité et le commerce intime avec nos grands maîtres; lltalien, cependant, est la langue d'Europe que l'on parle le plus et le mieux à Jérusalem, comme dans tout l'Orient Ce n'est pas sans doute « la lingua tascana neUa boccaramam , )> mais c'est déjà une langue correcte , et ces âpres gosiers s'étudient à ne pas trop froisser la suavité molle de la pro*

LES CUii£mi\S i£aLiSÂL£M.

iionciation ilalipune. Le Discours, écrit et prononcé par un élève en italien assez limpide , préludait par quelques escarmouches contre la philosophie éclectique (on ne sait pas encore ici le repentir de M. Cousin) , et finissait par un. éloge retentissant des bienfaits du christianisme , répandant la civilisation sur le monde. Ln Italien , organisaliou souple et musicale, remplit dans ce collège les fonctions de maiti'e de chapelle : ses Arabes et ses Arméniens lui font honnem* ; j'ai surtout remarqué la voix fraîche et pui n et le limhre d'or d'un soprano^ dont chaque note vibrante et nette se détache sur les tuai de Tensemble. On dirait quelque oiseau mélodieux, voltip:eaiiL sur nos tètes, toujours prêt à partir, et toujours retenu par un lil invisible.

Jusqu'à l'arrivée du patriarche, la juridiction ecclésiastique était restée tout entière aux mains du Révérendissime-Gardien, crosse et mitré. Elle a dû passer au représentant direct du Saint-Siège. Ceux qui ne connaissent pas Tinfluence souveraine de la Foi etTempire de la Charité auraient pu croire à quelques-unes de ces sourdes contentions des rivalités humaines, comme on les rencontre parfois dans le pouvoir civil : l'Eglise catholique ne peut pas avoir à les craindre. Ceux qui, depuis six cents ans, protègent nos sanctuaires de leurs corps , et arrosent la Terre-Sainte de leur sang et de leui* sueur avec un dévouement (fu'aucun ennui n'a lassé, qu'aucune persécution n'a vaincu, non , ceux-là ne voudront jamais, par des résistances intempestives et vaines , pai^alyser l'œuvre de la mission catholique. <cU y a plusieurs places dans la maison de mon Père,»

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a dit le Christ, qu importe la place, pourvu quç l'on soit dans la maison ! Quand Tautorité emporte charge d'âmos, los saints trouvent le fardeau troploiu'd : ils ne le ciiercbent pas, ils s'y dérobent. Installer un patriarche à Jérusalem, après un Inte^ègne séculaire , c'était chose délicate sans doute; mais l'abnégation et riiumiJitd sont les deux prcanicrps vertus des Franciscains; redouter che^ euxla réaction d'un mouvement trop personnel, ce n'est pas les connaître, c'est les offenser ; ils ne demandent qu'une chose, qu'on leui' montre du bien à fairO} et ils le feront : ce n'est pas là, d\k reste, ce qui manque dans Jérusalem.

' Toiite la population chrétienne y est pauvre, et c'est une pauvreté qui ne s'aide pomt soi-même ; on ne tra-^ vaille pas ; Faumône suffit à ne pas mourir de faim : beaucoup n'en demandent pas davantage, et se contentent d'un niaigre secours, heureux de passer leur vie dans la torpeur paresseuse du rêve. Voilà ce qu'il ne fi^ut pas : la charité doit être compatissante, mais ferme. Celui qui ne travaille pas ne doit pas manger ; c'est saint Paul qui Ta dit. Le pain quotidien que Ton demande h Dieu doit s'acheter par le travail: c'est ce que la Société de Sam-Vincent-de-Paui a compris, à Jérusalem comme ailleurs , et tous ses efforts aujourd'imi tendent àlamoralisationparle travail et au bienêtre conquis par l'effort C'est Xahe violence à la nature orientale ; mais c'est là une violence qui sauve. Proporliouner le secours à hi faiblesse et mesurer la tâche selon la force voilà le but que pomsuit la Société 4e Saint-Vmcent-de-Paul : elle saura l'atteindre*

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