LES JUIFS
je vois des chiens entiaîner les lionceaux? Aies yeux fuient la lumière du jour, qui me fait voir des corbeaux enlevant dans les airs les cadavres de tes aigles. Arréte-toi, coupe de souffrances ! laisse-moi un seul moment de repos ; car déjà toutes mes veines sont remplies de tes amertumes. Un seul moment, que je pense à Ohola (Samarie), et puis j'achèverai Ion amer breuvage ; encore un court souvenir d'Oholiba (Jérusalem), et puis je te viderai jusqtfè la lie. %
11 faut qu'une patrie soit noble ^t grande pour être aimée ainsi
On a voulu laire mentir les prophètes, reconstruire une nationalité juive , restaurer le royaume de David et ranimer Jérusalem. Jérémie , cependant y a dit à la Judée , au nom de l'Éternel : « Je jure que je iVrai de toi une solitude, et que tes villes seront désertes. »
L'histoire ne lui a que trop donné raison. Frappé au cœur par Titus et par Sévère , le peuple juif ne s'est pas relevé. La Palestine n'est plus qu'une province . conquise où campent les nations : hier les Francs, aujourd'hui les Turc^, et demain qui? «Une multitude de peuples passera sur Jérusalem, et chacun dira à son voisin : Pourquoi Jebovah a-t-il fait ainsi à cette grande ville ? »
|Les inuëulmaiisit
Les musulmans de Jérusalem, au nombre de cinq à SIX mille, se divisent en Turcs et en Arabes ; des différences profondes séparent les deux races. Le Turc a des qualités morales : il est religieux et tolérant, désii'eux du gain, mais esclave de la parole donnée; plus souple à sè plier au malheur qu'énergique à la résistance, à moins qu'A n^àit mis pour enjeu de la partie, son nom, »a nationalité ou sa religion. Les Aiabes, au contraire» sont des bandits poétiipes , élégants et yo* leurs, perfides et poli^, trompeurs et séduisants , faroucbes et doux, assis sur des tètes coupées et contemplant le ciel bleu, faisant boire du sang aux épées et rimant des surates galantes; cbeValiers infidèles, aux mains fines et violentes, fixant sur vous un grand œil mélancolique, et profitant, pour vous tromper, du moment où Os tous voient attendri; flls dismaëî, gardant fidèlement Fantique tradition de leui^ père, et po-: sant fièrement Tantagonisme de leur rftce avec tout cç qui n*est pas elle.
* Mais ce n'est point d^ns les vilie$ ^u'U faut voir cet
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enfant du désert; les murs de pien*es Toppressent, et il semble porter le poids de sa maison sur son cou qui veut rester libre î Tl faut lui rendre son village errant, son palais de toile, les sables d'or semés d'oasis, et rhorizon mobile, flottant devant lui dans l'espace sans bornes.
Du reste, tous les contrastes se croisent et se heurtent dans cette race puissante : tout s'y rencontre, depuis les appétits violents de la réalité la plus terrestre jusqu'aux rêves et aux contemplations mystiques de rid'ëalitë la plus ëthérée.
J'aurais voulu saisir et crayonner les individualités les plus marquantes de Jérusalem — il est vrai qu'il y en a peu — l'absence des femmes , ce lien aimable des rapports sociaux, rend cette étude plus difficile. On ne voit les hommes que Tun après l'autre. Il faut faire le tour de la ville pour connaître tout le monde. Ce qu'on appelle un salon est chose inconnue en Orient; on se rencontre,. on ne se réunit pas.
Les Européens y deviennent généralement très-nerveux, fuiiu lit beaucoup, prennent du thé trop vert et du café tâ op noir, abusent de Topium et tournent au mélancolique : ce sont des élégies en hàbit noir.
Le gouverneur de la ville, Hifvi-Pacha , pticha de pi^mière classe, poi'lant le tilie de Motisfor^ n'a point l'influence sociale qu'une haute position assure aux liojiiines énei^giques dans tous les pays du monde. On l'aime parce qu'il est bon; mais, parce qu il est faible, on ne le respecte pas. U n'est point opposé à l'influence eui'opccnac ; je crois mémo qu'il aime assez les Fran-
LES HUSLLMAKS. 177
çais, il les accueille du moins avec une grande courtoisie. Mais il est vieux ; et ce n'est pas une main séniie qui peut contenir aujoui d iiui tous les irémissements et toutes les impatiences de ce peuple soale?é.
Jérusalem est nue \ ille de religion \ , de poètes et de rêveurs. Les hommes d'aliaires ne s'y plaisent pas, et les consuls y sont particulièrement ennuyés. Le whist, (lui, partout ailleurs, charme les soirées des diplomates, est ici presque coiiipléLeiiieiil iuconnu. Quaud on ne peut pas s'endormir dans les délices de la vie de
famille, on ue sait vraiment que faire des vin^l-cjualre heures que Dieu nous donne à dépenser cliaque jour. Le kiefhe peut pas tout prendre, et son interrègne est eml)arrassant pour beaucoup ; le kicf est le far nientc perlcctionné. La far nivntv, aux mains oisives, li vre du moins à ses contemplations et à ses rêves;) le kwf supprime tout cela : il remplace la poésie par le tabac, qui bupiiriuK^ le reste. Le kiefeiii une des liabitudes de rOiient ; le soleil en fait un de ses besoins !
Pendant que j'étais i\ Jérusalem les premiers bniits de guerre avaient déjà iaitti-essaillir i'Orieul. Je \ is uu matin partir la garnison turque. Elle quittait le Jour^ dain pour le Danube. Ce départ a été un des plus beaux spectacles que j'aie jauiais vus. llarcment, l'enfliousiasme d*un peuple a éclaté avec plus d'ardem*.
On avait divisé la petite troupe en deux corps. Un chœur de musiciens , instrumenlisies et chanteurs , était placé entre deux haies de soldats. Les fifres, les petites flûtes et les tambours, s'interrompaient de temps en temps, et toute la petite armée , d'une seule
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voix et d'une seule âme, reprenait le refraia d'une hymne gaerrière. Voici ce refraia qu'un jeune officier
a bien voulu traduire pour moi : * A la guerre sainte î Que Dieu extermine rinûdèie I
Que Dieu hénisse celui qui est avec nous !
Maudit, celui qui est contie nous !
A la guerre sainte!
Allali! Allah! iallah !
' Toutes les maisons étaient fermées. Le peuple se répandait dans les rues; les fenmies , toujours voilées , mais se mêlant aux hommes, chantaient et pleuraient; c'étaient des mères , des sœurs , des femmes , des amantes ; mais c'étaient surtout des musulmanes : il y avait de l'héroïsme dans ces larmes proniptenient sér chécs, autant peut-être que dans ces chants mêmes I
Toute la journée a été pleiné d'én^otion populaire. On est allé conduire à deux lieues de la ville Tamt'^ de la foi; puis, au moment où l'on allait perdre de vue la tour de David et les portes crénelées, tous se sont retournés vers Jérusalem la sainte, sainte pour les musulmans comme pour les chrétiens : c était l'heure des adieux suprêmes I Bientôt un repli de la montagne a dérobé à nos yeux le croissant des étendards et les derniers rangs dubataUlon; on entendait- toujouis le refrain belliqueux :
A la guerre sainte f
A la guerre sainte !
AUahl Allah liaUahl
... La foule est restée un instant silencieuse. Puis en