‹ La terre-sainteChapitre 27 sur 44 · LES FEMMES D'(NU£NT · texte numérisé non relu

LES FEMMES D'(NU£NT

la fortune du maiUe (iont lerépndium sans appel peut à chaqae instant TOiis séparer? Les eniamis à demi nus, de beaux enfants vraiment I s'ébattent péle-m<^le sur les nattes. <l*Égypte et se rouieut sur les tapis de Lahore. La mère n*a rien à leur apprendre : elle ne sMtrîenl Une amie est Tenue en yisite : on n'a guère eanaé — 1 Orient cause peu, cela fatigue — mais on a fait déplier les soies de JBrousse» les gazes d'Al^r et les| chàles de Tlndé; on a ouvert ses écrins ëUncelants^ essayé des colliers, étalé des perles d Ophir et des diamants de Golcoade ; l'amie a été jalouse : cela lait passer une heure ou deux h. . Pins, par la porte dérobée on introduit les aimées, savantes en Tart d'émouvoir, qui chantent les chansons lascives et dansent les pas provoquants. Le soir arrive, le mattre vient — ou- ne vient pas. —.Dem lin sera comme aujourd'hui, comme hier» comme toujours !

TeUe est la vk» des riohes ! Celle des pauvres n'est pas meilleure : elle a de moins le vernis d*élégaaco dont la Dortunc décore ses vices ; elle a de plus Taf-* Creuse misère qui ponit toujours la paresse du pauvre.^

Le mari est absent : il vit peu riiez lui; on le trouve au café, dans la mosquée, sous les arbres ou au bord des fontaines; il fuit la vie intérieure. La femme se lève; son premier soin est d'envoyer chercher le tabac de la journée — le pam viendra plus tard — s'il reste quelques piastres au logis. Le teliitiotMà une ibis allumé ne s'éteindra pins qu'au soir. La femme s'assied, bras p^dants^ jambes croisées, sur son divan en lambean, et laisse passer les heures, en wivant d'un cnl

jêrusalëm.

distrail la blonde spirale de fimiée. Les enfants déguenillés crient et pleurent dans un coin. Quelques ootjyps distribués au hasard , mais d'une main Tigoutpeuse , rétablLsscal le silence et la paix. Une vieille esclave noire leur partage une salade verte ou une tranche de pastèque. La mère fume toujours. Le mari rentre : s*U ne sent pas dans ses flancs l'aiguillon du désir, il n'aura pour sa femme Iroide et morne, ni une parole , ni un sourire 9 ni un regard.

Voilà encore une esquisse vraie de la Tie orientale!

Ce n'est pas moi pourtant qui jetterai la première pierre à la femme musulmane. Ici, comme aiUeors, la

femme est victime des lois oppressives que l'homme a faites pour lui et contre eUe. Qu'on le sache bien pourtant, la condition sociale des femmes est la pierre de touche de la civilisation d'un peuple : les nmsulmans sont punis par où ils pèchent La femme musulmane n'est pas la compagne de Thomme , honorée à l'égal de lui-même , son amie en même temps que son amante; elle n'est que l'instrument avili du plaisir; c'est une chose; elle s'achète, se troque et se revend. Ce n'est jamais l'épouse selon l'esprit, admise à cette communion des choses humaines et divines» qui» dans la langue énergique et grandiose du droit romain, était devenue la deliaiLion même des justes noces. 11 est vrai que la femme musulmane ne sent pas toujours le poids de ses chi^s : jeune et belle, c'est la chaîne de roses du plaisir, et plus tard elle s'endorini] a (ians les torpeurs énervantes de l'opium. Quant à moi, ceux-là

L£S F£MM£S D'oai£NT.

mêmes m*ont toujours paru plus à plaindre qui ne savaient pas qu'ils étaient misérables.

Mais ce système égoïste rassure la plus grossière comme la plus aveugle des jalousies : celle qui se croit suffisamment protégée par une grille ou par un^ def , qui prend }a réclusion pour la pudeur,^ et qui ne dis- , tingtte pas entre la servitude et la iidélité. Nous imposons moins et nous demandons plus:. il nous faut la diastêté volontaire et une foi conjugale qui naisse de Tamour, ou tout au moins du devoir; quant à la sécurité par réclusion , ni les grands cœurs ne s'y rési* guent, ni les âmes délicates ne s'en contentent

Ah ! je comprends maintenant que l'Arabe n'ait pas même de mot pour exprimer le sexe méprisé, et que pour annoncar la naissance d^une fitte» il dise A ses amis : Lue malheureuse m'est née I

Comparez cependant à la femme dégi adée de rislam, la femme tdle que la civilisation chrétienne nous la fait : égale à tous les devoirs et supérieure à toutes les fortunes, doublant le prix de sa préférence par Tind^ndance de son choix , et ennoblissant la v^rtu même parla liberté qu'elle a de n'être point vertueuse. Avant le mariage , couronnée de grâces , amour des dans» orgueil et joie de la fàmille ; après le mariage , inspiration, conseil et soutien de l'homme ; riche, elle est la reûie du monde , ayec un éventail pour sceptre , adoucissant par sa prâseoce seule Tl^reté des conlen* tiens viriles et sanctifiant nos mœurs doutèuses comme si rien d'impur ue pouvait subsister devant la lumière de ses yeux^ Elle administre sa fortune sous- les yeux

JÉEDSAUH.

de Dieu, pariages^i entre ie» moias heiifeu te mferûn de ses besoins. Libre, eHe sort parfois sans quïiumari ombrageux veuille sa vou- où elle va.., mais les pauvres k savent et lui r^[>oiMteiit d*^e..

fiese^ee-Tous de quelques échelons dans la kiérarcliie sociale , le luxe a disparu; vous ne retnmm plus les élégances de la yfe dorfediMds p«Ho«t dit moins TOUS rett-oaveE du» la maison une M i ain active; industrieuse; vous devinez une Providence aimable et familière, un. boa géûîs atteatil, è qm jamaÎB ried B échapiM»,et qui se muMpïeavec les besoms, comme pour se foire loul à tous.

Descendez encore , venez ches les psavres : c'est là peiit-étre que la femme déploie plus dMnfluence heureiise. A force d'ordre, elle fait face à sa misère; la gêne redouble : la lemmegrauditdfliis la iutte, el à cette bumble ntoison à qui manquent tant de choses, elle donnera du moins cette dernière joie des yeux, l'irréprochable pi op^'el^i, et quant à ceux qui souffi^t aiipiè» d'eUe, s'il ne lui est pas permis <teles«Q#ir, du moins die' les cwisole en les aiiJi mt. ^

Ai-je ijêsoin de démontrer maiutefisnt que le mou^ vement religieux et social qm s'attaqw si couiageusanent aux misères de Jérusalem doit travailler tout d'abord à la régénération des femmes. La pudeur des femmes est le premier lrâM)r d*um nation; les races qu! sauvent un pays sont toujours conçues dans des entrailles chastes. , *

Cette influence régénératrice, personne ne Ta mieux

LE COUVENT I» itlUSALEM. 2#S

comprise que la vénénible 6aeur Émilis, suj^ruure du couvent de Jérasaleni.

Ma Sœur, vous lirez ces ligues, et, je le sais, tous Be voulez pas des âoges du monde ; vous trouves tout simple ce qui nous semMe si pénible : quittertm famille , abandonner sa patrie , celte autre iauiiiic aussi chère fue l'autre, pow -venir confMuaer dans des dévouements aussi sublimes cpi'ineonnus votre jeunesse en tleuis et les es[)éi aiices d'une vie heureuse. Ahl vous aves raison, ma Bœur, ce ^e je dira» serait Inen peu auprès de ce que vous dites , et je Msse 6 vos œuvres le soin de vous louer.

. te ne sais à quelle condition sociale appartenait dans le monde la Bceur Éilnlie ; je ne sais si j'admire en die les dons de la gi-âce ou ceux de la nature; mais j'ai rarement rencontré un esprit plus juste , un sens plus délidA, m tact plus exquis; elle sait le monde conune si elle y vivait, et le juge comme si elle n'avait plus nen à en attendre. C'était ime de mes plus vives joies^ quand fêtais à lâwalem, d*aller parfois Tentendr^ causer, et j'ai à me reprocher de lui avoir fait peindre, pour ma vaine sitisfection, des heures qu*dle mploié miemt^ -

Voici donc ce que fait , sous la diiecliou de la Sœur iif^e, le souvent de iénisaiem :

H récueille les jeunes orphelines arabes; celles que leur famille ont abandonnées et qui n'ont plus d'autre q«e la diarité ; eHss eussent été esclaves ou avi- Ifes : oa tes fait libres et chrétiennes. L'activité industrieuse succède ù la paresse engom-die. Peu à peu ces

JÉRUSALEM

belles iiiMius oisives, devenues industi ii uses, s'exercent aux arls modestes mais utiles de la vie domestique. Pour cdies qui sont vraimeitt intelligentes, Tinitiation aux liabitiidos européennes deviont de i)lus en plus complète. Labrodeiie succède à la coutuie» le chaut , oette joie du travail , se mêle à tous les exercices de la journée; il en marque les reprises, il en indique les repos. On cause eu travaillant ; il ne iaut pas condamner au silence des recluses de quinze ans, mais on cause dans les langues d'Europe : en italien le plus souvent, c'est la langue des Latins d Orient : en français quelquefois. L'arabe maternel n'est permis qu'aux heures de récréation! Je ne suis pas apte à juger la perlection d'un point au crochet et je pomrais me tromper en louant l'œillet d'une broderie anglaise, mats j'ai eu plus d'une fois l'occasion d'admirer, en connaissance de cause, la justesse d'intonation, le choix élégant des mots et la pureté d'accent avec laquelle d'assez jeunes élèves parlaient devant mot des langues qui m'étaient famiUères. 11 faut bien le dire : au fond de leur couvent ces pauvres mifants ne se reconnaissent plus. Au milieu de ces soins qui les prévieanenl pai lout, dans celte atmospiière de bienveillance et d'allection qui sans cesse les entoure, il leur semble parfois qu'elles ont fait un de ces rêves, dont on trouve le récit dans les poètes de leur patrie, et elles croient a^sez volontiers que quelque génie de leur famille les a tout à coup transportées dans un monde meilleur. Et qui oserait dire que ce ne soit qu'un rêve? Nos religieuses, dans leur maternité vir-

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