LE COUVENT I>£ JÉRUSALEM
ginale, ne les ont-elles point eniaiitées à ^ne vie nouveile?
En Orient , ce n^est point assez de faire le bien , il
faut encore se faire pardoiincr le bien qu'on fait.
Les Arabes assistent avec une soile d'étonnement à ces transformations qa*ils ne comprennent pas* Quelquefois ils reprennent leurs filles et inlerrompentrœuvre commencée; parfois aussi on murmui'e autour du eouTent; il se forme des groupes menaçants; on roule des projets sinistres... Puis vient unebou(T(5e de fièvre ou une attaque de choléra : les religieuses ouvrent leur âispcàasaire , vont dans les maisons pestiférées porter le saint ou du moins Tesperance, et obti^nent ainsi , pour quelques mois, le bill d'indemnité de leurs vertus.
Il n'y a pas que des enfants au couvent de Jérusalem ; le couvent est plus d'une fois devenu lieu d'asile pour celles que la vertu met hors la loi. Tantôt ce sont des mères» que Texemple de leurs enfants amène à la foi chrétienne; plus souvent encore, ce sont des jeunes filles qui, pour fuir les liens honteux de la poly^jamie, se réfugient dans la chasteté du cloître. Le couvent sait bien qu'il faut attendre les vocations : il ne va point au-devant d'elles, mais quand elles arrivent, il les accueille ; une fois admises, il les défend. Ce sont alors de grandes rumeurs et de violentes colères : il ne faut pas, moins pour les conjurer* que la diplomatie des consulats et Finfluence du patriarche. — Parfois cependant , même après que le calme est ofûcieUement rétabli, l'orage gronde encore sourdemént ; on adressé des menaces terribles aux Sœurs qui n'y prennent
Digilizeû
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garde... Où serait donc lo mérite du Wea s*U n'ai coûtait un peu pour le faire?
Je n'ajouterai plus qu'un mot : l'Europe abandonne, ou peu s eu tant, le couvent de iéi usalem ; il est xéduit A ses flMdes ressources dans on pays où loat manque; il a beau latre des prodiges de dévonment, son plus grand mu acie est encore de vivre.
Vm DMé MP la qpMtiaw éts
liieax«fihiuite«
La queslioii des JUeyX'Saims a trop ytvemenl piiéoceiipé VatteatiOR du inonde dans em dernier» temps;
elle tient trop de place flans les préoccupations politiques du moment, pour que nous ayons le droit de la passer sous silence : elle fait partie de noire liwe.
La question d'Orient qui, aujourd'hui, est une cpiestion politique au premier chef, n'a été longtemps qu'une question rel^eiise; on l'a réswnée en quelques mots :
c( 11 s'agit de la possession ou de la propriété, comme on voudra, de certaines parties d'édifices religieux, où plusieurs communautés chrétiennes célèlNrent les saints mystères depuis des siècles : qui priera dans les sanctuaires ou à telle ou telle heure i qui y chantera telle on telle fèteî qui dira la messe ou psalmodiera te premier , le second, le dernier? qui allumera une lampe ou {dusieurs lampes, ou seul, ou simultanément avec tes saoristains de» aulras oemmunaatés I qui plaecora
JÉRUSALEM
UD tapis sur tel autel? qui réparera tel pan de muraille ? qui mettra une Inscription latine, grecque, arménienne,
à telle voûte? qui fera souder des plombs sur telle coupole ? qui suspendra ici uu tableau , là une tenture ? » Telle était, en principe, la questiondes Lieux-Saints, si prodigieusemeut ap;randie aujourd'hui qu'elle estdevenue la querelle du monde.
François i*' ftit le premier monarque européen qui conclut un traité avec la Sublime- Porte. Il obtint de Soliman le Grand une capitulation — c'est le mot du temps — qui e^t aujourd'hui encore la base de toutes les stipulations publiques et commerciales de la Turquie avec FEurope. Une clause de cette capitulation concernait les possessions des Latins à Jérusalem. Cette clause reconnaissait aux Latins la possession dans la Terre-Sainte des sanctuaires qui se trouvaient entre leurs mains ab àntiquo. Le traité ne les désignait pas plus explicitement.
Un second traité, à la date de 1740, reproduisait textuellement la clause ambiguë du premier, et la ratifiait, sans toutefois indiquer davantage les sanctuaires qui devaient appai teuii' aux Latins.
Le protectorat, incontesté, de la France sortit de ces deux clauses.
Plus d'une querelle s'éleva entre les communions rivales. On comprend toutes les difficultés qui durent naître dans l'exercice de ces droits mal définis. Ces difficultés se vidaient quel(pefois sur les lieux mêmes par les décisions du tribunal local , plus souvent à Gimstantinople , par les flrmans du Grand-Seigneur.
ilUfôXIOXV J>£S U£UX-SA1NTS. 209
De temps iamiémorial » les ( un e rentes communions chrétiennes ont eu des auteis dans régDse du Saint- Sépulcre, où chacune d'elles venait célébrer les saints mystères selon les rites de sa liturgie particulière. La possession d*an sanctuaire se. manifeste aux yeux de tous par un tapis que Ton pose, par une lampe qu'on allume. Les plus riches, les plus forts, les plus habiles ontétendu peu à peu leurs droits, les ont consacrés par rusage , et plus tard défendus par la prescription. Ajoutez qu'en Orient toute construction, toute réparation est une preuve de propriété » et que , plus d'une fois, on a détruit subrepticeinent pour réparer au grand
jour et faii e ainsi acte de propriété.
Voici ces spoliations dont les Latins^se plaignent aujourd'hui.
Ils réclanient :
Le monument du Saint-Sépulcre, dont les Grecs se sont emparés, après l'avoir restauré en 1808 — il est vrai que les Grecs prëlendent à la propriété seule dix monument, et qu'ils n'apportent pas le moindre obstacle à ce que les autres communions y, célèbrent leurs mystères; seulement ils en ont le soin et Tentretien, dont les Latins étaient chargés autrefois — c'est là un empiétement incontestable ;
Là grande coupole, au*dessus du Saint-Sépulcre : — ce sont les Grecs qui l'ont reconstruite , et ils en permiett^t l'usage;
La pierre de l'Onction, autour de laquelle toutes les communions allmnent des lampes;
Les sept arceaux de la Vierge ;
lÊRUSAlEli.
L'emplacement des tombeaux des rois frmies dans la chapelle d'Adam, sous le Calvaire ;
L'église de GethsémaDi et le tombeau de la Vierge;
L'ëgtîse sapérieai*e de Beit-Léhem , que les Grecs èt es Arméniens possèdent exclnsirement ;
Enfin la possession mixte de Tautel du Calvaire, où Jësus-Gbrist fat élevé en croix. — pet autel appartient maintenant aux Grecs qui, non coiMents de ta propriété, se réservent la possession exclusive.
Les Latins promettent de faire aux auties commua nions des concessions de jouissance snsceptiSiles d'être renouvelées chaque année , pourvu que chaque année on en renouvelle aussi la demande.
L'afifàire s'est longtemps traitée dan9 Is aliénée et le mystère des diplomaLies; mais la France, à aucune époque de son histoire, n'a renoncé au protectorat des Lieux-Saints, — protectorat toujours nécessaire, souvent efficace.
Le gouvernement athée de la République défendit les droits des Latins aussi chdeureusement que l'an- > cîenne riionarchie des Rois très-chrétiens. La République voulait bien bannir les prêtres et Dieu lui-même de son territohre, mais, par son représtiitant à Gonstantinople, elle réclamait en faveur des Jésuites et défendait les privilèges des Lieux-Saints ! •
Sous la Restauration on ne s'occupa des affaires des Lieux-Saints que comme d'affaires religieuses et privées; cela suffisait alors : on devinait l'influence de la France, sans qu'elle s<mgeât à la faire sentir. Tous les papiers qui venaient de ^éniâalém rambëssade de
...... ^le
QUESTION UEUX-SAIM8 811
France, n'étaient pas soufnfs au ministre; on rêvait cela dans les bnroaux sulbalcrneii, et persoinie ne se plaignait Looit-Philippe , tenta des négooiatioDS qui échouèrent. Son gouvernement s'embarrassa plus d une lois dans les noeuds inextricables de la question é'Orient
Enfin Fétoile d'argent et riii8ert]^M latiiie, m i mé B B
pai' les Grecs, dans la crypte de Beit-Lëhem, au sanctoaiie de la Nativité, rajeunîFœl et enfvénimèrM la querelle.
C'était une offense gratuite.
La France en demanda immédiatement réparation; eDe réclama aussi la reslif ntion de tous les sanctuaires . dont les calholi(iues se pi étendaient dépouillés , et le rétabHssemenl noomédiât de la gr«ide coupole du Saint-Sépulcre, par les soins des Latins.
€ettc grande coupole avait le plus pressant besoin de réparation. Les GrecB augmentaient le dégât , de leurs propres mams, pour Madré la restauration indispensable. Us espéraient en obtenir le privilège et consacra de nouveau et solennellement leur possession exclusive.
Les Latins s'opposaient de tout leur pouvoir à ces prétentions; non-sentement fls voulaient exécuter euxmêmes les réparations, maïs ils demandaient encore le rétablissement de toutes i(»s inscriptions latines, existant [avant Finoendie de 1808, et la démolition immédiate de tout ce qui avait été ajouté depuis cette époque par les Grecs; additions de très-mauvais goût,, je dois en convenir.
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H faut bien le dire, la Porte donna tour à tour raison aux deux parties. C'était une lutte de payions puis-r santés et un conflit d'influences politiques ^ se TOilant sons le prétexte du zèle religieux;
ï/auibition de renipereuriMcolas etla brutalité d'un ambassadeur en bottes fortes ont fait d*une querelle de moines la querélle du inonde.
Nous M avons point le projet d'entrer ici dans les incideuiâ de chancelleries, à travers lesquels a passé cette question; c'est l'histoire de la diplomatie contemporaine. Aujoui'd'hui on n'écoute plus que les événements, et, comme disent les Arabes» c'est la poudre qui y a parler. La France a fait assez longtemps preaye de modération ; la modération sied bien à la force. Si la Victoire est juste, nous demanderons la même modération dans le triomphe même. Nous avons pour les moines latins autant de respect que d'affection , mais nous ne v oudrions pas leur voii' accorder tout ce qu ils réclament Nous appuyerons surnos armes notre droit de protection. Nous l'exercerons efficacement, mais noblement: protéger ce n'est pas posséder. Jusqu'à rheuré si vivement désirée, d'une réunion complète de * tous les rites chrétiens, dans le sein de la grande unité catholique, il faut que les sanctuaires de la Terre- Sainte soient accessibles à tous, mais non pas inféodés à quelques-uns. H n'y a que trop d^éléments de discordes entre les deux sectes rivales : ne les augmentons pas du froissement des vanités blessées. Quand la force aura fait triompher le droit, et que la France sera écoutée dans les conseils du Divan, j'espère quelle