‹ La terre-sainteChapitre 31 sur 44 · MAR-5ARA. , 2S · texte numérisé non relu

MAR-5ARA. , 2S

prenne ced pour un éloge ou pour une critique. La

})icrre disparaît sous une ornementation à outrance. Ce ne sont partout que dorures et moulures , émaux et couleurs ; c'est à peme si les murs peayent porter leur charge de tableaux, qui sont, presque tous, dans le système iconograplùque du xiir siècle. Entre beaucoup d'autres peintures, généralement médiocres , nous ayons remarqué un tableau cbaimant, qui représente saint Zoziiue el sainte Marie rÉgypticnne. Le dessin est élégant, l'expression touchante à force d'être naïve, et la touche d'une suavité exquise. Sur un autre panneau, un Christ un peu roîde — ainsi (]u'il convient à un Christ byzantin — se penche avec une tendresse infinie sur le lit d'agonie de sa divine Mère, et recueille son âme expirée, qui monte vers lui sous l'efiigie de la Vierge elle-mcnie, mais légère^ aérienne et transparente comme il sied à une Âme.

Les peintures de cette publiées pour l'Eu-

rope, seraient, je crois, une page intéressante de 1 histoire de l'art La chaire est une petite merveille dç fragilité élégante : on ne peut se livrer là-dedans qu'à une éloquence extrêmement délicate : les foudres d'un orateur la feraient voler en éclats. On entr -ouvrit la grille, et nous pûmes pénétrer dans le chœur, réservé aux moines, tout éclatant de marbres précieux et d'incrustations exquises ; ici , des chrysoUthes de Tarsis et des onyx laiteux , plus loin , parmi la nacre orientale , de larges plaques de lapis-lazuli, d'un bleu tendre comme celui des pervenches mouillées.

L'autel est du meilleur style byzantin. Une simple

25S ElCURSiOMS £X PBOU£NAD£$.

table, portée sur quatre colonnes isolées : le tabernacle n'est point sur Tautei, mais à côté, suivant Tusage primitif de FÉgUse.

En sortant de la chapelle on nous montra, au fond d'une grotte et derrière une grille, un amas de crânes et de squelettes que Ton nous dit appartenir à desisiar^ tyrs ; il n'csl peut-être pas décent d'entasser aiubî les reliques. ' i ' <

Ces beaux moines gras» bien logés et bien nourris ,

,,.In cule curanda plus œquo operata juvmtuij . .

nous ont paru vivre dans une heureuse insouciance : ' ils igjjujciil, et' que les iuoiues mêmes savent assex généralement, l'bistoire de leur couvent.

Saint Sabas, qui joua un îjrand rôle sous les empereui's Anastase et Jusiiiii( n, hàtit le aïonastèi-e ciui porte son nom ; il peupla le désert d'anacbonétes: Le couvent en a couq)t(; quaire mille : dix mille s'étaient rctii'cs datis les antres elles cavernes des hauteui's toisines. La persécution a pénétré jusqu'au désert, et la solitude s'est faite de nouveau dans les grottes de \a iiiniiin-iic et du torrent. ' ' .;

L'Archimandrite grec du couvent de Mar-Saba, c^csit lé nom que les Arahes donnent au couvent, a rang et siège d'évéque à Jérusalem. C'est lui qu'on nomn^e ïévêtfue du feu; nous avons expliqué pourquoL

La caravane des pèluriiis grecs, qui \ n (■h;i([iio lundi de Pâques, renouveler dans les flots du Jourdain les promesses de son baptême, ne manque januiis de Aire

au retour une statiOD au cooreat de Mar-Saba. Les pèterins grecs $ont ici chez eux. On ne Toit pas toujours d'un aussi bon œil ceux des commuiiioiis éU angères ; jedoU dire cependant que Ton nous prêta d'assee bonne grâce le réfectoire du couvent , où nous établîmes nos provisions sur une table un peu plus basse que nos genoux. On alla môme jusqu'à nous permettre de puiser un peu d'eau à la source du çouyenti et on ne nous la ût payer que cent piastres.

, Nous suivîmes, pour rentrer à Jérusalem» les bords du torrent de Cédron. Le sentier se 6us[)end au flanc de la montagne; un rocher à gauche, mi précipice ji droite.

Nous arrivâmes au bout d'une heure sur un plateau

assez égal , amphithéâtre de sable , avec des collines pour gradins gigantesques. Une troupe d*Arabes y avait dressé ses tentes.

• C'était une tribu de Tsingmics, espèce de bohémiens errants comme nos Zingaris d'Espagne. Us pouvaient bien être deux ou trois cents, hommes, femmes et eur fants. L'Arabe choisit l'emplacement de son camp srvec un instinct de poëte ; il le dispose avec le goût d'un artiste. Nos Tsinganés s'étaient établis sur la pente d'un monticule de sable. Rien de plus misérable que leurs pauvres tentes d'étoile rude et noire, rayée de blsiac; mais ils les avaient rangées avec une symétrie parfaite, et de manière à tracer sur le sable d'ingénieuses ûgures. On avait pratiqué des rues aux courbes gracieuses, au miUeu de cette ville de toile qu'un coup de vent pouvait enlever. Des nopals épineux lui ser-

Talent de forteresses avancées, un sycomore Tabritait» et quelques palmiers s'élançaient entre les tentes,

comme la flèche aiguë d'un miiiaret; un ruisseau échappé du rocher coulait à leurs pieds et abreuvait leurs troupeaux maigres; devant eux le désert dérou* Jait SCS perspectives niélaiicoliquos.

On avait allumé un grand feu à la porte du camp : des hommes à demi nus dépeçaient un chameau égorgé tloiit ( liMqae tente avait sa part. Les enfants, noirs et lustrés comme rébène, se baignaient dans le ru^seau, en poussant des cris sauvages; des groupes de femmes et de iounes Mes, posées comme pour le pinceau d'un peintre, drapées dans des beurnouss blancs, coiffées de koufflehs de soie rouge et bleue, d'où s'échappaient de longues tresses de cheveux noirs, eniniélés de pièces de monnaies et d'amulettes de verre, causaient entre eDes à la porte de leur tente. Un peu plus loin , les hommes, en manteau rayé de noir et de blanc, connne leurs tentes, écoutaient, assis sur leurs talons, un conteur grisonnant qui leur faisait sans doute un de ces récits merveilleux, dans lesquels les poêles arabes dépensent, en vingt pages , plus d'or , de perles , de diamants et de rubis , que la terre et la mer n'en produisent en mille ans : l'écrin des rêveurs est plus riche que celui des rois. Les auditeurs naïfs écoutaient, suspendus aux lèvres intarissables. L'attention émue se lisait sur tous les traits et la convoitise allumait l'éclair de leur regard. Au milieu des tentes, les chevaux et les mulets, emprisonnés dans des entraves de fei% mangeaient bruyamment l'avoine et la paille liacUée ; les

MAR-SASA.

chameaux en liberté erraient autour du camp, sous ia garde d*aD troupeau de chiens fauv^» aux oreilles droites et piquées eu avant comme celles du loup« La nuit était venue; je commençais à perdre quelquesuns des détails de la scène : je jouissais peutrêti^e plus ' encoi*e de Teffet d'ensemble, éclairé par cette lumière des étoiles, bleue et un peu douteuse, qui semble le jour naturel du monde fantastique.

Vie étrange vraiment, mais poéfique, cette vie de FArabe! Sa patrie est partout, parce que partout il emporte avec lui sa famille et sa maison. C'est le même mot dans sa langue qui veut dire tente et famiUe. Les murs de pierres lui pèsent et l'écrasent ; il ne peut souiïrir que ces murailles de toiles Itères, qu'il enroule autouid'un b&ton et qu'il met sur la .croupe de son cheval. 11 est heureux d'être seul ; il se sent lier dans le libre espace. Cette contemplation incessante des grandes scènes de la nature , ce vaste silence qui l'entoure donne à son àme une sorte d'exaltation qui le fait poète. Un chamelier de ce pays-ci use plus d'images en un jour que les QuaraMe n'en trouvent dans toute leur année. En môme temps r incessante menace d'un danger toujours présent développe, à un point qu'on ne saurait imaginer, les sens aigus et subtils de l'Ârabe; c'est une finesse de perception qu'on ne i-etrouve que dans la vie sauvage. Dans le calme de la nuit, un bruit, insaisissable à^'oreille européenne, devient pourrArabe un indice que l'événem^t confirme toujours. Son regard est un rayon qui perce les derniers cercles de l'horizon : reporte-t^il les yeux à ses côtés, rien ne lui

ëchappc : il disliu^ne avec iino sagacité parfaite, il apprécie avec un lact infaillible les plus minces particu* larités» les détails les plus fugitifis^; on assure que Tempreinte d'un pied sur le sable lui suffit pour reconnaître si le passant était ou non de sa tiibu : il dirait presque rheure de la trace, si c'était le commencemeitt ou la Un de la course, s'il était «ourt)é sous le fardeau où bien s'il marchait libre.

Mais que faisait cette troupe suspecte aux' portes de Jérusalem ? Le son des trompettes lointaines Fayalt-il amenée jusqae-l^i, et attendait-elle i'lieui*e d'un nouveau pillage 7

fje ehemin de la mer Morte*

le touriste parisien qui sait borner ses désirs, pose •ses colonnes d^Hercule sui^ la terrasse de Saint-Germain. II parcourt, du samedi au lundi, ^vec un billet de famUie (aller et retour), les stations aimables d'Asnîères, eUères aux matelots de la flotte bleue; de Nanterre, orné de sa couronne de rosière; de Bougival, iUu^tré par la niorl de Pradier , et de Chatoii, délices . des gens de robe, . ,

Le lundi vient, qui raipène les soucis familiers çt le labeur accoutui iH Le Parisien sent le besoin de rentrer dans sa capuale / U reprend le cheniiu des barrières que lui ouvre le douanier complaisant, sans môme visiter le ^nm^v conjugal, gonflé des fruits de ses jardins et parfumé 4'un bouquet de roses et de pois-

fleurs. . ,

Un voyage en Orient présenfe parfois plus d'mcx-

dents. La police ne s'y fait pas trùs-régulièrcment, et les voleurs, qui sont des gens de bonne maison, y vivent en parfaite iuiclligence avec l'adminislration. n y a des pays qui sont divisés en provinces avec

EXCURSIONS £T PAOMENADËS.

des gouverneurs, d autres en départements avec des préfets; la Syrie, du côté qui avoisine le désert , est divisée en tribus, sous les ordres de certains bandits grands seigneurs qui s'appellent Cîk ikhs, et qui sont de véritables rois absolus. Quand on veut passer sur leurs terres, c'est par eux qu'il faut faire viser ses pa^ p{ers:\\s VOUS garantissent que vous ne serez pas vole par d'autres ; c'est du moins cela de gagné. Le plus piquant de Taffaire, c'est que Fautorité légale se mêle ostensiblement de ces marches; ils se passent devant le pacha ou devant ses agents. Le Cheikh qui aurait manqué à sa parole ne remettrait jamais les pieds à Jérusalem... Hùtons-nous de dire à leur louange qu'on n'a jamais eu l'exemple d'une trahison. Ën cas d'attaque par une tribu ennemie, vos Cheikhs vous défendent avec un courage et un dévouement sans bornes.

Il faut se conformer aux usages quand on ne peut

les changer. Avant de nous engager dans les défilés qui conduisent à Jérusalem et à la mer Morte, nous voulûmes donc nous mettre en règle avec tout le monde. Nous avions à traverser les terres de deux tribus : la tribu de Siloc et la tribu d* Abou-Dish, Nous envoyâmes saluer leurs Cheikhs^ deux seigneurs fort intelligents» et qui savent ce que parler veut dire.

Cheikh Mahmoud et Cheikh At-Allah se firent représenter par des délégués à Jérusalem. On se rencontra chez ie consul anglais : les Anglais ont une main et un pied partout. Le consul voulut bien donner; par sa présence, une sancUçn diplomatique au

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