‹ La terre-sainteChapitre 32 sur 44 · LE CHEMIN DE LA MER MORTE · texte numérisé non relu

LE CHEMIN DE LA MER MORTE

traité : nous tombâmes bientôt d*accord. Cinq mille

piastres (à peu près mille francs) fuient promises au retour. Le$ deux tribus s*engageaieut» pour ce prix, à nous prendre et à nous ramener à Jérusalem. Ce Ait écrit, signé et paraphé, et l'on fixa le jour du départ

Deux ou trois jours avant notre expédition^ At-Allah lui-même, en grand costume de Cheikh, Yhabakieh mx reins, le kouffîeh en tête, les pistolets à la ceinture et le fusil au poing, vint nous rendre visite k la Casa^ Nuova dû couvent des Franciscains.

Nous le reçûmes de notre mieux : pipe, café et joyeux accueil.

Au moment de nous quitter, le fier At-Allah nous tendit sa belle main fine et hâlée, et nous demanda le backchich...

^ Le backchich! et pourquoi?

— Pour ma visite.

— Nous ne l'avions pas demandée.

— - Ma visite est un honneur que je vous fais...

— L*honneur ne se paye pas !

Ici, At-Allah mordit sa moustache...

— J'espérais, reprit-il, que Vos, Seigneuries m'auraient donné une pièce d'or dans chaque main ; cela m'aurait fait plaisir, ajouta-t-il en prenant un air sentimental; mais puisque cela ne vous va pas, n'en .^ar^ Ions plus... Seulement, comme je ne puis pas m*en retourner les mains vides, donnez-moi uu mouton!

— Impossible l nous avons promis cinq mille pias* très, vous aurez cinq mille piastres! les Frangi n'ont qu'une parole I Adieu.

AtrAUah se retira la téte basse et assez mécontent Deux louis ne sont pas une affaire, laais il est bon de

3e montrer ferme avec les Arabes, qui vous exploitent comme s'ils étaient civilisé^ depuis deux mille ans !

Au jour donné et à l'heure dite, nous trouvâmes & la fontaine de Siloîé les deux Cheikhs et les hommes ile leur tribu : At-Allab ne nous ^vait pas gardé ran-* cune.

Notre caravane s'aligna assez régulièrement, les Oheikhs en téte, les mouckres en queue, les bagages au centré, les Bédouins sur les flancs, édairant la

route, évputaat chaque buissoUj toumaQt chaque colline.

Nous étions trop près de Jérusalem pour que ces

prc^cautions fussent chose bien utile ; mais on ne peut en vouloir aux gens de mettre Ime dans leur déyouement Les Arabes aiment rargei)t, mais ils veulent avoir l'air de le gagner.

Nous arrivâmes bientôt à l'ancienne Béthanie (maison de Tobéissance), les Arabes l'appellent aujourd'hui Lazirieh, en souvenir de Lazare. C'était autrefois une villa charmauLe, et la proiiienade aimée des juifs, la terre beureuse entre toutes : le jardin de l'antique Jérusalem, la villa des grands et des riches, quand il y avait des riches et des grands à Jérusalem. AujourT d'hui, &'est un village misérable, composé d'une ving* laine de cabanes en ruines et d'un tas de décombres, au milieu desquels une tribu de Bédouins vient parfois dresser sa tente. Il n'est habité que par Arabes : on n'y trouverait pas un seul chrétien.

...... ^le

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■ Pour le pèlerin, & n'y reste plus qu*un tombeau, le

tombeau d'où Lazare sortit à la voix du Christ.

Jésus Tenait souvent à Béthanie par le chemin 4es Oliyiers ; il aimait y passer la nuit dans la méditation et la prière. On montre encore la pierre sur laquelle il était assis, quand Marthe, on pl^ur$ vin( au-devant de lui, après le trépas de Lazare: « SeignçurI sî tors aviez été ici, il ne serait pas mort ! »

On ne saurait passer à Béthanie aans y retrouver 1^ doux soayenir de cette belle Marie*Madeleine , qui ré^ pandit les essences de son vase d'albalre sur les pieds du Christ, les essuyant de ses cheveux dénoués. C'était féte au logis, quand Jésus y venait; c'était féte aussi dans le cœur de Madeleine! Elle cueillait poiu- lui les roses de ségor,leiis etlalleur d hyacintiie; elle frottait de myrrhe et d'aloès la table de cèdre noir , puis,

quand il était ta. elle se mettait à ses pieds, recueillant le doux miel de ses discours,, tandis que Marthe allait et venait, s'occupant de beaucoup de choses^ et le Christ disait: Marie a raison, et une seule chose est uécessak-e I Touchante image de la pénitence qui nous ramène à Dieu , il lui fut beaucoup pardonné parce qu'elle avait beaucoup aimé. L'Évangile la numuie quelquefois la pécheresse, non pas qu'elle se fût livrée au dévergondage des sens grossiers , mais c'était une vie somptueuse , pleine de faste, et trop éprise de divertissements mondains et condamnables au point de vue de la morale austère— mais non pas flétrissants et vils — elle se réjouissait dans l'orgueil de sa beauté, flattait son corps par la recherche vaine du luxe; conune

eXCOBSIONS ET PROMENADES.

beaucoup de nobles créatures-^esclaves de leurs délicatesses — elle n'avait pdché qiie par le cœur — mais

c*(^tait assez pour être appelée pécheresse par l'Évangile I

Quand elle eut rencontré Jésus, son cœur se tourna

vers lui et ne fut plus au monde, et, quelques jours avant sa Passion , elle lui donna ce qu'il y a de plus précieux parmi les hommes : des larmes et des parfums — les parfums, principes de vie, subtils esprits des choses, émanations pures, baleine céleste, éternité des reliques humaines! les parfums gardiens de toute pureté! et les larmes I trésor vivant, perles formées dans rabkne de nos douleurs, les larmes, parfum de l'âme, éclos sous la paupière — seul don qu'ofifre le coeur sans Favoir emprunté I les larmes, expiation de toute faute, et pardon de toute iniquité 1

Dans ruroe aux blancs contours que de fleurs ont pleuré Pour remplir jusqu'au bordd*tta encMis épuré ! Oh ! que tout soit pour lui, donnez, ô Madeleine ,

Versez sur ses pieds nus votre âme humide et pleine y

Versez le fond du vase et les parfums cachés,

Les r^;rets, les espoirs et jusqu'à vos péchés ;

Versez les chastes jours et les nuits profanées,

Et l'asphodèle vierge et les roses fanées ;

Versez votre douleur, versez votre beauté,

Tout en vous est parfum et tout sera compté !

Brisez aux pieds du Christ ce cœur doux et fragUsi

Ce que la loi rejette est pris par rÉvaogile ;

Des épis oubliés sa moisson s'enrichit;

A lui tout ce qui pleure et tout ce qui fléchit I

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La résurrection de Lazare fut le dernier miracle, et

peut-être le plus touchant de la vie de celui qui passa en faisant le bien.

« Lorsque Marie fut arrivée à Tendroit oik était Jésus, dès qu'elle le vit, elle tomba à ses pieds et lui dit conune Marthe : Seigneui% si vous aviez été ici» mon fi*ère ne serait pas mortt Jésus la voyant pleurer, elle et les juifs venus avec elle , il frémit en lui-môme et s*émut. Oui avez-vous déposé? leur dit-il. Ils lui répondirent : Seigneur» venez et voyez 1 Alors Jésus pleura t Et les juifs disaient: Voyez comme il raiiiiaitî

« Jésus, frémissant encore en lui-même, vint au Sépulcre : c'était une grotte dont l'entrée était fermée d'une pieiTe. Jésus dit: Otez la pierre... Ils ôtèrent la pierre, alors Jésus, levant les yeux au ciel, dit: Mon Père , je vous rends grâce de ce que vous m'avez exaucé. Pour moi, je sais que vous m'exaucez toujours, mais je dis ceci poui* ce peuple qui m'environne, afin qu'il croie que c'est vous qui m'avez envoyé. Ayant dit ces mots il cria d'une voix forte: Lazare, sortez! Tout aussitôt celui qui était mort se montra, aycint les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d'un suah'c. Jébus leur dit: Déliez-le, et laissez-le marcher. »

Jamais le Dieu ne fut plus homme qu'en versant ces

larmes de tendresse bénie sur la tombe entr'ouverte de son ami ; jamais Thomme ne fut plus Dieu qu'en reprenant cette victime à la mort

J'ai voulu descendre dans ce tombeau.

Trente ou quarante degrés, taillés dans la pierre

EXCURSIONS ET PBOMBNADES.

Tive» conduisent au cœur du rochei^ » où Ton a creusé la Yoûte funèbre. En face du caveau, on a dressé un petit autci à la place où se tenait Jésus quand û dit: Lazare, lève-toi. Ce tombeau , comme la plupart des sanctuaires de la Terre-Sainte , est aujourd'hui entre les iiiaiiis des Turcs , qui rouvrent aux passants, moyennant bakchkh^ et qui permettent aux Franciscains de Jérusalem, de venir y célébrer, une fois par an, les grands mystères de leur culte.

Les tombeaux, ne sont pas fait^ pour les vivants; j'éprouvai donc un vrai bonheur, après quelques minutes de contemplation, à dilater ma poitrine à Tak libre. Je trouvai toute une population rassemblée au haut de l'escalier et attendant notre sortie. Les femmes, rejetant leur voile en arrière, attachaient siu^ nous des regards curieux.

On se relâche un peu à la campagne, et la réclusion n'est pas ti'op sévère pour les beautés villageoises. Parfois même la curiosité devenait familière : des grappes d'enfants se suspendaient aux rênes de, mon cheval; une demi-douzaine de drôles à demi nus prétendaient me tenir Tétrier; jamais roi n'eut plus de serviteurs ni de plus empressés. Quand il s'agit de partir, toutes les mains ouvertes se icndArent. On ne nous avait pas servis gratis. Les femmes, qui nous avaient honorés de leur présence, réclamaient aussi leur droit d'aubaine. Toutes ces mains étaient tatouées de bleu, et les ongles teints en rouge avec la liqueur du henné. Nous distribuâmes quelques piastres , et notre guide quelques coups de courbache , qui retombaient

L£ €H£M1N DE LA M£Il MORTE.

indistinctement sur les femmes et snr les enfants j telles sont les mœurs du pays! et nous iOmes enfin libres de partir. Un Concert de bénédictions ou d'injures , selon la nature de la gratification que chacun avait reçue y nous poursuivit pendant quelques centaines de pas. Un repli de la montagne nous sépara bientôt : la reconnaissance et la colère s'éteignirent à la fois ; nous n'entendîmes plus qu'un murmure confus de Yoix expirantes. Je priai mon guide d'être moins prodigue à Favcnir de dénionstrallons énergiques. ■ — Avec les Arabes l répondit-il. en haussant les épaules» il n*y a pas d'autre moyen que celui-ci.,, le geste acheva la pensée. Le respect, en Orient, se conquiert surtout à la force du poignet; c'est le tort delà civilisation orientale , je n'y puis que faire I Je me console ' en tâchant de retrouver les grands vestiges de la route que nous parcourons; route historique s'il en fut, pleine de souvenirs, riche de traditions, illustrée par " des miracles.

Ici, môme, tout près de la tribu d'Abou-Disch, nous sommes sur les lieux où se traduisit en action la pa* rabole du bon Samaritain, Je ne sais pas si le Samaritain s'y trouverait encore , mais à coup sûr ce ne seraient point les voleurs qui manqueraient Dans ce pays le brigandage est exercé sur une grande échelle : le vol est considéré comme une industrie ; on en vit, et même on en vit bien; tout le monde le sait et personne ne s'en fâche : c'est accepté par le droit des gepç.

. —* Maintenant, dit le cheikh Mahmoud, nous aBons

entrer sur un territoire suspect Prenez garde à vous î et veuillez vous rappeler que si nous avions le malheur de perdre quelqu'un des vôtres , nous serions obligés de payer trente mille piastres à votre honorable compagnie, comme prix du sang versé ; vous ne voudriez pas nous causer ce désagrément 1

Nous jurâmes une obéissance avenue.

Nous devons dire, pour expliquer cette singulière recommandation, que les Ai^abes trouvent tout naturd qu'on se défie d'eux; quand le traité est condu, et qu*on est d'accord sur tout, ils versent leur cautionnement comme garantie de la bonne exécution ducon* trat. On ne les paye qu'au retour. S'D vous arriyemal, ce sont eux qui payent une indemnité à votre famille. On assure que bientôt il y aura une pension pour les veuves inconsolables. En attendant, tout sepasse avec une courtoisie parfaite. Les Cheikhs savent l'heure exacte de votre entrée sur leurs terres, et vous les trouvez qui vous attendent sur les limites de leur domaine, fiers, iii)])assiblcs et calmes.

C'est d'abord le Cheikh principal, monté sur une jument du désert , qui porté à son cou » dans un sachet de poil de chameau, sa généalogie rédigée avec autant de soin que celle d'un prétendant par quelque d'Hosier incorruptible. Puis , peu à péu , lentement» l'un après l'autre, à pied ou à cheval, ses hommes viennent se grouper autour de lui avec toutes sortes de marques de respect : ici, c'est une mabi baisée ou portée au front, là , c'est le pli du vêtement touché avec un geste d'adoration humble* Uais on sent que

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ce culte vient du cœur, et que ce respect est mêlé d'affection. Après que les premières salutations ont ainsi ireconna la foi et Phommage dus au Cheikh , tous vivent avec lui dans une sorte d'iiiUinitë, pleine à la fois de déférence et de dignité, qu'on est passablement étonné de rencontrer chez des barbares. H faut en cônclure que le sens moral |leur manque seulement quand il s'agit de traiter avec les chrétiens, : ils ont une mesiùre pour eux«-mémes et une autre pour nous.

Il est difficile de pénétrer dans la li ihu (rAljou-Dish sans sa permission. La route qui conduit chez elle est défendue par dlmprenables forteresses de rochers. Cent hommes déterminés arrêteraient une armée dans ces propylées du désert.

La route que nous parcourons est la route de Jérusalem à Jéricho, qui vit passer si souvent le Christ el les disciples. La fontaine autour de laquelle nous campons s'appelle encore la Fontaine des Apôtres.

C'est im cadre merveilleux pour la scène des drames bibliques. La som^ce est entourée d'une construction en grosses pierres^ qui loi donne un air monumental. — Ce monument s'élève au milieu d'un vallon ovale, ellipse qui peut mesmer cinq cents pas d'un foyer à Fautre, Tout autour, des montagnes arides» mais dont la forme est moins sauvage qu'auprès de Jëmsalem ; çà et là , une saillie de rocher qui surplombe — et dans Fombre > immobile , et la prunelle ardente — ennemi peut-être/ ou du moins aussi suspect — un Arahe qui veille.

Nous fîmes à la Fontaine des Apôires une halte plutôt

EXCURSIONS BT PROUENADES

qu'un campemeoU Nous y arriyàmes «près la. Doit,, nous en partîmes avant le jour.

Au bout de quelques heures de chevauchée par une Yoie périlleuse» souvent interrompue, nous déboucbâ* mestoul à coup dans une vaste plaine.

C'était le matin.

On ne se lasse jamais de ces beaux matins de l'O-*, rient, qui vous offrent, en quol([ues instants, une suc*

cession de tableaux infiniment variés. Tableaux sans sujets, et dont la lumière seule fait le charme! charme mobile et changeant, qu'aucun peintre ne saurait faire passer sur sa loile, et qu'on fixe ( ouime on peut dans son souvenir, et que l'on y retrouve, plus tard, eu ler^ mant les yeux, avec sa magie ardente, mais passagère.

Des bandes indécises, qui flottent de Torauge pàie au vert tendre, marquent à l'horizon lointain la limite

e.vUénie où le ciel et la terre senil^lciit s'unir comme deux lèvres dans un baiser ; au-dessus, -l'éther bleu, vif, léger, dont on devme la profondeur, rien qu*à voir sa transparence, et dans le vide immense, des groupes errants de nuages lumineux, dont les bords, fmement découpés, se teignent de pourpre éclatante, s'eml)rasent de reflets roses, oii s'avivent des feux de rëineraude, de la topaze et de l'améthyste , comme récrin flottant des cieux — puis le soleil parait Un souffle invisible dissipe les nuages. C'est partout comme un incendie aux flammes d'or. Cependant, les aigles s'éveillent et s'ébattent dans la lumière. Ce sont les seules créatures vivantes que l'on aperçoive dans

LE CHEUm DE LA MER MORTE.

la vaste solitude. Aussi loin que puisse s'étendre le regard^ cette solitude morne, sflencieuse, déroule ses

steppes infinies. Il y a pourtant quelque grâce dans le mouvement de cette terre a,ride. Ainsi, tour à tour, la plaine se renfle ou s'abaisse par de molles ondulations, et la ligne tremblante des collines bleuâtres qui ferment Thorizon, semble ûotter indécise comme une ceinture à demi dénouée.

Vers le sud de cette plaine, on rencontre deux murailles en equcrre : c'est le reste d'un khan à demi ruiné, mais toujours en grand honneur, autour duquel les pèlerins grecs et musulmans viennent planter leurs tentes, en allant à la mer Morte.

Le pèlerinage des musulmans a lieu vers la fin de juin. Ils arrivent, musique en tête, enseignes dé^ ployées. Le glaive des croyants étincelle autour de rétendard du prophète : il en doit être ainsi dans une civilisation où l'armée est Religieuse avant d'être nationale, et où la religion elle-même s'appuie sur une épéenue.

Les pèlerins grecs qui, chaque année , le lundi de Pâques, partent de Jérusalem pour se reudie aux eaux du Jourdain, ont une allure plus modeste* Ils marchent silencieusement , en longues files pressées et timides, attaqués, bafoués, outragés|, frappés, et cachant sous leurs robes des bâtons blancs formidables. ... et ino£Fensif s.

Nous nous arrêtâmes quelque temps autour de ce Khan ; moins belliqueux que . les musulmans , mais aussi moins timides qae les Grecs. Nous fouillAmes

lACtttblO.XS ET PJiOM£.\Ai>tS.

les enTfrons dans respërdnee, tonjotirs caressée et

toujours déçue, d*y trouver quelques gouttes d'eam Nous ne troaTàmes rien... qu'un gros caillou d'une Manelieur éclatante, qu'un des guides s*empressa de m ulii ii . Ju II tt\ais pas la verge d Aaruo pour en faire sortir des torrents d'eau yiye : je le jetai à terre. En tombant, !1 se cassa comme Terre , et , sous une sorte de pellicule mince, j'aperçus une matière iiicoimue à la chimie classique^ cassante et friable à la fois ; noire du reste comme le charbon, à rexception de sa surface qui prend les teintes les plus blanches sous Taction de la lumière. Ce caillou qui pour tout autre pouvait fort bien n'être rien... qu'un caillou, c'était pom* moi comme une sentinelle avancée de Sodome et de Gomorrhe» comme un avant-coureur de la mer Morte.

Bientôt nous arrivâmes à rexlrémité de la plaine. 11 fallut s'engager dans le défilé d'une pente rapide , escarpée, raboteuse. Le pied de nos chevaux ne bronchait pas ; il était plus solide que la tôtc de nos cavaliers. Du reste , aucune perspective : la route était si profondément encaissée , qu'il était impossll)le de rien apercevoir que le ciel au-dessus etl'abime au-dessous.

Un détour brusque nous amena dans un large vallon, traversé par un torrent aussi altéré que nous : il paraissait à sec depuis six^ mois. Au lieu d'eau murmurante , on n'apercevait dans son Ut profond qu'une poussière aride et jaunâtre : nous le traversâmes d'un pied trop sec ! A quelque distance du bord que nous venions d'atleindre» nous découvrîmes bientdt un corps

LE GHElttlf DE LA IlEa MOHTE. 277

de bâtiments assez considérable : c'étaient des murs réguliers, hauts et solides, on eût dit une ferme de Normal) die ou de la Beauce — sans un certain dôme flanqué d'un certain minaret, qu'on ne trouye pas communément dans le blond pays âesponmies. Je ne parle que pour mémoire cl un ciel d'azur liquéfié qui laisse pénétrer le regard à des profondeurs infinies —pbénomène assez rare sur les rivages de TAtlantlque brumeux. — Du reste, ce n'était pas une ferme, c'était une sorte de couvent musulman, habité par des Santons.

Je mis mon cheval au galop et piquai droit vers une grande ogive servant de porte...

— Arrêtez f me cria le guide , arrêtez I c'est le tombeau de LStùi-Mousa : les chrétiens n'y entrent pas — même en payant — ajouta-t-ii, comme pour répon.ire à mon geste mueit, mais expressif.

— Qu'est-ce donc que Nêbi-Mousa ?

' — C'est le prophète Moïse, Ejjendum I ( Depuis deux jours mon guide m'appelle Effendum, c'est une variante dcrEffendi des Turcs.) — Un ^raud prophète, Mousa f continua-t-il en voyant que je ne l'interrompais point, prestpie aussi grand que Mahomet !

— Sans doute! mais je croyais qu'il était mort de l'autre côté du Jourdain, et qu'on n'avait jamais connu le lieu de sa sépulture?

— Les chrétiens , non! mais les pdèUs, si, reprit le g^uide d'un air capable.

L'explication me suffit pour le moment et, en deux bonds, je Ais à la porte de la mosquée de Ncbi-Mousa

27ë ËXCURSIO^S ET P&0M£NAJ>1:;S*

-^si le grand lëgiriateur des HA>reux me permet de lid.

laisser encore sou nom musuiuiau. —

La porte est hermétiquement dose ; elle est solide on ne peut guère songer à renfoncer^ les murailles sont hautes : l'escalade u est pas possible.

Je frappai du bout de ma cravache.

Décemment d'abord, et comme un homme modeste^ qui se conlenle d'averlir les gens qu'il est là.

Voyant que ma réserve était peu goûtée» et qu*ou s'obstinait à ne pas prendre garde à moi, je m'armai (l une pierre, et j'attaquai vioiemuieul la porte, lîi visage pÂle» encadré dans une barbe noire, roulant des yeux ardents comme des charbons , se montra par un petit judas pratiqué dans la porte , et commença par m'adresser force injures.

Je le laissai dire , puis je lui fis comprendre que j'étais un hadji de Jérusalem , cumme lui peut-être avait été un hadji de la Mecke, et j'exprimai mon désir de voir le tombeau de Hoîse. U ne parut guère déddé. Je me sentais à bout d'arguments : je les avais employés tous moins un. — Je m'avisai don« de ïm montra certaine pièce de respectable grandeur et frappée à l'effigie du commandeur des croyants ; son humeur farouche s'adoucit aussitôt, et il se mit en devmr d'entrebftiUer la porte. *— C'était une concession fdte à l'ennemi : faute grave dans un siège i — Je voulus me. glisser à travers cette sorte de fente ; tout à coup une vieille moustache grise , jusqu'alors étrangère à la discussion, apparut sur la scène.

Je me déûai tout d'abord de ce moine austère: je vig

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