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LE CHEMIN DE LA MER MORTE

bien qu'il était au-dessus des tentations Tulgalres. H se

jeta sur le jeune Santon, le saisit à la gorge, le renversa par terre, me repoussa avec violence , referma* la porte , et remontant rapidement à la lucarne qui lui seiTait d'observatoire, il m'accabla du poids do sa colère, qui tombait de baut ! L'épithète dQ chien était une des plus douces qu'il eût daigné emprunter au dictionnaire abondant de la colère arabe.

Je remontai à cheval, je me croisai les bras, et quand il eut épuisé son répertoire, je le saluai profondément et repris la route de la mer Morte, vers laquelle mes compagnons se diiigeaient déjà.

lia mer Morte*

Le soleil (Uait levé depuis deux heures quand nous arrivâmes eu vue de la mer Morte. Je n'oublierai jamais ce premier aspect

Le terrain semblait se dri obcr tout à coup souS nos pas. Uoe vallée profonde s'encaissait dans le lit des montagnes. A droite, du c6të où nous étions, c'étaient les montagnes de Judée , en face de nous, les montagnes du pays de Moab. Celles-ci d'un bleu sombre et d'un profil sévère, celles-là d'un mouvement {dus doui et d'une blancheur éclatante, moulées en quelque sorte avec des contouis sinueux et lents , et comme si elles portaient encore l'empreinte immobile du flot qui les aurait form^ Au fond de la vallée, étincelante sous le rayon du soleil oblique, blanche avec le reflet azuré et délicat de l'acier finement trempé — le lac maudit, la mer Morte. — Vers le nord, un désert sablonneux, jaune , aride, brûlant et dont le seul aspect vous altère et vous dessèche...

Je calmai dififlcilement mon cheval ^aré devant ce ^ctacle nouveau, et secouant avec des hennisse-

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ment S ses naseaux qu in ite la salure des exhalaisons J[)itummeuses.,« Je contemplais avec recueilienient, ces Testiges de colère ^ ces souveiiirs de vengeaiice » écrits en caractères visibles sur la face consternée de la terre. Le ciel roule des vapeurs chaudes, la pierre est calcinée comme au sortir d'une fournaise y et il semble qu'avec Fair on respirç du soufre et du feu. El quand je fus rassasié de ces terreurs sublimes, Rabaissai de nouveau mes regards vers la mer et je me sentis pris de je ne sais quelle admiration profonde pour les beautés que je découvrais au sein de ces terreurs, A itaesnra que le soleil montait dans le ciel, son azur prenait des teintes plus ardentes ef plus cliangeantes; presque brunes sous les monls Moabs, blanches et na- - erées au milieu, vertes comme Taigue-marine, dan^ les |P»Ubs et à Nombre des montagnes de Juda. De temps en temps une vapeur saline s'élevait comme un nuage d'ttff ^t, puis s'arrêtait j brésolue — comme Foiseau qui plane, étendant ses ailes immobiles — puis un souffle de vent roulait ses flocons pressés et lès chassait vers les montagnes, et la face de la mer reparaisifiait, unie et resplendissante.

J'aime les lacs, coupes profondes de la nature, offertes à toutes les lèvres altérées. Les montagnes iné^ gaieis festonnent la eiselure de leurs bords, et la Flore des eaux enlace à l'entour ses végétations folles, comme ^acanthe se suspend en guirlandes sur les flancs rebondis d*une amphore; faime les lacs : j'ai vu tous ceux qu'on renomme dans notre Europe; ceux qui dorment dans le sein des montaj^es et cpi'aucun

LA MER MOETE. 283

souffle ne ride; ceux que la tempête touniu nie au bord des mers, orageux et profonds comme elles; les beau^ lacs bleus d'Italie» qu'un paysage exquis encadre dans de5 horizons d'une douceur infinie, les lacs de la Suisse I qui empruntent à leurs Alpes je ne sais quelle grandeur sérieuse, et les lacs de TÉcosse mélancolique, avec leurs rives sauvages , plantées de sapins noii s et tapissées de bruyère rose, et les lacs d'Angleterre , le^ plus beaux d'Em^ope, Windermeer et Derwentwater-^ des saphirs liquides enchâssés dans l'énieraude des prairies, Mais aucun ne vaut pour moi ce beau lac de la Judée, que les Grecs appellent le lac Asphaltiie, les •Arabes, la mer de Loth, et Moïse, la mer Morte,

Aprè3 ayoir descendu h travers des rayines sans ver* dure et sans eau, nous appuyant à des rochers frïables qui $'évanouissent en poussière impalpable sous nos

main^ » nouj» airivÀmes d^ns la plaine et sur le rivage où le sable e9t mêlé de cendres. Mais nous ne retrouvâmes pkis Je même caractère de sombre désolation qui nous ^vait frappés sur les montagnes. I^a nature^ étemelle jeuuesse, mêlait un frais sourire à ses larmes brûlantes, comme si déjji , dans la penséQ de Dieu , approcbait l'beure du pardou* A cinq cents pas de I4 mer, nous trouvâmes une oasis de roseaux , dont les pieds huuiidiî^ absorbaient J'e^u d'uue source qui 5$ répandait entre leur^ ra^es , comme par les cauaux souterrains d'un dramage invisible : on devinait l'eau à la molle fraîcheur du feuillage, sans toutefois que les

lôyrea ^ïides I4 pussent reucoairer. Entre les joncs, et 86 balançant d'un tronc à Tautre sur les cimes flot-

tantes, poussaient au hasard les vanilles sauvages, dont le parfum tous enivre , et toutes ces familles inconnues des orchidées de rïnde, nouvelle révélation de la Dature aux yeux surpris de l'Européen. A rapproche de ces plantes tout vous saisit, parce que tout eu elles est étrange. On n*a respiré nulle part les senteurs qui s en exhalent. Rien dans leurs formes ne rappelle les fleurs de nos climats. Les unes retomhent en grappes accablées, les autres s'élancent avec légèreté: elles ont des ailes. Celle-ci se retourne vers le sol; celle-là cherche le ciel. 11 en est qui tendent dans l'espace leurs longs bras, comme pour rejoindre des soeurs invisibles ; tantôt c'est un filament ténu , tantôt une gerhe ahondante. Il en est qui s'entr'ouvrent en calices, et dont les bords déchiquetés se contournent en volutes impossibles; d'autres jettent çà et là leurs pattes maigres et crochues, comme des ai*aignées gigantesques ; tantôt vouis croiriez voir un papillon qui dort immobile sur le sein d'une rose, étendant ses ailes diaprées; tantôt un bouton d'or qui tremble au bout d*un lil imperceptible. Quelquefois encore, c'est une tête de serpent, se dressant au bout d'un long corps annelé, qui semble ramper dans l'air avec mille replis tortueux. Aussi diverses sont les couleurs : l'une est couverte de cendre comme une tête en deuil, celle-ci est tachetée comme un boa constrictor , celle-là zébrée comme un tigre, et cette autre mouchetée comme une panthère. B 7 en a dont la nuance fait involontairement rêver poison.

Cependant nos chevaux piétinaient dans une humi*

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