LA MER MORTS
dité marécageuse : on devinait Teau sans la voir, et ce sable mouillé excitait la soif au lieu de la calmer; ta cime mobile des grands roseaux se rejoignait sur nos têtes en voûtes impénétrables, qui concentraient la chaleur jusqu'à rinteusité la plus accablante. On était comme oppressé sous le poids d'une atmosphère embrasée et lourde, que le parfum des plantes eût bientôt rendue mort^e. Ge n'est pas le caractère habituel de la chaleur en Orient Le rayoïi est une flèche cuisante, mais qui vous transperce sans vous abattre. On n'y connaît pas le soleil sous nuée et la torpeur somnolente des chaudes journées d'Espagne et de Sicile. Cette o^is, si fraîche et si charmante à l'œil, devenait bientôt un supplice ajouté aux autres, et plus intolérable qu'eux.
Quand on arrire sur le rivage de la mer Morte, les montagnes, aperçues d on Las, prennent un aspect plus fantastique : les cimes de sable pyramident les unes, au-dessus des autres avec une insupportable monotonie qui finit par vous donner le vertige : partout la côte dentelée s'avance enpromontoiies gris et morues sans rochers comme sans verdure , ou se retire en golfiss uniformément arrondis, sans avoir jamais cette variété et ce caprice qui, sur les côtes de Syrie et de Phénicie, par exemple,, brodent de festons et d'arabesques la robe flottante derétemèlle Âmphitrite. Gà et là, sur la surface des eaux , de grands flocons de vapeurs blanches qui les rasent» d'un mouvement égal et lent — rampant et léchant; la mer, immobile au milieu, a comme une sorte de remous vers ses bords, la vague, soulevée pesamment , retombe bientôt sur elle-même. Ce
ÏM Exam$ioit8 et promenades.
n^est point le long mmmure de rOcëan et sâ plainte intnle î c'est je ne sais quel bruit dur, sec et métallique.
Nous n'aperçûmes aucun poisson dans i'eau transparente, mais nos guides» trouvaient et nous apportaient à <Aiaque instant des escargots marins et des coquillages ruisselants. Et iious-mémes , nom découvrions toutes sortes de traces vivantes sur le sable, où venaient jouer «t s^ëbattre les oiseaux du ciel et les bêtes de la terre. Nous y reconnaissions la patte du lièvre, les ongles de la gerboise et la pince délicate des gazelles. Nous y trèuvàmes aussi des rémiges de héron noir» et de grandes pennes oubliées çà et là par un aigle.
On ne peut venir au bord de la mer Morte sans ^'y baigner. La pesanteur de ses eaux est telle que le corps
humain y surnage sans effort : les poissons seuls peuvent s'y noyer. On sait que les poissons s'asphyxient dans rata*. On éprouve dans ces flots une sensation
tout d'abord assez étrange : il semble que l'on ait perdu soi-même toute pesanteur. L'eau semble vous rejeter de son sebi. Les pieds remontent comme malgré TOUS ; c'est ii grand' pdne si vous pouvez frire les mouvements suffisants pour avancer. On nage difficilement; Tean vous supporte bien plutôt qu'elle ne vous porte. On sait, du reste, Texpérience deVespasien, rapportée par Josèphe. T/empereur fit jeter dans la mer des esclaves 9 les pieds et les mains liés — c'était Vexpein atnma viH Ces corps Inertes n'enfonçaient pas. L'eau de la mer Morte est d'une salure extrême et d*une rare amertume : elle produit sur la peau une Bensalion paHicidiëre : glissant sur les parties saines»
comme ThaUe svar le marbre , et agisdftnt comme tm corrosii violent sur les excoriations que laissent si fré- ^lemme&t à yH en Omiïif ou la aeUa de» chef aiU| eu la i»qCdre des imieotei. Les matières salines eotrei^ pour un quart dans la composition de ces eaux » où Ton rencontre aussi des muriates de chaul et de ma* gnësie : on y trottre également du bfAme. Les 4fapo-* raUons salines, qui se posent incessamment sur les montagnes i et les exbalaisoiis de soufre et de taitutti qui sort^ de la ten*e, paralysent toute Tëgétallon i el promènent autour du lac Tiinage frappante de la mort.
On sait les traditions bibliques au sajet de la mer Morte^ et les réélts dé la Oenèse. Les hypothèses de il i^ucQ moderne ont voulu ciiauger tout cela. On a lu* sinué que la mer Morte n'était autre chose que le era* tère d'un yokm éteint ~ mttère immense , puisqu'il aurait sept lieues de large et quinze ou dix-huit lieues de long. — Ses bords n'ont pas les earaetères géolagî* qœs des yoloans : une dépresrion eircidaii^ en^ ferais dlmmense entoimoir, un cordon de rochers calCinéSf et des flots de laves éteints et in^obiles,
a n'en est pas ainsi de la mer Mmrle*
Ses bords révèlent plutôt Faction d'un feu ext<lrieur et d'un incendie violant que la nature intime û'm yoi^ can* Les deux mimtagnes qui rencaissent ne seféiinli« scnL lias pour former la coupe du cratère, mais elles continuent à courir, chacune dans sadirection : celle-ci Ters le nord, jusqu'au lac de Tibériade, en bordant la vallée du Jourdain; celle-là, vers le sud, ca allant» par
un éoartement sensiblOf se p^rdi^e dans les sables d^^
28S EXCUESIONS ET PROMENADES.
rYéooen. Les éiémeûts constitutifs de ces montagnes ne sont pas les mêmes : du côté de FArabte, on trouverait bien les indices d une nature volcanique, des eaux chaudes, des couches de bitume et des pieires pliospboriques : rien' de semblable dans les montagnes de Judée.
Il faut en revenir au récit de la Bibie.
Le lit de la mer Morte était jadis une centrée fer* tile, arrosée par le Jourdain : il s'y trouvait plusieurs ?iUes et un grand nombre d'habitants. Mais le Seigneur» irrité de. lenrs crimes» a ût pleayràr sur So-^ dome et Gomorrhe le soufre et le feu du ciel, et il détruisit ces cités et toute la contrée qui les environne, et tous les habitants des villes, et toutes les. plantes de la terre. »
Les prophètes parlent souvent de ces grandes ruines; et ils prédisent, à la plaine de Sodome, une solitude et une désolation éternelles. « Siccitas spinamm, et acervi salù, et desertuni usque in œtemmn! » Le Christ a confirmé l'antique récit.. Le jour que Loth sortit de Sodnme, dit-il quelque part, une pluie de feu et de ' soufre descendit du ciel, et perdit tous les habitants. On sait que le neveu d'Abraham avait choisi pour son partage cette terre, « qui était tout arrosée, comme le jardin de Jéhovah. » Sodome était bâtie sur une carrière de bitume, la foudre alluma la terre elle-même, et les villes qu'elle portait s'abîmèrent dans une sorte d'incendie souterrain. Strabon parle de treize villes englouties dans le lac. La Genèse en cite deux, Sodome et Gomorrhe; le Deuténmome y ajoute Adama et 84-
LA MEB MOSTl?.
boïai. La Sagesse en compte cinq, « descendente igne in Pentapolim ; n mais elle ne les désigne point On pense généralement que Ségor fut épargné. Plusieurs voyageurs parlent de débris de murailles et de restes de palais aperçus dans la mer Morte, et Flayias Joséphe, cet historien qui point comme un poète, dit qu'on aperçoit du bord les ambres des cités détruites.
Un officier distingué des États-Unis, M. W. Lynch, 11^
dèle à sa devise américaine : Goa-head, and no mind! « £n avant et sans peur I » est parti de New-YorJc en pour explorer le Jourdain et la mer Morte. Il a travaille là dans llnlérét de la science et pour la gloire de son nom. Les sondages très-précis qu*ii a exécutés nous donnent environ &35 mètres pour la plus grande profondeur de la mer Morte. Cette profondeur ajoutée à la dépression des bords» place les villes maudites dans un abtme de 88S mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, beiun les observations très-précieuses de M. Lynch» le lit de la mer Morte se composerait de deux plaines submei^ées : Tune assez élevée, l'autre très-abimée ; toutes deux couvertes de vase: ceUe-là de vase gluante, celle-ci de vase mêlée de cristaux de sel. Un ravin étroit, situé à une grande profoiuleur, traverse la mer Morte dans toute sa longueur et fait suite au lit du Jourdain. On reti^ouve» du reste, cet ancien Ht au sud de la mer Morte, avec les dimensions et les caractères du lit actuel, au nord de cette mer, il est donc probable, pour le diie ,en passant » qu*avant Tafifaissement du bassin , le Jour-
dain se jetait dans le golfe Akaba , au nord de la
mer Rouge. M. Lynch fut frappé comme nous du spectacle de ce beau lac, où tout est merveilleux, où les aspects changent à chaque instant ayec une mobi^ litéfëcriqup, où tout parle à Tâme, et lui révèle une nature étrauge et un monde nouveau.
U n'y a pas d'Ile dans la mer Morte, mais on trouve au sud une assez grande presqu'île, courant de Pest à l'ouest ; ses bords sont couverts d'asphalte et de bitume.
La médecine antique fai sa il i^iaiid usage de ce bitume : on s'en servait aussi pour embaumer les corps»
La mer Morte, à son extrémité, est comme séparéft en deux : U y a un cheiiiiu par où on la traverse en été, ayec l'eau à mi-jambe. A cette place, la terre s'élève et forme ainsi, par un ressaut, un autre petit lac ovale, entouré de plaines cl de montagnes de sel. Ces monticules de sel, assez fréquents sur certaines parties du rivage, rappellent à l'esprit les aventures de la femme de Lolh, el cette belle parole du livre de la Sagesse, écrit mille ans plus tard. Une statue de sel est debout : « Monument d'une ftme qui ne voulut pas croire. IncrediùUïs animw stams fraytrientum salis, n
Durât... mula staliune sub œthra
Nec pluviis dilapsa situ^ nec diruta ventis.
Six grands courants d'eau , sans compter le Jourdain, se jettent dans la mer Morte. Le Jourdain y