‹ La terre-sainteChapitre 35 sur 44 · LA MER MORTE · texte numérisé non relu

LA MER MORTE

roule , par jour, six millions quatre-vingt-dix mille

tonnes. On ne lui ronnaîl aucune décharge visible. On avait cru, tout d abord, à des commuuicatioDS souterraines avec la Méditerranée ou la mer Bouge. La supériorité^ de niveau de ces deux mers rend l'hypothèse madmissible. Si la communication exislail, ce seraient elles qui afflueraient dans la mer Morte. On est réduit à admettre un système d'évaporation puissante, faisant équilibre, par une perte incessante, à cet aca*oissement sans fin.

Quand le soleil de midi darde du zénith ses rayons à pic, le voisinage de la mer Morte devient intolérable pour une organisation européenne. L'air s'embrase; vous ne sentez pas une haleine de vent; les vapeurs flottantes se dissipent ; la mer étincelle comme un nriroir ardent, les concavités des montagnes rassemblent et renvoient les rayons conrnio le foyer d'une ellipse, les exhalaisons salines brûlent la peau, dessèchent la gorge et piquent la paupière comme un faisceau d'aiguilles invisibles : les lèvres arides se gercent et se retirent ; le regard errant va du lac à la montagne, et ne trouvant partout que du feu , l'œil ébloui ne sait plus où se poser.

C'est ce que nous éprouvâmes en quittant la mer Morte pour prendre la route de Jéricho.

Nous ne faisions que changer de supplice.

La plaine de Jéricho est sans ombre et sans eau :

privation d'autant plus pénible pour nous , que nos gourdes étaient v ides, nos outres largement saignées par les mouckres et les esclaves, et que notre major-* dome, peu prévoyant, ne nous avait servi le matin que du jambon pariaitement salé, ùcre poison que Moïse ût bien dlnterdire aux Hébreux.

La plaine de Jéricho a un caractère do gi andeur et de désolation q\m je ne retrouve point ailleurs.

Cette plaine s'étend entre les monts Moabs et les collines de la Judée : c'est du sable mêlé de cendre. Cà etlù, on rencontre des p\i amides de chaux friable qui.s'elTondrent sous le pied* Quand on fouille le sol du bout de son bâton, on trouve des morceaux de soufre à Tétat pur, comme dans les carrières de Sicile. De distance en distance, et comme de puits souterrains, dont Toriflce resterait invisible , montent jusqu'au ciel des colonnes de vapeurs sulfureuses, mêlées de sable ûn et de bitume impalpable. La terre , aride et sèche^ se fend sous le soleil , et d'une extrânité à

l'auti^e, la plaiue.est toute crevassée ; çà et là, comme des cadavres gigantesques, les troncs noircis des grands arbres, déracinés par les crues du Jourdain, et que le fleuve impétueux a laissés en be retirant» preuve visible de son passage.

Chaque année, après les pluies du printemps, quelque buisson essaie bien de pousser , puis la cliaieur torride le brûle, et ses branches languissantes et sans feuillage, rampant sur le sol , servent d^abri à qudque jjei boise effrayée pai' le pied du passant.

Bh bien^ c'est ce sol ardent et ce ciel implacable que FArabe-Bédouin choisit pour se livrer à ses fantaisie^ équestres.

Jamais un Arabe à cheval ne voit une plaine sans

songer à faire de la fantasia : leurs chevaux le savent bien. Dès qu'ils aperçoivent l'espace libre, ces buveurs d'air lèvent vers le ciel leurs naseaux ardents, leur œil so dilate et s'enflamme; ils partent : rien n'égale la souplesse vigoureuse de leurs mouvements, la puissance de leur élan, la rapidité de leur course ; rien n*épuise les ressources de cette poitrine profonde; leur poumon baigné d'air vif et pur suffit à tous les efforts. Après une course à fond de train nos Bédouins rèviennent à nous; ils nous pressent , nous entourent, sYHoignent . encore poui* revenir nous enlacer dans des orbes sans fin; traversant nos rangs, effleurant nos groupes, fondant sur nons la lance? à la main, et h dix pas, au milieu de l'élan le plus foij^eux, arrêtant iem^ chevaux sur les jarrets, ou faisant une volte au gdop avec une prestesse sans égale; tantôt, appujaut à terre le fer de

lem* lance » autour de sa pointe, prise comme centre, ils tracent sur le sable des circonférences régulières ,

dans lesquelles ils iiiscriveat les figui^es d'une géométrie compliquée.

La grâce des hommes ne briUe pas moins que la vi" gueur des chevaux : elle éclate dans les djêrids du javelot et du sabre. Ces braves Bédouins nous montrent avec une complaisance et une courtoisie parfaites cominoiit ils percent une poitrine ou coupent une tête de ciuetien. C'est fort élégamment fait; ou ne peut pas mieux 1 fit puis, il faut voir avec quelle modestie ai* niable ils recueillent les applaudissements des amateurs : leur main gaucbe se soulève et leui* bras s'aiv . rendit pour mieux montrer le trophée sanglant^ tandis que la droite vous envoie un salut llâUcur et sentimental, en se posant tom* à tom* sur le cœur et sui* le front tîes courses et ces jeux se poursuivent tout le jour : les Arabes sont infatigables , et leurs chevaux ne demandent jamais grâce.

Ces chevaux sont bien les plus' fiôres et les plus nobles bêtes de la création; leur réputation est faite et je n'ai pas à les louer. Qu'on me permette seulement de les plaindre. J*ai vu de superbes étalons Jeunes encore et d'une perfection de formes vraiment idéale, déshcHiorés par les tares les plus infamantes, renversés sur les jarrets, coutmés pai le siUon du leu, les barres brisées , et le flanc labouré par le fer de Tétrier. Cer<* taines gens prétendent que le cheval a été créé pour rbomme : c'est l'homme qui dit cela , le cheval n'eu convient pas; mais enihi^ j'admets le principe pour m

moment. Que Ton demande au che?al tout ce qu'il peut donner : j'y coûsens ; mais du moins qa on le lui demande poliment : c'est ce que les Arabes ne font point. Leurs attaques sont d'une violence cruelle, et leurs résistances d'une dureté brulale : ils n'obtiennent pas, ils arrachent Les selles de Damas , si fort en tionneur dans le sport oriental, ne laissent pas arriver la jambe; il en résulte qu'on ne se sert plus que de Féperon comme moyen. C'est le contraire de ce que faisait notre ancienne école française, si correcte dans sa puissance ^t si forte dans sa grâce. Les Arabes ne sont pas des écuyers, ce sont des casse-cauê sublimes 1

Après doux heures de niai che, ainsi égayées par les courses et le Djérld) nous arrivâmes en vue de Jéricho.

L'opulente cité des anciens jours n'est plus qu'un village misérable ; il y a peut-être une quarantaine de cahanes , faites de Ift*anches entrelacées , bois et feuillages, dont on garnit les interstices avec de la boue. Nos plus Uistes buttes de paysans ont uu moins titiste aspect. La famille habite presque constamment son toit large et plat: rintérieur est réservé aux provisions et aux récoltes. Chaque cabane est entourée d'une vaste cour, protégée d'une haie vive de nopals et d'arbustes épineux. La ville n'a pas d'autres remparts ; mais ceux-là du moins lui donnent une phy.sionomie rustique assez agréable. Quelques cabanes privUégiées, celle du Cheikli ou de riniam, a })arfois pour ai)ri et pour -décoration quelque palmiei* à la taille souple et

fragile, qui, au-dessus du toit niisérabie, fait briller, au miliéu de son feuillage opulent, la couronne de ses beaux fruits d'or.

Ce village s'appelle aujourd iiui Riha^ et, comme Fancien nom de Jéricho, ce nom veut dire parfum.

Tout à Tentoor de ce village, on trouve des vestiges qui attestent une ville jadis importante : des restes de voûte et d'aqueduc, des pans de murailles, des fondations aujourd'hui à fleur de terre. On voit encore un grand bâtiment carré, que l'on appelle la wur de Jéricho^ il est au sud du village et un peu séparé de lui. On le fait remonter à la domination romaine, ou aux derniers rois de Jiula ; les Turcs y envoient de temps en temps une petite garnison pour observer les Arabes. La garnison ne s'occcupe guère du pays, toujours livré au pillage et au meurtre, mais le di apeau de gueules au croissant d'ai^ent étoilé flotte sur les muiaiUes, et, dans plus d'un cas , le vainqueur affaibli se contente

de cette ombre de son pouvoir!

On sait les récits de la Bible et les événements dont Jéricho fut le théâtre.

Josué arrivait du désert à la tête d'Israël — à une demi-lieue de la ville— le site s'appelle encore Galgala comme autrefois ^ un guerrier inconnu l'aborda tout à coup, une dpée nue à la main et lui dit: «J'ai livré à tes coups Jéricho, son roi et tous ses défenseurs. Que toute l'armée fasse le tour des murailles au son de la trompette, une fois par jour, six jours de sidte, le septième, vous ferez sept fois le tour de la ville, et les prêtres, marchant devant l'Arche d'alliance, sonneront

298 £XCUBSX0I!ii9 ET FliOM£NAD£S.

de la Iroiupelle, puis, lorsque la voL\ dos insii uiueiits aura fait entendre à vos oreilles de plus longs éclats, alors la multitude poussera un formidable cri d^nsemble ; les murailles de la ville tomberont d'ellesmêmes, et chacun entrera par la brèche ijui sera devant lu!. »

Kt il fut fait ainsi; et le scplièiae jour, les remparts tombèrent» ouvrant une brèche devant chaque guer* rier. Les Ildbreux traitèrent Jéricho avec cette rigueur anlicj[uc qulne s'adoucissait jamais qu'après avoir semé du sel sur la ville conquise. Le glaive tua et le feu dévora, et, debout sur les ruines, Josué prononça contre celui qui rebâtirait Jéricho, des imprécations terribles : « Que son premier né meure lorsqu'il en jettera les fondements, et qu'il perde le dernier de ses enfants lorsqu'il en posera les portes ! » Et nous lisons plus tard, au livre des Rois : « Hiel rebâtit Jéricho; il perdit Abb'am, son ffls atné, lorsqu'il en jeta les fondements, et Ségiib, le dernier de ses fils, lorsqu'il en posa les portes, » Cependant les Machabées , entre deux victoires, fortifièrent Jéricho ; Hérode Tembelllt de thétUres et de palais ; elle tomba, avec le reste de la Syrie, au pouvoii* des Romams ; Antoine mit les roses de Jéricho dan^ la corbeille de Cléopâtre. On ne retrouve plus le sycomore de Zachée. Le Christ y vint plusieurs fois ; il y guérit deux aveugles. Jéricho fut iminéo pondant le siège de Jérusalem, puis rebâtie par Adrien. Justinien y avait établi une liûLeilerie pour les pèlerins. Au moyen âge , sous les rois chrétiens, la reine Mélisindc eu avait lait don à l'abbaye de Bé-

thanie : aujoiird'hui, il ne passe plus à Jéricho qu0

quelques pèlerins chrétiens allant au Jourdain, et les caravanes commerciales et religieuses qui ylenueut de Damas.

HoîSe appelle quelque part Jëricho la ville des PaU mi€i% eii historien Josèplie vante la ferLiiilé de ses en- Tirons. « On y voit, dit-il, une quantité de très-beaux jardins, avec des palmiers de diverses espèces, et dont les noms, aussi bien que le goilt de leurs fruits , sont différents. Quelques-uns donnent un miel qui ne diffère guère du miel ordinaire qu'on trouve en abon- (laiicc en ce pays. On y voit aussi un grand nombre de cyprès et de mirobolans , de ces arbres qui distillent le baume , cette liqueur que nul fruit ne peut égaler. Aussi, peut-on dire qu'un pays où croissent tant de plantes si excellentes , a quelque cbose de divin, et je doute qu'en aucun lieu du monde il y en

ait un qui puisse lui être comparé. »

La grâce des jai Ums de Jéricho s'est évanouie, et la fertilité de sa terre a disparu : aujourd'hui, pour peindre Jéricho, les paroles du prophète seraient plus vraies que celles de rhistorien : <c Le vin est dans la honte, rhuile dans la langueur ; le f^er malade , le grenadier, le palmier, le pommier, et tous les arbres des champs sont desséchés, et la joie a fui le visage des hommes. »

Nous n'eûmes pas la bonne fortune de rencontrer, dans les jai^dins de Jéricho, la rose célèbre qui porte encore le nom de cette ville , et que nous ayons reti*ouvée en É^ypte, et dans quelques localités sablon-

300 EXCURSIOî^S ET PROMENADES.

neuses de la Syrie. G*est une plante de la famille des

crucifères, qui se dessèche après la maturité de ses fruits ; bienlôt ses ramures délicates se rapprociieiit et se contractent : c'est un peloton un peu moins gros que le poing. Longtemps encore après qu'on Ta cueillie, si on l'expose à l'hupiidité » ses pétales s eutr'ouyrent et s*étendent ; on dirait une floraison nouvelle. On assure qu'autrefois le désert entre FÉgypte était tout couvert de ces roses, et que cette Heur du sable s'épanouissait , partout où elle avait posé le pied , comme pour fleurir la trace de ]a Vierge. Pendant les siècles croyants du moyen âge, les pèlerins de Jérusalem ne manquaient jamais, lanuitdeNoêl, d'humecter leur rose de Jéricho, qui renaissait sous une goutte d'eau, pour offrir à Marie son parfum et sa beauté.

Nous trouvâmes , et en assez , gi*and nombre , les fameuses pommes de Sodome; fruit trompeur, charmant aux yeux, amer au goût, U pousse sur un arbuste épineux, aux longues feuilles aiguës. Souvent, la même branche porte en même temps des fleurs et des fruits : le fruit a le volume et l'édat des petites oranges de Tanger. Quand leur maturité commence, si on entr'ouvi e leur écorce, il en sort un suc Acre et corrosif, qui noiixit l'acier du couteau; quelques semaines plus tard, au milieu d'une sorte d'ouate molle et blanchcVlre, on trouve cinq ou six pépins noirs et couverts de cendre. Dans aucun cas, le fi uil décevant n'offre à vos lèvres une pulpe savoureuse.

Quand on a franchi le bois de Jéricho, on se trouve en face do la montagne de la Quarantaine^ au ^ied de

laquelle jailJil la Fonuuuc (CÉliscc, ([ue les Arabes appellent la fontaine du Sultan, et que les Francs appelaient jadis la fontaine du Roi.

11 faut avoir marché tout un jour dans le désert, sans un fruit, sans un aibre , sans une goutte d'eau, sur le sable et sous le soleil, pour comprendre avec quel ravissenieiit on découvre une fontaine qui jaillit, un ruisseau qui coule. Comme ce frais nmrmure vous réjouit rftme I quels diamants vaudraient ces perles liquides ! On sent mieux alors toutes ces comparaisons de 1 Orient altéré, et ces belles images qui représentent Tàme ayant soif de Dieu comme le cerf qui brame après l'eau des sources pures.

Voici, maintenant, pourquoi cette fontaine s'appelle la Fontaine d'Élisee. Ses eaux étaient autrefois d'une sakirc et d une amertume insupportables; or, le propbète ic;iisée demeurait à Jéricho : les habitants vinrent donc à lui, en disant : ce La situation de la ville est excellente, comme mon seigneur le voit; mais les eaux y sont mauvaises et la terre stérile. Et le pro* phète leur dit : Prenez-moi un yase neuf, et mettez-y du sel. Lorsqu'ils le lui eurent apporté, il alla vers la source, y jeta le sel, et dit : Voici ce que dit Jéhovah : « J'ai guéri ces eaux ; et il n'en viendra plus la mort ni «la stérilité.» Ces eaux fui ent donc guéries jusqu'à ce jour, selon la parole que prononça Élisée. »

La .source est reçue à sa naissance dans un petit bassin ombragé par un érable. Le ruisseau, de quelques centimètres de profondeur, a environ 3 mètres de lai ge, et les bords les plus aimables du monde : il va

50!i EXCUBSIONS ET t»RO»l£NADES.

se perdre dans un bois charmant, tout peuplé de ramiers, de colombes bleues, de guêpiers et de colibris

éliucelants, qui voltigent d'une branclie à l'autie, comme des émeraudes et des topazes vivantes : pendant que des rossignols qui ne se taisent jamais, chantent, comme au xji intemps, dans les jujubiers en fleui\

Mes compagnons faisaient dans le bois des abattis de perdrix rouges : je m*assîs, eii les attendant , sous un de ces beaux arbres à rcuilles étroites, que les Arabes appellent Zakkumy et dont la branche épineuse forma, dit-on, la couronne du Christ. Les Arabes savent extraii'c de son fruit riiuHe précieuse que l'on appelait jadis le baume de Galaad : u N'y a-t>ii plus de batime en Galaad ? )> dit quelque part Jërémie. Je relus vingt pages de Josôphe , racontant le miracle d'Élisée et décrivant la fertilité de la terre de Jéricho.

Il faut, dit-U, eu attribuer la cause à la chaleur de l'air et au pouvoir singulier qu'à cette eau de contribuer à la fécondité de la terre* La chaleur fait ouvrir les fleurs et les feuillet, Thulnidité fortifie les racines par TaugmenlaLion de la séve, durant les ardeurs de Tété, qui sont si extraordinaires, que, sans ce rafraîchissement, rien n*y pourrait Croître qu'avec une peine extrême. Mais quelque grande que soit cette chaleur, il s'élève le malin un petit vent qui r&fraickù Veau,- on la puise avant le lever du soleil. Durant l*hiver, elle est toute tiède, et l'air est si tempéré, qu'un simple habit de toile suflit, alors qu'il neige dans les auties endroits de la Judée.

Cette fontaine couic dans le sable, entie des bou-

JÊBiCJiO. 303

qiiets d*arbres, mais on ne toit sur ses bords ni fleurs

ni j^azon vcii : l'Orient ne connaît pas ce luxe spleudidc de la naturn septentrionale.

Pendant que Ton dressait nos tentes /nous allâmes voir la montagne de la Quarantaine.

L'ascension eu est assez pénible ; un ra\in, brusque et profond, coupe le sentier , et il faut un long détour pdur rétrouver sa route et atteindre la cime. Jamais la tristesse de la solitude n'a été plus voisine de l'horreur. Partout des rochers aigus et des pi^cipices sans fond : à gauche, la ligne dure et sèche des mônts Moabs; à droite , les sonnncts crayeux et secs des montagnes de Juda; devant sol, par-dessus la trop courte oasis de Jéricho , que le regard a bientôt francliie, la plains aride, et, dans le lointain , les eaux de la mer Morte.

C'est làque Jésus^ selon la parole de rËvangiile, ufut conduit par Tesprit pour être tenté par Satan. »

Kl après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, U eut faim.

Et le tentateur s^approchant, lui dit : aSi tu es le Fils

de Dieu, dis que ces pierres deviennent du paiii.n Jésus lui répondit : (di estécrit: L'homme ne vit pas

seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la

houclie de Dieu.)) Satan alors ie liansporta dans la ville Sainte, et le

plaça sm* le haut du temple et lui dit : a Si tu es le Fils

de Dieu, jette-toi d'en Ii:int ; car il est écrit qu'il t'a confié à ses anges , et qu'ils te porteront dans leurs mains , de peur /pie ton pied ne heurte contre la pierre. » . *

EXCURSIONS £T PBOM£MAI>£S.

£1 Jésus lui dit : «il est encore écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu, n

Satan le transporta de nouveau sur une montat^nc élevée, et lai montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et il lui dit : « Je^te donnerai toutes ces choses si tu te prosternes devant ^loi et m'adores. » Alors Jésus lui dit : u lietire-toi^ Satan^ car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieui et ta ne serviras que

lui seul. ))

Et Satan le quitus r i les anges s'approchèrent de Jésus, et ils le servaient.

Toute cette montagne est crensëe de grottes sans nombre : on dix ait les alvéoles d une ruche d*abeilles gigantesque. On montre encore, parmi ces grottes, celle où le Christ passa les quarante jours de son jeûne. Cette muDtagne fut longtemps peuplée d'ermites. C'est là, dit-on, que fut inventé le rosaire, pour donner us^ aliment à la piété de ceux qui ne pouvaient pas lire les litui-gies de l'Eglise : étrange prière, singulier, mais poétique mélange de monotonie et d'élan, qui ramène de temps en temps le nom divin sur les lèvres, et, par sa continuité toujours égale, permet à l'âme, préoccupée de Dieu, de planer, comme à son insu, dans la sphère des rêveries mystiques.

C'est an pied du mont de la Quarantaine qu'il faut placer la caverne des Sept Vierges^ dont le souyenir vit encore dans les traditions de l'Orient

La caverne est grande, et chacune des sept vierges avait son étroite cellule ; on les amenait là toutes petites , et elles vivaient dans la mortification et dans la prière.

Quand une d*elles mourait , sa cellule deveiiail son tombeau. On creusait plus loin la cellule nouvelle d'une nouvelle vierge, et comme des lampes allumées devant l'autel et qui ne s'éteignent jamais, sept cœurs brûlants d'amour se consumaient devant Dieu sans jamais s'éteindre.

Nous revînmes avec le soir chercher sur la lisière du bois le vivre et le couvert

Soiis la <eiite«

U n'y a pas d'hôtel au dësert ; trop heureux quand

on trouve un pan de vieux uuu' ou les ruines d*un khan abandonné, qui puissent abriter votre ieu. Cela ne se rencontre pas tous les jours; mais on emporte sa maison avec soi ; on plante sa tente au pied d'une montagne, au bord d'une fontaine, le long dm ruisseau, enfin où Ton peut! Pour un Parisien, accoutumé au corps de garde, c*est un bonheur de dormh* sous la tente — du moins ia première nuit. '

Pour moi, ces nuits sous ia tente seront toujours les souvenirs les plus pittoresques de nia vie voyageuse.

Ce soir-là, du reste, rien ne maucpjait de ce qui peut faire une mise en scène poétique. Notre petit camp s'appuyait au bols , le ruisseau baignait le pied des tentes qu'abritaient deux érables. Une faible brise se parfumait en passant dans les branches fleuries d'un jujubier, agitant à peine les feuilles en éventail d'un jeune palmier; la niuulagne, qui avait, au soleil couchant, les teintes fraîches et printanières du liias, faisait comme le fond du tableau.

EXCURSIONS ET PROHENADES.

At-Allab, et Cheikh Mahmoud ^ avec leurs Arabes,

nous accompagnaient toujours. Leur belle conduite ne s'était pas un instant démentie. Nous leur oi£rimes de nous-mêmes le moutou de Famitié , que nous ayions refusé h Jérusalem. La nouvelle se répandit bien vite dans la montagne : le désert a aussi sa télégraphie électrique. Une vingtaine de Bédouins , noirs comine Vour de loin, mais beaucoup moins vertueux, crurent que le moment était bon de venir nous rendre leurs devoirs. Nous étions riches ce jour-là; un second mouton fut sacrifié. Ce fut alors toute une tribu qui airiva. Nous fûmes entourés de^ toutes parts, salués, choyés, pressés—un peu trop pressés peut-être !

Enfin, nous tendîmes de cordes Tenceinte de nos tentes, en défendant à nos alliés, sous des peines sévères et immédiatement appliquées, de violer notre territoire. Les apprêts du souper nous assurèrent une trêve d'un instant. C'était une activité infatigable. Les deux moutons furent déshabillés en un clin d'œQ : le dourah et le maïs, broyés entre deux pierres, que faisaiient tourner des femmes voilées, se changeaient en farine et devenaient du pam : des arbres arrachés, des broussailles coupées à l'oasis prochaine, faisaient flamber partout les feux du bivouac. Un chêne vert émondé, fixé dans des fourches , et converti en broche homérique, suspendait les moutons tout entiers au-dessus du large foyer.

Le souper fut bientôt à point. Les Arabes de la plaine se rangèrent d uii côté, les fiédouins de la monlaguese placèrent de Tautre, chacun autour de son mouton; le

sous LA TENTE. 309

feu de racines qui s'en allait mourant , tremblait dans

le courant de roaii, et jetait par inteiTalles sur les visages énergiques et basanés des lueurs fauves et rou • geÀtreSy qui accusaient plus vivement encore les lignes nerveuses et Tossature puissante de la face ; les chameaux roux allongeaient au-dessus du foyer un cou démesuré et des lèvres -dédaigneuses -^le chameau est irès-rlëdaigneux de sa nature — en secouaiU leurs colliers chargés de grappes de grelots. Je ne connais pas de palette dont ce tableau ne fût digne.

Les Ai ahes mangent vile ; les deux moulons furent en un instant dévorés jusqu'aux os» Les Cheikhs nous avertirent que les danses allaient commencer en notre honneur.

Mon érudition chorégraphique n'est pas assez brillante pour me permettre d'analyser le ballet qu'on nous

offrit. Je lui reconnus un grand avaulage sur ceux de

TAcadémie impériale de musique : il n'avait pas de livret!

Ce n'était point cependant une inipiovisation. Les arabesques de la danse jetaient leur broderie fantastique sur un thème donné. 11 y avait une action visible, un commencement, un miliiu, et une ûn. L'absence des femmes diminuait un peu Tintérét du drame , et domiait parfois à la danse un caractère de

sauva<<orie el de férocité peu rassurnnt pour dt^s voisins de nuit. Je me souviens particulièrement de deux pas û'ensemble fort expressifs en vérité : l'un s'appelle le

pas du lion ol Tautre le pas du singe; Le pas du lion montre le Bédouin dans toute sa

force 'r le p^s du siuge fait valoir toute son agilité. Voici à peu près comment le premier pas s'exécute: un Bédouin , drapé dans un lambeau d'ëtofîc fauve, crie» huâe et bondit en cadençe devant la foule des comparses, qui suit chacun de ses mouvements, s'avançant ou reculant, suivant que hii-inôme avance ou recule ; tantôt il les culbute et les renverse » tantôt p comme les mailles d'un réseau vivant , les autres Ten-^ veloppent et Tcnserrent. La musique est digne de la danse: c'est le cliquetis du sabre et les coups de pis* tolet qui notent le rhythme et marquent la mesure.

La danse du .siuge, qu'on appelle skouradatis , est un intermède grotesque d'un très-haut ragoût sur les bords de la mer Morte. Un Bédouin enchaîné , le plus leste de la bande, imite devient ses compagnons les faits et gestes du joko, de Torang et du cbinipanzé : cabrioles de clown désossé, gambades et crampes de saltimbanque, bonds fougueux, désarticulations impossibles, tout s'y trouve» Quant au mérite d'exécution, c'est un^ verve, un entrain, une furie qu'on ne peut rencontrer

que chez les enfants de la libre rjalure.

Les Arabes avaient insensiblement oublié noti^ présence: ils avaient commencé en notre honneur, ils continuaient pour leur propre coniple. Je les étudiais dans l'abandon du plaisir , profitant du moment oil ils ne posaient pas ; les Arabes posent beaucoup : personne ne sait nxieiu qu'eux donner an masque humain une immobilité impénétrable; mais ils se livrent volouliers dans ranimation du jeu. Le type de l'Arabe est géné^ ralement beau : sou visage régulier est d'au ovale un

sous LA TENTE. oll

peu aUongë, avec un nés aquilin, un front haut et d*une noble coupe, de grands )eai noirs, le plus souvent fendus en amande , parfois relevés aux coins » mais dont le regard a je ne sais quelle douceur pénétrante ; la bouche aux lèvres minces, a des sourires douteux, qui laissent voir deui; rangées de dents d'une blaocbeur nacrée ; mais ces dents très-petites sont écartées comme celles du tigre, et les canines se faussent en crochets dont la pointe vipérine a je ne sais quoi de singulière^ ment cruel : leur barbe, brune et dair-semée, est fine, molle et soyeuse ; leur taille est nioyenae, leur conter nance fière. Le respect chez eux n'est jamais senôle. Leurs membres nerveux et maigres sont 4'une rare élégance de lormes, leur main est ferme et petite, leur jambe est sèche, comme chez tous ies marcheurs ; os et muscle sans chair; et leur pied presque toujours nu conserve une pureté de^ ligne et une souplesse d'arti-^ culation, inconnue sous noa enveloppes de cuir vernis i la cambrure aristocratique du cou-de^pied leur est commune avec les Arabes du Soudan; les jeunes gens et les femmes sautillent un peu en marchant; au lieu de poser le pied A plat commet les races occidentales , ils semblent ne se servir que dei'orteii, dont Télasticité rqwusse le sol à peine foulé.

Leur lanfçue, qui prête des! merveilleuses richesses àla poésie écrite, prend dans la bouche de ces enfants du désert je ne sais quoi de rauqae et de gutUu:al comme un idiome barbare.

Le costume araije est assez simple , il se compose d*un large pantalon«-qui absorbe plusieurs douzaines

de mètres' d'nne étoffe légère et fraîche — d'une vaste chemise de laine, retenue aux flancs par une ceinture ; le complément de ce costume est mie sorte de sac informe, fendu sur le devant, et sans ouverture pour les bras; il est tissé en poil de chameau, avec des bandes alternativement fauves et blanchâtres ; c'eailermacklah. Le machlah se porte de différentes manières : sur ia téle quand il pleut, sur les épaules quand il fait froid, roulé autoui* des reins quand il fait chaud. L'Arabe apporte le plus grand soin à préserver sa téte rasée des ardeurs du soleil. Le rayon a parfois une iiileuijité mortelle. La coiffure de TArabe, est donc pour lui l'objet d'une préoccupation très-naturelle; elle est assez coiupliquée : c'est d'abord une petite calotte de lin blanc, qu'on appelle téké, puis un bonnet de laine rouge qu'on nomme tarbousek, enfin un voOe de soie ou de coton, le kouffîeh, posé ]).![ -dessus le tarbousch, flotte devant les yeux, retombe sur la moitié du visage, comme un masque mobile , et couvre les épaules. Le koufûeh est retenu autour du front, non point comme dans THedjaz par un hégaz en bois, sorte de diadème incrusté de nacre , mais par une simple corde de poil de chameau, qui fait deux fois le tour des tempes. L'Arabe porte à la ceinture un djembeah^ sorte de coutelas à la lame éprouvée , protégé par une gaine de cuir ou de marocain, et une paire de pistolets k crosse ciselée. J'ai parlé ailleurs de son fusil cerclé de cuivre. Les armes sont les compagnes ûnséparables de l'Arabe : il les quitte encore moins que son cheval : H dort avec elles. Cette nécessité où l'on est sans cesse de veiller à sa

Digitizcû by

sous LA T£NT£. 313

propre défense et de se faire à chaque instant justice à soi-mêffle, a le grave inconTénient de tous montrer un ennemi dans chaqne homme, et de détourner vers la haine les tendances naturelles de rhommc à la sym> pathie.

Mms en revanche , en lui apprenant à ne compter que sur soi , elle augmente singulièrement le sentiment de sa dignité personnelle, et cette fierté d^aliure, qui transporte dans les déserts quelque chose qui ressemble assez à la désinvolture martiale et à l'ancien point d'honneur de la chevalerie.

Bientôt les danseurs ëpuîsés suspendent leurs jeux : ils s'enveloppent soigneusement dans leurs larges nianteaux, se souvenant du proverbe arabe : « Un coup de sabre ou le froid de Pété, c'est tout un ! » Chacun regagne donc son foyer qui fume encore; on se range en cercle serré ; le baklous^ sorte de bouffon au bonnet pointu, comme le docteur de Molière, porte ses facéties d'un groupe à l'autre ; un vieux conteur, assis sur ses talons, entame une histoire connue — ce sont celles qui plai-r sent le plus — tandis que les dormeurs intrépides s'étendent entrelesjaiiil)ps de leurs chevaux immobiles.

Nous, cependant, nous posons nos sentinelles , et nous nous roulons dans nos couvertures et sur nos tapis, le fusil entre les jambes et le pistolet sous le cou ; enfin, le silence se fait : tout dort, excepté peutêtre quelque rêveur attardé dana ses souvenirs ;. et d'une colline à l'autre, la nuiL sereine laisse flotter un large pan de son manteau bleu brodé d'étoiles.

vin

Histoire naiui'clle.

3ë profite de ce recueillement et de ce silence da

cainponient de Jéricho, pour réunir et mettre en o dre quelques notes glanées çà et là dans le voyage, el auxquelles je donne peut->étre un titre trop ambitieux. J*en ai cherché vainement mi plus modeste, le lecteur me pardonnera celui-ci

Quand le peuple juif entra dans la Terre-Fromise, Dieu lui dit, par la bouche de Moïse :

« Le pays où tu tas entrer, pour en prendre possessiofi, n'est pas comme la terre d'Égypte , d^où tous êtes sortis, et où tu jetais la semence et Tarrosais, par des machines^ comme un jardin potager. Mais le pays datas lequel vous passez, pour en prendre possession, est uu pays de montagnes et de vallées, qui s*abreuve d*eau par la pluie du del. )i

Ces inégalités du terrain produisent la variété du climat et celle de la végétation. Vous trouvez , en effelf à quelques lieues de distance, les fruits des tropiques et ceux des sones tmpérées. L'abondante rosée

des nuits y rafraîchit ratmosphèrc embrasée des feux de la journée. Les poètes du livre sacré représentent, en plus d'un lieu, cette rosée comme une bénédiction du ciel : elle mouille comme la pluie, « Ouvre-moi, dit Tamant des Cantiques, ouvre-moi, ma sœur, mon amie, car ma tète est pleine de rosée. Les boucles de mes cheveux sont humides des gouttes de la nuit » Du reste, les orages sont fort rares et Tété sans nuage, ^es pluies ne commencent qu*à la fin d'octobre. Cette premiùiT i)liiie, qu'on appelle la pluie hfttive, est suivie d'un second été, pendant lequel on s'occupe des semailles d'hiver : Forge et le froment La iseconde pluie arrive avec janvier. La neige couvre alors les hauts lieux, a 11 envoie la neige comme la laine, il répand le Mmas comme les cendres, qui pourrait tenir devant sa <;eléc? Les eaux se cachent comme sous une pierre, et la surface de Tabime est solide. » La troisième pluie, la pluie tardive , tombe en mars et en

avril, avant la récolte des fruits d'hiver. Cette pluie tardive prépare les semailles de l'été : le sésame , le dourah, le tabac, le coton, les fèyes et les pastèques, qui mûrissent pour septembre.

Rien de plus régulier que la marche des vents.

Le vent du nord-ouest souffle à l'équinoxe d'aa^ tomno, et dure jusqu'en novembre, alternant avec le vent d'est. Viennent alors les vents d*ouest et du sudouest, que les Arabes nomment pères des pluies. Mars subit trois ou quatre jours de tempêtes, avec les yents du sud. Le veut d'est, « qui dessèche la vigne et qui brise les vaisseaux de Tarsis, « trayerse alors le dé-

sert, el, jusqu'au mois de jum, bouiflc sur la Palesline.

La Flore du pays est abondante et variée.

Salomon, dont tous les livres ne sont pas venus jusqu'à nous, avait parlé de toutes les plantes » depuis les cèdres du Liban jusqu'à Tbysope qui croit sur les

murs.

Le froment est assez commun en Palestine. Les Hébreux le ^cultivaient et le faisaient venir aussi du pays

des Ammonites. Salomon donnait de Thuiln vt du froment, en échange des cèdres et des cyprès d'Hiram. Les juLls portaient aussi leur froment sur les marchés

deTyr. On semaiL une autre espace de froment, />'peauire^ SUT la lisière des champs de blés: c'étaitL comme Fencadrement brun des sillons dorés.

■ On mangeait souvent les épis cueillis avant leur maturité, et rOLis au feu : nous avons retrouvé cet usage sur les côtes de la Phénicie. On sait que les épis torréflës étaient rangés parmi des offrandes du Temple ; on les présentait avec les prémices.

L'avoine est fort rare en Palestine, et Torge, peu es> timée, ne sert qu'à la nourriture des chevaux. On la coupe à la lui de mars. La Bible ne parle pas du riz que Ton cultive maintenant sur les bords du lac El- • Houla, Ézéchiel avait nommé le dourali, espèce de millet dont on fait du pain insipide, de la bouillie et de l'empois. On connaît, par Ésaû, la saveur des lentilles, dont un seul plat ne sembia pas trop payé par l'abandon du4roit d' aînesse et de la bénédiction paternelle, Samuel parle aussi^ quelque part, d'un champ

M8 EXGUBSIOMS ET PROMENADES.

semé de fèves. Les fèves èt les leiitilles sont èncôre^éà

grand honneui*, aujourd'hui, parmi les Arabes de la Palestine. Nous retrouvons maintenant , comme autrefois, la laitue , accompagnement obligé de Tagneau pascal, Fendive, le porenu, Tail et Foignon, ce souvenii' et ce regrel de FÉgypie. Nous avons déjà cité avec éloge les pastèques de iaffa, et nous savons qu'Isale compare la montagne déserte de Sion à la cabane du gardien dans un cbanip de concombres. C'est encore Isaïe qui parle de la nielle et du cumin , et Jésus- Obrist lui-même mentioiine Taneth et la menthe comme des plantes dont les Pharisiens i)nv aient la dtme. Saint Luc a cité la rue quelque part, et le petit grain du sénevé a passé dans les Proverbes, pour désigner les humbles commencemenls des grandes choses.

Ge sont là les plantes cultivées : celles qui croissent

d'elles-mêmes, produit spontané du sol , ne sont ni moins intéressantes ni moins nombreuses. C'est d'abord rhysope aromatique, ami du sol pierreux , qui pousse entre les ruines et sur les vieux murs. Pour les aspersions du sang des sacriûces et de Peau iustralOt Moïse veut que Ton se serve d'un bouquet d*hybope : ou se souvient encore des paroles de la liturgie : Asperges me hysopo^ et mundabor ; lavabis me Aysapo, et mper imwiti dealbabor. «Vous ferei sur moi des aspersions avec Fhysope, et je serai purifié; vous me frotterez avec Physope, et je serai plus blanc que la nrïge. » La câpre est mentionnée dans YEcetésiaste, et la saponaii'e dans Jérémie. On trouve Yindigo sur les

HiSTOIM HATUR£IXE.

bords dtt Jourdain, au pays de Bisau, et le sésame partout

Nous ayons rencontré, dans le désért, le genêt épineux, à roilibre duquel avait dorrni Élie fugitif ; nous nous sommes réchauffés à son feu vif et clair» et nous ayons compris la justesse de cette parole du Psaume,

qui compare h sa bi aise ardente la langue brûlante du calomniateur. Nous allions oublier le riciu de saint JérOme, dont la graine donné Thuile, le papyrus de Mine et le roseau de marais, du Jourdain et du lac

Mérôm, dont on faisait des flèches autrefois, dont on fait, maintenant , des bois dé lance pour la guerre ou pour les jeiLX du Djérid.

La Flore malfaisante produit aussi des poisons : la ciguè, qui fait mourir, la jdtanle, qui donne le yertige, et \ arbre de Sodome au SUCS coriosifs, et l'absinthe et la coloquinte amère.

Les jardins de la Palestine étaient riches èn fleurs et en parfums. Ici, c*est le copber au p^rain serré, dont la feuille, semblable à la feuille du myrte, ne tombe pas en hiver, et dont la: fleur, qui pousse au bout des branches, forme une espèce de grappe ; le copher antique s'appelle aujourd'hui le hemé : on sait le rôle qu'il joue dans la toilette des femmes ; c^est la mandrap;ore, non plus comme an moyen âge, la mandragore qui ckante^ mais la mandragore « fut répand ses parfums^ » dit l'amante des Cantiques. La Genèse nous' apprend qu'an temps de Jacob les Orientaux demandaient à son û*uit un remède contre la stériUté. Nous avons trouvé des roses dans lé désert de Saint-lean,

320 tXCLUSlO^is £1 PUOMENADES.

des lis dans les vallées de Djennin , des narcisses et

des girofléos dans la plaine de Sarons , des jacinthes, des jonquilles et des anémones au Garmel. On sait toute la célébrité du baume antique, recueilli dans les jardins de Jéricho et d'En-Gaddi : le baume est la sueur du baumier ; on l'obtenait au mois de juin , de juillet et d*août, en pratiquant des incisions dans Fécorce, au moyen d'un fragment de pierre tranchant ou d'un morceau de verre. Les Romains détruisirent les jar« ditts de Jéricho et d'En-Gaddi, puis ils les rétablirent Le baume figura dans le trioiîiphe de Pompée. Depuis le w siècle, on ne le trouve plus en Judée.

La Palestine produit encore le lin, le dianvre et le coton. Le lin était dans la Palestine avant les Hébreux, G'est sous des tiges de lin que Raha lit cacher les espions, de Josué. Les vêtements des prêtres étaient de lii). Le chanvre, originaire de la Perse, ne fut pas cultivé par les anciens Hébreux , et le cotonnier ne fut introduit chez eux que sous les derniers rois de Juda.

La vigne fut longtemps la bénédiction d'Israël et la richesse de Juda. On reliouve la vigne dans les images et les comparaisons des poètes : « Il attache à la vi* gne son Anon, et au cep le petit de son Ancsse ; il lave son vêtement dans le vin, et son manteau dans le sang des raisins. Il a les yeux pétillants de vin, et les dents

blanches de lait. »

C'est dans la tribu de Juda que Ton recueillait le vhi le pins célèbre. On y trouve trois crus fameux :

ceux d'En-Gaddi, de Soreket d'Escol. On connaît aussi les vignobles de Themnath, dont parlent les Juges^ œu^

HISTOIRE 1«ATUE£XX£«

de Jesraêl, teints du sang de Nabotb et d*Acîiab, et ceux de Sibma, au pays de Moab. a Les mattrés des nations

écrasent les ceps de Sibma qui touchaient Yaazer, allaient se perdre dans le désert, et dont les jets se ré^ pandaient au loin et passaient la mer, » comme parle Isaïe en sa brillante hyperbole. Même sous des maîtres qui ne boivent pas, la Palestine a toujours des vignes remarquables. Nous pouvons citer celles de fieit-^ Léfaem et d'Hébron. Il y a aujourd'hui beaucoup de raisins blancs dans la Palestine : autrefois, on n'y voyait guère que du raisin rouge, c'est ce qui justiûe les appellations fréquentes de la Genèse ^ du Deutérmiamé et d'Isaie: « Le sang du raisin ! » — «Tes habits sont rouges comme ceux d'un homme qui foule la cuvel » Parfois, le cep vigoureux s'élève jusqu'à trente pieds de hauteur, et ses bras, soutenus par des appuis, pareils aux arbres géants de Flnde, couvrent tout un arpent d'un dôme mouvant de pampres et de raisins. C'est le commentaire touffu de la parole du prophète Michas : a Us demeurèrent ckacun sous sa vigne et sous son figuier, »

La vigne se rencontre souvent dans les comparaisons des poètes bibliques. Israfil vertueux, c'est le cep de

vigne transplanin d'Égypte ; coupable, c'est le vignoble qui trompe les espérances du vigneron. La môme image se retrouve encore sur les lèvres du Christ

La Palestine a, coaiaie nous, le pommier, le poirier, le noyer» le cerisier» l'abricotier» l'amandier. Elle a aussi l'olivier, toujours verdoyant, l'olivier, cher em* blèine de la douceur et de la paix. Asser , béni par Hoise, devait baigner son pied dans l*huUe. Shèfihia » au

128 £XGU&SiOMS ET PAOM£NAO£S.

' sud-ouest de la Palestine, était autrefois, et est encore aujourd'hui, la partie du pays la plus fertile en oIh viers. Les anciens Hébreux exportaient rbnile de leolrs olives en Égypte et en IMu iiicie. Le fi^iier de Palestine a des Iruits pendant dix mois. On compte trois récoltes, de trois quAlitës différentes. Quand les der*

nières pluies sout loiiibées, le llguicr parfume ses fruits

vm*. J'emprunte le mot au CamùfUÊ : U est bon d*é^ dire rhistoire naturelle aTec les poètes ^ siirt(mt

quand le poète s'appelle Salomon. Ces figues de primeur, qui sont les plus goûtées, se cueillent au mois de juin : pendânt que oeiles-ei mûrissent, leë figues d'été commencent k ponsser. Ce sont les carmom des Arabes, qui se récoltent au mois d'août et se conser^ yen! longtemps. Les figues d'hirer se montrent ën septembre : elles mûrissent tard, et seulement quand Tarbre a perdu son feuillage. Quand la saison est douce, on les laisse à l'arbre jusqu'en janvier ; ces figues d*hiver sont orales , violelles et plus grandes que les autres. Le sycomore est un figuier sauvage : son fmit est asseis fade , et ses feuilles semblables à celles du mûrier ; son tronc est fort, ses branches horizontales, droites, lisses, longues et toujours vertes. Les Hébreux employaient son bois léger, mais durable, dans leurs conslruclions ; les Égyptiens s'en servaient pour le cercueil éternel de leurs momies. L'ombre du sycomore est tm Heu de rendez-vous, fort agréable sous le ciel embrasé de TOrient Les Arabes fout salon dans son feuillage, lis reçoivent dans sa Cime épaisse, rêvent, boivent flrais et filment dans ses

HISTÛIBB NATUEELLE.

liranches. C'est sur un sycomore que Zachée monta pour Yoir Tcuii* le Christ.

Tous les^uteurs ont yanté te palmier de la Palestine. Le paltiiier lui touioin s un des plus beaux ornements (le la Judée ; le Deutéromme appelle Jéricho la viUê des PainUers, Dans lea marches triomphalea , on portail des brandies de palmier — la palme est encore chez nous Temblème et le synonyme de la victoire ; et, chaque année, les juifs d'I^rope promènent dans leurs synagogues, au moment de la fête des Tabemâdes, des, branches de palmier desséchées ; au moyen âge, on distribuait des palmes aux pèlerins. Les grenadiers ont toujours été communs dans la P»* lestiue. JSalomou avait un jardin de grenadiers. On tixmi une espèce de moût de.la datte et de la grenade. La Bible ne parle ni du citronnier ni de l'oranger si abondants aujoui d imi, mais les livres de Moïse font . mention du cédrat, sous te nom de Hadar^ u le bel ar^ bre, n Tarbre par exoeUence ; le pistachier Ait en hoiih neur dès les temps les i)Ius reculés. Jacob envoie des pistaches, en Égypte, à son fils Joseph ; le térébinthe a une vallée pour lui seul ; il y avait un bois dé téré* binllics auprès de Mambré, um loin de la demeure d'AMiam. La parabote de VEnfinu-Prodifue fait aUusien au fruit du eanmbier, dont on nourrit les troupeaux. Les bois de construction n'étaient pas nombreux en Palestine, on ne cite guère que le chênOi mais on faisait venir des pays voisins le sHtim, espèce d'acacia qui servit h la constmction du laberucicle, 1^ <^cès odorant et le cèdre incoiTuptible*

EXCURSIONS ET PBOMENADES

' On troOTe en Palestiae tous nos animaux domestiques, auxquels il faut ajouter le buffle et le chameau à une seule bosse« On sait le rôle du boeuf^t de l'Âne, dans les familles patriarcales--qui parlent fort peu du cheval. Les meilleurs bœufs se trouvaient dans les pâturages du pays de Bisan, on s'en servait pour labourer la terre, pour porter des charges, pour traîner des chariots (il y avait des routes alors), et, comme maintenant, pour dépiquer le grain. On sait quelle est Féléganee de la taille, la beauté des formes et la richesse de robe des ftnes d*Orient. Vkne sauvage a inspiré les poètes sacrés : « Qui laisse aller Tonagre en liberté, et qui Taffiranchit de tous liens? Je lui ai donné, dit le Seigneur, pour maison la solitude, et pour tente le désert... 11 méprise le tnmulte des villes... il n'entend point rinjure d'un maître... Les montagnes qn*i) découTre çà et là sont ses pâturages, et il ya cherchant les retraites herbeuses. » L'âne, cependant, est considéré dans la Bible comme un animal impur. Le mulet devint commun à partir de David, et le cheval à partir de Salomon. Nous voyons, dans \e Deutéronome ^ que Moïse n'aimait pas les chevaux. Salomon en tira beaucoup d'Égypte, malgré la parole du législateur. Il avait des haras superbes, quatorze cents chariots de guerre et une cavalerie de douze mille hommes : le luxe des chevaux, sous les successeurs de Salomon, scandalisa plus d'une fois 1( s prophètes.

On sait la poésie éclatante 4e Job, quand il parle du cheval ;

« Le hennissement de ses naseaux est terrible. „ U

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