LE JOURDAIN
mène qaand il en tr^ouye roccasion. u Outre les roseaux, les tamariBs et les acacias , on trouve encore
Sur SCS rives des chênes, des cyprès et des saules. Tantôt c'est une ligne de verdure sans profondeur» tantôt c'est un bocage et un fourré, une retraite pour Fonce et le diacal, un bosquet pour le rossignol.
Le Jourdain n'est pas navigable ; cependant M. Lynch, avec son canot de fer, Ta parcouru en 1848, du. lac de Tibériade à la mer Morte. Le fleuve est interrouipu par des i)ancs de rochers » semé d'écueils et souvent emporté par des courants rapides.
D'aussi loin que les Arabes aperçoivent le Jourdain, Us le saluent par des cris de joie et des coups de iusii; puis ils courait se précipiter dans ses flots. Au moyen âge, les croisés ci les pèlerins, après avoir visité Jérusalem, allaient cueillir des palmes daus la vallée de Jéricho, et boire de l'eau du Jourdain. Chaque année, le lundi de Pâques, d'innombrables pèlerins grecs viemient s'agenouiller au bord du fleuve, à l'endroit même de la manifestation du Christ, quand les cieux s'ouvriicnl et qu'une voix se fit entendre, disant : ((Voici mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances, » et qu'une colombe, image de la douceur et de l'amour infinis, descendit sur lui , le couvrant de l'ombre de ses ailes.
Les rives du Jourdain furent longtemps peuplées de solitaires qui venaient pleurer sur ses bords consacrés à la pénitence.
Quand arrivait le temps^ de la quarantaine du monde chrétien, les portes du monastère s ouvraieuL; les re-
EXCUBSIONS ET PROMENAI^S.
ligieux frappaient leur poitrine et se doBualent le baiser de paix, la procession sortait en chantant : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui pourrais-je craindre t » On passait le fleure, on se dispersait dans la solitude, et Dieu seul avait le seeret des mortifleatiens et des larmes.
Un jour, un de ces «olitaires aperçut, non loin de hii, un fantôme ayant forme humaine, et qui semblait fuir devant ses pas. 11 avança, mais le fantôme fuyait toujours; enfin, se cachant dans ces hautes herbes sëchées : « Abbé Zosime , s'écria*tp-il d'une Toix effrayée, pour rameur de Dieu, n'approchez pas... Je suis une femme, et je n'ai rien pour me couvrir, jetésmoi votre manteau, je vous ^erai ensuite de me bé« nir î n Et Zezime lui jeta son manteau et la bénit.
Or, cette femme était Marie TEgypti^ne, qu'une main invisible avait repoussée du 8amt-S^[HilcFe, ehaque fois qu'elle avait voulu s'en approcher.
' Quand Zozbne la rencontra, il y avait quarante-sept ans que Marie vivait au dés^, fuyant les hommes et cherchant Dieu. C'éLait une de ces ftmes dont rénei*gie indomptable atteint les dernières limites du mal comme du bien. Quand elle eut vaincu l'attrait des choses senôibles , elle se retourna vers Dieu , et s'attacha h lui avec toute la puissance d'aimer de sa natur# fou-gueuse, qu*excitait encore le souvenir de ses illusions insensées et le sentiment douloureux de ses fautes. Elle vécut dix-sept ans d'herbes et de racines, transie . par rhiver ou brûlée par Tété, mais plus cruellement éprouvée par les retours effrénés de sa pensée vers la
LE lOURDAIN.
Tie mauvaise, et par une mémoire impitoyable, éTeil* !ant à chaque moment Tincendie des passions mal éleiutes. £iilin, sa pénitence s'acheva, le temps des épreuves fut accompli, et Zozime, retournant au désert un an plus tard , trouva auprès d'un corps sans vie, ces mots écrits sur le sable : « Ensevelissez ici le corps de Marie la pécheresse , et, rendant la terre à la terre, priez pour moi I »
Quelques-uns des prêtres qui nous accompagnaient, célébrèrent la messe sur des autels rustiques — rochers sanctifiés par la prière des anachorètes I Le flot murmurait à nos pieds , et sur nos têtes les roseaux gigantesques formaient des arcades de feuillages mobiles. Les Arabes indolents, assis sur leurs talons, et tournant entre leurs doigts les pcrains rouges de leur tesbih^ nous regardaient de loin, et cherchaient à deviner le sens de nos rites mystérieux.
J'ai été moins touché des pompes triomphales de l'Église, dans ses basiliques superbes, où j'ai vu déû- 1er, sous les yeux du Pape, le cortège des évéques et tout le collège des cardinaux velus tic pourpre !
Cette émotion, d'autres la partageaient, et plusieurs de nous, en se retirant, murmuraient encore la parole du PsalmisLe : «Seigneur, mon ame esl troublée... je me suis souvenu de vous dans la terre du Jourdam. »
La iSamarie*
Jérasalem, qui vous efilraye d'abord par ses tristes-*
ses et son deuil austère , finit insensiblement par vous prendre le cœur ; à la longue, ses désolations mêmes deviennent un attrait; on sent qu'die est la patrie mélancolique de tous ceux qui ont souffert !
Après nos courses au désert , à Jéricho » à la mer Morte et au Jourdain , nous y revînmes avec un vrai bonheur. Nous ne devions, cette fois, y passer que trop peu de jours... lis furent employés à revoir ce que nous avions d^à va Revoir est un des plus grands bonheurs de la vie de voyage. Enfin, il fallut partir; nous partîmes à regret, confiant quelques malades à la garde et à l'hospitalité du couvent.
Après avoii" ))ris congé du patriarche et des Franciscains» visité une dernière fois les grands sanctuanres et recueilli tous ces souvenirs qui ne nous quitteront plus, nous sortîmes un malin par la Porte de Jaifa, que nous avions tant de fois franchie; un détour à droite nous amena bientôt sur la route de la Sauiarieet de la Galilée.
Au bout d*ime demi-heure de marehe, nous arriyàmes sur la hauteur qui domine la ville... Encore quelques pas , et un mouvement de terrain allait la dérober à notre vue. Nous nous retournâmes : on éprouve toujours une certaine émotion en quittant des lieux où l'on a vécu et qu'on ne reverra jamais. Jamais! n'estce pas là le mot le plus effirayant des langues humaines?
Ainsi aperçue à travers les brumes légères du malin, Jérusalem avait je ne sais quelles beautés attendries. Nous eontemplions ses édifices , nous retrouvions ^es sites bien connus : ici, la coupole du Saint-Sépulcre, à droite, le couvent des Franciscains; à gauche» la mosquée d*Omar , dont le croissant d*or étincdle sous le rayon ; puis, plus près de nous, les oliviers de Geths^ mani et le mont de T Ascension,
Nous échangeâmes les dernières paroles de Tadieu avec les aniis ([iii nous avaient accompagnés jusque-là et nous partîmes.
Ce chemin de la Samarie a été de tout temps une des roules les plus fréquentées de la Palestine : au nord, elle communique avec Saint-Jean-d'Acre, et à l'est avec Damas; au sud elle se prolonge en se bifurquant jusqu'à l'Egypte par la droite , jusqu'à TArabie par la gauciic.
Quand la Syrie était un royaume florissant, ces routes, parfaitement entretenues , entendaient rouler sur leurs laiges dalles de pierres les cliars du monde antique; c'est à peine aujourd'hui si elles peuvent laisser passer le chameau silenâeux des carafanes : personne
LA SAMARlfi.
ne les entretient, on a souvent peine à les reconnaître et toujours peine à les suivre.
A mesure que ron avance vers la Samarie, la terre est mieux cultivée et semble plus fertile. Ou voit sur les collines des vignes opulentes, avec leur tour au milieu, des pêchers en plein vent laissent pendre au bout de leurs branches leurs petits Iruils d'un brun velouté, pressés comme les raisins d*Ea-Gaddi, et les figuiers, qui produisent quatre fois Tan, cachent sous la feuille épaisse des grappes de figues azurées,
La journée est un peu moins chaude que les précédentes : de petits nuages, légers, argentés, pleins de lumière, pareils à ceux que les peintres placent sous les pieds delà Viei^ et des anges, dans la gloirades apo^ théoses, traversent lentement l'azur du ciel, sans altérer sa douce sérénité. Ces nuages ne se résolvent pas en pluies ; mais ils s'interposent, commâ un écran mobile, entre le soleil et nous, et rien (lu'en passant , ils semblent rafraîchir l'atmosphère. Je note les incidents du voyage. Nous rencontrons sur la route un paysan cliaigé de raisins : nous voulons en acheter, il refuse, alléguant un maître sévère; nos janissah^es turcs ^ qui se «rotent en pays conquis dès qu'ils se sentent les plus forts , veulent enlever le raisin malgré l'homme ; les autres esclaves applaudissent : ce pauvre homme ^e^a battu*., cela les fait rire I
Nous laissons sur la droite un escalier taillé dans le roc cl une colonne mutilée : c'est tout ce qui resle de Gabaa. Passons vite : Gabaa fut maudite , il nefaut pas rappeler l'ombre mdignéedu Lévite d'Ephraïm. Gabaa
ElGUBSiONS £T PJIOIIENADËS.
flii aussi la pairie de baiii. baùi ai'iaipoi te peu ; mais c'était le père de Jonathas, cette grâce de la vertu et cette fleur du courage; ami dévoué, ennemi loyal, adoucissaut par une tendresse charmaule la rudesse de la valeur antique, un vrai chevalier au temps des rois juifs: Nysus dont David fut TEmyalel cher couple d'àmis» qui s'avance en souriant, et la main daus la juain, vers la sereine immortalité.
Entre les dents aiguës de ce rocher, au nord de Gahaa, Jonathas» suivi d'un seul écuyer, traversa Tavantgafde ennemie, pénétra dans le camp des Philistins, en fit un grand massacre , et jeta la terreur dans leur armée. Nous n'avons point retrouvé auprès de Gabaa ce petit bois dont la terre était couv^ie de miel, et où Jonathas , condamné à mourir pour avoir trempé le bout de sa baguette dans un rayon, prononça ces tristes paroles, si souvent répétées depuis par ceux que la mort a cueiUis au sein de leurs plus jeunes espérances: n Je n'ai fait que goûter un peu de miel, et voici que je meurs I » Nous n'avons pas non plus retrouvé le palmier do Débora, à Tombre duquel ia femme loi Le jugeait Israël, entre Béthel et Rama.
Nons voulions ménager nos forces pour les dernières courses: nous passâmes donc cette nuit àU^ois ou quatre lieues seulement de Jérusalem, près de la fontaiae de l'antique Beeroth, ancienne ville des Gabaonites. Ce fut de tu lit temps la première station de repos pour ceux qui viennent de Jérusalem. C'est là que Joseph et Marie, auretoundes fêtes de Pâques, s'aperçurent que Jésus n'était pas avec eux. ils retournèrent donc à Jé-
LA SAMABIE. 3A1
rusalem pour le chfirdier» et au bout de trois jours, ils
le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteui's, les écoutant et les interrogeant... Et sa mère lui dit : « Mon Fils, pourquoi aves-YOUS agi de la sorte en-, vers nous? Voici que, bien affligés, votre Père et moi nous vouâ cherchions.» Mais lui : «Pourquoi me cherehiez-YousT ne sare^vous pas qu'il faut que je m'oc* cnpe de ce qui regarde mon Père t» Puis il descendit avec eux et revint à Nazareth. Or sa mère gai^dait toutes ces choses dans son cœur.
Ce dernier trait n'est-il pas d'une grâce infinie?
Nous avons vu les restes très-reconnaissables d'une . ancienne église, hàtie sur le heu même, en souvenir de la douleur de Marie et de l'inquiétude de Joseph»
Au delà à'Ei'Bir — c'est le nom moderne de Bécroth — le sol change complètement d'aspect... on retrouve, comme au sud de Jérusalem, des défilés de montagnes dont les cimes sont dépouillées ; mais au fond des vallées croissent Tolivier et le Hguier, les ruines sont nombreuses, et, en plus d'une |dace , on découvre encore des tombeaux taillés dans le roc.
Nous sommes maintenant sm* remplacement proba-ble de Béthei, encore plein du souvenir des patriarches. Cette ville de Béthel était une des plus anciennes du monde; son ancien nom, Louz, veut dire Amandier..
Au temps où le ciel familier conversait avec la terre. Dieu apparut à son serviteur Abraliam, non loin de Béthel, et lui promit, pour sa postérité , la terre de Ghauaaa ; c'est à Béûiel que le vieux patriarche se sé-
342 EXGDBâlOIfS £T PaOM£NAD£S.
para 30a neveu Loth , parce que io pâturage des mêmes vallées ne sufflsait plus à leurs troupeaux
trop nombreux ; c'est là que Rébecca lit enterrer sa nourrice sous le chêne des pleurs ; c*est là , eaûû , que Jacob, fuyant devant la col^ d'Ésaû , s'arrêta pour passer la umi, posa sa tête sur une pierre, s'endormit et vit eu songe cette éclieiie mystérieuse qui allait de la terre aux cieux, et qu'une troupe d'anges parcourait sans cesse , montant et descendant, pendant ([ue jUieu lui parlait par la voix du songe, et promettait à sa race des générations nombreuses comme le sable de la mer. Jacob se réveilla , saisi de joie et d'eÛi'Qi : « C'est ici, s'écria-t-il, la maison de Dieu et la porte du ciel I n Puis U se leva, prit la pierre sur laquelle il avait dormi, la dressa comme mi monument, versa de l'huile sur les flancs rugueux , et la consacra au Seigneur,
Avant la construction du Temple de Jérusalem , les HéJjreAix venaient chaque année adorer à Béthel. Quand le scl^isme de Jéroboam eut arraché dix tribus à la maison de Juda , le nouveau roi d'Israël, posant un veau d'or sur la pierre de Béthel : u Voilà vos dieux qui vous ont tiré de TÉgypte I » ditril à son peuple , et le peuple adora le veau d'or.
Je ne m'éloiinais pas de ne plus retrouver Béthel; je me rappelais les paroles du prophète Amos ; n Ne cherchez point Béthel : Béthel sera détruite. Je m'élèverai avec le glaive contre la maison de Jc-roboam ! »
Quand on a passé le petit village de Dyaiha, sur les limites des anciennes ùribus d'Épbraîm et Benja-
LA biuMAlUE.
min, la terre prend on autre aspect, et la nature re*
trouve ua sourire à travers ses lanues. Une vallée, riche et verdoyaote, s'allonge eati e deux rangées de collines ; à gauche, les montagnes d'Éphriâm montrent leurs belles lignes pures, grandes et lières, mais «la gloire d'Éphraîm a disparu, » et leurs sommets sans verdure sont courats de ruines : sur leurs flancs et dans leurs replis, on voit des forêts d'oliviers et de grenadiers^ entremêlés de vignes. Un huvait |)û^ucoup à Ephi'aîm, mais les gens du pays avaient le vin mi^ cliaiiL : (( Maliieui' à la comoiiuc d'oi^uoil et aux ivrognes d'Éphraïm I n
L'usage veut que Ton fasse une halte dans la vallée de Sebna, où viennent boiie les chameaux des caravanes. On a devant soi la coUine lameuse de Silo qui s'avance comme un promontoire au-dessus de la Vfillée, ceinte, de toutes parts , d'un amphithéâtre de montagnes. C'est à Silo que Joaué partagea la Terre Promise aux sept tribus qui n'avaient pas encore reçu leurs lots; c'est à Silo qu il plaça le Tabernacle, en attendant qu'on pût bâtir le Temple promis au âeigpeur ; c'est à Silo que la femme d'Éliana, Anna, 8tâ*ile et déjà avancée en âge, vint demandei* à Dieu avec des larmes un fils qui réjouit sa vieillesse. Dieu lui donna celui qui fut Samuel. Beaucoup de grands hommes en Israël ont été les fruits tardifs de la vieillesse désespérée, depuis Isaac jusqu'à Jean-Baptiste^ le plus grand des enfants des honmies.
Quand on a marché trois ou quatre heures À travers
la plaine et la montagne, sur le teiritoire de Samarie, on pénètre dans une large vallée, dont le sol accuse la
plus heureuse fertilité. D'autres vallées latérales débouchent dans celle-ci, comme des affluents dans un grand fleuve, ouvrant à l'œil de lointaines perspectives. Deux cimes dépouillées dominent au couchant toutes les autres montagnes ; ce sont VHébal et le Cra* rizmi deux noms célèbres dans les annales d'Israèl : nous sommes ici dans le champ de Jacob, aux portes de Tantique Sichem.
Jfacob habita longtemps Stchem ; il adieta, des en- * fants d'Hémor, le champ ou il avait planté ses tentes ; il y éleva un autel et y creusa un puits. L'autel a été renversé, le puits subsiste encore : on rappela longtemps le puits de Jacob, on l'appelle aujouidlmi le puits de la Samaritaine. 11 fut le témoôn d'une des plus touchantes histoires de l'Évangile.
« Jésus vint dans une ville de Samarie, qui est appelée Sichar, auprès de Théritage que Jacob avait laissé à aon fils Joseph. Il y avait là le puits de Jacob. Jésus, fatigué du chemin, s'assit sur le bord de lu fontaine : c'était vers la sixième heure. Une femme de Samarie vint puiser de Teau; et Jésus lui dit: Donnezmoi à boire. La Saniaiitainelui dit: Puisque vous êtes juif, pourquoi me demandez-vous à boire, à moi qui suis Samaritaine, car les juib ne communiquent point avec les Samaritains? Jésus lui répondit : Si vouscon- naissiez le don de Dieu, et quel est celui qui vous dit : Donnez-moi à boire, peut-être l'auriez vous prié vousmême, et il vous aurait donné Teau de la vie. Cette
LA SAMAKIE
femme lui dit: Seigneur, vous n*ayez rien pour puiser, et le puits est profond , d'où pourrez-vous donc avoir cette eau vive? Ëtes-yous plus grand que notre père Jacob, qui nous a laissé ce puits; et lui-même en but, et ses enfants et ses Uoupeaux? Jésus lui répondit: Quiconque boit de cette eau, aura encore soif; mais celui qui boira de Feau que je lui donnerai , n*aura jamais soif ; mais cptte eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau jaillissante, jusqu'à la vie étemelle. Cette femme lui dit : Seigneur , donnes-moi de celte eau, afin que je n'aie plus soif et que je ne vienne plus à ce puits l £t cette femme lui dit encore : Seigneur, je vois bien <fiie vous êtes prophète ; mais le Messie (qu'on appelle Christ) va venir, et loi'squ'il sera venu il nous apprendra toutes choses, Jésus lui dit : Le Messie ? c'est moi qui vous parle I »
Le Christ fut toujours envers les femmes d'une douceur infinie : il convertit la Samaritaine et releva la femme adultère, il consola les filles de Jérusalem, et permit à Madeleine de Taimer !
Les légendes grecques donnent à la Samaritaine le nom de Photine, et racontent qu'elle alla en Afrique, où, sous le règne de Néron, elle convertit Carthage au christianisme.
Le puits de la Samaritaine est toujours profond , mais il n'a plus d'eau. Le sol, à l'entour, est jonché de débris de colonnes, derniers vestiges d'une église renversée.
Un peu plus loin, vers le nord, au luiiicu d'an bouquet d'arbres, et sous une coupole turque, on montre
Digilizeû
le tombeau de Joseph. Moïse, en quittant l'Égypte, emporta avec lui les os du patiiarche selon la promesse que eelui-ci avait exigée des-e&faiits d'Israël; Josué Fensevelit dans le champ des fils d'Hémor, aôhetë autrefois par Jacob. Ainsi, 1 histoire touchante de Joseph finit an mêmes lieux où elle afait commencé : e*é* tait aussi dans les champs de Sichem que ses frères , IflStrtiments ateugles de sa gloire, l'avaieut vendu aux marchands d'^ypte. Les mnisulmans honorent son tombeau à Sichem, comme ils honorent à Beit-Léhem la douce et tendre mémoiré de Rachel, sa mère.
L'anliqne j^eheia s'appelle an}9iird*hai Naptoose*
Naplonse*
La Tallée de Jacob s'avance jusqa'aut portes de la ▼îBe. Nom y arrifâmes bientèt, aprfe avolp trareraé
un petit bois d'oliviers, qu'il faut , je crois , ranger panni les plus beaux et les plus ylecoc de tout rori^t .
Nous avions reçu , en quittftnt Jëmsal^ , 9mm mauvaises nouvelles de la Samarie, dont la population nmsQlmàne, fort exaltée, est toujours hostile aux Européens. Nous envoyâmes à la découverte le plus intelligent do nos (Il ogtnans, qui nous lit un rapport fâcheux. Le bruit de la gueite russe avait profondément irrité les habitants ; ils voyaient un ennemi dans tout ce qui portait un nom chrétien; c'est le résultat ordinaire d'une agression injuste. L'ordre de notre marche, observée du haut des murailles de Nàplouse, nos armes apparentes et l'importance de notre caravane leur donnèrent qodque ombrage, et ils nous firent défendre l'entrée de la ville : c'était le premier ouli'age que nous avions ù subir depuis notre arrivée en Syrie.
Je dois même avouer qu'on s'efforça de le rendre, dans la forme, le moins blessant possible.
Un TurCy coiffé d'un turban, vêtu d'une robe bleue à raies roses , et tenant à la main un tehibouck en
bois de citronnier, dont le tuyau pouvait avoir cinq h six pieds de long, nous pria fort poliment de passer notre chemin et de ne pas entrer chez biL
Jiiffnus ejicitur quam non odmKfjtor koÊpn!
Les murailles étaient bautes , et nous n*ayîons pas le temps de faire un siège; il fallut tourner la colUne et poser notre camp vis-à-vis de l'autre porte ; — j'ai dit camp /c'était sans doute moins fortiiié qu'un casmtm ramanum, mais le premier et le second retranchement ne laissaient pas que d^avoir une apparence assez respectable. — En Orient, il faut toujours se défier de ses, yoisins, et nous comptions passer là une nuit ou deux.
Nous traversâmes, chemin faisant, un village de léprenx... Quelle profonde pitié nous inspirent ces restes d'hommes, qui voient tomber chaque jour un lambeau de leur corps, sans que la plaie eUrayante tarisse les sources de la vie, leur laissant amsi tout ce qu'il faut pour mieux souffrir f Hélas ! nous ne savons pas dompter les frémissements de la nature , nous n'avons pas cette divine charité du Christ qui guérissaitentouchant:... nous jetâmes quelques pièces de monnaies, piastres et paras, d'une main trop bâtée et en détournant la téte I..,
Nous établîmes notre camp dans la vallée d'Abra-
NAPLODSE.
ham, au bord des jardins de la ville , le long d'un ruisseau murmurant, entre les olîTiers et les sycomores, au pied du mont Hébal.
Quand Josué fut en possession de la Terre Promise, il éleva, sur le mont Hëbal , un autel de pierres non polies. On grava la loi, en profonds caractères, sur ces tables brutes ; on oUrit des holocaustes ; les malédictions furent lancées contre les violateurs et les bénédictions appelées sur les observateurs fidèles.
Plus tard, et malgré l'anathème , Sicbem devint le siège principal du schisme d'Israël : on n'allait plus à Jérusalem , ou sacrifiait sur le mont Garizim.
J'aurais toujours regretté d'être venu si près de Napieuse sans y entrer. J^envoyai un Bédouin au Mutzé^ lim qui gouverne la ville, avec des lettres bienveillantes du Pacha de Jérusalem. La réponse n^r se ût pas attendre, elle fut toute favorable ; nous allâmes donc Immédiatement rendre nos devoirs c'i cet excellent gouverneur, qui fut pour nous d'une politesse extrême, et nous assura des bonnes intentions de son gouvernement a l'ëgard des Français. Bientôt des tossidgesy espèce de sei^ents de ville , en pantalon bleu, turban blanc et tunique rouge, brodée d'or, parcou^ rurent Naplousc en criant que nous étions les amis du Sultan, et que l'on eût à nous respecter et à nous laisser circuler partout et librement Us ajoutaient, en manière d'avertissement, que nous avions d'excellents fusils qui portaient fort juste. Quand on vit au milieu de populations armées, un semblable avertissement n'est jamais inutile.
Napibnse a une physionomie originale, chaque maison a son jardin et sa fontaine, c'est nne fraîcheur suave, c'est un murmure qui ne se tait jamaiSc Si l'on en excepte le bazàr où la circulation est à peu près possible, les rues delà ville sont les plus étroites , les plus tortueuses et les plus impraticables qui sè puissent voir. Tant6f e'est un mur qui les interrompt, et tantôt un fossé qui les coupe. Ici, il faut monter; là, il faut descendre; tantdt une poterne basse vous force à ntarcher pas k pas et courbé vers le sol, tantôt vous vous trouvez vis-à-vis d'une porte fermée, qui ne tous donné libré passage que moyennant finance.
Une chose qui frappe tout d'abord l'étranger arrivant à N aplouse, c'est la beauté de la population. Leâ hommes ont une tournure flère et une haute mine, les enfants ime délicatesse de traits et une fleur de teint qu*on ne voit point ailleurs. Nods âvons noté en passant, dans une ruè un peu plus large que les autres , une maison tout européenne, façade ouverte, fenêtres ft carreaux de vitre, toit pointu et pas de terrasse. CTest probablement une maison anglaise : il y a des Anglais à Naplouse, et ils y poussent assez activement la propagande de la mission protestante. Us ont oatert et ils entretiennent une école pour les jeunes Arabes. Plusiem'S enfants nous ont adressé la parole ou dotmé des renseignements dans la langue que Ton parle à P ail-Malt ou à Picadilly,,. bien que l'accent fût un peu plus guttural.
Plusieurs choses nous intéressaient vivement dans
Naplirnse; nous f yisitftmesiuie zauaHak^ sorte de moB^
quée libre, où viennent se coucher ou se reposer les musulmans en voyage» }>ut de promenade dévote pour les femmes oisives et ennuyées. Sur la façade Manche de presque toutes les maisons , nous lisions des surates talismanesques, tirées du€oran» écrites à l'eur cic bleue ou peintes avec le hennë. On assure que ces surates éloignent le^ pièges d'Éhlis, et rom<> pent le charme du mauvais œil. ^
Pendant les croisades, Naplouse fut une ville chrétienne.
Le Christ y passa quelques jours après la oonver^ sion de la Samaritaùte^ et plusieurs crûrent en luL II
y eut (lès lors dans la ville une petite communion de Mêles :• ce fut plus tard un si^e épiscopal. Quand Tancrëde s'en fut emparé, les croisés y bâtirent plusieurs églises dont, maintenant encore, nous reti'ouvons les ruines. U y en a une fort ancienne à l'en^ droit où la tradition rapporte que Jacob, inconsolable, venait pleurer son fils Joseph : « Fera dcvoravit Jose^ pham. » H ne reste, de cette église, que quelques piliers et des voûtes aux fines nervures, où Ton découvre encoïc la trace d'anciennes peintures.
La cathédrale , autrefois sous rinvocatton de samt Jacques, nous offre un magnifique portail du xip siècle, avec de larges ogives et de grands piliers en marbre, où Ton a mélangé les deux ordres ionien et co** rinthîen. L'extérieur est à moitié ruiné : les musulmans s'en servent comme d'une mosquée. On aperçoit au milieu de la nef, qui n'est plus aujourd'hui qu'une
£&CUAS10MS £T PROMEN^£S*
vaste cour, un bassin de marbre blanc, (l*une forme él^amment capricieuse, entouré de colonnes en siénite rose. Un ornement architectural que Ton retrouve partout ici, dans les églises et hors des églises, c'est la coquille^j^oii qu'on remprunte à la légende de saint Jacques, dont «Ile est Fattribut, ou qu'elle ne figure ici que coiiunc iiadition de i aichitecture arabe, qui l'emploie si fréquemment
Quoi qu'il en soit , quand on examine Farcliitecture ogivale sur le sol d'Orient, sa terre natale, on reconnaît bien vite à quel point, en passant sous notice ciel, elle a dépouillé sa simplicité native pour s'épanouir en firondaisons touffues et en efflorescences merveilleuses : pareille à ces plantes que la civilisation arrache au désert , et à qui le soin et la culture donnent bientôt la splendeur des formes et Fëclat et le parfum.
La population de.Naplouse est presque exclusivement musulmane : elle compte cependant cinq cents Grecs schismaliques : ils ont un couvent, deux cents juils , et environ soixante-dix lamiiies samaiilaines.
Les Samaritains descendent d'anciens peuples idolâtres, que les rois d'Assyrie envoyèrent au delà de l'Euphrate pour garder le pays. Les prêtres juifs les convertirent pour quelque temps au monothéisme; mais ils retournèrent toujours à leurs idoles.
Quand Manassès, frère du grand-prêtre Jaddus, eut épousé une fille étrangère, contrairement à la loi, les juifs orthodoxes murmurèrent Manassès se retira et vint bâtir un temple sur le montGarizim. Tous les Jui£s qui se sentaient des inquiétudes de consdence, l'ac-
MÂPLOUS£.
compagnèrentets'étalilironl avec lui en Sauiarie, s'attachaotà sqq erreur et pax lageaut son schisme.
C'est alors que les SamaritaiDS reçurent l'exemplaire du Peniateuijuc , qu'ils conservent encore aujourd'hui.
I^ous Youiames visiter la synagogue des Samaritains; nous fûmes reçus à la porte par le GrandrFriire , Scbahnali-Beii-Tabiah.
Il nous demanda un backckick pour nous ouvrir la porte de son temple. Nous donnâmes le backchieh ; mais quand il s'agit d'entrer, Schalmah voulut nous faire ôter nos chaussures. Vive contestatiou ; querelle qui s'envenime des deux parts. Ënfln, nous proposâmes un backchich supplémentaire , qui fut accepté , bien entendu» et nous entrâmes, éperonnés et bottés. *
La synagogue est des plus simples : quatre murs blanchis à la chaux, une natte de paille grossière, quelques lampes en verre de couleur suspendues au plafond, et c'est tout
NouscrûniGs du moins que c'était tout.
Par bonheur nous avions en notre compagnie le savant abbé Bargës, qui occupe avec une si rare distinction la chaire d'hébreu à la Sorbonne. M. barges, il y a quelques années , avait traduit les.plaintes et les réclamations adressées par le Grand-Prêtre au gouvernement français. Cette circonstance , rappelée avec à propos, rompit la glace entre nous — si j'ose me servir en Orient de cette comparaison boréale. —
Quoiqu'il en soit, Schalmah-Bon-Tabiah parut ravi : il s'assit gravement sur ses talons, el commença. un long discours pom* établir sa géiiéalogie, qu'il fit re-
$54 EXGimsiONS sr pmmenades.
monter par une flliation directe jusqa'à un autre grand* prêtre, plus célèbre que lui, Aaron, frère de Mofse.
Nous étious trop bien élevés pour le conli'edire ; aussi y après un acquiescement muet, dont il Youlut bien se contenter, nous le priâmes de nous montrer ce fameux exemplaire du Pemateuque , qui est probablement aujourd'hui le plus ancien livre du monde.
Il daigna y consentir.
Le livre était enfermé dans un étui dlvoire vert — très-estimé en Orient» où Tonfaitpeu de cas de Tivoire fossile. — L'expression de livre est inexacte, et si nous
voulons parler correctement, c'est le mot antique de oo/intt^ qu'il faut employer. Le Pentateuque des Samaritains est en effet une longue bande de parchemin, adaptée à un rouleau par. chacune de ses extrémités : unlno^vement du rouleau fait avancer ou reculer le volume selon les besoins de la lecture, jusqu'à ce que le manuscrit ait passé tout entier sous vos yeux.
Le Pentateuque de Naplonse ne remonte certes pas à une antiquité de trois mille ans. ïl est ^^crit, non pas en caractères phéniciens, dont les Hébreux se servirent jusqu'à la captivité de Babylone, mais en caractères , samaritains, ce qui lui attribue évidemment une origine diiïéreiite de celle que réclame pour lui le vénérable Schalmah-Ben-Tabiab.
M. Tabbë Bargèslut, en vrai savant qu'il est, ces caractères étrnnges qui me donnaient des hallucinations. Le Grand-Prétre approuvait de Fœil et scandait de la main le rhythme des lignes sacrées. Nous fûmes troublés plusieurs fois pendant la lecture par un bruit corn-
plexe, comme de pierres frottées Tune contre l'autre , et de chuchotements de voix entremêlés de rires. Nous étions cependant seuls dans la synagogue. Le hrait se renouvelant, je levai les yeux, et j'aperçus une douzaine de tètes, femmes et enfants, qui plongeaient dans notre groupe des regûrdsooriem: et mocpieurs : c'était la -famille du vénérable 8ehalmah-Ben-Tabiah, qui avait pris le toit d'assaut, et qui soulevait de temps eu temps Tabaque mobile pour mieux nous voir. Schalmah crut qu'un geste énergique allait comprimer cette curiosité indiscrète; il n'en fut rien , et quand on vit notre attention attirée, une douzaine de mains, qui avaient l'air de descendre du oiel, se tendirent vers nous, laaiiis qu'autant de voix clapissantes criaient, sans trêve ni merci : Backchich, baehckickl Un des enfants descendit^ et nous lui donnâmes quelques piastres. Sa joie fut courte; le vieux Samaritain, qui me semblait un peu juif, lui lit rendre gorge inunédiatement, devant nous et sans aucune vergogne ; puis il remit le Pentateuque dans sa cassette d'ivoire aux clous d'argent, et nous congédia par un geste grave.
Nous traversâmes encore une fois la ville : je remarquai qu'au moment où nous passions dans le grand bazar, un tanneur étendit des peaux de buffle devant nos pas. Je demandai au drogman si c'était pour nous faire honneur. — Pas le muins du monde, répondit-il, seulement comme il faut battre le cuir pour l'apprête i, il trouve plus simple de vous faire marcher dessus : votre pied économise la main-d'œuvre. Nous eûmes Tattention délicate de revenir deux fois |par le
même efaemin, et d'accentuer le pas sur le cuir sonore,
à la grande joie du marchand, qui iumait paisiblemeul, accroupi sur sou comptoir.
Du reste y il faut bien le dire , partout dans notre vi«site, nous reçûmes Faccueil le plus couiLois. Je pris une tasse de cafëdans une boutique en plein air; quand j( demandai le prk : «Ce n'est rien! me dit le marchaïui : vois-tu? le cafô, c'est la bénédiction de Dieu! Aton.service!» Je ne voulus pas être en reste de générosité vis-à-vis d'un mécréant, et j'eus le bonheur de lui faii e accepter cinq ou six fois la valeur de sa tasse de café. A ma sortie de la ville, je trouvai aux portes dix cafetières qui bouillaient en mon honneur. Les bouti* ques me suivaient!
Dans l'après-midi, toute la ville voulut, voir notice campement; nous étions le but de la promenade des oisifs et des élégants de Naplouse. On nous envoya la garde pour melti e un peu d'ordre parmi les curieux, comme on fait à Paris quand il y a quelque part mie exhibition extraordinaire.
Tout allait pour le mieux daus le meilleur des camps possibles !
Cependant, nous reçûmes, vers le soir, un avis du mutzelim qui nous iuiormait des sentiments au moins douteux des populations environnantes ; il craignait beaucoup une attaque dans la nuit. Il eût été désolé qu'il nous arrivât rien de fâcheux.,, sur son territoire; en un mot, il nous saurait le plus grand gré de bien vouloir aller nous faire pendre ailleurs.
I^ous n'auiious voulu, pour rien au monde, déso-
bliger un aussi galànt homme ; nous profitâmes donc
des premières ombres pour décamper : on donna aux chevaux et aux mules une double ration d'orge, puis on sonna te hout-seiie, et nous nous jetâmes dans la montagne où nous marchâmes bientôt, comme dit le poète:
« Per arnica silentia Imm* »
La nuit parait longue quand, après une ioumëe de -
fatigue, au lieu du tapis moelleux qu'on avait espérésous sa tente^ on n'a, pour tout cmnfort , que la selle dure d'un cheval fatigué.
Cette nuit-là fut pénible, et je ne saurais dire avec quel sentiment de joie profonde et de bien-être intérieur, nous reçûmes les premières bouffées de Tair frais du matin et les premiers rayons de sa lumière rose.
Nous étions alors dans la plaine de Béthûlie avec
le souvenir de JuUiili. La plaine est vaste , fertile, légèrement ondulée, et bien que la moisson fût terminée, de nombreux indices nous disaient tout ce ue la culture peut dcniMiKlcr à cette terre féconde.
Les ruines de Bétliulie, que Ton aperçoit sur la gauche, sombres, hautaines, imposantes, semblent dominer encore la plaine. Les femmes fortes m'ont toujours inspiré une admiration mêlée de terreur. Je mis mon cheval au galop et j'entrai dans un petit boi3» au pied d'une colline, qui me déroba la vue de Béthulie, Béthûlie s'appelle aujourd bui Sanour, et, de temps en temps, les pachas en révolte s'y font bombarder par l'artillerie du Grand-Seigneur^
159 £XGimSI0N6 £X PAOM£MAD£S.
On ignore gciiéralemeut ie sort du mari de Judith. Les femmes célèbres absorbent toute la gloire de la maison. Ce mari mourut d'un coup de soteil, « dans les jours de la mois30Q de Torge; » c'est à peu près tout ee que Tbistoire nous apprend de loi
Ce soleil , qui tua Manassès — c'est le nom du mari — était déjà iiaut dans le ciel, et nous marcliions en silence le long du cbemin où Jébu ^rencontra et fit égorger les firmes et les parents d'Ocbosias , roi de Juda.
Nous étions hors de danger en sortant de la Sama^ Tie. Nous fîmes une halte à Djemin, avec ce sentiment
vif et joyeux de la sécuiité reconquise,
Djennin est dans une position charmante ; au pied des montagnes, au bord d'une plaine vaste et riante. Le village est bâti au milieu de vastes jardins qu'enferment des haies de nopals et de cactus ; on voit» sur une colline aux pentes douces, les ruines d'une église cliréticnoe, et plus près du village, une mosquée d'assez belle apparence, dont l'éclatante blancheur se dé* tache vigoureusement sur la verdure sombre des cac« te, tandis que ses uiinaiets aigus s'élancent entre les tiges des plus beaux palmiers de toute la Syrie.. Les }ardîns de Djennin sont arrosés par des sources abondantes, près desquelles s'arrêtent les caravanes qui vont au Cabre, ou qui reviennent de Damas.
Deux ou trois mille musulmans vivent dans ces jardins assez bien cultivés» guettant le passage des voyageurs auxquels ils viennent oUrir des fruits, des.œufis, du pain et le lait caillé de leurs chamelles.
Aprôd la plaine da Jourdain » la piaiiie d'Bsdrelon,
qu on nomme atlssî plaine de Jesraël, est la plus vaste et la plus célèbre de toute la Palestine. Elle court, à Fest, yers le Jourdain, à l'ouest, vers la Méditerranée, dont le Carmel la sépare, entre les montaq;nns de Gelboé au sud, et celles de Nazareth au nord. Au centre de la plaine s'élève le mont Hennon, tout plein des éotivenii s héroïques et de la poésie des compai aisons bibliques ; à quelques lieues plus loin , le mont ïbabor où semble rayonner encore la gloire du Christ transfis^uré. Ainsi enfermée dans un horizon de montagnes et coupée par de nombreux torrents, ardente èt dorée sôns le soleil , la plaine de Jesraêl offire à l'œil de grands el fiers aspects. De temps ca temps, une gazelle se lève entre les hautes herbes sécbées, et bondit dans Tespace, poursuivie par quelques sUnt^ (jld féroce, à l'œil fauve et au poil hérissé.
Au pied du mont Hermon, quelques pierres dispersées attestent l'antique cité d'Ëndor, où la Pythonisé évoquait rond)rc dos morls, et prédisait à Saùl les malheurs du icndeuiain.
La scène, telle que la Bible Ta posée , est pleine de
grandeur et de vague effroi.
Saiil, ayant vu l'armée des Philistins, fut frappé fl*étonnement, et la crainte le saisit jusqu'au fond dd cœur.
Il consulta le Seigneur, mais le Seigneur ne lui répondit ni én songes, ni par les prêtres qui consultaient F (7rtm, ni par les prophètes.
Àloi^ , il dit à ses oiûciers : a Cherchez-moi une
Mù * EXGUBSIONS £T PROMENADES.
fezûme qui ait un esprit Python, aûn que je l'aiiie trouver^ et que, par son moyen , je ptdsse consulter.
Ses serviteurs lui dirent : « Il y a à Eudor uae femme qui a un esprit de Python. »
Saûl se déguisa donc, changea d'habits, ët s'en alla accompagné de deux hommes seulement. Il vint la nuit chea cette femme , et lui dit : « Gonsulleas pour moi re$prit Python, et éToques-moi celui que je tous dbai. »
Samuel apparut
u Pourquoi, dit-il, avez-yous troublé mon repos 7 Pourquoi vous adressez-vous à mol , puisque le Seigneur vous a abandonné, et qu il est devenu votre ennemi?»
Il Carie Seigneur vous traitera comme je vous Taidit
de sa part. Il déchirera votre ro\ aiimo, et Tarrachera de vos mains ppur le donner à David, votre gendre. »
« Il livrera même Israël avec vous , entre les mains des Philistins ; demain, vous serez avec moi, vous et votre ûls, et le Seigneur abandonnera aux Philistins le camp même d*Israêl. »
La mémoire de Gelboé n'est pas moins maudite, et sa cime est encore teinte du sang de Jonathas.
Le lendemain, en efièt, Tennemi présenta la bataille: les Israélites plièrent sous le choc. Saal et ses fils soutinrent longtemps relTort des Philistins. Jonathas tomba et deux autres de ses frères avec lui. Resté seul debout : <( Tire ton glaive et lue-moi, disait Saiil à son écuycr, » et, récuycr n'osant pas, le roi se perça de sa propre mam. Quand David apprit cette gi^ande ruine , il dé->
MAPLOUS£. 361
diirascs vêtements, et, dans une dcploralion sublime, il chanta la douleur d'Israël. «Vois, ô Israëll^ceux que la mort t'a ravis en les frappant sur tes mdniagnes I L'élite d'Israël a succombé sur la colline : comment sont morts les braves ? Ne le dites pas dans Geth , le dites pas sur les places d*Ascalon, de peur que le^ filles des Philistins ne s'en réjouissent, que les filles des profanes n'en triomphent d'aise. Qu'il ne tombe sur vous ni rosée ni pluie, 6 montagnes de Gelboë ! que Tos coteaux restent sans moissons, parce que là fut laissé le bouclier des forts, le bouclier de SaOl, comme si riiuile sainte n'eût point touché sa tête I La flèche de Jonathas n'est jamais retournée en arrière : elle se teignait du sang des morts » et perçait la poitrine des plus vaillants ; le ^^laivc de baul lïd jamais été tiré en vain. Saûl et Jonathas, ahnables et grands 'dans la vie, plus agiles que les a^es, plus fiers que les lions» demeurent inséparables dans la mort. Filles d'IsraS, donnez des larmes à Saûl, qui vous revêtait d'écarlate parmi les délices , et vous offrait des ornements d'or pour votre parure. Comment les forts ont-ils péri dans la bataille ? Comment Jonathas a-t-il succombé T Je te pleure, ô mon frère Jonathas ! toi si beau et plus aimable qu'une aimable femme 1 Je te chérissais comme une mère chérit son fils unique. Gonmient sont morts les braves 7 Gomment s'est étemte la glohre de nos armes ?»
Ici, du reste, chaque pierre a un nom , et chaque ruine un souvenir. Sur notre droite, un peu à l'est de DjenuiUy voici les rempai ts de Je^^aêl, égalé au soL
C'est près de ce rempart, non loin da palais d'Achab,
que le pauvre Nabulli avait sa vigne. C*est là que les chiens vinrent léclier son sang... et, bientôt après , le sang d*^Achab lui-môme. C'est dans ce cbamp que ftit dévoré le corps de Jézabel.
La légende dorée mêle la poésie de ses traditions aux austères récits de Thistoire. Un jour, saint Sabas traversait la plaine d'Esdrelon : il entra pour se reposer dans la caverne d*un lion. Le Inâttre était absent : le saint s'endormit. Le lion revint, et, prenant délicatement cet hôte inattendu par le bas de sa robe , il le traîna quelques pas. Saint Sabas se réveilla, et se mit à rëciter son office : puis, quand il eut dit le propre du jour^ il s'endormit de nouveau. Ce sommeil inquiétait le lion : Q reprit le moine , toujours* par sa robe, en lion qui sait vivre , et commença à le tirer dehors; mais saint Sabas se réveillant : « Voyons I lui ditr-il doucement, que te faut-il? cette caverne n*est-elle pas assez grande pour deux ? » Le lion ne trouva rien à répondre, et il se coucha paisiblement à cdté du soU-
taire.
, ïjx face du mont Ilermon, on va visiter deux colonnes et trois maisons. Ces trois maisons sont tout ce
yui reste de la ville de Naïni ; ces deux colonnes indiquent la place où le Christ rendit un âis à sa mère.
Indépendamment de tous ces grands souvenirs , la plaine d'Esdi i Ion a des beautés de paysage que Ton admirerait partout
Le terrain, comme soulevé par unelioule intérieure^ ondule eu lAis lai ges et calmes d une montagne à Tau-
tre; çà et lày des maquis de plantes sauvages » de broussailles, dMplnes et de chardons gigantesques offrent des fourrés impénétrables aux sei'pcnts , aux léopards et aux sangliers : le sabot des chevaux fait sonner la pierre blanche dans le lit des torrents & sec. De temps en temps, une crevasse large et pi oionde nous oblige à quelque long détour ; pendant des lieues tsntiëres, on ne trouve ni un arbre ht une goutte d'eau. Parfois, une tribu d'Arabes pasteurs passe à côté de nous, chassant devant elle des troupeaux sans nombre, bœufs, moulons et chameaux. En tête et sur les flancs, quelques cavaliers, montés sur de belles ju-, ments, marchent en éclaireurs, échangeant avec nous des regards superbes. De temps en temps, c'est un camp de Bédouins, ville de toile , maisons flottantes, dont les habitants endormis ne se trahissent ni par un bruit ni par un mouvement; ou bien encore uu hameau isolé aux cabanes de terre, dont l'aiie aplanie expose aux rayons du soleil«une moisson de gerbes d'or ; puis , au-dessus de cette plaine et de ces amphithéâtres de montagnes, un ciel étincelant, une lumière vive et nette, un éther profond et bleu , une atmosplière embrasée et sereine.
En face delà plaine brûlante, sur les flancs de THermon, au milieu des rochers et des précipices , deux villages — deux oasis — enlourés d'une enceinte vive de figuiers et d'orangers. Un de ces villages est Fantique Stmam, la patrie d'Abisac^, cette belle servaiiLe du roi David, dont Tbistoire nous a conservé le nom. G^est à Sunam que le prophète Élisée , descendant du
Cariiiol, ressuscita le fils tFune pauvre femme, en se couchant sur son corps et en se rapetissant à la mesure de ses membres.
On rencontre souvent dans la plaine d Esdrclun, au milieu des buissons c^pineiix, cette fleur aimable dont parle rÉvangile, le lis des champs qui ne prend ni le souci de semer, ni la peine de filer sa l obc , et poin tant plus magnifique dans sa parure d'une saison que Salomon dans toute sa gloire ; le rayon brûlant épargne sa grâce dëlicate, et, jusqu'au dernier jour, elle conserve son frais et doux éclat.
IjCs montagnes de Nazareth bornent ) au nord» la plaine d'Esdrelon ; quand on a firanchi leur col étroit et gravi leurs cimes escarpées , on débouche sur le plateau où s'assied la ville de Saint-Joseph.
C'était le soir et un dimanche, comme à Beit-Lëhem.
A quelque distance de la ville, autoui' dkine fontaine antique, des muletiers , des chameliers et des pas-> teurs faisaient ranger leurs bétes altérées, qui attendaient impatiemment leur tour; les Gbeiklis et les principaux du yDlage fumaient , gravement assis sur de grandes pierres blanches , les femmes causaient entre elles au pied des cactus ou sous les érables ; de beaux enfants, aux yeux noirs, s'ébattaient en criant, dans la poussière du chemin.
Nazareth est une ville chrétienne ~ une ville catholique — le bruit de notre arrivée nous avait précédés. La foule se joignit à notre caravane, et nous entrâmes dans la ville , accompagnés d'une escorte volontaire qui donnait à nôtre marche je ne sais quel air de triomphe. En hébreu, Nazareth — Nasra — veut dire fleur : ce nom ne semble-t-il pas s'approprier merveilleusement au rusUqne village oi\ devait s'épanouir et germer la fleur mystique qui fut la grâce et le salut du monde 7
La ville blanche a l'éclat des beaux lis d'Esdrelon ; elle est dominée par des hauteurs qui se réunissent à leur ])ase cl se détachent à leur cime, coauac les pointes d'une couronne ou les lobes d'une fleur : on ne retrouve ici, dans Taspect comme dans le souvenir, que des impressions de poésie, de douccm^ et de grâce: pas de fossés , de portes » de tours ou de murailles crénelées, qui rappellent l'image rinistre des assauts ou des batailles.,, La ville.n'est défendue que par des . bouquets de nopals, de cactus , de figuiers et de grenadiers ; elle n'est protégée que par une haie touffue, muraille vivote que fleuxit chaque printemps. Autour des maisons, distribuées en groupes, comme des archipels de pierre, courent de petites rues sinueuses et animées, pleines de chant, de bruit et de gaieté. On ne se croirait plus en Syrie , sous le joug pesant du vainqueur ; c'est une autre atmosphère, un autre souille, une autre vie. Le bazar n'a plus riudillerence hautaine et morne du commerce oriental ; dans les mai chés et sur les places, on fait le même bruil que dans nos fohres de Bretagne et de Normandie. Cependant, les couvents ont grand air et flëre mine; entra* verse, pour y arriver, de longs portiques et de vastes cours ; une foule dévote et nombreuse assise les églises ; les Turcs mêmes ont un faux air de chrétiens , et lemuezzim, qui chante la prière du haut des minarets, ne demanderait pas mieux que de sonner ï Angélus.
Je goûtai un charme extrême dans les premières heures de mon séjom* à Nazareth. Les Franciscains y conservent une influence plus heureuse que dans leg
NAZARETH
autres villes : on leur confie plus volontiers rédacation de l'enfance et de la première jeunesse. Beaucoup d'hommes et quelques femmes parlent assez couramment rUalien. On ||^ut faire le tour ^ de la ville sans drogman : le drogman est, comme on sait, le ûéau de la conversation.
Les catholiques latins sont en majorité à Nazareth» où l'on rencontre aussi des Maronites, des Melchites, ou Grecs-Unis , des Grecs schismatiques , des Arméniens et » comme dans tout ce pays, des musulmans.
On a conservé à Nazareth d'antiques souvenii*s de la France, on y a rappelé devant moi le « bon roy sainct Loys » entrant dans Fantique cité la veille de FAnnondation, à pied, le cilice aux reins, jeûnant au pain et à Teau après une marche fatigante, et allant entendre avec dévotion dans la chapelle, la messe, les vépîres et les matines; puis la jeune gloire se môle aux vieilles traditions, et après les grands coups de lances des: croisés on parle' aiîssl des canonnades du Mont-
Thabor.
Ici, comme dans toute la Terre-Sahite, nous logeâmes à la Casa-Nuava des Franciscains » empressés & nous servir.
La tristesse de Jérusalem ne pesait plus sur nosâmes : quelques-uns de nos compagnons songeaient déjà à la France et au retour désiré , au retour attendu ! Nous disposâmes joyeusement nos logements, sans trop attendre la dislribuLion des bons Pérès, qui nous regardaient faire , soudants et pleins d'indulgente complai* sance.