XC(]RS10NS EX PR0M£NAD
Le lendemain nous commençâmes nos visites.
La pi emièrei on le comprendra sans peine, lut pour la maison de Marie et de Joseph ; pour le sanetaaire
où le Fils de Dieu s'est iacaruc dans le sein d une vierge.
Je rappelais en y allant le début sublime de
révangile de saint Jean :
n Dans le principe était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu... Toutes choses ont été faites par lui , et rien n'a |élé fait sans lui. Et le Verbe s'est fait chair , et il a habité parmi nous \ plein de grâce èt de vérité, n
L'humble maison de Marie a fait place à une assez belle église, enfermée tout entière dans le couvent des Franciscains. Cette église est courte et large, le chœur est beaucoup plus élevé que la nef; on y monte par un escalier à double rampe , garni de balustrades dorées, puis/ quand on Ta traversé, un autre escalier, à sa gauche , vous conduit, par dix-sept degrés, dans la cliapeile souterraine : c'est le sanctuaii'e de l'Incarnation. Un assez bel autel indique la place où se tenait la Vierge ; au-dessous, sur le marbre blanc des pavés, on lit ces mots , gravés en gros caractères ;
TERBUM CARO mC FACTUM EST.
« C*est ici que le Verbe s*est fait chair. »
Des lampes ardentes brillent sans- cesse autour de cet autel. Deux colonnes en granit s'élèvent à quelque
IV&SUUIETH. ' 369
pas. Une d'elles, celle de gauche » indique la place où
se tenait rAnge. • ' '
« L'ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans inm ville de Galilée , appelée Nazareth , à une vierge qui avait épousé un homuiM noiinné Joseph , de la iiiaisou de David; et le nom de cette vierge était Marie, et TAnge» venant vers elle , dit : Je vous salue pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous... Voici que vous concevrea dans votre sein , et vous enfanterez un fils , et vous rappellerez du nom de Jésus...» Le saint qui naîtra de vous sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur lui donnera le trône do David son père, et régnera éternellement sur la maison de Jacob et. son règne n'aura point de fin... La vertu du Très-Haut étendra sur vous son ombre, c'est pourquoi celui qui naîtra de vous sera nommé le Fils de Dieu* » , Et Marie répondit :
(( Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole. »
Le sanctuaire de TAnnonciation n'est autre chose qu'une voûte taillée dans le roc inêine, et à laquelle on a ajouté un autel» un pavé de marbre et deux colonnes. Une de ces colonnes , la colonne de r Ange, est brisée par le milieu , de telle sorte que les deux parties sont entièrement séparées. On croit généralement que la partie supérieure adhère à la voûte par une force surnatureUo. Je fis part au 11. P. Franciscain qui m'accompagnait, de cette tradition bien connue ; il se contenta de me montrer en souriant des barres de fer assez solides qui retiennent le miracle à la voûte. • '
EXCURSIONS ET PHOMENADES.
Derrière le sanctuaire de l' Annonciation une seoonde grotte , plus petite que l'autre , mais également taillée dans le rociier , est regardée généralement comme la chambre qu'habitait Jésus. J'ai remarqué dans cette arrière-grotte un assez joli tableau, d'un genre un peu bâtard — cela m'a fait penser tout naturellement à Técole de Dusseldorlï — il Bambino^ comme disent les Italiens, est assez nul : on ne pressent dans cette téte rondelette, ni le roi de gloire, ni le sauveur du monde; la Vierge est allemande, c est tout ce que j'en puis dire; mais la figure de saint Joseph a un Téritable mérite : elle est pensive , modeste , résignée et gravement mélancolique. On a rarement reproduit en tiaits plus heureux la physionomie de ce doux gardien de la vertu d'une Vierge-Hdre< Le tableau est bien édairé , d'une lumière à la fois fine et chaude ; on apei ç oit dans un assez joU fond, délicatement traité, la ville de Nazareth , telle qu'elle est aujourd'hui... telle qu'elle était peut-être au temps de Jésus et de Marie.., Est-ce que rien change dans rorîent immobile l
L'église de l'Annonciation est assez bien tenue et passablement décorée; plusieurs tableaux représentent les scènes de la vie de Jésus à Nazareth, pendant qu'il croissait en grâce et en sagesse. Au-dessous d'un de ces tableaux , une sainte famille de Técole italienne , on a écrit cette légende : U ieur étaù soumis.
Ces deux mots-là ne résument-Us pas éloquemment l'histoii^e de toute une jeuncbse bénie ?
Le sanctuaire de ÏAummiatian est la partie sauter* raine de la maison de Marie. Cette maison même, rem^
NAZARETH
placée par l'^^Use > n'existe plus aujourd'bjii à Nazareth.
Ce fut UD des premiers lieux honorés par les chrétiens.
Sainte Hélène, après les persécutions, renferma dans une magnifique ^Use, avec cette inscription d'une emphase un peu byzantine : « C'est ici le sanctuaire où a été jeté le premier fondement du salut des hommes. »
Saint Paul et, treize siècles plus lard, notre roi samt Louis, vinrent visiter cet auguste sanctuaire.
A la fin des croisades^ quand les chrétiens flirent expulsés de la Terre-Sainte, l'église de Sainte-Hélène fiit détruite parles musulmans. La petite maison de la Sainte-Viei^e allait sans doute éprouver le même sort
Or, Toîlà qu'un mataUt c'était le 10 mai 1291 , les
Dalmatcs furent fort étonnés de trouver au bord de la mer, en un lieu où il n'y avait rien la veille, à Rauniza, entre Tersatz et Fiume , une maison en pierres rouges d'une nature inconnue au pays, bfttie à l'orientale et posée simplement sur le sol, sans qu'aucuns fondemenis l'y rattachassent Cette maison n'avait qu'une seule porte et qu'une seule fenêtre; les murs à 1 intérieur étaient recouverts de peintures qui reproduisaient les scènes merveilleuses de l'histoire de Nazareth : à i une des extrémités se trouvait un autel en pierre, surmonté d'un cruciiix, peint sur une toile collée au bois ; une statue en bois de cèdre, placée dans UDO niche, représentait la Vierge portant l'iiinfant-Jésus
entre ses bras ; près de Tautel, une armoire renfermait
quelques vases.
Grand iat rétonnemcnt, grande radmùation du peuple : on criait miracle ! Cependant l'éTéquc Alexandrc, que l'on savait malade, parai au uiilicu de la foule joyeux et plein de santé. 11 raconta comment une révélation lui avait fait connaître que cette demeure était celle où le Verbe s'était fait chair; que l'autel était celui que saint Piei i e avait élevé pour y célébrer les Mystères» et qu'enfin la statue de cèdre «était Timap:e même sortie des mains de saint Luc, le premier ariisLe chrétien. '
L'empereur Rodolphe I*' envoya des experis à Nazareth; ils rapportèrent que la maison de la Vierge avait été effectivement détachée de ses bases qui existaient encore; qu'il n'y avait aucune différence de nature enire la pierre des fondements de Nazareth et celle de la maison troini'e en Dahnatie; les dimensions se correspondaient d'un édifice à l'autre; de tota quoi on dressa un rapport authentique, lequel fut de plus con* firmé par serment.
Les mêmes faiis furent encore attestés par plusieurs personnages qui firent le voyage de Nazareth.
Cependant la maison ne resta pas à Rauniza, elle en repartit au hout de quatre ans; éUe s'en alla comme elle était venue, la nuît; le lendemain <m trouva la place vide et le sol nu. L'étrange voyageuse s était posée dans un bois de lauriers, près de Recanati ; elle n'y fit qu'une halte pour aller hièntOt sur une monta^jne du voisinage, et enûn à Lorette, dans Ja marche
NAZARETH. ' 37S
d'Anc^yne o& on Thonore et où on la garde avec toutes -
sortes de respects et de précautions.
Voilà six cents ans qu'elle y reçoit les hommages pieux des fidèles.
Cette tradition, généralement acceptée en Italie, n'est pas un article de foi
Nous allâmes yisiter tout près de l'église l'atelier de saint Joseph. On en a fait une chapelle, mais ça etià, sous le plâtre qui tombe.» on retrouve la muraille antique. Dans cette maison, sous cet humble toit, le Christ vécut jusqu'à trente ans, ohscur, ignoré, et comme le dernier des artisans, gagnant sa vie gar le travail de ses mains.
Il y a deux manières de comprendre Tenfancc et la jeunesse de Jésus : une, tout extraordinaire, semée de miracles, pleine d'apparitions, les cieux ouverts
pour le contempler, et les anges descendant pour le servir I
L'autre au contrante, naturelle et simple : reofance
et la jeunesse du fils d'un artisan, travaillaiil auprès de son père adoptif, contraignant aux œuvres serviles ses mains divines et pleines de miracles, ses mains, qui sauveront le monde ! cueillant les fruits ou arrosant les fleurs de son jardin — comme Ovcrhcck nous Fa montré dans cette suite de tableaux, où il unit la pureté classique des maîtres à la naïveté et aux grâces retrouvées de Giotto et de Oimabue.
Pour moi, c'est cette seconde enfance, où l'homme attendait huniblemeht l'heure de Dieu, cette jeunesse écoulée dans la grâce calme et la vertu obscure , que
je me l'epresciilais plus volontiers en visitant ralclier
Nazareth (Hait une ville de la tribu de Zabulon : TAncieu Testament n'en parle guère ; sa céléi^rité date du Christ Peui-^il venir quelque chose de bonde Nazareth? était un proverbe usité chez les anciens juils. Jusqu'au règne de Constantin la ville ne fut habitée que par les jwb. Au vu* siècle elle avait deux grandes élises, celle de Y Annonciation et celle de Y Ange GabricL Quand
Zimiscès prit Nazareth, trois cents ans plus tard , il ne voulut point la ravager, «parce que, disait-il, la Vierge y avait reçu l'annonce de la part de l'Ange. » Les Sarrasins , moins sensibles aux souvenirs chrétiens , la pillèrent au xn* siècle. Tancrède rebâtit ses églises et gouverna le pays avec autant de douceui* que de sagesse. Les âls de Saladin la ruinèrent une seconde fois. Edouard d'Angleterre vint y planter sa croix à la ûn du xiii'' siède ; on tua un grand nombre de musulmans, il en revint davantage. Pendant longtemps la ville ne fut qu'un monceau de ruines. Au xv siècle il n'y restait plus qu'un prêtie et deux chrétiens. Ces deux chrétiens, gr&ce & Dieu, ont cru et multiplié : lems descendants forment aujourd'hui les trois quai is de la population. Les Franciscains ont reconstruit en 1620 l'église de V Annonciation , qui est à peine le tiers de l'ancienne basilique de Sainte-Hélène , dont on voit encore quelques arceaux et une portion de pavé. Le couvent actuel porte la date de 1 7 jû ; nous n'avons absolument rien k en dire.
NASKABEm
Les sancittdires ne sont pas tuès-nombreux à Naz»* refh, ce qui s'explique par la Yie cachée que le Christ
y menait. Cependant il revint dans sa vOle natale a[jrôs sa Résurrection; il prit, dit-ou, plusieurs repas avec ses disciples sur un immense bloc de pierre de forme ronde, irrégulière, creusée de fentes et hérissée d*aspéritéSy que l'on appelle eucore aujourd'hui la Table du Seigneur, Menaa 'Daminù Les Franciscains ont b&tiune chapelle autour de cette Table qui ne pourrait sortir par la porte qu'on lui a laite.
Un autre sanctuaire est Tancienne synagogue de Nazareth, aujourd'hui l'église des Arméniens. Une scène de l'Évangile rend cette église à jamais célëtoe. On sait qu'après le jeûne du désert, Jésus retourna en Galilée et revint à Nazareth où il avait été nourri, et étant entré dans la synagogue» au joui^ du Sabbat, selon sa coutume « il ae leva pour Ure< Et le livre du prophète Isaïe lui fut donné; et ayant ouvert le livre , il trouva le passage où U est écrit : (( L Esprit du Seigneur est sur moi ; c'est pourquoi il m'a oint pour évangéliser les pauvres , il m'a envoyé pour guérk ceux qui ont le cœur brisé, poui* annoncer aux captifs leur délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour soulager les opprimés et prêcher l'année de grùcc du Seigneur et le jour de la justice. » Et ayant fermé le livre, il le rendit à celui qui présidait dans la synagogue et s'assît ; et les yeux de tous ceux qui étaient dans la synagogue étaient ûxés sur lui. Or, il commença à leur dire : <x Aujourd'hui cette parole de rEcriture que vous avez enlendue est accomplie, )>
EXCURSIONS ET PROHENADES.
Et tous lui rendaient témoignage, et dans l'admiration où ils étaient des paroles pleines de grâce qui sortaient de sa buuche, ils disaient : «N'est-ce pas là le Fils de Josephr?)» Et il leur dit : «Vous m'alléguerez sans doute ce proverbe : — Médecin , guéris-toi toimême ; toutes les choses que nous avons ouï dire que tu as faites à Gapharnaùm, fais-les aussi dans ta patrie. — Mais je vous dis en vérité , ajouta-t-il, que nul prophète n'est bieu reçu en son pays...» Et tous ceux qui étaient dans la synagogue furent irrités et, enten-! dant ces paroles » se levèrent, le chassèrent de la ville et le coadui sireht jusqu'au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie , poui^ le précipiter ; mais Jésus, passant au milieu d'eux, disparut tout à coup.
Celte montagne, dont parle rÉcriUiro, est située au sud de la ville, entre Nazareth et la plaine d'Ësdrelou, elle est bordée de rochers et de précipices. La vUle aujourd'hui s'étend uu peu mum* loin qu'autrefois de ce côté.
Tout près de là, sur une colline, on montre les ruines
d'une église dédiée à la Vierge sous 1 invocation de Noti^e-Damc-de-i'Eflroi, Satua Maria Uel Timoré. On
dit que la Vierge était accourue jusqu'au sommet de
cette colline, quand les juifs voiikirent précipiter son Fils. Celle église fut longtemps sous la garde d'un couvent dé femmes', maintenant dispersé. -
La Sainte Famille quitta Nazareth après la scène do la synagogue, pour éviter l'irritation des Juifs, et se retira à Gapharnaûm.
* Nous voulûmes visiter, après cette ;>ynagoguc, où
NAZARETH
Jésus enfant avait étadié la loi» où Jésus devenu Ihomme s'était déclaré plus grand qu'Abraham , Thum- Me église des Maronites » une des plus humbles et des tplus pauvres vraunent que je connaisse, entretenue
pourlant avec un soin qui voudrait titre du luxe; là, pas de tableaux sur Tautel de bois , pas de tapis pré- «cieux sur les escabeaux antiques : il y a cependant un trésor pour les fidèles de Nazareth, croyants au c&ur pur et simple : c'est une relique de saint Maron , le f&ndateur de leur rite , un humérus^ si je ne me trompe, exposé sous verre, noirci par les ans, mais délicatement placé sur un coussin de velours nacarat, dans une Biche blanchie à la chaux, et vo9ée comme un tabernacle sous des flots d'indiennes roses.
Non loin de la maison de saint Joseph, 6n visiteiine jolie fontaine où la Vierge venait souvent, et que les chrétiennes de Nazareth appellent encore la Fontaine de Marie.
Elle est dans un site charmant, tout près de la ville, sur le penchant d'une colline et dominant une belle et vaste plaine ; un palmier, couronné de ses fruits d'or, secoue au-dessus d'elle ses éventails de verdure. Les fenunes de Nazareth y viennent encore aujourd'hui comme au temps de l'Évangile. Nous-mêmes nous allions chaque soir y passer quelques heures, dessinant ou lisant. Nous aimions voir arriver à nous ces belles jeunes filles, semblables à la Rebecca des récits bibliques; un de leurs bras b arrondissait au-dessus de leur téte, soutenant légèrement l'amphore rebondie, tandis que l'autre se campait fièrement sur la hanche ; le ma-
EXCmiœ^NS ET PROMENADES.
sarah releTé découvrait leur Tisage bnml^ et laissait
voir leurs grands yeux noirs pleins de soleil. Elles savaient qui nous étions et s'approchaient sans crainte; parfois elles se penchaient curieusement sur notre livre, admirant ses ligues bizarres et ses caractères étianges à leurs yeux; ou bien, feuilletant tamiliêrement notre album» elles se montraient du doig|; uu costume reconnu, ou quelque profil aquilin d'une sœur ,0H d'une amie dessinée la veille; puis, elle s'enhardissaient jusqu'à nous parler, et s'étonnaient viaibl^nent de nuire peu d'intelligence à comprendre une langue qui leiu" semblait si facile. Alors , comme le serviteur d'Abraham, nous leur demandions & boire-*c'étaii une des premières choses que nous ayons su faire dans un pays où l'on a toujom s soif— mais elles, avec la malice inoffensive des jeunes filles , elles se plaisaient à nous faire répéter la demande, comme pour entendre le soa de leurs paroles dans une bouche étrangère— puis elles . approcbai^t l'amphore de nos lèvres et bientôt s'éloi* gnaient insouciantes et rieuses.
I^ous, cependant, nous cherchions à rassembler nos souvemrs , tour à tour feuilletant l'histoire ou interrogeant les traditions.
C'est auprès de celte fontaine que Jésus enfant accompUt son premier miracle: il avait alors douse ans , nous disent les traditious pieuses, n jouait avec d'autres enfants de son âge : prenant l'argile souple au bord de la fontaine, ils enfaisaient de naïves éb^ucb^ de petits oiseaux , qu'ils rangeaient ^suite sur le sol ; et Jésus faisait comme cujl Mais voUà que tout à coup
les oiseaux façonnés de ses mains pleines de vie commencèrent à s animer; Targile se couvrit de plumes; un souffle frissonna dans les ailes palpitantes^ puis les oiseaux prirent joyeusement lem* volée; les uns montèrent en chantant vers le ciel» les autres peuplèrent les rameaux des grands arbres penchés au-rdessus des eaux, d'autres enfin, voltigeant autour de l'Enfant- Jésus, eilleuraipnt son front de leurs ailes, ou, doucement familiers. Tenaient se poser sur ses épjaules cft becquetaient ses joues.
r^ous restâmes plusieurs jours à Nazareth , courant la campagne, fouillant les environs et rentrant le soir à la ville, recevant toujours et partout raccueillc plus aimable et le plus empressé. Tous les catholiques latins, alliés entre eux^ ne forment, pour ainsi dire, qu'une seule grande famille; son Cheikh, honore comme un patriarche, nous ouvrit son divan, où nous trouvions toujours le café chaud et le tcbibouck allumé. Ce divan était une grande pièce carrée, avec un siège bas tout autour, tendu de perse rayée; des filets d'un rose tendre ou d'un bleu sentimental dessinaient de fines arabesques sur le mur blanc ; les fenêtrcs étaient encadrées dans une ornementation élégante et légère; les poutres et les solives du plafond peintes en couleurs Tites*
Quand nous étions là, le divan était ouvert pour tout le monde; venait qui voulait : on ne refusait à personne le tabao ou le café. C'était à peu près ce qu*est chez nous une réunion officielle, eu égard aux mesura diffiârentes des deux pays ; mais, ces réanions
EXCURSIONS E£ PHOMEISAOES.
étaient silencieuses et souverainement calmes. On touchait Dotie main , on faisait celle du Cheikh, puis OD s*asseyait en absorbant son café par petites gorgées, et Ton funiaïL avec un rccueillcmenl profond.
Lu autie persomnage impoilaut de la villes c'est l'agent consulaire de France, Koubroussi , petit-fils d*un capitaine des janissaires d*ÉgyptG, au service du général Bonaparte, et mort — suivant Texpression éner* gique de son petit- fils ^ dans les blessures de la France.
Koubroussi aime les Français, et, au besoin, il sait les protéger : j'en ai eu la preuve. Pendant tout le
temps de noire séjour à Nazareth, il se mit gracieusement à. nos ordres, sa maison, devint la nôtre : ils nous apporta les papiers de son grand père, nobles archives de sa famille. Nous y Lrouvàmes une lettre deDuroc, grand maréchal du palais, qui autorisait un des fils à porter la croix du père. Le ruban rouge de la légion d'Honneur se transmet commis le cordon noir de Malte... à Nazareth. Nous vîmes chez Kou* broussi trois ou quatre générations abritées sous le même toit, et entourant de respect une aïeule centetaire, h laquelle nous eûmes l'honneur d'èlre présentés. La peau, transparente et finement ridée , couvrait à peine les os de ses bras et de ses mains diaphanes ; le visage était comme un parchemin sec, avec deux trous noirs, au fond desquels Tœil scintillait encore sous la paupière clignotante; à côté d'dle ses deux brus, l'une de treize et l'auti^ de quatorze ans, apportaient là, sans y penser, le contraste deleur
NAZARETH
jeune et fraîche beaulé — une touffe de fleurs sur une raine. — La vieilte au chef branlant nous fit demander si nous étions médecins, question bien naturelle à CQt âge !
Je parlais tout à Tbeure d'une bru de treize ans : on se marie jeune à Nazareth, trop jeune peut-être :
la raison ne se forme pas aussi vite que le corps. Avec.le diespotisme musulman, la chose paratt avoir moins d'inconvénients. La séquestration et la force assurent los privilèges du mari. La libel lé des unions chrétiennes a be3oiû d'un peu de sagesse.: quand le mari vient avant la raison, le mariage n'est phis qu'un jeu d'enfant; on se boude sans niolifs, on se quitte sans sujet, on se reprend sans réflexion : ici, une des plus' graves occupations des prêtres, c'est de remettre la paix dans le ménage. iVjur l'homme qui passe et qui regarde le monde comme un tableau , plus épris de la beauté que de la vertu, artiste plus que philosophe, rien n'est charmant comme ces jeuucs mères au doux regard, au doux sourire, assises sur le, seuil de la porte antique, et jouant à la poupée avec des eur fants potelés et joufflus comme des chérubins.
Du reste, la beauté des femmes n'a pas le même caractère à Nazareth que dans les autres villes de la Palestine; ce n'est pas la sauvagerie provocante des femmes arabes ; ce n'est pas non plus la simplicité et la grandeur biblique, des femmes de Beit-^Léhem. Mais les artistes du Nord, si souvent affligés dans le Midi delà nostalgie du blond, y reti*ouYent un type qui leur est plus sympathique et plus cher. Elles sont
âS2 £XCUBSIONS ËX PROMENADES.
plus cbarmaalcs que belles» ces jeunes Nazaréennes, avec leurs lèvres minces, leur nez uo peu Irop fin, et Irârs yeux eonftants et timides à la fois. Elles portent des robes de tons clairs et de nuances voyames^ comme on dit dans je ne sais quel jargon barbare, des oeintores bleaes on violettes, qu'elles appellent tmar, et une maute noii'e, moins grande que le niassaraJi de Beit-Ldiieai, et qu'elles- 6tent et ronettent à volonté. Elles vont toujours pieds nus, et, pour p^n que l'on ait quelque compassion dans i àme, on se sent fortement tenté d'Mlever la pierre et la ronce dA chemin,
qui vont déchirer leurs membres délicats.
U y a, dans la toilette de ces femmes, un détail trop caradéristique pour que j*aie le droit de rofd>lier : c'est le tatouage, que Ton pi aiique ici avec unescience profottde. Une coucbe légère de beiuié relève le rose de rofligIe:4niwle,eeIaseTOit|MaiMt: msecondcercie entoure, comme un bracelet, les articulations mêmes éa po^net, 49eia se roit mfm% autre part Quant «u visage, il est l'objet d'une étude toute particulière; pour loi, c'est la couleur bleue que Von préiève : un pinceau fin et sûr, trace doue mt l'incarnat 4es lèvres une foule de petites divisions qui i'épondenl à la séparaUoa des dents , tandis que les mouches, égaiemeni bleues, voltigent aor le ^4sige m se posent anx e»-
•droits marqués par les ti adlLions de l'élégance orientale, à peu près comme chez nous : ï assassine sur ie front, la provocante au bord de VcâletVenga^mÊte am coin de la lèvre; ajoutez un collier de verroteries d'Hébron et une guirlande de piastres dans les cbe-
NAZARETH
veuxi etYoos aurez une idée à peu près juste d'une jeune flHe da Nazareth ; il n*y maà^rieira plus que l'a-
nimalion de la vie, le charme de l'expression et Té- .dair du regard. - *
/ J'ai pourtant rencontré, à Nazareth cpielques types de la beauté brune, correcte et sévère. Une fois, entre autres, au seuil même de l'église de F Annonciation , Je vis une femme, sur le visage de laquelle je reconnus la beauté de l'Orient : c'était une pâle fiévreuse, tout amaigrie par le mal, et qui portait au temple, comme dans les auciens jours, une couple de colombes blanches.
Mais Je mal lui*méme n^avait pu effacer complète*»
ment l'empreinte du type originel, et l'on ])ouvait encore, à travei'S ses ravages, retrouver le fier profil, la courbe gracieuse et royale un peu allongé de la plus pure race caucasique ; mais l'œil immobile dans sa prunelle agrandie avait une fixité étrange et, malgré soi, Ton revenait toujours à ce beau visage , qui reposait déjà dans le^calme de la mort.
Plus d'une fois nous sonunes entrés dans des maisons où nous accueillait riiospitalité conliante. Nous voyions avec je ne sais quel épanouissement d'âme, trop rare dans nos climats, une douceur affectueuse
dans les relations qui de l'homme s'étendait jusqu'aux animaux; ici c'étaient la chèvre , le bœuf et la brebis admis dans Tintimité de la famille; parfois c'ctait l'oiseau du ciel entrant et sortant librement par la fenêtre
sans vitreSi tantôt un essaim d'abeilles, qui logeait ses
384 EXCURSIONS ET PAÔMENAbËS.
rayons dans un trou du plafond, se suspœdant aux:
poutres et aux solives , comme une grappe bourdea— nante et parfumée.
Quand on dit aux femmes de NazareUi qu'éBesaont' belles — parfois on le leur dit— elles répondent modestement que c'est à la Vierge Marie qu'elles doivent leur beauté.
liCS euwiroiis de Aaxareth*
Le voyageur, tourisLe ou pèlerin, doit établir sps quartiers à Nazareth pour faire quelques excursions aux environs.
La première est celle du Mont-Thabor.
Le Mont-Thabor, que nous avons laissé sur. notre droite en traversant la plaine de Jesraël, s'élève, comme un dôme de forme ovale , à peu près isolé dans la plaine ; il se soude vers le nord , et par des articulations presqu'invisibles , aux montagnes de la Galilée; puis il s'avance vers le mont Hermon , avec lequel il forme un contraste frappant , par la douceur et la pureté de ses lignes , le charme de ses aspects» Fabondance et 1 éclat de sa végétation.
11 faut trois oa quatre heures pour atteindre le sommet du Thabor.
C'est un plateau d'une demi-lieue de circonférence, légèrement incliné vers le couchant Ce plateau, dans
sa pliisgrandn ])arlie, est couvert tUarbros et déplantes odorantes, lierres grimpants, vertes yeuses » baumes , sauges parfumées et menthes sauvages. On désigne le
EXCUBSIONS ET PROMENADES
sud-est du platoaiT, comme ia pai Lie de la montagne où le Christ s'est traasiiguré.
« Jésus, prenant avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, les conduisit à l'ëcart sur une montagne élevf^e, et se ■ transligara devant eux. Son visage resplendit comme le soleQ , et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. En même temps leur apparurent Moïse et £lie, s*entreteDant avec lui. Or Pierre dit à Jésus : « Seigneur , il nous est bon d*être ici : si vous voulez , faisons-y trois tentes, une pour vous , une poui* Moïse ét une pour Elle, n II parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse les couvrît; et voilà qu'une voix sortit de la nuée, disant : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis mes complaisances , écoutez-le. » Et les disciples entendant , tombèrent la ftice contre terre et furent saisis de frayeur. Et Jésus s' approchant , les tou^ eha et leur dit : «Levei^-vous et ne craignez point » Alors, levant les yeux, Ils ne virent plus que Jésus seul. Et comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur fit cette défense : «Ne dites à personne cette vision , jusqu'à ce (^110 le Fils de l'Homme soit ressuscité d'entre les morts. »
Saint Pierre avait donc le droit de s*écrier : « Ce n'est point en suivant d'ingénieuses fictions, que nous avons fait connaître la puissance et l'avènement de Nolre-Selgneur Jésus-Christ, mais après avoir été nousmêmes les spectateurs de sa majesté. Nous avons entendu la voix qui venait du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la montagne sainte. »
Le Ihahor^ avec ses flancs parés de fleurs et de ver-
ENVIRONS DE NAZARETH
durCi ayec les fontaines mui^murent à ses pieds, et son sommet aplani comme la table des sacrifices ,
seniiile un autel que Dieu s'est di*essé de ses mains, sons le iùme étincelant des cieux.
Le Cbrist tféleva point trois tentes sur le Thabor, selon le vœu des apôtres, mais les chrétiens y ont élevé trois autels sous de petites voûtes qui les protègent
Des sommets du Thabor , on découvre une des plus belles perspectives qui soient au monde ; vers le midi, r œil plongeant à travers les cimes dentelées de Gelboé va se reposer sur les tignes bleuâtres de Juda et d'Ephraïm; à TOuest, le Carmel aux teintes sombres, ferme Thorizon, et cache la Méditerranée, qui mugit derrière son infrancbissable barrière. Âu nord , la Galilée tout entière s'étend devant vous, riante et fertile, s'abaissant en vallées profondes, et remontant graduellement jusqu'aux flancs de TAnti-Liban et du grand Ilermon qm porto au front mie couronne de nuages et un diadème de neige éterneUe; puis encore ce sont les déserts de THaouran, le lac de Tibériade , encadré dans les culliaes qui lui font comme une bordure ciselée; puis le fleuve sacré et la vallée du Jourdain, et enfin la plaine d'Esdrelon , dont le sol brûlant s'est abreuve tant de fois du saug des nations.
Le Christ en descendant du Thabor, guérit un possédé. Raphaël a voulu comprendre ces deux sujets dans l'unité un peu complexe de son beau tableau de la Transfiguraiion. Raphaël a deviné le site vrai de la scène, qu'il reproduisait avec la sûreté de pressentiment qui fut un des U aib de sou génie.
LXCLi;i>lU.\5 A:.! PKOMliiNADES.
Depuis le j ur où il vit la gloire du Christ, le Tha*
bor lient une place iuiporlanie dans rbistoiie de la Palestine. Les Arabes rappellent aujourd'hui Djelhel- NouTy « montagne de lumière. » Vraie montagne de lumière, en effet, dont la cime radieuse semble suivre partout le regard du vorageur dans la plaine d'Ësdre- Ion. Flavius Josr'phc, pendant la i évolte des juifs, entoura de murailles le sommet du Thabor, d'où ces malheureux (tirent bientôt chassés. On Toît encore les \('sli^.(!S de la muraille de Josîplie. Trois cents ans plus tard, sainte Hélène y bâtit une église; au. vur siècle, on V trouve un couvent consacré à Moïse et à Élie. A r« pnque des croisades, la montagne était couverte de cellules et peuplée de religieux. Le sultan Bibars tua et brûla beaucoup sur le Thabor. Aujourd'hui, les tabernacles du Thabor sont abaiulonués aux biLes fauves. Les croisés avaient bûti, sur la montagne, un château pour les pèlerins , qu'on appelait le château du Fils de Dieu. Les Sarrasins le détioisiient, prétendant qu'ils ne pouvaient, dans son voisinage , semer ni moissonner en sûreté.
Nous retiouvons le Thabor dans nos annales, à une date beaucoup plus récente.
En 1799, pendant que l'armée française était occupée au siège de Saint- Jean-d' Acre, les populations indigènes se soulevèrent et prirent les armes. On envoya des colonnes expéditionnaires pour les soumettre et s'opposer à l'armée turque, qui accourait de Damas. Trois inUle Français, commandés par Kléber, atta(iucreni ticnle mille musulmans. On se ballail de-
ENVIRONS OE NAZARETH
puis cinq hewes; lutte inégale du courage et du nom* bre. Un coup de canon retentit sur les hauteurs de Nazareth : c'est Bonaparte! les Musulmans ëperdus sont enfermés dans un cercle de Ter et de reu, et, bientôt, le jeune général date un de ses merveilleux bulletins du Mont-Thabor. Nous sommes d*un pays où Ton comprend la solidarité de la gloire ; la grande ombre vaincue des croisés dut tressaillir, consolée dans sa mort, par ce courage heureux et par ce Aer exploit qui vengeait leur revers.
On trouve dans les fourrés du Mont-Thahor des
chacals, des onces et des léopards, des faucons blancs et de grands aigles volant d'un rocher à l'autre , tan-
dis qu'à ses pieds, dans la clairiùre de bois, paissent iuuocemmenl des troupeaux de daims rouges. . ' >
Quand on va du Aioiit-Thabor au lac de Tibériade, on atteint bientôt le petit village d'£^.$a^c, sur remplacement de l'ancienne ville ctiananéenné de Béthanath."
A partir de ce village, on aperçoit, de temps eu temps, les roches volcaniques qui soulèvent la terre et percciiL la mince écorce du soi, préludant ainsi aux scènes de désolation et de grandeur sauvage qui entourent la mér de Tibériade. ' *
Nous traversons maintenant la plaine d'Hittin, si
doulom-eusement célèbre dans riûstoiie de nos défaites. ^ * ' : ; :: .» ^ / : - - ?
* C'élail a la fin du \iv siècle : les chrétiens s'étaient amollis dans la victoire. La dissension s'était mise
MO EXGURSIOI^S ET PBOUENADES.
dans leur camp ; Saladin, à la tête de qaatre-Tii^ mille musTilmans, avait franchi le Jourdain et s'avançait vers Tibériade. Guy de Lusîgnaa, roi de Jérusalem, Tint à sa rencontre. On se choqaa au pied de la colline d'Hittin. L'avant-garde était commandée par le comte de Tripoli Les bai'ous et seigneurs de la ïcrre- . Sainte, avec leurs chevaliers, étaient placés sur les ailes ; le roi de Jérusalem marchait au centre, avec un corps d'élite qui escortait la vraie croix ; les ctievaliers dtt Temple et les Frères de Saint-Jean-de-Jérosa- Icm formaient l' arrière-garde.
Le roi se troubla dés la première attaque , et prononça ces mots de fâcheux augure : a Hélas I hélas l tant est fini povœ nous, nous sonunes tous morts , et le royaume est perdu I »
La chaleur était accablante ; la disette d'eau faisait cmeUement souffrir le soldat : il avait épuisé , selon la belle parole de l'historien arabe , jusqu'à l'eau de ses larmes ; demain, disaient-ils, nous aurons de l'eaa avec nos épëes I Pendant la nuit, Saladîn fit mettre le feu aux broussailles et aux herbes sèches. On enferma les chrétiens dans un incendie. L'action du lendemain fut décisive. Au commencement, les croisés se battirent comme des lions, à la lia , ce fut un troupeau de brebis dispersées. Le combat fut rude partout ; il fîit héroïque autour de la croix. Plus d'une fois les musulmans, victorieux partout, plièrent devant la sainte relique. — « Faites mentii* le diable I » s'écriait Saladin. — « Ils fiiient t ils fhient ! » disait son fils. — « Tais-toi, tais-toi, reprenait le Sultan, ils ne se-
...... ^le
ENVIRONS DE NAZARETH
ront vraiment vaincus que lorsque le pavillon du Roi tombera. » Le pavUlon du Roi tomba; Févéque de Pto-
lémaïdc loiiiba aussi avec la croix qu'il portait. Ce fut la fin de tout ; la croixfut prise , le croissant victorieux et la déroute complète. Saladin descendit de cheval et rendit grâces au ciel : il était maître de la Palestine.
Ici, tous les souvenirs se mêlent, et sur celte montagne d'Hittin, témoin de la défaite des chrétiens , le Clii ist lai-iiiOuic prononça une de ces paroles qui devaient changer la face du vieux monde : je veux parler du sermon des Béatitudes^ que l'on appelle aussi le
Sermon sur la montagne»
n Bienheureux les pauvres en esprit » parce que le royaume des deux leur appartient
«Bienheureux ceux qui soiit doux, parce qu'ils posséderont la terre.
a Bienheureux ceux qui pleurent» parce qu'ils seront consolés.
u Bienheureux ceux qui ont faim et soii de la. justice, parce qu'ils seront rassasiés.
« Bienheureux les miséricordieux, parce qu iis obtiendront miséricorde.
c( Bienheureux ceux qui ont le cœur pur» parce qu'ils verront Dieu.
« Bienheureux les paciliques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu.
« Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, paice que le royaume des cieux leur ap-partient. »
Les grandes scènes de la vie du Glu ist se sont tou-
392 EXCUBSIONS ET PROMENADES.
jours passées sur les montagnes. C'est sur une montagne qu'il a jeûne quai ante jours , et qu'il a été tenté par le diable; c'est sur une montagne qu'il a institué rËucharistie, qu*U a pleuré Jérusalem, qu'il fut transfiguré et qu'il est inorl; c'est sur une nioiUai^iic qu il a pris congé des disciples et des apôtres pour retourner au ciel ; c'est sur une montagne qu'il reviendra au dernier jour pour juger les hommes.
Le sommet de ruittin présente comme une double pointe que l'on nomme les cornes de THittin. On U oave en ni on tant deux plateaux superposés : le plus élevé, qui n'a que trois cents pas de circonférence, est celui sur lequel Jésus a prononcé le sermon des Béatitudes. Les traditions rapportent qu'il était tourné vers le Thabor. C'est encore sur cette montagne que le Christ choisit ses apôtres , et qu'il leur apprit cette prière, la prière par excellence : u Notre Père qui êtes aux cieux , » qui met chaque jour des accents sublimes dans des millions de bouches ignorantes.
■ On traverse lentement et tristement la plaine d' Hittin, au milieu des orges malingres et des avoines sauvages qui poussent avec la bruyère.
C'est à rextréaiilé orientale de la plaine d Hittiu que se trouve le beau lac de Gennézaretb.
Le calme de ses eaux*- une nappe d'azur immobile, inondée de lumière étincelante — contraste avec l'Apre sévérité de ses rives, cratère de volcan, semées de rochers et de laves. " '
" Autour de cette mer , des villes nombreuses put
ENVIROKS DE NAZARETH. 393
fleuri, U n'en reste plus que des ruines: c'était Corozaïm
qui ferma 1 oreille à la parole du Christ ; c'était Gapliarnaûm, sur ce promontoire vert, où de grands arbres mirent leur front superbe dans les eaux; c'était Mag* (laie, première patrie de celte belle et tendre Marie, et qui lui donna son nom de Madeleine, quand elle vint demem*er à Béthanie; c'était Betfasaîde, patrie de Simon-Pierre et d'André; c'était enliii Tibériade, la ville d'Uérode-Antipas, qui voulut ainsi élever un monument étemel de sa reconnaissance envers Tibère. Le site était charmant et d une fécoiiilité merveilleuse; la terre portait toutes les plantes et réunissait les produits de tous les climats , depuis le noyer des terres froides jusqu'au palmier ami des sables brûlants; les saisons semblent s'y réunir plutôt que s'y succéder, et la pl 11 part de leurs fruits se conservaient toute l'année: à l'est, un lac poissonneux la nu llait en rapport avec la basse Syrie, à l'ouest^ elle était abritée par des collines fertiles , et dans ses environs on trouvait des eaux thermales, cette nécessité de la vie antique.
La mémoire de Tibère protégea mal Tibériade conti e les Romains ; elle fut ruinée sous Yespasien.
Après la prise de Jérusalem par Titus , les docteurs
juifs se retiièrent à Tibériade , où ils fondèrent une école célèbre, d'où sortirent plus tard la MUcha, qui est le texte du Talmud^ et la Massara, qui Teut*être la critique de la Bible. Tibériade , comme Jérusalem , Hébron et Sased, est considérée par les juifs comme une
SQ& ElGURSiOKS £T PfiOM£NAD£S.
Tille sainte. £ux seuls eurent le droit de l'habiter jusqa*au règne de Constantin. C'est sous le r^e de ce prince que Ton découvrit dans le tre'sor des juifs rÉvangile de saint Jean, et les Actes des ^apôtres tradntts du grec en hébreu, ainsi que rÉvangile de saint Matthieu dans son texte hébreu.
L'ancienne Tilie s étendait entie le lac et les montagnes.
On découvre, sur un emplacement considérahle, des fondements d'édifice , des débris nombreux et variés, et quelques beaux tronçons de colonnes d'architecture gréco-romaine, La ville iiouvelk s'avance un [)eu ijUis Ters le nord. Un tremblement de terre Ta renversée en 1837; c'est à peine si elle commence à se relever.
Le lac de Tihériade , que Ton appelle aussi lac de Génézareth ou mer de Galilée, a cinq lieues de long et deux de large : 9 se ressent de la dépression de la vallée du Jom'dain et son niveau est inférieur de plus de six cents pieds à celui de la Méditerranée. Ce beau lac s'endort sur un lit de sable, que les volcans bouleversent de temps en temps dans leurs catastioplies tumultueuses : on trouve de nombreuses espèces de
poissons dans ses eaux limpides et douces.
Le Christ a fécondé de ses enseignements divins les belles rives de la mer de Galilée : de ses pécheurs grossiers il fit des pécheurs d'hommes ; tour à tour il se promena sur ses flots tranquilles, ou apaisa leurs tempêtes d'un geste de sa main ; il y chassa les démons, il y guérit les malades, il y nourrit tout un peuple avec cinqpains innombrabiementmultipUéSi et il y prononça
ENVIRONS D£ NAZARETH. 395
des mots que nous méditons encore ; « Il y a des tanières pour les renards et des nids pour les oiseaux du ciel, mais le Fils de Thomme n'a pas où reposer sa têteî »
Quinze villes , comme une ceintitf e vivante » pressaient jadis les flancs du lac de Tibériade; on n*en re-
ti ouve pas toujoms les traces,
£tiam periere ruinœ!
L*antique végétation a p^du sa splendeur et so^
éclat, et l'on ne voit plus aujourd'hui que quelques rares palmiers, des roseaux et des lauriers-roses ^ont rombre fait mourir.
Magdala n'est plus habitée que par des colombes qui donnent leur doux nom à sa petite vallée a IVadi-hama, »
Quand le Jourdain a quitté les belles eaux du lac da Tibériade, il se creuse un lit de pierre, où il coule avec fracas, puis il va s'ensevelir au loin dans le iûtume,Je soufre et la fange.
r Quand on a quitté les Cornes iCllaùn et les blocs de basalte noir, appelés les douze trùms, que sainte Hélène fit apporter sur l'emplacement traditionnel de la multiplication des pains, on s'avance à travers des campagnes aussi fertiles que peu cultivées, où le découragement du Fellah recueille à peine de quoi ne pas mourir de faim; on arrive, après trois heures de marche, au champ des épis, où les disciples scandalisèrent la conscience timoarée des Pharisiens, parce qu'ila
avaient arraché quelques épis le jour du sabaU Ce champ est tout près du petit village de Tarran, et à trois quarts de lieues de Cnna.
Cana est b&ti eu amphithéâtre sur uue petite éuii* nenee. qui est comme le centre d'un horizon de collines.
Le miracle de Cana est dans tontes les mémoires : ce flit la première manifestation éclatante de la gloire de
Jésus. On voit encore les ruines d'une grande et belle églisOy construite sur remplacement de la maison où les noces furent célébrées. Les six urnes de pierres conservées longtemps sur les lieux, fui ent transportées en Occident pendant les Croùades. Une d'elles» fut longtemps gardée dans Fabbaye de Port-Royal— ce qui n'empêche pas les moines grecs » de les montrer encore toutes les six au voyageur — la fontaine où Ton puisa Teau du miracle est à deux cents pas de Cana : la source est reçue dans trois bassins de pierre.
Une route onduleuse, à travers des montagnes crayeuses et nues, vous mène en deux heures au village de Séphoris. On trouve à mi-chemin la fameuse fontaine de Séphoris, près de laquelle les rois de Jérosa* lem rassemblaient leurs armées quand ils préparaient une expédition contre la Syrie. Les croisés s'y désaltérèrent plus d*une fois , et Kléber y campa la veille de la bataille du AIonl-Thabor.
Séphoris n'a pas de souvenirs bibliques, mais ce fut la pairie de sainte Anne et de saint Joachim, les parents de la Vierge. On y voit encore les belles ruines
ENVIRONS DE NAZARETH. o07
d'une église à trois nefs , sous l'invocation de sainte
Anne. Ces ruines, comme celles de Téglise de Cana, appartiemieat aux Frauciscains» et pox*teut les armes de leur couvent, la croix de gueules, potencée et can<* tonnée de quatre petites. Le chœur de Téglise est entouré de débris de murailles et de tronçons de colon-
nés renversées. Les Musulmans ont encombré la nef
de petites masures misérables. Les Aiabes de ce village sont durs et inhospitaliers pour les chrétiens , ce sont les plus farouches que j'aie rencontrés dans la Palestine.
Nous arrivâmes à Séphorts vers deux heures de Ta*
près-midi, après une longue et pdnil)le marche , par un de ces soleils torhdes qui vous dessèchent le gosier,.
Cum spuit ore viator
Aridus. • • • •
L'air était embrasé. On respirait du sable chaud, et
il faisait si soif, que cette fois encore Clc^opidi e eût offert sa couronne pour une coupe fraîche — une perle pour une goutte d'eau I
Une lemme passa, portant sur sa tête vaillante une de ces gracieuses amphores, comme on les voit, dans les tableaux bibliques, entre les mains de Rébecca & la fontaine.
— Un peu d*eau I demanda une voix défaillante.
On dit que la femme est naturellemcnl bonne : et
• pour mou compte je Tai toujoui s cru, celle-ci approcha la coupe des lèvres altérées» *
— Pourquoi , dit une voix rude Une voix d'homme — pom*quoi douues-ta à boire à un chien deeUrétient
— Et toi, répondit le chrétien qui savait assez bien l'arabe, pottrq[uoi m*insultes-tu 2 Ne sais-tu point qu'il faut donner à boire à tous cetix qui ont soif? L'eau ne se refuse point au déseil,. Que ta gorge se dessèche!
Cette dernière phrase est ime imprécation arabe qui parait terrible à des gens qui ont toujours envie de boiré. Le Bédouin entra en furèui*; il poussa un cri d'alarme, et bientôt tout le village fut sur pied. On prit fait et cause pour le délinquant ; il plut des pierres ; et fl nous fallut opérer un mouvement de retraite sous la mitraille des femmes , des enfants et de ces quelques drôles qui sont toujours, & $éphons comme ailleurs , du parti de ceux qui battent les autres.
Koive premier soin, en rentrant à Nazareth, fut de porter plamte près de l'agent consulaiire qai représente la France.
Je l'ai déjà dit : Kobioussy est ûls d'un capitaine de Tempir^ aux mamelouks d'Égypte, et frèire d'un soldai mort en Afrique. Il prit notre affaire à cœur, et nous proposa de nous mener chez le naïb — sorte de juge de paix — pour faire nous-mêmes notre déposition dovaiU lui. Nous n'eûmes garde de refuser; c'était ime trop précieuse occasion d'avoir un échantillon de la justice turque.
ENVIRONS DE NAZARETH. 399
li étkit déjà tard : Aous^ n^én fûmes pas moins admis immédiatement aupxès du juge. C'était un beau tiéillai^d à eheyeux blancs, doat rœil noir et yif pétillait soUs un épais sourcil grisonnant. Il était assis, ou plutôt accroupi dans le coin de son divan , sur line plie de èarrëaux , fumant délicatement le Ting-
tième tchibouck de la jouraéc. Nous nous répandîmes, autour de lui, en des poses diverses , sur les nattes et sur les coussins.
Le naïb nous écouta dans un impassible silence. Quand nous eûmes fini) il posa solennellement Tin- ÛBJL de sa iiiain droite siir ses lèvres , et parut un instant livré à des réflexions proloudes.
Il appela son greffier,
Célul-cî, plus vieux ëricorë, accourut d'un pas
tremblant , s'agenouilla au milieu du divan, posa une paire de besicles sur .un ness accentué^ tira de sa ceiii-^ ture tinë ëcritoire qui contenait avec Tencre le papier et les plumes, et écrivit quelques lignes chcvro liantes, sous la dictée du naïb : celui-ci treinpa son anhéail dans l'encre, l'apposa, en guise de seing, au bas du papier qu'il remit tout ouvert à deux cavaliers éperonnés.
Puis, nous congédiant de la main, avec cette dignité superbe et un peu théâtrale qui n'abandonne jamais tout à fait les Orientaux , il nous donna rendez-vous pour le lendemain à midi.
Le lendemain , toute la ville de Nazareth était en éinoi. Une escorte de cavaliers venait d'amener à la prison dix Cheikiis du village de Séphoris. Je noterai
&00 BXCURSIONS ET PROMENADES.
en passant, et comme trait de. moem^s, qu'on les aTait conduits d'abord à la mosquée pour faire leurs prières — c'était un vendredi , et le vencU edi est , C(>mme aa sait» le dimanche des Musulmans. — A midi, nous entrions dans le divan transformé en salle (l'audience. Le naïb nous fil asseoir derrière lui : on nous apporta du café et des pipes.
Bientôt on introdidsit les dix prévenus : c'étaient dix hommes d un âge mûr, graves comme des statues , et incapables vraiment de jeter des pierres aux passants. le me permis de faire observer à Son Excellence qu'elle n'avait devant les yeux aucun des délinquants de la veille*
— Que voulez-vous I répondit le naîb, il faut pourtant bien prendre quelqu'un... et puisque vous ne connaissez pas les auti;es, ceux-ci payeront à leur place.
Colle façon d'inlci [)rëtor le dogme mystérieux de la révei^sibilité hu^paine ne laissait pas que de troubler un peu ma conscience' naturellement timorée pas conuno celle des Phai isions — niais on ne raisonne point avec un juge sur son siège. Celui-ci adressa aux dix malheureux accroupis devant lui un discours foudroyant il leur reprocha amèrement rënoniiiti! do leur crime vis-à-vis d'une nation amie de notre seignem* te Sultan.., Il paria de la grandeur de la France et de bien d'autres clioses encore, que noire consul écoutait avec des signes de visible approbâlion.
Cependant, un des Cheikhs accusés, profltantdu moment où réioqucnt orateur, légèrement suffoqué, s*ar-
ENVIROINS EX NAZARETH.
rêlait pour reprendre haleine^ lui tint à peu près ce langage :
«^Magnanime Gadi, ta parles comme le Koran, c^est
certain; mais pouilant que Ton Excellence considère' que nous ne savons pas encore au juste de quoi il s'agit. Nous dormions tFanqaiUemént cette nuit dans nos maisons , quand les cavaliers sont venus nous prendre : on a jeté, des pierres aux seigneurs chrétiens : c'est mal... Si les seigneurs chrétiens nous reconnaissent, qu'on nous punisse... Ils sont là, qu'ils parlent! Sinon, qu'on nous renvoie.
Je n'aurais trop su, je Tavoue, que répondre à cela, mais, le naïm est un plus grand clerc 1 Puisant donc une nouvelle énergie dans la contradiction , il reprocha aux habitants de Séphoris tous leurs méfaits passés, et, entre autres choses , le peu de soin qu'ils met* talent à surveiller leurs femmes et l$urs enfants.
— Pour moi, magnanime Gadi, reprit le plus jcime des accusés, je suis célibataire et je n'habite Séphoris qne depuis fort peu de temps.
— II ne fallait pas y venir, reprit le juge impati^té, voilà ce que c'est que de fréquenter les méchants...
Et, pour éviter toute discussion oiseuse, il déclara les débats terminés; et, après avoir consulté le prophète, dans un recueillement de quelques minu* tes, il condamna les dix Cheikhs présents à dix jours de prison et à guatrc'umgts amps de bâum. Les dix Cheikhs se levèrent, saluèrent le Cadi et ne prononcèrent que ces seuls mots : « Dieu est grand i qu'il
403 EXCUBSIONS SX VWWWVS»^
80it fait 60Q plaisq* I » On 1^ vm^W^ en prison*
— Eh bien! êtes-vous contents, et que direz-Yous dQ moi eu Frdpce î fit le juge en m retournât Ters nom,
— Que tes jugements égalent ceux de Saloiiipn, que U0U6 Touioifs sâvoif tou uom PQur le dire ^ ug^ aq[)i9 Qui le rediront aux leurs,
— CheiUL-Amin- Ejfendi, répond-il eU S'incUuapt
avec une pleine de m^ipsté.
— Ilb bieq | d^ikh-Amln-Effendi» ta as fait éclater
ta colère contre les méchants : c'est bien ! laissp-pous
maintepaiU; \mg éclater notre géaérosité envers des malheureux. Nous sommes les fils d*un Dieu qfâ, pardowie ; reniets la peine aux condamnés.
— Jf *y consens t dit 1§ Gbeikb* Cel^ dépend de Ton« ;
signez la grâce.
Nous signâmes.
— Et les frais ! demanda le greffier.
— Vous savez bien, greificr, qu'on ne fait jamais giâce des irais, répondit le juge incorruptible.
Le sofr même , les CbeiÛis rentraient à Séphoris après uiic assez chaude alerte; n^ais notre dernier souvenir en Palestine était, du moins, un souyeuir de clémence et de pardon.
Le lendenaain, nous quiuioiis ^tlzarelh et nous prenions la route du mont C^m^eL C'est une journée de lUarcbe- . ,
Le CarmeL
keAréB éar les dernières hauteurs des montagnes
de Galilée, et avant de redescendre dans la plaine d'Esdrelo&y nous aperçûmes dans le lointain un miroitement bl^, qui paraissait et disparaissait tour & tour, suivant les capnces du terrain : un éclat humide^ une pointe de rayon renvoyée en éclairs brisés , des étincelles mouillées.
C'était la mer Méditerranée, éclatante sous le soieiL Je ne saurais dire avec quelle joie nous découvrîmes cette mer, doiit les flots lointains avaicnl baigné la France,
Do mon pays ne me parlez-vous pas?
Nous nous arrêtâmes un instant pour la contempler, la poitrine dUatée, comme si ses brises fralebes eussent pu parveuix* jusqu'à nous.
Un instant après, nous nous retrouvions dans la plaine d'Esdrelon qui passe entre le col des montagnes, au sud-ouest des monts de la Galilée, au nordest du CarmeL
liOk EXCURSIONS ET PROMENADES.
A inesore qae Ton approche de la mer^ on trouve la
campagTHj mieux: ciiltivëe, et Ton ressent déjà comiae une influence européenne. Des bois nombreux et assez petits entrecoupent la plaine ; parfois, des héritages plantés (1 aibres drus, et défendus par des fossés bordés de doubles haies , donnent au paysage je ne sais quel aspect normand.
Mais bientôt la piame s*élcnd de nouveau sous vos pas» sans obstacles comme sans limites. Les croupes ondideuses du Garmel se détachent en teintes sombres avec un relief vigoureux.
Nous franchissons une dernière fois le Gison desséché, dans son lit ombragé de lauriers roses et de roseaux géants, à Tcndroit où Déborah — encore une femme forte ! — entonna son chant de victoire.
Déborah exerçait alors la suprême magistrature. Ëlle fit venir Barac de la tribu de Nephtali et lui dit :
« Jehovah te dit : Conduis Tannée d'IsraSl sur le Mont-Thabor. Tu prendras avec toi dix mille combattants des fils de Nephtali et des fils de Zabulon. Je Va« mènerai vers le torrent de Cison, Sisarah, général de Tarmée de Jabiu, et ses chariots et toutes ses troupes, et je les livrerai en tes mains. »
«Écoutez, rois, princes, prêtez Toreille; c'est moi, c est moi qui chanterai un cantique au Seigneur , qui consacrerai des hymnes au Seigneur, le Dieu dislaël.
«Jehovah, lorsque tu es sorti de Seii , lorsque tu es venu des champs d'Edom, la terre a tremblé, les deux
se sont fendus et les nuées ont versé des eaux.