‹ La terre-sainteChapitre 40 sur 44 · CARMEL · texte numérisé non relu

CARMEL

«Les cheb dUsraâ avaient défailli, mais je me suis levée, moi, Déborah ; je me suis levée, moi, mère d Israël.

«LèTe-toi, lève-toi, Déborah ! lève-toi, chante un eau*

tique ; lève-toi, Barac,.et emmène tes captifs, flls d'Abiuoïm.

- f(Les rois sont venus, ils ont combattu... ils n'ont

pas eiiipoilé de butin...

« Le ciel aussi a combattu, les étoiles, de leurs routés dans les cieux, ont combattu contre Sisarab.

«Le torrent de Gison a roulé leurs cadavres.., 0 Déborah, loule aux pieds les braves. »

Puis un trait plein de force et de grâce en

même temps, comme Piiularc serait heureux de le rencontrer dans ses élans sublimes , termine ce tableau lyrique.

«Bénie soit, entre les femmes, Jahel, épouse dllaber! qu'elle soit bénie ! Sisarahiui demandait de l'eau; elle lui présenta dulaitdans mi vase riche et digne d'un prince. Puis elle prit un clou de la main gauclie, de la main droite un marteau d'ouvrier, et, choisissant sm* la téte de Fennemi la meilleure place, elle frappa courageu* sèment Sisarah et lui perça les tempes. 11 succomba, il perdit sa force, il mourut à ses pieds; il était étendu devant elle, il gisait misérable et sans vie. Cependant, sa mère soupirait en regardant par la fenêtre de sa ciiambre, et elle disait: «Pourquoi son char tardet-il à revenir ? D'où vient que les pieds de ses chevaux sont si lents? Une des femmes de Sisarali, plus sage que les autres, répondit à sa belle-mère ; Peut-être il

406 £XCUBâIOI«$ £1 FEOitfENADES.

partage on ce niojnent les dépouilles, et on lui choisit

la plus belle d'eatre les captives ; ou lui donne pour butin des ?étemeiits de direrses couleurs , et on lui

réserve de précieux orueiueats qui brilleront sur sa poitrine. »

Et, sans daigner même démentir cette joie trom* peuse et cette raine espérance, le poëte iuspiié reprend...

«Qu'ainsi périssent tous vos ennemis, Seigneur, et que vos amis resplendissent pomme le soleil dans l'édat de son lever f>

Nous travcrsAmes de nuit Tantique Caïplia, où nous attendaientpour le retour, pu pour denouveaux voyages, les vaisseaux de Turquie et d'Egypte, et conduits par nos chevaux au pied sûr , i\ travers une route de rochers et de précipices, nous arrivâmes enûn au çouvent du mont Garmel , où se terminent les Pèlerinages de Terre-Sainte.

Il serait difficile de mieux finir.

Le lendemain ^ous ollrit une vue charniante au réveil.

Nous étions dans le beau couvent des Carmes , au sommet de la montagne projetant sa grande ombre sur les flots immobiles^ qui prennent au matin les nuances

pâles cL ^laaquos des émcraiidcs transparentes. Nous fîmes dans la montagne mie excursion matinale; tout était calme, fraîcheur, solitude et silence. Les grands arbi t^s au feuillage vigoureux, laissaient tomber, comme une pluie, de larges gouttes de rosée brillante, tandis

gue des plantes aromatiques, écrasées sous nos pieds, ^ s'élevaient des bouffées de senteui s pénétrantes ; cependant à mesure ^ nous ayaneions, le canal semblait reculer en horizons indéfinis , profilant devant nous les grandes ligues de sa l^eauté Révère. Je me rappelai la parole de l'Écriture : « Je loi domiarai la beauté du Carmel et la gloiie du Liban, n

lie Carmel iui regardé de tout temps comme une montagne sacrée. Pjthagolre, vint souvent y rêver à l'harmonie des noiiibres, et y médite i les pures maximes des Vers dorés; Vespasien y demanda des conseils au prêtre Banlide: il n*y avmt alors ni temple ni statues sur la montagne, mais seulement un autel, et comme dit Tacite ^ u La vénération du {lieu. >> Les païens ravalent divinisé , comme toutes leurs admirations » et Suétone i>cuie quelque pai/t du Dim-CarmeL

Les prophètes ont toujours désigné le Carmel comme un lieu de dâices: il$ trouvent pour le louer les

expressions les plus délicates et les fomes les plus exquisesM. C-est au Carmel que Ton compare» dans le Cantique des cantiques, la tête charmante de TÉpouse. (( Ta tête est comme le Carmel, et ta cheveiuie comme le diadème des rois 1 »

Souvent les Hébreux vinrent sur le Carmel pour y adorer Dieu. 11 fut longtemps la demeui e des prophètes. C'est là que se retirèrent, avec leurs disdides. Elle et Elisée, préludant au recueillement austère des] anachorètes chrétiens et donnant au monde comme un avant-goAt de ce spirituansme détaché de la torre, qui se complaît dans les rêveries mélancolKiues et ne

veut nourrir son Ame qae d'espérances immorteUes.

Le prophète avait une existence à part au miliea du peuple }wL C'était un sage , menant une vie retirée et contemplatire , un patriote qui rappdait au peuple oublieux le texte de la loi et le respect des institutions antiques » eniin un envoyé de Dieu , protestant contre les crimes des grands et l'impiété de tous, et annonçmt les gloires et les nmalheurs de rarenir. Avec quelle liberté d'esprit et quelle sublimité de paroles, la Bible-* le livre des livres— est là pour le dire I

Elevés au-dessus de ce monde et soutenus par la main de Dieu, ils découvraient, comme on fait en montant, le pian des liorisons suecessife, incessamment reculés devant leurs yeux, et dans ces visions ardentes et lumineuses» qui les faisaient passer à travers des sphères inconnues, leur imagination se revêtait de formes splendides , et leurs lèvres, touchées par les charboûâ embrasés des chérubins , trouvaient des accents surhumains pour exprimer la pensée même de Dieu et les secrets de rétcrnité. Les villes tremblaient eu voyant venir à elles ces pieds nus, ces visages pâles aut yeux somhres et ces robes funèbres ; eUes aimaient et elles redoutaient tout à la fois ces prédicateurs patriotes qui vengeaient les opprimés, mais qui vengeaient Dieu, et qui n'épargnaient pas plus les peuples que les rois ï

La plupart de ces prophètes vivaient dans les grottes du Garmel : Tisolement de la montagne leur faisait oublier la terre ; sa sérénité les rapprochait dtt cieL

lë cabmel. 409

Le plus célèbre de ces prophètes fut Élie.

La principale grotte du Carmel porte son nom. C'est une salle carrée, haute et vaste, taillée de main d*homme et regardant la mer; non loin de là, sur la pente embaumée, entre les arbres toujours verts, jaillit une fontaine qui retombe dans des bassins de roc yif. Plus de deux mille gi ottes sont ainsi creusées dans les flancs du Garmél.

C'est sur le Caraiel, qu'Élie confondit les prêtres de Baal ; et, quand il eut été ravi au ciel dans un char de feu, c'est encore sur le Carmel que se retira son dis-

ciple Elisée.

Dès le premier siècle de notre ère, des anachorètes chrétiens, successeurs des anciens prophètes, et comme eux dévorés du zèle de Dieu, Tinrent peupler le Garmd. Ils y constaisirent une chapelle sous rinvocation de la Vierge ; on croit aussi que sainte Hélène y ûtbAtir une église.

Le moyen Age ent ses couvents sur le Carmel; bientôt le Carmel et les Carmélites se répandirent dans les sites poétiques et sauvages de Funi vers chrétien, cherchant le silence et pratiquant la charité.

En 1825 — j'arrive aux mauvais jours — Abdallah, pacha de Saint-Jean-d'Acre, renversa de fond en comble le ccfUT^t du mont Carmel , et avec les matériaux se

bâtit un palais d'etd La France réclama.

Le sultan rétablit les Carmes dans leurs andens

droits et ordonna au pacha de rebâtir le couvent à ses frais. Il eût fallu peut-être attendre bien long-

MO EiamSIOltS et teOMENACSS.

temps. Le frère Jean -Baptiste et le frère Charles

parcoururent FEurope; Paris, Londres, Vlenite et Berlin les virent tour à tour , « fins comîtie des serpents et simples commè des colombes * ii ils araient pour CUT le charme et la persuasion, ils étirent bientôt le succès. La cliarité ingénieuse organisa le plaisir pour les mieux servir. On dansa bti chanta

pour eux; pour eux, les mains les plus aristocratiques et les plos fines demandèrent le louis d*or dii banquier, lé denier du pantre et Fobôle de l'artiste. ÎW rèvini^ au Carmel avoc une moisson abondante. A ces ressources matérielles, apportées de l'Europe, Us Joignirent la volonté forte et Tinébranlable patience, sans laquelle, en UrùMit, on ne peut rien. Us firent les ou- THers avant de faire la maison, devenant eux-mêmes arcliilectes, maçons et tailleurs de pierre, et aujourd'hui, sur la dernière pointe du Carmel, s'élève eiilin, comme le donjon du christianisme, un couvent fortifié et parfaitement disposé pour la résislancc : les portes sont revêtues de fer, défendues par un flanquement et des feux de protection ; on a ôuvert dans toutes les directions des créneaux et des meurtrières, et, comme on dit en langage militaire, la terrasse est défilée des hauteurs qui la dominent Jamais' la pabt ne s'est entourée d un api)areil plus gticrrier. Cette forteresse est un couvent : cette citadelle n'est défendue que par une douzaine de Carmes déchaux.

L église du mont Carmel est assez belle. Le chœur est bâti sur la grotte même d'Élie. Cette grotte est également vénérée par les Turcs et parl^sDruses, par

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les Grecâ et par les latins. Les moitiés l'onyrent, ayec

une parfaite courtoisie, aux pèlerins de toutes les communions*

Nous y ayons tu \m jour un cortège dé Oruses, de

deux ou trois ceuts personnes; les hommes, coiffés du turban blanc, et les femmes de la corne d'argent. Des joueurs d'instruments ouvraient la marche : « Votre cœur sera dans la joie, comme au jour où vous alleZ) au son des instruments» à la montagne du Seigneur. » Une troupe de jeunes hommes et de beaux enfants traînait à sa suite une vieille sorcière, contrefaçon dérisoire des sibylles anti(iues ; ses jambes nues et ses bras décharnés étaient couverts d'anneaux de cuivre, et elle portail; des amulettes aux oreilles et des talismans sur sa poitrine, autour d'un cœm* d'argent C'est à peine si les plus sages purent l'arracher à remprosscment compromettant de cette jeunesse folle. La pauvre vieille alla s'asseoir sur une pierre de la terrasse, pendant que les pèlerins, entrant dans l'église, faisaient leurs dévotions à la grotte du propliète ÉUe.

Nous passâmes au mont Caruiel des heures rapides et douces, au sein d'une hospitalité aimable ; la générosité de l'Orient et la grâce de la France. Nous y retrouvions, du reste, tous les souvenirs de la patrie, et, pendant que nous reprenions des forces pour de nouveaux voyages, nous avions sous nos yeux les tertres funèbres de nos morts de 1799, abrités dans lem*

kl2 EXCURSIONS £X PfiOMENADES,

repos éternel, comme nous-mêmes dans notre repos d'un jour, par les plis mouvants du drapeau de la France. Pour les morts comme pour les vivants, le drapeau, c'est la Patrie.

Fin*

Ii£i\SEIGNEM£NTS PRiTIQUËS

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