‹ La terre-sainteChapitre 7 sur 44 · ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

ALEXANDRIE

zoDtale , puis le bout du nez touche la terre ; eiiûn le musulman s'assied sur ses talons , les mains étendues sur les cuisses , et demeure dans une sorte de contemplation extatique, à laquelle nos matelots ne prennent plus garde ; de jeunes passagers seraient peut* être lentes d'en rire , mais les croyances sincères se font toujours respecter.

Cependant, tout le monde part : on déserte le pont, si animé il y a nne heure à peine. Pour moi, je uc me hâte pas de descendre.

On ne voit jamais si bien une ville que quand on n'y est pas.

J'ai choisi les haubans comme poste d'observation. De là je découvre Tenceinte ou la trace des trois cités, qui forment l'Alexandrie moderne. Ici , le palais du vice-roi et ses portiques en colonnades; plus loin les jardins du harem ; derrière nous s*étenâ la plage sans fin, une plage de sable d'or; et à l'hori- 2on , de toute part, des moulins à vent, comme à l'entrée d*un village de la Beauce ou de Normandie.

Le port n'a plus cette belle couleur d*un bleu profond , qui s'étend comme une nappe d'azur d'Alexan* drie à Marseille. Ici , là vague a des teintes glauques sans reflet, mais dont la transparence proionde laisse apercevoir, k cent pieds , les algues , les rochers , les hancsde coraux, ou des troupes de requins en maraude.

Je descends enfin.

Un auled, espèce de groom , en chemise bleue c'est son unique vêtement — m'offre ses services et ;ion àne noir. J'accepte l'Âne , et laisse mes ))a^ages à

Dii PARIS A JAliA.

la garde de Dieu. Un garçon dTiôtel 9*en empare ôt me glisse sa carte dans la main. Mon àne pari au galop : YouUdt qui court à côté, Texcite de la yoîx et du geste. Mon mled est un jeune Arabe , qui parle ateess couramment un mauvais italien. Il veut bien me communiquer ses observations sur l'état du pays : — « La gtierra, me dit-il à plusieurs reprises, te qtterra! cov" tar la testa a gli Roumi, » La. guerre, la guene, couper le cou aux chrétiens 1 C'est du reste le bruit du jour, et les rameurs qui assiégeaient C Alexandre ce matin nous avaient déjà reçus dans lem* port à ce même cri: — a La guerra / » Il parait que ces braves gens la veolent, comme on voulait autrefois la paix... à tout prix. En attendant, ils ont commencé cette nuit à piller quelques boutiques de joailliers italiens... uniquement pour se faii*e la main.

On voit trois villes pom* mie quand on visite Alexan* drie. La ville des Francs ou Européens, la ville des musulmans et la vieille cité d'Alexandre. Ici. tous les Européens sont des Francs, Frangû On ne nous demande pas de quel royaume nous sommes, mais de quelle province. Nos empires, nos royaumes et nos républiques d'Europe ne iormcnt qu'un grand tout qui s'appelle le Frangistan. Les Russes seuls ne sont pas compris dans celle vaste commuiiauté. Ces anciens vaincus des Torfnres ne sont pour les Turcs que des Rayas,

L'Alexandrie franque est un vrai quartier européen, qui se t!:roui)e autour d'une large place, sur laquelle s'élèvent de grands bôtels et les vastes demeures des Gonsuld, surmontées de leurs paTiOons. Tous les types

...... ^le

ALEXAN0IIIE.

de rAfrique» de r£urope et de TAsie se pressent daus ce vaste entrepôt des trois inondes. On y parle italien

le maliii : c'est le langage des affaires ; cl français le soir : c'est la langue des relations sociales et des plaisirs élégants. Des troupes d'acteurs, en congé illimité, représentent, sur un petit théAtre assez fréquenté , les iraudeyilles de la place de la Bourse et du passage des Panoramas : rare et précieux échantillon de la civilisation européenne!

La viiie turque présente un tout autre caractère. Ici, les hautes maisons se penchent sur les mes étroites. Des moucharabisy sorte de balcons étroits , se suspendent à chaque façade; leur grillage à mailles étroites finement sculptées , permet aux femmes de voir sans être vues. Elles peuvent ainsi accomplir la loi et satisfaire leur curiosité : la coquetterie ne trouverait pas son compte à ce système, mais la coquetterie n'est pas orientale : c'est une vertu irançaise. De vastes jarduis sMtendent derrière les maisons. Ces jardins réunissent toutes les cultm^es; des palmiers y balancent gracieusement leurs longs régimes, au-dessus des rosiers du liengale, qui fleurissent quatre fois Fan. Les géraniums luxuriants s'y marient à Taloès épineux. Dans les rues, dès le soir, les troupes de chiens errants et affamés donnent la chasse aux mollets chrétiens ou musulmans , les portes se verrouillent , les fenêtres se i'crment, et la vie se retii^c dans le harem intérieur.

La troisième ville, la ville d'Alexandre, la véritable Alexandrie, est maintenant complètement abandonnée. Cette capitale éclatante de la première renais-

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DE FARIS A lAFPA.

s{ Dce du monde antique, n'a plus même aujourd'hui la majesté de ses ruines. Les Arabes, les Cophtes, les Fellahs et les Turcs enlèvent chaque jour les pierres de taille de ses palais, les sculptures et les colonnes de ses temples ; le sable couvre le reste. Quand on s'y promène le soir, on fait lever de chaque buisson quelque chacal glapissant Le matin la scène est plus riante : les ibis , blancs comme la neige , voltigent familièrement au-dessus de votre tête, et les flamants roses décrivent autour de vous des orbes capricieux. Le spectacle change quand on s'avance un peu dans les terres et qu'on visite les villages des Fellahs.

Les Fellahs, ou Gophtes cultivateurs, senties descendants des vieux Égyptiens , les maîtres du Nil, les fondateurs de ïiièbes aux ceut portes , les rois de Memphis, les possesseurs d'Alexandrie. Rien ne peut donner une idée de la misère où ils sont aujourd'hui tombés. Ils ont le pied des Turcs sur le cou ; ils ne se relèveront pas de si tôt

A cent pas d'un village , on n'en soupçonne pas l'existence. Les maisons sont des tanières, creusées bien plus que bâties. Des branchages recouverts de boue qui se dessèche et se fend au soleil, servent de toits à ces huttes, line botte de roseaux au lieu de siège et de lit ; deux pierres rapprochées forment le foyer. Devant le trou qui sert d'entrée à ces maisons, des troupeaux d'eniants végètent, fourmillent et pullulent dans la poussière, malii^res et souffreteux, à demi dévorés par la vermine qu'engendre la misère. J'avais cru, en parcourant les Hébrides, atteindre Iç

ALE2LANDRIE.

dernier degré du malheur humain : je n'avais Ipas vu les Fellahs. Dans les Hébrides , du moins , de beaux enfants gardent te trésor du sang pur et cette fleur de beauté qui s'épanouit sur le jeune visage; et quand ce doux visage leur sourit, les mères sont consolées. Mais il n'y a pas de.consolation pour le Fellah, à qui Mahomet lui-même n'oserait pas dh« le grand mot de sa religion : Resigne-toi!

A c6té d'un de ces villages , j'ai remarqué un petit cimetière musidman d'un assez triste aspect, mais qui ne manque pourtant pas de caractère. A chaque extrémité de la tombe de sable sans gazon, on a planté deux pierres sans inscription; seulement, la pierre de la tétc sculpte le turban du mort , et indique ainsi à l'éternité le rang du défunt et ses honneurs dans la vie d'un jour. Au milieu de la tombe , s'élève un tronc d'aioès pour chasser le mauvais œil et assurer au mort des sommeils sans rêves.

Tout près de ce petit cimetière , mon ouied m*a fait voir les aiguilles de GléopÂtre.

Jamais les mams mignonnes de cette belle reme du Nil ne brodèrent le chiffre d'Antoine avec ces crochets de granit rose de soixante pieds de long. L'une des deux aiguilles est renversée ; on l'a donnée aux Anglais, qui ne se sont pas encore senti la force de l'emporter.

Je ne parlerai point de la colonne de Pompée, ainsi nommée sans doute parce qu'elle a été taillée pour Alexandre, et érigée en l'honneur de Dioctétien, a\ant qu'il ne cultivât ses légumes.

Abbas-Pacha a quitté Alexandrie.

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1>£ PAHXS Â JÀFf A.

Les consuls généraux , qui sont en Orient dé véritables diplomates, Tont suivi au Caire; Alexandrie a perdu ainsi toute son importance politique » ee n^èst plus qu'on entrepôt et un comptoir, où nous n'avons pas le temps de nous arrêter,

, Après tin repos de deux jours, nous -partons pdai* JafTa, sur lé Tmierè(k, un nom qui se souticfnl des

croisades , et qui , sui' les côtes de Syrie , ne manque certes pas de couleur locale. Son rôle d'équipage ncms oBte des ëehantillons ethnologiques assez curieux. On

y rencontre à peu près tous les types de l'Afj ique, depuis TÉthiopien massif et lippu, jusqu'au Fellah d'^^ gjpte , aiLx. traits fins et à la taille élégante. Tout cela obéit fort docilement au sifflet d'un contre-maître qui rit pèù et doUt le geste commande. La moindre résistance serait immédiatement brisée : on le sait et cela suiiit. Cet équipage, assez bien stylé du reste» n'accompagne pas sa manœuvire de Vanùmatopée expressive des matelots de France ou d'Angleterre; seulement, k l'instant du rude labeur et du pénible elîbrt, on entend une petite chanson douce et plaintive, dont l'accent traînant rappelle certaines cimlilèncs du Midi. C'est une sorte d'hymne, entonnée par le chel de ûle, et répétée à l'unisson par le chœur. En voici une traduction que je retraduis de l'italien. Dieu me garde du contre-sens !

, Nous allons vers Ascalon ;

— Ascalon î Souhaitez-nous un bon voyage;

— Ah! 6hl oh!

ALEXANDRIB.

Kous allons vers Ascalon,

— Âscalon I

La vie eet courte; elle est duré

Pour lo matelot ; L'homme n'a pas à clioi^ !

A choisir!

Sans quoi le sable vaudrait mieux Mieux que la mer.

Quel navire de l'Océan a jamais valu

Le chameau ?

Le chameau, navire du dcserli ^Allons, ohl Souhaitez-nous un bon voyage,

— Ah! oh! oh!

Cette chaiisoD, entremêlée dliiteijeclions giitliu-alcs, et répétée pendant deux heures , avèc des intonations de psalmodie nasale, finit par devenir insiii)portable;' mais le chant console et le rliythme soutient.. Qui donc aurait le courage d'interronipre ces pauvres diables? ils n'ont que leurs chansons pour eux ! je me trompe, ils ont aussi lem' gaieté et leur insouciance : à peine la manœuvre finie et le beau temps revenu , ils

jouent sur le pont comme de grands cillants.

La main chaude est un de leurs divertissements favoris; seulement ici la main est remplacée par le pied Le patient se couche la face contre terre, les genoux plies ; on frappe la plante au lieu de frapper la paume , et ces longs pieds, souples et fins, ont une perception si subtile, et, si j'ose dire, un tact si sùr, qu'ils devinent presque toujours qui les a toucbiés.

DE PABIS A lAFFA.

Le soir venu, les coules succèdent aux chansons; on s'assied en rond, les mains entrelacées et les pieds opposés par la plante, d'un côté du cercle à l'autre. Aux endroits pathétiques, chacun se touche le front, la poitrine et Tépanle gauche. Chaque équipage a son conteur, fort en vénération parmi les hommes du bord; parfois ce conteur est poète, et, dans cette belle langue arabe, facile au rhythme et docile aux lois du vers, il improvise des stances familières que l'auditoire accompagne d'une sorte d'applaudissement frappé en cadence. Puis bientôt, à la lueur des étoiles , la danse coininence, entremêlée ûe salam-alccks ; c'est une danse d'inspiration dont Saint-Léon n'a pas r^é les pas : ni la Gerrito , ni la Guy-Stéphan , ni Timpétueuse Pétra- Camara, ne sortiraient jainais des entrelacs fantastiques, que dessinent en se jouant ces jaiTets infatigables. Ce n'est plus la chorégraphie savante et correcte de nos académies ; c'est la frénésie de la danse , c'est le vertige du mouvement, c'est le délire de la rotation» Je ne suis pas très-amateur de la danse des hommes; et si parfois quelque matelot, encore jeune, nous lait admirer la grâce de ses poses et l'élégance de ses mouvements, il entremêle sa mimique de grimaces, et ce delirium ircmcns qui déshouore le calme et la majesté du visage oriental, m'afflige beaucoup plus qu'il ne me réjouit ; mais enfin tout est spectacle quand tout est nouveau : Je dois dire tout ce que je vois et voir tout ce que je puis.

biyilizûu by

Gomme Malte, comme Alexandrie, Jafïa nous apparat au matîii, sortant â Fhorizon des doubles yoUes de la mer et de la nuit. Jafifa, c'était VAsie, la terre désirée, c'était presque le but du Toyage.

Pourquoi ne pas l'aTouer ? ce A*est pas s^ails émotion que je touche le sol sacré de cette antique Asie, mère du monde, patiie des vieilles civilisations, terre féconde et mortelle, oùies parfiimsnaissentà eôté déé poisons! terre Yuiuptucuse et cruelle, qui inventa les raffinements les plus exquis des plaisirs et des tortures; terre religieuse ët sacHlége , qai tua un Dieu et

qui créa des dieux; terre sublime» où Targile déviai homme, et dont Thistolre est plus merveilleuse que la fable même de ses poètes. L'Asie se révèle dès qu'on la touche : la nature eUe-méme 8*empreiDt des mol<lesses du monde oriental Ses eoIHnes ont des courbes plus assouplies , ses vallées ondulent avec une morfcidezza plus gracieuse. Le ciel, moins dur qu'en Afrique» se fond en {dus de nuances; quelques nuages, légers, lumineux, que le vent d ouest amène de la Méditerranée » passent comme des flèches au-dessus de nos têtes.

Vue du bateau et d'un peu loin, la ville de Jaffa offre un coup d'œil charmant : elle est assise sur une colline aux pentes douces, les pieds dans la mer, et portant au front, comme une couronne de fleurs et de verdure, ses terrasses toutes couvertes de jardins: ajoutez la coupole étincelante de ses maisons qiri s'arrondit, ou la pointe aiguë de ses minarets qui pyramident dans la lumière chaude et pure.

On approche : les difficultés conunencent. Jaffa est le port de Jérusalem; mais ce port est un écueil. Son golfe, hérissé de rochers, ne laisse point approcher les navires; c'est & peine si les caOcs légers peuvent se hasader dans ces défilés impraticables. Un faux mouvement de la rame vous chavire, un reflux tropbrusque vous brise contre un récif. Enfm nous abordons. Le bruit de notre venue nous a précédés : une foule nombreuse se presse sur la marge étroite du quai; c'est à peine si on nous laisse poser un pied sur le sol. Des hommes, aux traits fiers et à la tournure mâle, des enfants, d'une

lAFFA.

incomparable beauté» des femmes, impmiément curieuses sous le masque de crin noir, se pressent autour de uous , touchent nos vêtements et nos armes , murmurent le nom de France et de pèlerin» nous suivent de Tœil et nous montrent du doigt Nous débouchons sur une petite place où se tient un marché de denrées rurales : c'est un avant-goat de TOrient Les acheteurs se disputent des tranches de pastèques fondantes, des raisins énormes , de petites ligues bleues, et des gi*enades entr'ouvertes, dont le grain rose a des lueurs humides à faire pâlir le corail. Nous firayons notre route à ti avers cette foule qui se laisse assez patiemment écarter du coude , et nous arrivons au couvent dès Pères de Terre-Mainte^ succursale de la Maison de Jérusalem,

Autrefois , quand les pèlerinages des Latins se UkU salent à des époques fixes et régulières , le Pèr^ardîen du Sépulcre — c'est le titre que prend le Supérieur des Franciscams de Palestine — venait recevoir luimême les pèlerins au rivage. Jaffa était regardé alors comme la porte de Jérusalem. On a un peu changé tout cela; cependant le Patriarche latin, Monseigneur Valerga, nous envoie son chancelier avec des paroles de bien-venue. De leur côté, les Pères, qui sont tous espagnolSy s'empressent à nous faire un accueil aimable. Nous remplissons de bmit cette demeure du calme et du silence. Les bons Pères sont un peuétomiés... Des Français! disent- ils à voix basse; la/trtSût francesel Nous cependant, nous nous répandons à travers le couvent. Les uns francUisbeut les larges volées d'un

escalier monumental; les autres, à meitië. Turcs déjà ,

vont s'asseoir gravement sur los terrasses qui doiiunei^t la meri d'autres ckercheut un reloge dans le par^ loir aux murs épais, où la brisemarine apporte un peu de fraîcheur : ce couvent serait beau partout; h Jaiïa, au milieu des maisons turques, il send)le magnifique ; O^est un palais et une fortere^e. Il est néeessaire ie qu'un couvent puisse soutenir un siège. On n'entre qu'en se baissant sous sa port^ voûtée; uu long corridor, étroit, tortueux, et que deux hommeç résolus pourraient défendre contre une petite anuée, vous conduit à l'in-î térieur, pauvre et nu, qui n'a d'autre luxe que son ex« quise propretés Ce couvent, assex irrégulièrement bfttt, laisse percer à chaque instant les préoccupations de Tattaque et le soin de la défense, n rappelle à Tesprit l'idée de ces anciens Ordres à la fois religieux et militaires , et Ton est moins étonné de lui voir arborer un drapeau sur ses créneaux. Ce drapeau est blanc, aux armes de Jérusalem, à la craix de gueules , poteueée et

cantonnée de quatre.

Quêtait uu dimapcbe : l'i^eure de la messe nous réunit dans la chapelle. GettQ chapelle n'a pas sans doute

un caractère monumental , mais elle a été bâtie avec les pierres du paiiais d'Uérode, apportées de Gésaréa. Des lampes sans nombre , offirandes de l'Europe , eivvoio des pèlerins, descendent de la voûte par de longues chaînes, qui enferment dans les rq[>lis de leurs anneaux des globes de y erre et des œufr d'autruche , décoration chère à T Orient. Cette voûte est peinte en bleu et semée d'éloiles, comme la ?oAte même du cial.

JAFFA

Ces étoiles ont presque tontes des quenes comme les comètes : riinitation n'en est que plus fidèle ; car ûam la splendeur étincelante des nuits orientale» beaucoup d'étoiles semblent aToir des cbevélures de rayons.

La soleaiùtc du jour et le bruit de notre arrivée avaient attiré dans la chapelle toute la populatioii cbrétienue de Jaffa. Jamais, ni en Be1f<;ique, ni en Italie, ni en Sicile, je n'avais vu uue piété plus démonstrative : on ne s'agenouille pas » on se prosterne ; on ne prie pas, on supplie. A chaque moment on touche le sol du front. Avant de faire les nombreux signes de csroix de la liturgie catholique , la mabi des fidèles cherche d'abord un peu de poussière on signe d'abai»^ sèment et d'humiliation volontaire.

Après la messe, les Fères nous conduisirent au ré-i fectoire : ils voulurent nous servir enx-niémos. Le déjeuner abondant fut arrosé de vin de Chypre, et bien-> tôt» malgré la chaleur accablante, nous con^nençàmes une course dans la ville et hors la ville.

Les villes d Orient n'ont pas de rues : on bâtit comme Ton peut et où Ton veut; aucun édile ne songci à vous imposer les lois sévères de Talignement : aussi, quand ii s agit d'aller d'un point à un autre , la ligne

droite, n'est jamais le plus court chemin* Il faut frayer sa route à travers un pâté de maisons qui grimpent les \me8 par-dessus les auti es. Ces maisons sont bien lea phis tristes du monde : une ^çoxtA basse et sans orne* ments, voûtéo, lourde, chargée de clous oi de ferrailles, gémissant sur ses gonds rouillés, une porte qui ne semble pas faite pour qu'on l'ouvre — une continua*

i>E JAFfA A JiUUSALEjtf.

tion du mur — pas de fenêtres oxtc^rieures , seulement , de temps en temps, au bord du toit plat , un soupirail grillé, qui laisse entrer l'air, mais non le regard du passant; longues teniures , jetées d'une maison a l'autre , interceptent le rayon et la lumière , et plongent la ville dans une demi-obscurité. Personne dans les rues — un passant attardé — un fantôme — un voile qui marche — Fombre d'une femme. Après quelques centaines de pas faits au hasard et sans guide, j'arrivai à la porte d'une mosquée à ciel ouvert , dont les murs n'avaient pour toute dé- . coratlon que de larges bandes de couleur alternativement rouges et blanches. Au milieu de TMflce , à l'ombre rare d'un palmier, un bassin de marbre offre l'eau abondante aux ablutions des croyants. L'eau est la fortune de Jaffa ; il faut vivre en Orient pour savohle prix de cette fortune. Chaque maison a son puits : la ville a plusieurs fontaines publiques; celle qu'on trouve à la Fme de Jérusalem rappelle, par l'élégance de son arckitectui'e et la beauté de sou ornementation, les fontaines mauresques du midi de l'Ëspagne, fouillées et ciselées comme des bijoux d'ivoire. Jafifa est entourée de jardins qui pressent, comme une verte ceinture» ses flancs hérissés de tours. Des machines , appelées norias , inventées et arrangées par des ingénieuis primitifs, distribuent, au moyen d'une roue, d'un sceau et d'un cheval% l'eau des puits et des fontaines à ces jardins qui vous enchantent par leur fraichem* éternelle. Nulle paît je n'ai vu de plus beaux arbres : ici l'orange d'or rit dans son feuillage som-

JAFFA

bre, là c'est la grenade qui s*entr'ouvre et qui montre,

à travers sa peau rugueuse, Féclat humide de ses popns roses. Les fleurs se mêlent aux ùniits, et toutes les saisons se rencontrent sur un même arbre.

Le Jaffa d'aujourd'hui date peut-être de cent cinquante ans ; mais par Thistoire et la U adition, il se rattache à la plus ancienne ville du monde, bfttie sur son emplacement par Japhet, fils de Noé. Tous les souyenirs de la religion» de Thistoire et de la poésie se pressent sur ce petit coin de terre. La critique sépare l'ivraie du bon graiu. C'est au pied de cette montagne que JVoé construisit rarche ; c'est sur ce rocher que la ▼engeance des Néréides attacha Andromède. Une des lontaines de Jaffa roule des eaux presque rouges : c'est le sang du combat! C'est ainsi qu'aujourd'hui encore le sang d'Adonis teignant le fleuye de Bibles , épouvante le Phénicien de la couleur de ses flots. Joppé était la limite extrême de la tribu de Dan» et le seul point par lequel la Judée, dans les temps anciens, communiquât avec la mer. C'est ià qu abordaieul les (lottes d'Hiram, chargées des cèdres du Liban, c'est de là que partaient, c'est là que revenaient les vaisseaux de Salomon, après avoir parcouru les îles de la Méditerranée; c'est là qucf Jonas prit la mer quand il fuyait deyoat la face du Seigneur, déposant, comme un poids trop lourd, sa mission de prophète. Simon et Judas Madiabées prirent Joppé sur les Syriens; Judas le brûla en partie avec les vaisseaux de son port, pour venger 1^ massacre de deux, cents Juifs réfugiés dans ses murs.

Joppéreçut avec joie la bonne nouvelle de l'Évan-^

gile. Sûat PieiTe y aeoomiditua de sea premiers mirt^ des*

c( Il y ayait panni les disciples une femme nommée Tabithe, ou Dorcas en langue grecque. Ses mains étaient pleines de bonnes œuvres, et des i^umônes qu'elle avait faites. Or, un jour elle tomba malade, et puis mourut, et après l'avou* lavée, ou la plaça dans une chambre baute. Mais les disciples, ayant appris que Kerre se trouvait à Lydda, qui n'est pas loin de Joppé, envoyèreut vers lui deux hommes avec celte prière : fie tardez pas de venir ches nous. St Pierre aussitôt partit avec eux« A son arrivée, -on le conduisit dans la chauibi e haute, et toutes les veuves se réunirent autour de lui et montrèrent, en pleurant, les tuniques et les vêtements que leur faisait Dorcas. Pierre, ayant fait sortir la foule, se mit à genoux et pria; puis, se tournant vers le cadavre, il dit : ToMtAe^ levei^ VOUS ; et elle ouvrît les yeux, et voyant Pierre, elle s'assit Alors Pierre lui tendit la main et Vaida à se lever, el, ayant appelé les Mètes et les veuves, il la leur rendit vivante. Ce miracle fut connu de toute la ville de Joppé, et plusieurs crurent au Seigneur. »

Ce style si simple me parait grand comme le mirar cle lui-même.

Saint Pierre demeura plusieurs jours à Joppé dans la maison de Simon le corroyeur, où lui Ait révélée la vocation des Gentils. J'ai voulu visiter cette maison. On ne m*a montré que la place où elle était, au bord de la mer, regardant à la fois l'Europe et l'Afrique» Tout près de cette maison ou éleva une église 6 saint

Pierre : il ne reste plus aujourd'hui de eetle église que

la base d'un [)ilier, un fragment de voûte et quelques pierres éparses. Souvent, liélas 1 des sanctuaires les plus Ténérës e'eêt à peine si Ton retrouve une IMble trace I Les Homains rasèrent et brûlèrent deux fois Juj^pé. Au moy^ âge et pendant les croisades, il partagea la for* tuné changeante des ëglises d'Orient Au \iv niMè^ ce n'était qu'une ruine, au xvii'' qu'un rhAtfau et trois cavernes. Le chÂteau consistait en deux vieilles tours reliées par un mur : une Iroupe d'Arabes en guenilles montait la garde autour de six canons rouilldsî Le iaffa modmie est né de ces ruines* A toutes les époques, nous avons écrit notre nom avec des victoires sur ce coin du monde. Saint Louis y planta l'oriflamme, et Bonaparte le drapeau tricolore. On sait comment la peste y suivit le massacre des prisonniers. U semble que de ses ennemis l'Oiieut ne j!;ai de que les morts. Les Anglais entrèrent dans Jaffa quand nous en fûmes sortis : ils y élevèrent, au sud-est éè la place, un bastion que l'on voit encore; Jaffa, depuis le commencement de ce siècle, a été pris trois ou quatre fois. Aujourd'hui les Turcs s'en croient les mattres.

Comme je rentrais au couvent, assez satisfait du résultat de mes premières courses, je rencontrai, tout près des murs, un assex long cortège*

C'était un grand personnage du pays queTon portait en terre. Je suivis le convoL C'était ce quel'on appelle* ralt à Paris un enterrement de première clmn.

Deux kavass, le sabre au côtë, et faisant r^souiier leur canne à pommeau d'argent, ouvraient solennelle-

ment la marche. Huit ou dix hommes portaient un lit de parade sur leurs épaules.

Le mort était étendu sur ce lit, le visage découvert, comme dans le nord de l'Italie, comme dans les lies de Farchipel Grec. On arait semé des fleurs autour du corps. Un cortège d'amis, au maintien austère, au front pensif, suivaient en causant entre eux. Plus loin ▼enait une troupe déguenillée , escortant des femmes vêtues de biauc,qui devaient être payées bien cher, car elles pleuraient hien fort Les mendiants reprenaient les lamentations à Funisson ; tout cela se déroulant le long des rues souibres et poudreuses, au miUeu de cette population si nouvelle et si étrange à mes yeux, ne laissait pas que d'avoir un caractère de bizarrerie saisissante.

Je me mêlai à la foule, qui eut le bon goût de ne pas prendre garde à moi.

Le cortège sortit par la Porte de Jérusalem, et passant au milieu d'un petit bois de cactus et de nopals, arriva bientôt au cimetière de Jaffa, situé à quelques centaines de pas de la ville, et vers le nord.

C'est un emplacement bien choisi, d'un aspect doux et mélancolique; d'nn côté, la mer, de Fautre, des collines aux croupes onduleuscs; en face, la ville de Jaffa avec ses amphithéâtres de maisons blanches.

La police municipale s'occupe pou dos cimetières : chacun s'enterre comme il peut, ou comme il veut

Cependant le mort était déjà descendu dans sa tombe : les pierres, le sable et les fascines de bois sec étaient retombée sur lui... Je croyais tout liai ; deux

JAFFA

hommes en robes bleues se peachaient vers lai, To-

reille collée contre terre : c'étaient deux prêtres du pays — deux imans.

— Que fènt-ils? demandai-je à un Maltais descendu à terre avec moi.

— Us écouienty me répondît-U, l'examen que les anges foDt passer au mort.. Ils iront ce soir annoncer le résultat à la famille!... La famille paye suivant la boule qpi'ont donnée au candidat les terribles examinateurs. Cependant les amis vinrent s'asseoir et fumer sur la tombe refermée. Un peu plus loin, et sur d'autres tombes , à l'abri de nattes de jonc suspendues à quati*c bàtonsi des femmes voilées de bleu, c'est la couleur du deuil , et le borghot noir sur le visage , allaient converser avec des morts aimés.

J'aime cette familiarité pieuse, et c'est, à mes yeux, un des mérites de FOrient, de ne pas oublier les absents et de chercher ainsi à retrouver ceux qui ne sont plus.

Le soir venu, f allai me promener dans les jardins qui s'ouvrent assez facilement pour l'étranger. J'y rencontrai peu de monde , les Arabes ne se promènent pas , mais je fus assez étonné de voir au pied d*un gi^and cédrat — le Hadm' ancien , ce bel aibre dont parle Moïse au Lévitique^ trois ou quati*e lanternes en papier de couleur, qui avaient un faux air d'iUumi* nation.

J'interrogeai.

Le cédrat, me répondit-on, est l'arbre de Mahomet, n y avait des cédrats dans le Paradis terrestre. Quel-

DE MFPA â itEUSAIEM.

qaefoiS) la nuit, Mahomet descend da ciel, il se repose dans un cédrat... il pourrait venir dans celui-ci... et il faut bien qu'il voie clair.

Je n'ai rien à dire de la précaution en dle^méme,

mais il faut convciiLr que, poui' celle nuit-ià du moins, elle était complètement inutile , car, à chaque instant, les étoiles de septembre, se détachant de la Toûte bleue, tiavei^saient l'espace, si ardentes et si lumineuses, qu'elles laissaient leur trace embrasée dans le ciel l

Lia route.

Nous quittâmes Jafià et le couyent des FranciseaiDs,

après avoir goûté , pendant deux jours , leur hospitalité aimable. Quinze ou vingt lieues uous sépaiaient de Jérusalem. En Europe , ce serait un trajet de quelques heures : ici, c'est un voyage de deux bonnes journées, à travers des fatigues toujours» des dangers quelquefois.

On ne sait pas en Orient ce que c'est qu'uuc roiue : le chemin vicinal y reste à Tétat de mythe iiTéalisable. Il n'y a peut-être pas une voiture dans toute la

Syrie; le cheval arabe n a pas encore subi la honte du collier.

On s'organise en caravane pour aller d'une ville à

l'autre ; ainsi fîmes-nous en partant de Jafla pour Jérusalem.

Escorte, guides, voyageurs et moudcres (les Aurais

prononcent groom) , nous ioimions une troupe d'à peu près cent personnes.

On mit , pour nous monter, tous les villages voisins en réquisition. Mous avons pu juger, par échaulilion,

Digitizeo Ly ^oogle

DE JAil-A A JÉiUJSALLM.

toutes les races et toutes les espèces de chevaux , d'ânes et de chauieaux qui se rencontrent dans la Syrie; depuis le fier cheval du Nedj, qu'on nomme kuel, et qui est, dit-on, le plus beau cheval du monde , jusqu'aux petits Bcguirs, qui ressemblent assez à nos chevaux de mont£^e, bas sur jambes, eoui1^ de reins, mais pied sûr, tête obstinée et du feu dans rœil ! Les caravanes adoptent un ordre de marche assez guerrier : les mulets^ les ânes, les chameaux sont placés au centre ; on détache les cavaliers en téte et en queue , ou on les flanque sur les ailes.

On hnagine assez aisément le coup d'œil varié d'une troupe où se rencontrent des hommes de tous les pays et des costumes de tous les siècles; ici, un habit noir attardé et tout honteux — c'est un professeur émérite de rUnîversité ; plus loin une veste de chasse fringante — c est un gentilhomme caïupagnard — à côté d'une soutane qui s'embarrasse dans le lai^ étrier d'un Arabe t le machlah rayé d'un chamelier ou le cafetan brun d'un Turc, auprès de la jaquette. en coutil blanc d'un Anglais. On se presse , bétes et gens, dans la rue étroite qui borde le couvent, c'est un fouillis de couleurs à réjouir l'œil d'un peintre et un charivaii de sons gutturaux â désespérer l'oreille d'un musicien. On se menace d'abord, puis le coup arrive bientôt après l'injure; c'est une mêlée générale. Enfin, peu à peu, la paix se fait et le calme se rétablit. Chacun choisit son cheval et l'équipe à sa guise ; les chameaux patients plient le genou et reçoivent leurs fardeaux. Nous chargepni» non fusils dans la rue : il est bon que tout le

monde soît averti. Un jeune abbë tire de ses fontes une paire de pistolets magnifiques » de la poudre et des balles; malheureusement, il ne sait pas trop si c'est le plomb ou la poudre qu'on met d'abord.

Enlai, on donne le bignai du départ : à cUevai, messieurs ( 6'écrie d'une Toix vibrante le grand maître de la cavalerie. On se met assez prestement en selle, et l'on sort en bon ordre par la porte de Jérusalem.

Déjà la carayane déroule ses longues âles interminables à travers les allées sinueuses et sablonneuses d'un bois de cactus et de iiguiers de Barbaiie , mêlés aux oliviers, aux nopals, aux sycomores et aux nabkas; de temps en temps, un tamarin au feuillage bleuâtre et délicat me rappelle mes rivages normands et la patrie absente, Çà et là , dans les éclairdes du bois , de grands carrés de terres fécondes et cultivées, arrosées par les norias, où s'attèlcnt des buffles et des cheyaux aveugles , nous montrent toutes sortes de légumes plantureux ou de firuits exquis , les aubergines de mille formes et de mille couleui s ; des pastèques qui dorment sur leur ventre rebondi , des régimes de bananes , des figues, bleues ou rouges, et surtout des grappes de raisins dorés que les pampres amoureux laissent pendre aux branches de tous les arbres.

Jada est le jardin de la Palestine.

Bientôt nous sortons de ces jardins et de ces boi& Une plaine immense s'étend devant nous, tout embrasée des feux du couchant; plaine fertile, où les épis oubliés nous révèlent des moissons abondantes de froment , d*orge et de dourah. .

Digrtizeij Ly <jOOgIe

70 DE ÎAÏkA A J£KlâÂL£M.

C'eut 1« plftine de Sarons , qui B'étend depuis Otra

jusqu'au Mont-Carmel, depuis la Méditerranée jusqu'aux eoUinea de la Judée et de la damarie.

Plus d'une fois , FÉcritore a Ioii4 ta beauté : « Aa désert sera donnée la grâce du Garmel et de la plaine de SairoDa» n « Je suit» le narciBse de Barons et le lis des Tallées, » dit la fiancée du Cantique. Maintenant encore, le printemps y sème à pleine main le lis, la rose, Tanémoue, les tulipes , les giroflées et rimmorteUe* La plaine n'est point unie , elle se soulève , au contraire , par un mouvement d'ondulation lent et doux. — Ces renflements parallèles semblent être comme le contrefort des montagnes de l'Est , qui vont ainsi s'abaissant jusqu'à la mer. JMous avons à noUe droite le pays des Philistins. Nous retirotttons partent les grands souvenirs bibliques. Cette terre a tremblé sous les pas du fort Ôamson ; c'est ici qu'il attacha des flambeaux à la qtiene des chacals , pour incendier les blés mûrs; c'est ici qu'il rencontra Dalilali , cette vengeance d'un peuple opprimé, qui l'enivra d'amoui , l'endormit dans ses bras caressants, et fit tomber sa force en litrant aux ciseaux les cheveux qu'elle avait pariumés des roses de Sarons.

Un léger détour sur la gauche nous amène à la citerne de Saintc-Hëlùne , à la tour des Quarante Martyrs et aux ruines de Lydda. Trente marches conduisent, par des degrés rofnpus , au fond de la citerne , maiutenanl sans eau; vingt-quatre arcades, d'une maçoimerie encore intacte, attestent le travail d'une main romaine : le temps et l'humidité ont foit disparaître

...... ^le

LÀ TOUR DES QUAEANTE MAITTYRS. H

jpresqae complétemeiit tes printam qni les orntieiit

La tour des Quarante Mai lyrs fut autrefois le clocher d*un couyent » c'est aujourd'hui le minaret d'une mos* qti#e rustiqua Os n'est pas d'aceard «ur ridenttté des quaraDle martyrs; les urib voulant que ce soient dos chrétiens du pays, immolés pour la foi ; d'autrdi sovk tenant que ce sont les quarante soldats de la Xn^ Id* gion, exposés sur Tëtan^ glacé de Sébaste , et dont on apporta en Palestine les restes , devenus des reliques. Quoi qu'il en soit, les musulmans ont aussi revendiqué les martyrs pour leur compte. La Tom e?ît devenue uji^ lieu de pèlerinage pour eux comme pour nous : Dieu reconnaîtra les siMi. Lydda n'est plus qu'une mine ; les Arabes i'appclicut Jjoudtlo : c'est là qu*; saint Pierre guérilla paralytique Ënée, enchaîné depuis huit ans sur son Ut : «Bnée, le Seigneur Jésus-Ghrisl vous guérit leve^-vous, et faites votre iil vous-même.)) Enée se ievfà^ U était gMéri âaint Georges mourut à Lydda, où 0 est égaUBment-honoré par les Grecs , à qui , bien mvolontaiiement, j'en suis .sur, il rappeiiu Mars, le guer-» rieraaeasqua d'or, ^ par les Arabes, qui le nomment k OmfaikaF^ m ehewU bkmc. Plus d'une fbis nous verrons les deux cultes se rencontrer daus un mémo souveniret dans une vénération commune.

Mais te sow vient > la nuit tombe du ciel ; le soleil disparaît comme uuelaiupe qu on éteint. Pendant (lue

les étoilea s'allument lentement, sept cm huit Bédouins sorlaiit tfmi bouquet de nopals , et s'élancent t^m

nom , le lusd à la maiii. L'alerte est donnée : u benU*

QiiUeat^lireneafia^ À tous! s on se rassemble, <mi

DE JArpA A lÊRUSAtEM.

s'aligne; c'est presque un ordre de bataille. Nous en sonmies quittes pour une émotion , je ne veux pas dire pour la peui'.

Les Arabes reprennent au galop le chemin des nopals. Nos ëciaireurs nous signalent les premiers feux du village de Rainlaii. Voilà une journée finie sans aventure ou à peu près.

Mais c'est surtout ici que les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

La veille de notre passage, Bamiab a été attaqué par les Arabes-Bédouins, qui ont fait une descente à liiaîn armée dans le village.

Ils pénètrent facilement par la brèche de ces murailles délabrées; ils montent sur les toits, descendent dans les cours intëiîeures , où la fusillade s'engage à bout portant. Plusieurs hommes ont perdu la vie dans ce coup de main. On a enlevé quelques sacs de blé , c'était roccasion el la cause de la rixe, puis on a pénétré dans le couvent où nous sommes maintenant ; plusieurs de ces pauvres frères espagnols qui nous servent avec nno boiiue gi*àce si empressée, ont reçu d'indignes traitements. Le prieur a été laissé pour mort sur la place. Que dire d'un pays où de pareilles scènes se renouvellent tous les jours? L'autorité impuissante gémit de tout et n'empêche rien. Les Turcs des villes et des villages sont d'honnêtes gens asses peureux. Les Arabes des campagnes sont de vrais bandits qui vous coupent le cou poui^ une demi-piastre. Quand il leur prend fantaisie d'entrer dans ime ville, les Turcs ne peuvent pas les en empêcher : une fois

BAMLAH«

entrés, ils fout la loi. Plusieiu*s maisons européennes ont étépiUées..., d'autres sont désignées pour une pro^ cliaine expédition.

A JaEay une des maisons ainsi marquées de la maitt rouge appartenait au médecin sanitaire de la quai aiitaiiic. Sa jeune femme , récemment arrivée de France, et peu familière avec ces mœurs sauvages, a été saisie d'un si Tif effroi, qu'elle est devenue folle... Aujourd'hui elle est morte : cela vaut peut-être mieux

Bamiah est l'ancienne patrie de Nicodëme, que les

enfants de tous les pays s'obstinent à voir encore dans la lune : les contes de ma nourrice me le représeur taient toujours courbé sous le poids d'un fagot gigantesque... J'ai retrouvé la nu^nie tradition à Ranilah; mais la lune était couchée. Ramlah fut aussi la maison de campagne de Joseph d'Arimathie qui, sur le mont Calvaire, oignit de parfums et arrosa de larmes le corps du divin Crucilié » et lui tailla un tombeau dans le vif de son rocher.

Je veux signaler les traces de Tari partout où je les rencontre ; j'ai trouvé dans la chapelle de Bamiah un assez joli tableau sans signature, mais appartenant à l'école du Corrège ; il n'en a pas sans doute la touclie harmonieuse et le coloris suave, mais Tair de la téte, la pose du personnage et le galbe des mains révèlent une filiation directe avec ce maître des blondes élégances.

Dans le réfectoire dû mémo couvent , aunlessus de

. la table des Pères, on a placé une assez belle copie de

la fresque immorteOe de Léonard de Vinci , ta Cène, qui orne maintenant à Milan... le grenier à foin d'une caserne autrichienne 1

Dans cette Judée immobile, le pain qu'on mange aujourd'hui a la même forme qu'au temps de la dernière pAcpie du Christ.

Sur la table où l'on nous sert et dans le tableau que j'examine, ce sont encore les mêmes plats et les mêmes vases. Est-ce hasard ou tradition? Je n'examine pas, je constate.

Nous ne Ûmes à Ramlah qu'une courte halte. Notre cararane se remît en route vers minuit. Après avoir assez longtemps cheminé à la lueur des étoiles, nous arriràmes avec le jour aux montagnes de la Judée.

De loin ces montagnes ressemblent à des mamelons isolés. Quand on approche, on reconnaît un vaste système, une chaîne inunense dont les anneaux se soudent avec des rochers. Tel toute trace de route disparait. Eu été on passe dans le lit desséché des ravins, en hiver on ne passe pas ; des pierres, des quartiers déroches, des londrières, des arbustes épineux, sont semés comme autant d'obstacles sur cette voie impraticable dont les Bédouins sont encore aujourd'hui les maîtres absolus.

Ibrahim, dans sa guerre de Syrie, si habilement conduite d'ailleurs, a laissé omse mille hommes dans ces défilés, onze mille hommes de ses meilleures troupes. Nous aurions pu y rester touS| pourvu qu'on reût voulu un peu sérieusement

LE mLAGB DE LÂTEOUN.

De temps en temps les montagnes s'écartent» et dans

Tenceinte des collines s'entr'ouvre une petite plaine dont la culture s'empare. Çà et là se groupent en village les huttes des labom^urs. Devant chaque porte on répaml ics gerbes d(Uifes que dëpiqnrnt de petits bœufs noirs. Les enfants et les femmes enlèvent Tépi Tlde; on entasse le grain, et, pour yanner, on le jette en Tair avec de laro;os pelles ; In veut empoi le la liuiissière^ le lourd ùoment retombe.

Un de ces yillages, TMtraun, qui n'est plus mainte* nant qu'une ruine, passe pour avoir été la pairie du bon larron. On rattache une l^ende pieuse au miracle de cette conversion, la première qu'ait obtenue le sans; du Crucifié!

C'était au moment de la fuite en Égypte, La caravane que suivaient Joseph et Marie s'était remise en route après le repos de midi, au bord de la fontaine, à l'ombre des mûriers et des térébinthes. L'Enfant Jésus s'était endormi sur les genoux de sa Mère et la Vierge, respectait ce divin sommeil. Tout à coup deux voleurs s'élançant des broussailles parurent devant eux; la Vierge leur montra TEnfant endormi, et l'un des deux voleurs fut louché jusqu'au fond de l'ûme, et au lieu d'attaquer il défendlL Trente ans s'écoulèrent : Jésus passa à travers le monde en faisant le bien , Thistolre ne dit pas ce que fit le larron ; mais un jour trois croix se dressèrent au sommet du Golgotha : le Fils de rhomme était attaché entre deux voleursi. L'un d'eux blasphémait, mais Tautre disait ; u Celui-ci n'a fait aucun mal, » et» se tournant vers Jésus : « Seigneur,

D£ JÂFFA A JÉRUSALEM.

disait-il encore, souvenez-vous de moi lorsque vous serez arrivé en voire royaume, n

Jésus lui répondit : « Je te le dis en Térité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis, »

Or» celui-là même à qui le Gluist parlait aiusii c*é^ tait le bon larron qui avait sauvé TEnfant Jésus.

Les montagnes se succèdent avec une invariable monotonie. Chaque -hauteur franchie nous fait voir une hauteur nouvelle ; c'est une succession d'horizons pareils se déroulant à la suite Tun de l'autre, sans qu'on puisse en deviuer la fin ; c'est aussi partout le même caractère : une grandeur sauvage, une tristesse hautaine, et je ne sais quoi deûer sous le poids même

de Tanathème écrasant Quand on arrive au dernier anneau de la chaîne de

ces montagnes, on découvre à ses pieds la vallée de SaintrJéi^émie. Un village de cinquante maisons se répand dans la plaine déjà moins triste et plus fertile. Çà et là des bosquets de figuiers, de nopals et de cactus reposent doucement la vue fatiguée de la réverbéra* tion ardente des rochers. Un sycomore gigantesque protège de ses rameaux et couvre de son ombre un khan de pierres sèches, où le voyageur se repose un instant, non loin d'une source murmurante. C'est dans ce village que la tradition, qui n'est pas toujours d'accord avec la critique, place le berceau du prophète Jérémie ; c'est là que pour la première fois, âgé de quatorze ans à peine, il aurait entendu la voix du Seigneur lui ordonnant de prophétiser aux nations... a Je t'établis sur les nations pour arracher et détnih^.

LE VILLAGE DE SAIHT-JÊRÊIIIE. 77

pour perdre et dissiper, pour édifier et planter. Je t* afiénnis comme une ville forte, une colonne de fer, un mur d'akain contre les rois de Juda, ses princes, ses prêtres et son peuple { » Au-dessus de la source on voit les restes assez bien conservés d'une église du xn' siècle. Au dehors, c'est mi carré long; au dedans, trois absides correspondent à trois neis. Ces absides, tournées vers TOrient, sont bâties dans l'épaisseur du mur, de telle sorte qu'on n'en voit pas de traces extérieures. On aperçoit suivies parois de ces trois absides des vestiges d'anciennes peintures : le dessin a disparu à peu près partout , la couleur a demeuré en quelques places. Nous remarquons une singularité architecturale : la porte n'est pas à l'ouest et en face de l'autel , elle est latérale et s'ouvre vers le nord. Cette église, jusqu 'au xvii*' siècle, fut desservie par les Pères de Terre- Sainte, puis un jour, sans prétexte, en pleine paix, les Arabes miient le feu au couvent, pillèrent Téglise et massacrèrent les religieux; ils s'éloignèrent alors des ruines qu'ils avaient faites... Plus tard l'élise flit convertie en mosquée.,. Aujoui d lnii c'est une étable où l'on enferme, le soir, ie$ troupeaux d'Abou-Gosb.

Le village de Saint- Jérémie et ses environs, la plaine et la montagne appai tiennent à cette puissante tribu d'Abou-Gosh.

Le cheikh actuel est le neveu de cet Abou-Gosh, prince des voleurs, comme l'appelaient les Arabes, avec qui M. de Chateaubriand échangea des présents, et que H. de Lamartine enchanta par sa belle parole :

Dielus ob hoc knire tigres /

7% DE iAffiL A JÉRUSALEM.

Nous n'avions , hëlas ! ni ces présents royaux ni cette langue cbarmeresse... nous nous contentâmes d'envoyer un janissaire denoander une permission qui nous fut gracieusement accordée.

£n sortant des défilés, nous rencontrâmes 1q cbeikh lui-même; il est grand etbeau, et peut avoir quarante^ cinq ans. Ji montait un cheval de race, noir comme la nuit, et dont la crinière balayait le sol de ses flot^ soyeux. Je marchais en tète de la caravane : le sentier était Uop étroit pour deux; un bond de côté, très-vigoureusement enlevé, le plaça à quelques pieds au-dessus de moi ; je le saluai en portaqt 1^ main à ma poitrine

et à mon front.

U me rendit mon salut avec le sourire ouvert ûe^ gens qui ont de belles dents.

— J'ai donné des ordres pour qu'on te laissât passer; sois sans crainte I

— Je suis sans crainte, et je te remerde, lui répondis-je.

Nous nous saluâmes une seconde fois, et chacun continua sa route.

Dn défilé moins inaccessible conduit dn la vallée de Saint-Jôrémie à la vallée des Xérébintbes. Le voyageur laisse à sa droite une montagne où gisent encore les l'uines de l'antique Modin, la ville des Macbabées.

Les Macbabées font grande figure dans l'histoire du peuple juif. Précurseurs des croisés , ils combattis rent et momnirent pour leur foi et la liberté de leur pays. Longtemps on vit sur la montagne un grand édifice et des pyramides ftoèbres entourées de colon-

Là. YAUUfeB PIS TÉAÊfilNTHfiS, 39

lies qui portaient des trophées et des ?ictoireA : c'était le moDument fonèbre des Machabées. On a pris sed

pierres pour bâtir la forteresse d'Abuu-Goï^h : le lombeâu des béros est devenu la maison d'un Tolaur.

Chaque pas ici réTeille un écho « chaque site rappelle à l'Ame un ininioi tel souvenir. Presqu'en face de Modin voici Ramatba, patrie de Samuel, juge de sa nation, plus puissant qu'un roi; voici Gabaon, qui vit Josué prolonger le jour pour achever sa victoire : a Soleil, arréte-toi sur Gabaon» et toi, Lune, ne des* cends pas encore dans la vallée d'Acalont »

C*est la p:loire de David que Ton retrouve tout d'à-» bord dans la vallée des ïérébinthes, sa première gloire, cette gloire de la jeunesse si pleine d'enivré^ ment el de charmes!

« Gratior et pulckro veniens in corpore virtus» »

On traverse avec je ne sais quelle émotion sympathique le lit maintenant séché du torrent où le jeune berger vint choisir les cinq pierres polies qu'il mit dans sa panetière. Plus d'un pèlerin, qui ne combattra jamais Goliath, ramassa, comme David, cinq cailloux dans le luirent.

La vallée des Térébinthes est étroite, sinueuse et profonde ; les montagnes qui rencaissent ont quelque chose d'àpre et de tourmenté. Le Térébinlhe, qui lui donne son nom, est un arbre biblique : c'est sous un térébinthe qu*Abraham vivait dans la vallée d*Hébron. Les teintes sombres de sou feuillage contribuent en-

80 ' JAl l A A JLUtSALKM.

core à donner à cette vallée un caractère d'austérité

mélancolique. L'antique village de Golonia, bâli sur le lieu même de la victoire, et qui reçut plus tard ce nom romain, n'est plus aujourd'hui qu'une ruine» habitée par quelques pâtres arabes; on remarque en passant les fortes assises d*ua monument hébraïque , et Ton s'engage pour la dernière fois dans un défilé de monticules mis et tristes.

Après une heure de marche à travers des buissons» des pierres et des rochers couverts de mousse et de lichens, on arrive sur un plateau inégal, semé de pierres rougeâtres» et» tout à coup» brusquement, derrière un pli de terrain» se dressent à vos yeux les blanches murailles de Jérusalem.

JËRDSALEH.

JÉRUSALEM

On a beaucoup parlé des désolations et des ëpou-^ yantements de la mort que semble resf)irer encore le désert de Juda. Chacun sent à sa manière; pour moi, je Tayoue , ce qui m'a frappé tout d'abord, c'est une idée de beauté, beauté graye et mélancolique, comme il convient à une reine dans les fers, esclave, maîH reine encore. Jérusalem est toujours belle, et je comprends l'espèce de fascination qu'elle exerce sur les Arabes-Bédouins; ils ne parlent d'elle qu'eu la uommani la Saime, « €i Cads I »

Autour de la ville pas un cbamp cultivé, pas un jar-^

JÉRUSALEM

din 9 pas un arbre : le désert partout Jérusalem s'isole dans une solitude éclatante. Rien ne distrait le regard

de ses contemplations; rien ne détourne Tàme de ses sourenirs* De hautes murailles crénelées ^ flanquées de tours massives et carrées , délimitent nettement Tenceinte de la ville et découpent leur silhouette aux vives arêtes sur le fond tranché et cru d'un azur implacable que déchire la flèche aiguë des minarets. Par une belle journée d*été , cette première vue, sous la réverbération ardente des rochers, vous donne les éblooissements du vertige.

Arrivée sur ce plateau , notre petite troupe s'arrêta quelques instants : chacun voulut se recueillir et se retrouver seul avec soi-même.

Quelque symbole que l'on récite et quelque foi que Ton proclame, tous ne reconnaissent-ils pas que ces murs ont vu s'accomplir la plus grande des choses divines et humaines; que l'histoire de cette \ille est l'histoire du ciel et de la terre, et que, du haut de ce Gol- ' gotha, dominant Jérusalem, le Christ laissa tomber, avec le sang et l'eau de son côté, les semences de cette moisson d'amour et de charité, mûrie sous le feu des persécutions, qui nourrit encore le monde?

Cependant le père-gardien du Saint-Scpulcre , informé de notre arrivée, daigna s'avancer hors des murs à notre rencontre, avec quelques prêtres du clergé de Jérusalem et un assez grand nombre de chrétiens qui voulaient nous faire honneur et grossir notre cortège. On était bien aise de donner à notre présence la portée d'une manifestation rdSgieuse et politique :

LES LIEUX SAINTS

en toute autre circonstance , nous nous y serions refuséSy mais il y a des moments où il n'est pas permis de cadier son drapeau.

On sait qu'autrefois les Francs^ c'est ici le nom p:énérique des Européens —ne pouvaient entrer à ciieval à JAnsalem ; ils étalent obligés de mettre pied à terre aux portes de la ville. Notre influence reconquise et les mœurs adoucies nous affranchissaient de cette honte. Nous venions en amis » non en vaincus : nous entrâmes à cheval par la porte appelée Bab-el-Khalîd, la porte des Bien-Aimës, située à Touest de la ville» et que l'on nomme aussi la porte des Pèlerins et la porte de Jafifa. Les soldats turcs , pantalon blanc , veste bleue, lez rouge, qui gardaient cette porte, nous laissèrent bénignement passer , tandis que des groupes d*Arabes indolents, assis sur leurs talons, le chibouck à la main, ne tournaient même pas la tète pour nous voir. Nous laissâmes à notre droite la Tour de David , et, par une rue étroite , grimpant , coinme ua sentier de chèvre , à travers deux allées de maisons sans fenêtres, nous arrivâmes à Fhospice de Casa-Nuova, bftti et desservi par les religieux Franciscains.

Les hôtels sont à peu près inconnus dans la Palestine : l'hospitalité s*y donne. Les couvents de pi es([ue toutes les communions s*ouvrent généreusement pour les étrai^ers; on vous oiORre tout à Farrivée, on ne vous demande rien au départ.

La première chose qui. attire le pèlerin arrivant à

86 JÉRUSALEM

Jérusalem, c'est Téglise du Saint-Sëpulcre. Cette église est comme un abrégé de la Ville-Sainte; on y trouve , réunis et comme rassemblés à dessein, les plus grands sanctuaires du christianisme : le Galraire, le Saint-Sépulcre, la pierre de l'Onction , sur laquelle on déposa le corps du Crucifié, une des prisons du Christ, la Colonne de Flagellation, puis les divers théâtres des grandes scènes de la Passion ; les chapelles du DépomUement , du Crudfietnent , de V Apparition du Christ à sa Mère et à Marie-Madeleine. C*est donc là qu'on doit aller, et c'est là aussi que Ton va tout d'abord.

Chaque jour , à Viasue de leurs Tàpres , les pères Franciscains vont eux-mêmes on procession solennelle, la corde aux reins et le cierge à la main, s'agenouiller et prier dans chacun de ces sanctuahres.

Il est d'usa^o que, le lendemain de leur arrivée, le Père-gardien invite les pèlerins à se joindre aux moines. La musique des chants sacrés, la grande voix de Forgue, l'odeur de l'encens , emportent l'âme dans les sphèi^es ardentes de l'exallalion religieuse et la prédisposent aux sentknents qu'elle doit éprouTer eu présence de ces lieux vénérés.

Suivons celle procession quelques instants : pour visiter le Saint^Sépulcre, nous ne saurions avoir un meilleur Giiiide.

En quittant le chœur de leui* chapelle , les Pères se dirigent tout d'abord vers la Colonne de iaFta^ellation,

Cette colonne, dont une partie seulement se trouve maintenant à Jérusalem (l'autre lut transportée à Rome) est presque entièrement cachée par un reTétement de

LES U£UX SAINTS

métal : on a cru être plus respectueux, mais, à coup sûr, on a diminué l'impression religieuse.

La seconde station nous arrête devant la PHum de Jésus-Christ; cette prison n'est autre chose qu'un enfoncement de quatre ou cinq pas sous le rocher. Là , dit la tradition, le Christ fut déposé quelques instants pendant que l'on achevait les préparatifs de son supplice. On s'arrête ensuite à la place môiiH' où s'accomplit cette parole des prophéties : « Us ont divisé entre eux mes vêtements et ils ont tiré ma rohe au sort. »

Les deux stations suivantes se font dans les chapelles 4^ Sainte-Hélène et de Flnvention de la Croix. Ces chapelles, dont le nom fait assez coiiiiaîu c l'origine et l'appropriation, sont situées sur le rocher du Calvaire; des degrés J^auts et larges y conduisent : l'une était l'oratob'e de Sainte-Hélène ; la croix fut trouvée dans l'autre. Non loiii de là est un troAçan de colonne, que ron appelle la Colonne de l'Outrage^ et sur lequel on ût asseoir le Christ pendant que Ton posait sur sa tête la com*onne d'épines, cl entre ses bras le roseau, scepti'e ironique de sa royauté bafouée.

La procession monte ensuite au Calvaire, on chantant cette grande ^t belle hymne de la Passion :

Ves/Àlla régis prodeun$ !

Les étendards du roi s'avancent !

Elle est belle et saisissante cette hymne, chantée pai' des voix attendries, accompagnées des soupirs de l'orgue, selon les rites de la liturgie en deuil de notre

JÉRUSALOf.

grande scniaiiic , celle qui s'appelle la Semaine-Sainte, Mais combien me parut*elle plus belle encore et plus éloquente, murmurée à demi-voix par la longue procession des moines, aux lieux mômes où s'accomplirent les mystères qu'elle célèbre I

« !ci, son c6té fat blessé par la pointe d'une lance; ici, pour nous laver de nos crimes , le sang coula avec l'eau. —0 arbre de la croix» bel arbre, arbre brillant, paré de la pourpre des rois, tci, tu portas, croix heureuse, le corps d'un dieu; ici, comme une balance, tu pesas la rançon du monde racheté... Jet, reprend encore la voix des prêtres, après un moment de silence, ils ont percé mes mains et mes pieds; ia, ils ont compté mes os... »

Ces lamentations et ces plaintes empruntent à la présence des lieux où se consomma le sacriiicc, je ne sais quelle réaUté poignante qui vous trouble.

Mats déjà nous voici à la place où se dressa la croix: c'est le sommet du Golgotha; deux gros pilastres soutiennent la voûte et partagent la chapelle en formant deux arcades : la croix fut plantée dans l'arcade à gauclie. On a cru convenable de décorer le mur du fond de riches ornements; ici des tables de marbre, là des candélabres, des lampes d'argent Une lame mobile, également en argent, large de douze ou quinze centimètres , recouvre la fente du rocher qui s*entr'ouvrit au moment où le Fils de l'homme rendit le dernier soupir.

Quand on soulève cette lame et qu'on plonge le regard à travers la fente, on pénètre jusque dans Tmté*

LES LIEUX SAINTS. 89

rieur de la chapelle d'Adam, vide et nue. La tradition

raconte que notre premier père fut enseveli sur le (lolgotha, à l'endroit où plus tard devait s'élever la croix du Sauveur. Quand le rocher édata, au dernier soupir de Dieu, le sanp: rédempteur coulaut dans la terre lava les vieux os du plus antique pêcheur, et de même que nous avions tous été perdus dans Adam, nous fûmes tous purifiés et rachetés en lui.

En descendant du Calvaire , la procession se dirige vers la pierre de VOnetUm , sur laquelle on plaça le corps de Jésus, déposé de la croix , et où il fut oint et enseveli par Nicodème et Joseph d'Àrimathie. 11 faut bien le dïre : on ne voit pas la vraie pierre de Fonction, qui n'était autre cliose que la surlace plane et unie du rocher. La piété des gai diens a cru devoir la recouvrir d'une plaque de marbre jaune. On sait que la pierre . est derrière le marbre : cela doit suffire.

La procession suit toujours sa voie douloureuse, et elle arrive enfin au Saint-Sépulcre, qui donne son nom à l'église. On remarque dans ce trajet, indiquée par une plaque de marbre, la place où se tenaient la Vierge et les saintes femmes , pendant que les deux amis rendaient au mort ces devoirs suprêmes.

Le tombeau est placé au milieu de la grande circonférence décrite par le temple. C'était une simple grotte, creusée dans le rocher vif ; on en a fait une sorte de monument, en taillant le rocher tout autour ; on lui a donné un revêtement de marbre blanc, avec galerie et corniches, sculpture et colonnettes; on a mesuré exactement sa dimension : treize pas de long, neuf

JÉRUSALEM

pas de large , douze pieds de haut. Oa a placé devaut rentrée quatre magnifiques candélabres , et » au-dessus de la porte, quatorze petites lampes en argent d'un travail délicat. Le Sépulcre est divisé intériciirpnient en deux compartiments : le premier, qui sert à l'autre comme de vestibule , renfenme un bloc de marbre de près de quatre pieds de haut, indiquant la place où s*était assis Tange qui accueillit les saintes femmes à leur arrivée au tombeau, et qui leur dit : « Ne craignez rien : je sais que vous cherchez Jésus qui a été cruciûé : U n'est point ici : il est ressuscité comme il vous l'avait dit. »

Quinze lampes sont suspendues à la voûte et allumées chaque jour.

La chambre intérieure de la grotte est longue d'envii^on sept pieds. A droite, sur la saillie large du rocher, on avait déposé le corps du Christ; ici encore la pierre a été revêtue de maibre blanc. Quarante-cinq lampes, en oi-, en vcraicil et en argent brûlent sans jamais s'éteindre , au milieu de cierges sans nombre , dans ce tombeau, devenu le plus grand sanctuaire du monde clirétien. Là , sans cesse , s'exhale je m sais quelle odeur de parfmn mystique qui rappelle à l'âme la mynbe , le cinnamome et Taloès de Joseph et dé i\icodème.

Entre ces deux chambres, aujourd'hui séparées par une simple porte, on avait jadis roulé la vaste pierre scellée du sceau des princes des prêtres, « Qui donc enlèvera la pierre T » disaient entre elles les fanâmes marchant vers le Sépulcre; et, quand elles arrivant,

LES UEUX &4mTS.

elles vireat la pierre eiiievé^^, Jésus absent, ei l aiige, vêtu de blanc, qui annonçait la résurrection.

A r extrémité du Saint-Sépulcre , et adossée à la paroi extérieure du monument, s'élève, humble cl petite, la chapelle des Cophtes et des Abyssins. Vis-à-*vis de cette chapelle , les Syriens ont un modeste sanctuaii^e , placé entre deux des piliers qui soutiennent la coupole.

Enfin, la procession rentre au chœur parles deux

cliapelles des apparitious à Marie-Madeieiiie et à la VieiTge-Mère.

L'apparition à Madeleine eut lieu à quelques pas

seulement du SépuhM'e; c'est à peine si Marie-Madeleine avait pu quitter un instant le Sépulcre qui renfermait les restes de son Dieu; puis elle était reyenue, no}ée dans ses larmes, perdue dans sa douleui', languissante d'amour.

ChrisH amare hmguida.

Elle vit ]ésus tout près d'elle , mais sans savoir que

c'était Jésus... «Femme, lui dit-il, pourquoi pleurezvous ? que cherchez-vous 7 » Mais , pensant que c'était le jardinier, elle lui dit : «[Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai.» Jésus l'appela : «Marie ! » et elle, se retournant, et le reconnaissant au seul accent de cette voix qui prononçait son nom, «iMon maître! » s'éciia-t-elle, et déjà elle s-élançait vers lui «Ne me touche» pas, lui dit Jésus, nçli me iangere! car je ne suis pas encore

JÉRUtALEM.

remonté vers mon Père, d Ainsi, la pécheresse convertie eut la première visite du Ressuscité, et le Fils de rÉternel oublia les splendeurs du ciel , pour se ressouvenir du cœur qui l'avait aime.

Un peu plus loin, le Christ apparut à sa Mère; une chapeUe a consacré cette tradition pieuse qui n*est

point relatée dans l'Évangile : c*est la dernière station du jouri on y cliante les dernières hymnes, on y murmure les dernières prières, et, pour quelques heures du moins, l'église redevient solitude et silence.

Tel qu*il nous apparatt maintenant, le monument du

Saint-Sépulcre est moins une église qu'une réunion d'églises. On y reconnaît la main de plusieurs siècles. Sa forme générale est celle d'une croix romaine , avec unenef ciixulaire à l'ouest; un transept du nord au sud, et à IVst, une sorte de chœur terminé par une abside.

Ajoutez une aile à Textrémité, et à Test et à Touest de chaque transept; enfin, une autre aile courant autour de l'abside, avec des chapelles rayonnant à Ten* tour. La rotonde ne présente que des arches en plein cintre; la partie orientale est à ogives entremêlées de fenêtres rondes.

Le Saint-Sépulcre occupe le centre de la rotonde.

Seize colonnes de marbre ornent le pourtour de cette rotonde, et dix-sept arcades qui soutiennent une galerie supérieure, également composée de seize colonnes, et de dix-sept arcades plus petites; desniclies, qui correspondent à ces petites arcades, s'élèvent au-dessus de la Mse de la galerie et sur Tare de ces niches.

LES L1£UX SAINTS

A aucune époque de rhistoire, les chrétiens n'abandomièreiit les Lieux Saints ; chassés tie Jérusalem par la main TÎolente de Titus, le même que Ton appela le$ délices du genre humain, ils y revinrent avant même que la dixième légion n'eût quitté les décombres fumants de Jérusalem. Treize évéques, en trente ans, passèrent sur le siège de cette ville : ce furent presque autant de martyrs.

De nouvelles pmécutions» dirigées cette fois contre les juifs plutôt que contre les chrétiens, firent bientôt une solitude de la Judée, Adrien délendit aux juifs d'entrer dans Jérusalem : une colonie piûenne vint Phabiter, et elle s'appela désormais MUa capitoUna. Son nom même fut aboli. L'empereur posa un pourceau de marbre sur la porte que regarde Beit-Léhem, une idole de Jupiter sur le rocher du Golgotha, et une Vénus au Calvaire.

Ceci dura deux siècles.

On ssdt la piété de Constantin et de sainte Hélène.

Constantin fit disparaltie les édifices païens , et retrouva le tombeau du Christ : sainte Hélène retrouva sa croix.

L'empereur donna l'ordre de bâtir une magnifique ^^e : on n'épargna rien, ni le marbre , ni le cèdre, ni For, ni le travail des plus excellents artistes; l'é^ glise fut bâtie en six ans, et dédiée avec toute la pompe du luxe oriental. On ne l'appelait pas alors l'église du Saint-Sépulcre, mais « le témoignage de la r^urrec-

tion )) mariyrium resurrectioms*

Cette gloire de Jérusalem renaissante dura trois siè-

JÉRUSALEM

des enyiroii, puis un lieutenant de Kosroës ravagea la yiUe» renversa l'église et enleva la vraie croit.

Le torrent s'écoula et les ruines se relevè'rent.

Quelques années plus lard, Omar, fils d'Hittab , entrait en vainqueur dans Jérusalem, mais il laissait aux chrétiens leurs temples et leurs reliques.

Les Fatimites furent moins cléments ; Hakem ravagea Fédiflce de Constantin , qui fut à peu près rebâti sous son successeur. Les destructions ne furent jamais complètes ; les mains eniKîiuies se hâtent et défigurent un monument plutôt qu'elles ne le renversent : la rotonde qui entoure aujourd'hui le Saint- Sépulcre, est sur le plan même de Constantin, les murs extérieurs sont peut-être les siens.

Les sanctuaires du crucifiement, de réreclion de la croix et de l'onction, furent réunis au Saint-bépulcre par les croisés. Le récit d'un chroniqueur contempo-rain, Guillaume de Tyr, ne laisse pas de doute ù ce sujet

« Avant rentrée de nos Latins dans Jérusalem, dit le

chroniqueur, le lieu de la Passion de Notre-Seigneur, appelé Calvaire ou Golgoihay et le lieu de l'invention de la croix rédemptrice, et, enfin, le lieu où le corps fut descendu, embaume et enveloppé dans de beaux* voUes, n'étaient que de tout petits sanctuaires, situés hors de la grande église; mais après que, par l'assistance divine , les nôtres eurent obtenu la possession de la ville , ladite église leur pamt trop petite, rayant donc augmentée par un ouvrage solide et élégant, réunissant le nouveau à J'ancien, ils réussirent mei^veil-

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LES LIEUX SALMS. 95

leusement à renfenner dans une même enceinte tous

les saiiciuaiies vénérés. »

Les caractères architectoniques du temple conflriMnt cette dtatioU de Guillaume de Tyr, et ne permettent pas d*attribuer, comme on le fait souvent, toute relise à Constantin. Où donc trouve-t-on Fogité dâHs là pure architecture byzantine ?

Il faut reconnaître ici l'alliance de trois styles : Tart romati, que les croisés apportaient d'Europe; Fart àfibe, qu%trouTàient à chaque pas en Orient et qui ^ î^èle dans 1" ogive; enfin, d" incontestables réminiscences de Tart grec antique , que Byzance n'arait pu côftrômpre tout à fait : ainsi , dans la belle façade de rëglise, des coi iiiches qui sont grecques par leui'proni comme par leur ornementation.

ÎÛepuid lés croisés jusqu'au xix* siècle, à travers toutes les yicissltudes de la victoire et de la défaite, de la persécution et du triomphe, Téglise du Saint-Sépulcre resta là même : l'entrée en ftit plus ou moins facilement accordée aux chrétiens, mais on ne remua point une seule de ses pierres.

té tia du 12 octobre 1808 (Ut plus cruel que les Perses et les Turcs.

Un Italien écrivait^ avec la pompe de langage partietffièt^é à sa nation : « La journée du 12 octobre fut affreuse ; le souvenir de ce jour malheureux arrache un cri de douleur aux cœurs ie^ plus indifférents. Les lîàttîalîques , les schiSmatiques , les hérétiques sont dans l'affliction; les Orientaux, les Occideu taux pleurent ; les juifs mêmes versent des larmes. »

JÉRUSALEM

Le feu prit pendant la nuit du il au 12 octobre, dans la chapelle des Arméniens, sitnée sur la terrasse de la

grande église. Tous les secours furent inutiles. Bientôt le feu gagna le dôme, les orgues, les chapelles; les poutres du Liban jettent une flamme éclatante ; les métaux précieux qui se fondent, retombent en feu liquide; les pavés craquent, les colonnes se fendent Âu bout de deux heures, le d^me s'écroula au-dessus du Sainl-Sépulcre , entraînant les galeries, une partie des murs, et écrasant les colonnes et les chapelles qui rentouraîent. L'incendie épargna la façade : elle resta telle qu'on la voit anjourd iiui; il épargna également la pierre de Tonction et le Saint- Sépulcre, mais il 8*é* tendit sur la moitié du Calvaire.

On attribua cet incendie à la malveillance : on soupçonna les Ai^méniens, on nomma les Grecs; c'était Tapplication de Tancien adage : a Is feeù cm pro-

dt'st. »

Ën 1808, TËurope avait des préoccupations de plus d^une sorte : son attention n'était point tournée de ce côté. Les Franciscains , sans ressources , sans ai'gent, sans crédit, pleuraient en face de leurs ruines. Le couvent grec, instrument habile d'une main puissante, obtint do la Porte la permission de rebâtir un temple qui ne lui avait jamais appartenu. Gomme œuvre d'art, la restauration fut incomplète et grossière, mais elle prépara la revendication des Grecs en remplaçant les inscriptions latines par des inscriptions grecques, qui, aux yeux des juges superficiels , font foi aujourd'hui de leur propriété anlii^ue.

LES LIEUX SAINTS

L'église du Saint-Sépulcre, qui n'a point été bâtie

sur un plan uniforme, d'après une pensée architecturale mûre et raisonaée» ne présente point à rœii ces grandes et nobles lignes que nous admirons dans les monuments religieux du INoi d et de l'Occident. Elle n'a point de décoration extérieure ; on la Yoit mal : son double dôme est masqué de toutes parts par des constructions bâtardes cl parasites. Luc de ses deux entrées a été murée par les Turcs , comme si on eût voulu ajouter un déshonneur à' une mutilation.

Mais qu'importe! ce n'est point une adaiiraliou architecturale que l'on vient chercher ici, c'est un sou- Tenhr et une émotion. Ce souvenu*, les pierres mêmes le rendent à votre âme; cette émotion, tout contribue à la faire naiti e ; le nombre et la disposition des sanctuaireSy le demi-jour mystérieux des voûtes, cette ornementation byzantine, dont le goût n'est pas toujouis pur, maïs étrange et saisissante pour nous, avec rédat chatoyant de ses étofiès soyeuses et tissées d argent, le rayonnement de ses riches me i aux et ses pierreries étinceiantes; ajoutez cette atmosphère ardente des lampes étemeUes, cette vapeur d'encens, qui flotte comme un nuage entre le ciel et la terre, puis à rintériem* cette foule nombreuse et diverse, assise, debout, accroupie, agenouillée, prosternée, suivant la liturgie de son rnlto. Les Franciscains en rohe de hure, et les reins ceints d'une corde, les Galoyers grecs à la barbe brune, au pAle et fier visage, au regard liauUdn, à lamine insolente et froide; les Arméniens en robes flottantes, les Gophtes bronzés,

Digiliz

M JÉRUSALEM

es Abyssins, luisants comme l'ébène, puis les pèlerins, accourus de tous les bouts du monde, les pèlelins de toute condition , de tout rang , de tout sexe et de tout ûgo, luilcs par la bise, brûlés par le soleil, dépliirës par la route, amaigris par les privations, extéfiués par le jeûne, la besace au dos, le bourdon à la )iiain, errant dans l'église et portant d une station à Vautre la poudre de leurs sandales.

Cependant à la porte, l'Arabe immobile, ou le Turc indolent, couché sur ses tapis, vous regarde passer, et fait, lui, infidèle, la police du sanctuaiie chrétien. }Iélas! cette charge de police n'est pas une sinécure !

îl n'y a pas longtemps qu'un samedi saint, le pacha (le Jérusalem fut obligé de se poster debout, le sabre «a poing, à côté de l'autel du GalTahre , pour tenir en yespect le couvent grec, qui Toulait empêcher le courent latin de célébrer. Il est fâcheux d'avoir des maîtres, j'en conviens; mais on pourrait plus mal tomber qu'entre les mains des Turcs. Les catholiques ne s'y trompent pas et jusqu'au jour de leur émancipation complète^ ils n'échangeraient pas volontiersj ce joug inabométan contre la domination soi-^dlsant chrétienne, du schisme gréco-russe ^ je le sais de bonne part

Sans aucun doute, cinq cents ans de domination

^ont bien faits pour augmenter Tarrogauce de la victoure, et cette hauteur de dédain que le dogme de Vhlam, a développée si puissamment dans le cœur des pmsulmans ; mais un sentiment profond abaisse cette superbe et tempère cette dureté ; c'est le sentiment

LES U£UX SAINTS

religieux. Les Turcs deviennent de jour en jour pluà tolérants : ils ne tous demandent pas comment tous adorez Dieu, il leur suffit de sayoîr que vous l'adorer. Ils honorent presque tous nos sanctuaires, et, si pour eux le Christ n'est pas le Fils de Dieu> il est du moin4 de ses plus grands prophètes.

Le koran, tout en ordonnant de combattre les inii-» dèles avec Tépée , est tolérant pour les religions. U n exempté de rimpôtdelacapitation les patriarches, les moines et leurs serviteurs. Mahomet défendit à ses soldats de tuer les moines, «parce que ce sont les hammeâ

de la prière, »

Ce que je dis de celte tolérance ne doit toutefois s'entendre qu'avec une certaine réserve et ne s'applique point aux prôtrcs turcs, fanatiques par état et intolé-' rants par conscience. J'en ai connu un à Jérusalem qui ne passait jamais devant le Sainte-Sépulcre sans s'écrier en levant les mains au ciel : « Ceci est le temple des chiens de chrétiens, puisse Allah les con-» fondre I»

Depuis Omar jusqu'à nos jours, l'entrée du Saint*

Sépulcre ne fut permise que moyennant une redevance plus ou moins forte, selon le temps. Les chrétien^ eux-mêmes, pendant la courte période de leur domi^ nation, avaient maintenu cette taxe qui vexait le pèlerin, sans grossir de beaucoup le revenu du trésor* Tout réeenmient, on ne payait plus qu'un para^ è peine un centime. Ibrahim-Pacha aholit le tribut par une de ces boutades qui lui étaient famiUères : il avai^ pris Jérusalem, et il voulait visiter le Saint-Sépulcre.

JÉRUSALEM

Le Saint-Sëpulcre atlire, comme un aimant, tous

les conquérants de la ville sainte.

— Seigneur, dit le Turc en ôtant de sa bouche le tuyau de jasmin de son tchibouk, c'est m parât— Et il tendit la main au pacha...

Le pacha se retourne et ne trouve pas le moindrepara dans sa poche.

S*adressant alors à quelqu'un de ses officiers :

— £t toi, dit-il, as-tu un para?

— Non, excellence...

— Bhblen! dit le Turc, entre sans payer... pour

celte fois Ailali ne dira rien.

Ibrahim entra, puis se retournant vers les gardiens:

— Où j'ai passé, dit-il, tout le monde passera : où je n'ai pas payé, que personne ne paye : le tribut est aboli.

L'entrée est libre aujourd'hui; on ouvre les portes aux heures réglementaires ou sur la demande d'un couvent chrétien : les Turcs sont donc, en fait, moins les gardiens que les concierges du Saint-Sépulcre.

Les souvenirs de la première croisade revivent, jeunes et glorieux, dans toute cette église du Saint- Sépulcre.

Avant l'incendie de 1808, au-dessous de la chapelle de la Croix, non loin de la pierre de TOnction, on voyait deux tombeaux : c'étaient les sépultures de Godefroy de Bouillon et de son frère Baudouin. On lisait sur leurs tombes ces deux inscriptions écrites en langue latine :

LES LIEUX SAINTS

Ici repose V illustre duc Godefroy de Bmiillon, lequel conquit toute cette terre à la religion chrétienne. Que son âme règne avec le Christ. Ainsi soit*iL

Le Foi Baudoin, autre Judas Machabée, espoir de la patrie, appui de TÊglise, vaillant soutien de l'une et de l'autre , devant lequel tremblaient, en leur payant tribut, César et l'Égypte, Dan et i' homicide Damas, est enfermé dans cette

étroite tombe.

Les Grecs ont détruit ces inscriptions qui étaient aux yeux du monde comme le témoignage de notre sang.

A côté du tombeau de Baudoin, les Grecs en vénéraient un autre d'une bien plus haute antiquité : je veux

dire le tombeau de Melchisédecli, rancicn roi de Saleiu et Tami d'Abraham, il ne reste plus trace aujourd'hui de ce tombeau.

Non loin de là, dans une cliapelle des Latins, on garde pieusement l'épée de fer de Godefroy et ses éperons dorés« On sait que Godefroy n'avait point voulu porter la couronne d'or aux lieux où le Christ avait porté la couronne d'épines : le premier diadème des rois de Jérusalem fut un diadème de fer. La cérémonie toujours solennelle du couronnement avait lieu près du Saint-Sépulcre, et le roi alors, couronne en tète, et Fépée au flanc, s^avançait vers le Calvaire sur lequel il déposait les fasignes de sa royauté nouvelle.

L'église du Saint-Sépulcre est sanctifiée par une adoration éternelle» La prière y succède aux cantiques, et

102 JÉRUSALEM

la méditation à la prière ; mais la louange de Dieu n'y

cesse jamais.

Les portes extérieures ne s'ouvrent qu'à cinq ou six heures du matin; mais les diverses communions ont toutes des cloîtres qui communiquent avec l'église, et par lesquels on peut entrer à chaque moment. Les offices commencent à minuit, et se succèdent à des heures réglées , suivant la diversité des rites. Ici la psalmodie lente et grave de la liturgie latine; plus loin les trois notes suraigués et nasales du chant grec ; tantôt les gémissements des prêtres arméniens , ou bien encore la clochette des Gophtes, ou les cymbales abyssiniennes répondant aux grandes voix de Torgue latin. Je ne sais, mais puisque d'ici longtemps peutêtre nous n'aurons le bonhem* de faire ensemble une seule famille, n'ayant plus qu*unefoi, une loi, un cœur et une âme, il est peut-être bien que cette église reste la propriété de tous, et que chacun, selon son culte, en sa langue, et à son heure, puisse venir à ce tombeau vide, qui est le gage dé nos communes espérances.

Chaque commimion veut être incessamment représentée aux pieds du Samt- Sépulcre : chaque couvent veut avoir des gardiens auprès de ses sanctuaires; mais la place est étroite et les rangs sont pressés.

Les Franciscains ont toujours dix de leurs Pères enfermés dans leur petit cloître attenant à Féglisc : veiller sur la propriété des Latins, desservir le chœur, entendre les pèlerins en confession, tel est le triple devoir de ces sentinelles détachées que l'on ne relève que tous les trois mois. Pendant ces trois mois, ils ne sor-

LES U£UX SWITS.

tent pas de Téglise, ou du petit cloître obscur, hnmidt et malsain ^ situé denière leui' ckapelle. Au bout dd ces trois mois, ce ne sont plus des hommes » ce sont des fantômes errants , des spectres qui marchent. Ni les plombs de Venise, ni les cachots du bpieiberg n'ont de pareilles rigueurs ; mais ces rigueurs volontaû^l sont adoucies par la loi , et rendues aimables par }% charité.

On montre dans ce petit cloître une chambre occu-*

pée jadis par sainte Hélène, et depuis par Château-^ briand, qui paya son hospitalité avec de lagloiiu

L'état primitif des lieux, Vétat de nature^ ne se recon-» naît guère dans Téglise du Saint-Sépuici e : la piété sincère, mais peu éclairée des premiers siècles y apporta de regrettables altérations. Le Calvaire était un immense bloc de rocher; il a été tellement réduit, qu'à son point culminant il ne présente plus qu'une surface plane d'en« yiron quatre mètres de long sur trois mètres de large» C'est un calcaire compacte, blanc, mais nuancé do teintes rosées ; il est d'une extrême dureté. La pierrd de l'Onction appartient à la même masse; elle tient ail bloc de calcaire du Golgollia, mais elle change de teinte, les nuances verdâtres remplacent les nuances roses du Calvaire. La cavité dans lac[uelle la croix fut plantéë resta béante jusqu'au xvr siècle; on la recouvrit alorS d'une plaque d'argent ciselée avec des bas-reliefs représentant le crucifiement, la descente de croix, la resur-" reciion, les saintes femmes au tombeau. On remarquait .

enU e de gracieuses arabesques, les glands , les raisins

JÉRUSALEM

et auU es euibièmes empruntés à la Flore syaibulique du moyen âge. Longtemps on n*osa pas placer d'autels sur la cime du rocher où la victime volontaire s'était elle-iuéine immolée : — une terreur sainte en éloignait les pontifes les plus saints. — Un jour les Grecs ont brisé le rocher et placé un autel de marbre au lieu où la croix fut dressée. Le fragment enlevé était destiné à Gonstantinople : on rembarqua au port de Jaffa; le navire fit naufrage, et Gonstantinople n'a pas gagné ce que Jérusalem a perdu.

On peut apercevoir à peu près deux mètres de la déchirure du Galvaire , elle est verticale et forme comme une ligne ondulée, se dirigeant de l'est à Touest,

Lia voie douloureui»e.

Au point de vue historique comme au point de Tue

religieux , la Passion du Christ est le plus grand fait dont Jérusalem ait jamais été le témoin ; aussi , pèlerins ou voyageurs, tous recherchent soigneusement le théâtre des moindres scènes de ce drame divin.

Après révise du Saint-Sépulcre , qui en a vu le dénoûment suprême , les premiers pas 4e Fëtranger le portent sur cette Voie douloureuse , par laquelle Jésus s'avança de chez Pilate jusqu'au Calvaire, et que les chrétiens , qui la parcourent depuis tant de siècles » appellent encore le Chemin de la Croix,

La maison de Pilate est la première station de la Voie douloureuse.

Cette maison , qui servit longtemps de demeure aux Pachas de Jérusalem , n'est plus maintenant qu'une ruine , dont la date originelle m'a semblé douteuse. Cependant, un nous a fait voir, encadrée dans un pan de muraille qui tombe, la fenêtre d'où Pilate, montrant aux jui& le Christ battu de verges , couronné d'épines et vêtu d'écarlate, prononça ces paroles quiretentis-

JÉRUSALEM

sent encore à travers les siècles : Ecce liomo ! Voilà rhomme. Les Romains appelaient ce lieu lithostmos^ le siëge de pierre. Jésus, pour entrer dans le prétoire de Pilatc, monta sur les vingt-huit degrés de Tescalier de marbre , que Ton connaît aujourd'hui sous le nom de Seala^anta^ près de la basilique constantînienne de Saint-Jean de Latran. Les fidèles Tout usé sous les genoux de la prière.

La seconde station nous arrête à quelque distance de la fenêtre de VEcce homo , dans une des cours du prétoire , à Tendroit même où Jésus fut chaîné de sa croix.

f( Ët , portant sa croix , il sortit , n dit saint Jean.

A deux cents pas de là , à Tangle de deux rues --la place est marquée par un fût de'colonne renversée — Jésus tomba sous le poids de cette croix; le prophète rayait dit: a Ha force s'est desséchée comme l'argile. 4) C'est la troisième station.

La quatrième eut lieu cinquante pas plus loin. Jésus rencontre sa mère. N'est-ce point le cas de s'écrier ayee Jérémie : 0 fille de Jérusalem , à qui vous comparer? votre douleur est vaste comme la merl La Vierge tomba comme morte , et ne put prononcer une parole : le Christ ne loi dit que ces seuls mots : 0 Mère,

je vous salue. Salve ^ Mat€i\

On mesure encore cinquante pas, et Ton trouve une large entaïQe dans un vieux mur, marquant la place où Simon le Cyrtinéen aida Jésus à porter sa croix. «Us rencontrèrent un homme de Gyrène qu'ils contraignirent de porter la croix avec lui »

LA VOIE BOTHLOOREUSE. 107

Ici, le cinemiu fait ud coude, passe de Touest au nord , et le eortége laisse scur sa droite la pierre de

Lazaie le Pauvre ; sur sa gauche , les ruines de ce qui fut la maison de Nabal le mauvais riclie.

«n y avait un homme riche , vêtu de pourpre et de Un, et qui se traitait liiagnifiquement tous les jours.

«11 y avait aussi uii pauvre appelé Lazare, tout cou* vert d'ulcères , Couché à sa porte , qui eût hi&k voulu se rassasier des miellés qui tombaient de la table du riche, mais personne ne lui en donnait; et les chiens venaient lécher ses plaies.

((Or, il arriva que le pauvre mourut, et fut emporté par les Anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi , et eut Tenfer pour sépulcre. »

î.a sixième station consacre et perpétue la piété de Bérénice , celle que nous appelons aujourd hui Véronique. Jésus montait péniblement au Calvaire, tel qu*lsaïe l'avait vu Imit siècles auparavant. « 11 n'a ni apparence ni beauté... il nous a paru un objet de mépris et le dernier des hommes. La splendeur de son visage était cachée. » Bérénice , cependant, reconnut et adora son maître. £lle se jeta au-devant de ses pas, et , bravant les bourreaux , essuya sa face souillée de sueur et de sang. On rapporte que la ressemblance divine s'imprima sur les trois phs du voile, et que depuis lors, Bérénice s'appela Véronique^ la vraie image. On niualic encore aujourd'hui ime porte basse, que l'on dit être celle de sa maison.

Un peu plus loin ^ une seconde entaille dans le mur indiquelelieu ou leCiu ii^t tomba pour la deuxièuie luis.

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108 JÉRUSALEM

NoQS trouTons, au bout de cette nie, la porte judi-^

ciairo : la ville autrefois s'arrêtait là. Les condamûés sortaient par cette porte doat on Toit encore la trace et les ruines , pour se rendre au lieu même de leur supplice, hors de la ville.

Après avoir passé la maison de Nabal , la route reprend , Ters la droite , la direction de l'ouest A l'entrée de la rue qiû monte au Calvaire , le Christ rencontra ce groupe pieux de femmes qui pleuraient. C'est alors que , se tournant vers elles et oubliant sa douleur, il leur dit : « Filles de Jérusalem , ne pleurez pas sur moi, pleurez sur vous-uituies et sur vos enfants ! »

Une colonne renversée , tout près des murs de l'église du Saint-Sépulcre , indique remplacement de la neuvième station où Jésus iomjjà pour la troisième fois.

Les cinq autres stations sont maintenant renfermées dans l'église , et nous les avons déjà visitées comme sanctuaires.

Les Turcs aujourd'hui vous laissent, sans persécution et sans avanie, parcourir les mille ou douze cents

pas de la Voie douloureuse.

Il n'y a point en ce monde une route plus mélanco* Ilqoe. L'aspect lugubre des lieux que Ton traverse ajoute encore les tristesses du présent au deuil du passé : partout» la désolation et la ruine ; la trace du fer et du feu ; le souvenir du sang ou des larmes : partout une image de mort :

Piwrima nwrUê imago!

DavUI ci St«leiitoo«

Aperçue de loin, derrière ses murailles féodales, les tours aux flancs , les créneaux au front, couronnée de ses mosquées et de ses minarets, avec le panache ondoyant des palimers , Jérusalem fait encore illusion ; on se laisse prendre à cette belle et noble apparence : la vieille reine farde sa pâleur et dissimule ses rides.

Quand on approche , on ne voit que trop les rava-* ges du temps et des huinines ; ia uiaiu implacable et les mains violentes I

Les rues obscures, tortueuses, effondrées, interrompues, se trainent entre des décombres ou des masures hideuses. De temps en temps , un pan de muraiUe où l'on reconnaît rarchiteetore romaine, où l'on devine l art hébraïque, redouble par le contraste d'une idée de force , de giaadeur et de beauté, ce qu'il y a de poignant et d'am^ dans l'abaissement et la dé^-* dation qui nous entourent. Et l'on se demande alors: Qu'est donc devenue cette splendeur ou cet édat, dont Dieu avait orné la ville de son choix T

Quelle suite inouïe de revers et de prospérités, dans

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laquelle Dieu lut toujours trouvé fidèle à ses promesses et à ses menaces!

Où donc est le temps où le prophète s'ëcriaît : « Je me suis réjoui lorsqu'on m'a dit : ^ous irons dans la maison du Seigneur. Déjà mes pieds se sont arrêtés dans tes parvis , 6 Jénisidem ! »

La Jérusalem de Thistoire commence avec David. C'est loi qui donna son importance à la ville, et ce n*est pas sans raison, qu'aujourd'hui encore on rappelle la cité de David.

La Jérusalem de David et du Christ est-elle la «Salem antique où régnait Melchisédech, prince et prêtre, qui vint saluer et bénir Abraham au retour de son expédition contre les rois de la Pentapole? C'est un problème que la critique n'a point encore résolu; on a cru plus c[u'on n'a |)ruuvé : les traditions ont placé TEden dans la Palestine, le sépulcre d'Adam sur le Calvaire, la résurrection de la chair et le Jugement dernier dans la vallée de Josapliat.

Jérusalem est donc le théâtre de toutes les grandes scènes du drame religieux, et Jacques de Vitry n'avait pas tort, quand il disait, au livre lu de ses histoires, qu'elle était le vray centre du monde.

Quand Josué, sous les ordres de Dieu, envahit la

Palestine, Jérusalem s'appelait Jébus. Son roi, Adonibeseck, fut vaincu à la jomnée de Gabaon, avec ses alliés : les enfants de Juda mu-ent le siège devant Jérusalem, et s'cmpaièrcut de la parLic basse de lavdle.

La citadelle^ assise sur.le mont Sion» resta aux Jébu- ^ 8éenë«

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