AUTHENTICITÉ DU GOLGOTIIA ET DU SAINT SÉPULCRE
Jusqu a nos jours, l’authenticité du Golgotha et du saint Sépulcre n’avait rencontré aucun contra-
Mont des Oliviers,
Vu du haut de la terrasse d’une maison située à l’angle sud-ouest de la piscine d’Ézéchias.
(licteur, et les chrétiens de tous les rites, les musulmans eux-mêmes, n’avaient jamais soulevé la moindre objection à ce sujet ; tous s’accordaient d’une manière unanime à reconnaître le Golgotha dans la chapelle supérieure qui se trouve à droite de l’entrée actuelle de la basilique du Saint-Sépulcre, et le tombeau du Christ dans l’édicule situé au centre de la grande rotonde de ce monument; mais depuis une quarantaine d’années, on a cherché à battre en brèche la croyance univer-
selle relative à ces deux sanctuaires. Sans discuter ici les théories plus ou moins spécieuses par lesquelles on a cru devoir remplacer la tradition non interrompue des nombreux siècles qui avaient précédé, je vais me borner, pour le moment, à résumer et à réfuter en peu de mots les principales objections que l’on a formulées sur ce point. Elles se réduisent, en définitive, aux deux suivantes .
1° La tradition, dit-on, ne prouve rien; elle a pu s’altérer depuis Jésus-Christ jusqu à Constantin, et en admettant même qu’elle se soit conservée intacte jusqu’à cet empereur, elle a pu se corrompre depuis lors, comme le prétend le savant anglais Fergusson.
2° Ces deux sanctuaires sont situés beaucoup trop au cœur de la ville pour que 1 on puisse croire qu’à l’époque de Notre-Seigneur, époque où la ville devait être, sans doute, bien plus grande qu elle ne l’est maintenant, l’endroit où ils s'élèvent fût en dehors des remparts. Or, nous savons que Notre- Seigneur fut crucifié et mis dans le tombeau en dehors et près de l’une des portes de la ville; donc il faut chercher ailleurs et dans une position moins centrale et plus éloignée du Prétoire l’emplacement de ces deux sanctuaires.
Il est facile de répondre à la première objection, et plusieurs doctes critiques l’ont déjà fait avant moi. Après eux et à leur exemple, j’invoquerai les témoignages de l’histoire ecclésiastique. Elle nous apprend qu’ après la mort de Jésus-Christ, saint Jacques le Mineur, dit le Juste, fut établi le premier évêque de Jérusalem. C’était lui qu’on appelait le frère du Seigneur; en réalité, il était son cousin. L’église de Sion devint dès lors le lieu de réunion des fidèles, et les traditions toutes récentes encore de la Passion et de la mort du Christ, ainsi que la connaissance exacte et la vénération des lieux où s’étaient accomplis de si grands événements, durent tout d’abord s’enraciner profondément dans les esprits et dans les cœurs. Comment croire en effet que les premiers chrétiens, surtout après la descente du Saint-Esprit et dans toute la ferveur de leur foi naissante, n’aient pas honoré d’un culte particulier et appris de bonne heure à leurs enfants à honorer, à leur tour, les endroits qui avaient été sanctifiés par la présence du Christ et principalement ceux qui, sous leurs propres yeux, avaient été inondés de son sang ou avaient reçu, après sa mort, la dépouille du divin Martyr? Lorsque saint Jacques eut lui-même succombé, victime de la haine des Juifs, il eut pour successeur saint Siméon, qui, à l’approche des armées romaines commandées par Yespasien et par Titus et de la vengeance divine qui s’avançait avec elles, et se rappelant les conseils du Christ qu’il avait connu personnellement (puisqu’il était lui-même fils de Cléophas, frère de Joseph), émigra à Pella avec toute la communauté chrétienne. Notre-Seigneur, en effet, peu de temps avant sa Passion, avait dit à ses disciples :
« 15. Quand vous verrez que rabomination de la désolation, qui a été prédite par le prophète Daniel, sera dans le lieu saint, que celui qui lit entende bien ce qu’il lit :
« 10. Alors que ceux qui seront dans la Judée s’enfuient sur les montagnes. » (Saint Matthieu, ch. xxiv, jr 15 et 16.)
Les chrétiens, emportant avec eux tous leurs souvenirs et toutes leurs traditions, se réfugièrent donc à Pella, afin de laisser passer la colère céleste, qui ne devait ainsi s’appesantir que sur la nation juive, rebelle aux enseignements du Christ et seule responsable de sa mort.
Nous savons par Eusèhe ( Histoire ecclésiastique , 1. III, ch. xxxn) que saint Siméon, le second évêque de Jérusalem, subit le martyre sous le principat de Trajan et fut mis en croix, dénoncé aux Romains par les hérétiques, comme appartenant à la race de David. Il montra un héroïque courage, malgré son âge très-avancé, car il avait plus de cent ans.
Depuis la mort de saint Siméon jusqu’au règne d’Hadrien, treize évêques se succédèrent tour à tour et très-rapidement sur le siège épiscopal de Jérusalem, emportés par la persécution et par le martyre.
JÉRUSALEM
Comme c étaient tous, ainsi que le déclare Eusèbe, des Juifs indigènes convertis au christianisme, il est absolument impossible d’admettre qu’ils aient laissé s’oblitérer dans leur mémoire ou dans celle des fidèles dont les pères ou tout au moins les grands-pères avaient été témoins de la Passion , les lieux où ces scènes mémorables s’étaient accomplies, et notamment le Golgotha et le saint Sépulcre.
Us durent certainement se transmettre religieusement, ainsi qu’au troupeau confié à leurs soins, les traditions relatives à l’emplacement des divers sanctuaires dont ils avaient la garde. Si quelques auteurs ecclésiastiques, comme par exemple Épiphane [Hérésie des Nazaréens, ch. vu), semblent nous dire que les chrétiens avec leurs évêques restèrent à Pella jusqu’à la reconstruction de la ville de Jérusalem par Hadrien, en 136, il n’en est
Entrée de l’hospice Saint- Je as et Minaret d’Omaii.
probable, pour ne pas dire certain, qu’après la prise de Jérusalem qui arriva 1 an 70 de noire ère et qui n’esf, par conséquent, séparée de la reconstruction de la ville par Hadrien que par un intervalle
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de soixante-six ans, et quand les vainqueurs se furent retirés des ruines qu ils avaient faites, bien des habitants qui avaient échappé à la mort ou à l’esclavage en se réfugiant dans les montagnes ou dans la Pérée au delà du Jourdain avec leur évêque Siméon, durent s’empresser de revenir interroger ces débris fumants encore, et de relever une partie des maisons renversées. Us durent aussi s incliner avec plus de respect que jamais sur l’emplacement des lieux sacrés d où les avaient chassés la guerre et l’approche de l’ennemi, surtout de ceux qu’avaient sanctifiés les souffrances et la mort du Messie, de ce Messie dont la cité coupable venait d’expier le supplice d’une manière si terrible et par un châtiment qui, prédit par lui-même, était une nouvelle preuve de sa divine mission. Ce qui achève de démontrer que les pieux pèlerinages à ces endroits vénérés n avaient jamais cessé, c est que, en rebâtissant Jérusalem sous le nom d 'Æha Capitolina et pour essayer d en faire une ville purement païenne, Hadrien voulut anéantir, s’il était possible, et les traditions judaïques et les traditions chrétiennes. Afin d’atteindre son premier but, il leva un temple en l’honneur de Jupiter Capitolin, sur l’emplacement de celui des Juifs, et dans ce temple il plaça sa propre statue. Pour rompre également la continuité des traditions chrétiennes et pour détourner les adeptes de cette nouvelle religion d’apporter leurs hommages à la roche du Calvaire et au tombeau de leur Dieu crucifié, il érigea une statue à Vénus sur le Golgotha et une autre à Jupiter sur le saint Sépulcre, comme nous le savons par des témoignages irrécusables, et notamment par ceux d’Eusèbe et de saint Jérôme. Voici celui de ce dernier Père de l’Église :
« Ab Hadriani temporibus nsc/ue ad imperium Constantini, per annos circiter centum octoginta, in loco resurrectionis simulacrum Jovis, in crucis rupe statua ex marmore V eneris a gentibus posila colebatur, existimantibus persecutionis auctoribus guod tollerent nobis jïdem resurrectionis et crucis sic hœc loca sanctaper idola polluissent. » (Épitre à Paulinus.)
Mais cette mesure et l’érection de ces idoles et des petits sanctuaires qui les renfermaient, loin d’abolir, comme l’espérait cet empereur, le souvenir toujours persistant parmi les fidèles de l’emplacement précis du Golgotha et du saint Tombeau, ne firent, au contraire, que les consacrer par les moyens mêmes employés pour le détruire; car lorsque sainte Hélène entreprit de faire reparaître à la lumière ces deux sanctuaires qu’ Hadrien avait ensevelis sous un amas énorme de terre et de débris sur lequel il avait élevé les deux temples de Jupiter et de Vénus, elle n’eut qu’à donner l’ordre de renverser ces monuments du paganisme, d’en arracher les fondations et de déblayer le sol factice qu’ils recouvraient, et sous l’endroit qu’ils occupaient apparurent soudain, aux yeux attendris des assistants, et la roche du Golgotha et celle du saint Sépulcre. On dira peut-être : Mais comment put-on s’assurer que le tombeau que l’on découvrit était bien celui du Christ, attendu qu’à quelques pas à l’ouest se trouvait un autre tombeau également creusé dans le roc et appelé vulgairement tombeau de Joseph d’Arimathie? A cette demande la réponse est aisée. Le tombeau de Notre-Seigneur était un tombeau neuf, comme nous l’apprennent les saints Évangiles.
Nous lisons à ce sujet dans saint Matthieu :
« 59. Joseph, ayant donc pris le corps, l’envelopa dans un linceul blanc,
«60. Lemitdans son sépulcre, qui n’avaitpoint encore servi et qu’il avait fait tailler dans le roc; et puis, ayant roulé unegrande pierre à l’entrée du sépulcre, il se retira. » (Saint Matthieu, ch. xxvn, jr 59 et60.)
Saint Jean ajoute que ce tombeau, appartenant à Joseph d’Arimathie et dans lequel personne avant Notre-Seigneur n’avait été mis, était dans un jardin.
« Or, il y avait au lieu où II avait été crucifié un jardin, et dans ce jardin un sépulcre tout neuf, où personne n’avait encore été mis. » (Saint Jean, ch. xix, jr 41.)
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Ces 1 enseignements sont formels et d’une précision indiscutable. Il en résulte que le Sépulcre de Seigneui ne contenait qu une tombe, puisqu’il n’avait encore servi à personne, qu’il avoisinait le Golgotha , qu’il avait été creusé dans un massif rocheux, au milieu d un jardin, et qu’il avait été trèsprobablement pratiqué, parce que le tombeau de famille que possédait le propriétaire de ce jardin, riche décurion originaire d’Arimathie, était entièrement rempli. Ce tombeau, effectivement, qui est voisin du précédent et qui avait été pareillement taillé dans le roc, renferme dans ses parois plusieurs fours à cadavres exactement semblables à ceux que l’on voit à Jérusalem dans de nombreuses grottes funéraires. Il se composait, selon toute apparence, comme la plupart des tombeaux juifs, d un vestibule et d’une chambre sépulcrale ; le vestibule a disparu, emporté sans doute par les travaux de nivelle
Escalier conduisant a l’église Saint-Jean.
ment qui furent entrepris à l’époque de sainte Hélène, lorsqu’il s’agit d’isoler le saint Sépulcre au centre d’une rotonde, et la chambre sépulcrale elle-même, qui devait être primitivement carrée avec trois fours funéraires sur chaque face, a été à moitié détruite quand on a jeté les fondations de la
grande coupole. Deux autres fosses avaient été creusées dans le sol rocheux de la clmmbre, après que
les premiers loculi avaient reçu chacun un cadavre.
Le tombeau neuf de Joseph d’Arimatbie, qui, par une faveur insigne accordée à ce décurion, devint pendant trois jours l’asile mortuaire d’un Dieu, se composait également d’un vestibule taillé dans le roc et ouvrant vers l’orient. De ce vestibule, on passait en s’inclinant par une baie basse et étroite dans une autre chambre réservée à un seul mort et le long des parois septentrionales de laquelle avait été pratiquée, non une niche oblongue ou four à cadavre creusé perpendiculairement dans le roc, mais une espèce d’auge ménagée parallèlement à ces parois dans l’épaisseur de la roche évidée.
De même que sous le temple de Jupiter Hélène découvrit sans peine le saint Sépulcre, ainsi sous le temple de Vénus elle retrouva la plate-forme rocheuse du Golgotha, et le doute n’était pas non plus possible à cet égard ; car en déblayant, à l’est de ce monticule, une ancienne citerne abandonnée, on en exhuma les trois croix de Notre-Seigneur et des deux larrons, et plusieurs miracles attestés par de graves témoins contemporains révélèrent quelle était celle sur laquelle le Christ avait ete attache. 11 est donc impossible d’admettre que la tradition chrétienne sur le véritable emplacement du Golgotha et du saint Sépulcre ait pu s’altérer avant Constantin. Transmise d’âge en âge, non-seulement par les évêques et par les prêtres de l’Église naissante de Jérusalem, non-seulement par les fidèles, anciens Juifs convertis dont les arrière-grands-pères avaient été témoins de la Passion, mais encore par les Juifs eux-mêmes, qui n’avaient pas voulu reconnaître le Messie et n’ avaient pu oublier l’endroit où leurs aïeux l’avaient crucifié, elle était pareillement confirmée par les païens et par les empereurs qui , voyant avec terreur les progrès toujours croissants de la religion nouvelle, cherchaient en vain, par des sanctuaires élevés à leurs idoles, à effacer dans la mémoire des chrétiens les traditions les plus chères; ce qui, en dépit de leurs intentions, tournait au contraire à la glorification de ces souvenirs sacrés, en ajoutant le poids de leur propre témoignage à celui de leurs adversaires. En outre, l’époque de Constantin était trop voisine de la mort du Messie et touchait de trop près à ce mémorable événement, le plus important qui se soit jamais accompli dans le monde, pour que 1 on puisse raisonnablement supposer que, l’an 326 de notre ère, quand trois siècles ne s étaient pas écoulés depuis, quand il suffisait de quelques générations pour remonter aux témoignages formels, indiscutables, émanés de la bouche d’une foule de témoins oculaires, sainte Hélène ait pu être induite en erreur et par les chrétiens, et par les Juifs, et par les monuments païens eux-mêmes, qui proclamaient, à leur manière, la vérité des traditions qu’ils profanaient, et qu’en ordonnant les fouilles dont j’ai parlé, cette pieuse impératrice ne soit arrivée qu’à la découverte d’un Golgotha et d’un tombeau apocryphes. Non, la chose n’est pas possible.
Dira-t-on maintenant que jusqu’à Constantin, il est vrai, la tradition relative à l’emplacement du saint Sépulcre est demeurée intacte, mais qu’elle s’est corrompue ensuite? Telle est, en effet, l’opinion soutenue par M. Fergusson dans son ouvrage intitulé : An Essay on tlie topocjraphy of Jérusalem. Ce savant anglais prétend que ce changement dans la tradition aurait eu lieu vers le neuvième siècle, à l’aide de l’ignorance et de la barbarie de ce temps, et qu’ auparavant les chrétiens vénéraient le tombeau de Notre-Seigneur dans l’intérieur du monument qui passe pour être la mosquée d’Omar et qui, d’après lui, ne serait que la basilique de Constantin; en un mot, le caveau de la Sakhrah serait, conformément à cette hypothèse, le véritable et authentique tombeau du Christ. Mais, chose étrange, d’un fait aussi important que le transport du saint Sépulcre dans l’église actuelle où on le vénère, il n’est question nulle part. M. Fergusson est le premier et le seul à le signaler, en plein dix-neuvième
JÉRUSAL EM.
Avant lui, pci sonne n y avait songé, même de loin, et cette théorie purement imaginaire devrait empoitei siu une tiadition vieille de tant de siècles et qui n’a jamais varié jusqu’à nos jours, comme le prouvent les témoignages successifs et non interrompus d’une foule de pèlerins de toutes races et de toutes nations . La chose n est pas non plus possible. Que dis-je? De la basilique constantinienne, il subsiste encore quelques fragments notables qui n’offrent absolument aucune ressemblance avec la mosquée d’Omar et qui l’ont précédée. De plus, si les musulmans, qui reconnaissent eux aussi Jésus de Nazareth comme un de leurs prophètes, se fussent un beau jour emparés de l’église de Constantin pour la changer en mosquée, ils n’eussent pas manqué de le dire, et d’affirmer que ce sont eux qui possèdent le véritable et authentique tombeau de ce prophète, tandis que les chrétiens ne montrent à la vénération des fidèles qu’un cénotaphe apocryphe dans la basilique mensongère du Saint-Sépulcre. Or, 1 ont-ils fait jamais? Non; car eux-mêmes reconnaissent que le tombeau de Jésus est bien là où les chrétiens le vénèrent encore de nos jours. La première objection par laquelle on essaye de renverser la tradition, comme ayant pu être altérée, soit avant, soit depuis Constantin, est donc de nulle valeur, quand on examine les faits sans parti pris et en ne cherchant que la vérité avec une calme et impartiale raison.
Quant à la seconde objection, elle tombe en quelque sorte d’elle-même, pour peu qu’on étudie avec soin le tracé du second mur d’enceinte. Elle pouvait paraître plausible, au contraire, quand on reculait par erreur si fort au delà des limites de la ville actuelle le tracé de la troisième enceinte. Mais depuis qu'il a été reconnu, d’une manière inattaquable à toute critique, que la troisième enceinte, celle d Ilérode Agrippa, se confondait avec la muraille actuelle, force a été de chercher la seconde enceinte en deçà de la précédente, et les deux tronçons que l’on a retrouvés de nos jours, il y a peu d aimées, à l’est de la basilique du Saint-Sépulcre, suffisent, à mon avis, pour démontrer topographiquement 1 authenticité du saint Tombeau et du Golgotha qui étaient à la fois en dehors et très-près de la seconde enceinte, La ville de Jérusalem, à l’époque de Notre-Seigneur, et même lorsqu’elle fut assiégée par Titus et que la troisième enceinte construite par Agrippa avait compris dans son périmètre la colline de Bézétha et une partie de celle de Gareb, n’a jamais eu l’étendue immense qu’on lui prête ordinairement, et si, quand elle fut entourée par les armées romaines, une population extraordinaire se pressait alors au dedans de ses remparts, elle y était entassée par suite d’une permission particulière de la Providence, qui, voulant châtier la nation juive tout entière du déicide qu’elle avait commis à la fête de Pâques de l’an 33 de notre ère, fit coïncider les commencements du siège de Titus avec la fête de Pâques de l’année 70, fête qui, selon les habitudes du peuple juif, amena à Jérusalem de tous les points de la Palestine une multitude prodigieuse qui y fut renfermée par l’ennemi, comme une proie destinée aux. plus affreuses calamités de la guerre. Il ne faudrait donc pas s’imaginer, ainsi qu’on l’a fait souvent de très-bonne foi, que, pour contenir tant de centaines de mille d’habitants, la ville eût été alors beaucoup plus grande que maintenant; car, partant de cette fausse hypothèse, on est tout naturellement porté à supposer que le troisième mur d’enceinte, du côté du nord, c’est-à-dire du seul côté par où la ville ait pu s’agrandir, débordait bien au delà du mur actuel. Dans ce cas, on semble admettre, qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, que le second mur d’enceinte était bien au delà du tracé qu’on doit lui assigner; mais alors on compromet ou, pour mieux dire, on détruit, sans qu’on s’en doute, l’authenticité du saint Sépulcre et du Golgotha, en les enclavant dans cette seconde enceinte, ainsi agrandie témérairement. Heureusement pour ces deux augustes sanctuaires, ils n’ont absolument rien à redouter de l’étude topographique de Jérusalem. Bien au contraire, plus on approfondit cette étude, plus aussi on réconcilie avec les traditions chrétiennes ceux qu’en avaient éloignés
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des considérations topographiques trop hâtives et un examen trop superficiel du sol. Que s. à Jérusalem il y a trois catégories différentes de sanctuaires, les uns vrais, les outres douteux, les troisièmes évidemment apocryphes, et si cette distinction délicate doit être faite avec une respectueuse indépendance d’esprit qui ne se laisse aveugler ni par les illusions d’une foi peu éclairée ni par le scepticisme d’une raison superbe, cette ville contient dans son sein deux sanctuaires principaux qui, maintenant plus que jamais, par suite de la découverte des véritables cavernes royales qui fixent l’emplacement du troisième mur d’enceinte et de celle des deux tronçons de muraille, situés en deçà du saint Sépulcre, qui déterminent le tracé de la deuxième enceinte, s’élèvent, topographiquement aussi bien que traditionnellement parlant, au-dessus de toute critique, ce sont le Golgotha et le saint Sépulcre. La tous les esprits impartiaux qui ne cherchent' que la vérité doivent se réunir dans une même affirmation; là bientôt, je l’espère, se donneront fraternellement la main la science et la religion.