BASILIQUE DU SAINT-SÉPULCRE
Lorsque Constantin eut appris de sa pieuse mère quelle avait retrouvé sous les temples païens renversés les sanctuaires chrétiens qu’ils recouvraient, il s’empressa d’écrire à Macaire, alors évêque de Jérusalem, pour lui ordonner de bâtir une basilique sur l’emplacement qu’ils occupaient et de ne rien épargner pour en faire l’une des plus belles du monde. La surveillance des travaux fut confiée au préfet du prétoire Drucilianus, et ce fut un prêtre de Constantinople nommé Eustathe qui fut chargé de diriger les ouvriers et de réaliser les grands projets de l’empereur. Une description détaillée de cet édifice nous a été laissée par Eusèbe. ( Vie de Constantin, 1. III, ch. xxxiv et suivants.) Cet écrivain nous en annonce une seconde plus développée encore dans un autre ouvrage qui, malheureusement, n’est pas venu jusqu’à nous. C’est donc cette première description qui a servi de base à tous ceux qui ont essayé de restaurer par la pensée cette basil ique depuis longtemps détruite, et parmi lesquels je dois citer particulièrement le professeur anglais Willis, qui a inséré dans le savant ouvrage de Williams, intitulé : The holy City , un excellent Mémoire sur l’histoire architecturale de l’église du Saint-Sépulcre, et M. le comte de Yogüé, qui nous a donné sur ce même monument des renseignements si précieux, accompagnés de planches exécutées avec le plus grand soin, dans ses Eglises de la Terre sainte. La basilique constantinienne, commencée en 326, fut achevée en 335. Elle se composait d un vaste atrium précédé de propylées et orné de portiques soutenus par des colonnes, et d’une basilique à cinq nefs dont l’entrée était vers l’orient, ce qui était nécessité par les exigences du terrain. L’abside renfermait sous une superbe rotonde le tombeau du Christ; une des nefs latérales du sud contenait le Golgotha; la chapelle souterraine de l’Invention de la Sainte Croix s’étendait sous l’atrium. Conformément à la volonté de l’empereur et aux désirs de sa mère, l’art avait épuisé toutes ses ressources, et les métaux les plus riches avaient été employés avec les marbres les plus rares pour rendre ce monument digne de la majesté des augustes souvenirs qu’il rappelait. Le saint Sépulcre surtout, qui s élevait au centre de la rotonde et qui était le point capital de l’édifice, avait été décoré avec une magnificence inouïe. Malheureusement, pour en faire un oratoire distinct et le séparer des rochers auxquels il adhérait, il fallut creuser et niveler le sol alentour. On crut aussi, afin de lui donner une forme circulaire ou polygonale, devoir raser la première grotte qui servait de vestibule au Tombeau, comme nous le savons par saint Cyrille, évêque de Jérusalem : « L’entrée du saint Sépulcre, dit-il, était taillée dans le rocher comme celle des tombeaux du pays; elle n’est plus visible, depuis que la première grotte a été détruite
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pour les besoins de 1 ornementation actuelle. Mais avant que le saint Sépulcre eût été embelli par une munificence royale, il y avait un vestibule devant la porte de pierre. » ( Catéchèses , xiv.)
Le roc de la chambre sépulcrale conservée et ainsi isolée disparut lui-même sous un revêtement de marbre et de métaux précieux et fut décoré extérieurement de colonnes. On façonna pareillement le
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rocher du Calvaire, et l’on en aplanit les aspérités naturelles, pour en convertir le sommet en une petite plate-forme destinée à supporter une chapelle supérieure, qui fut de même ornée avec un soin infini, tandis que dans ses flancs s’ouvrait une grotte qui devint un autre oratoire. Ali! combien il eût été préférable que l’architecte chargé d’ériger la basilique n’eût en rien altéré la disposition primitive des lieux, et qu’il se fût contenté de comprendre dans une enceinte sacrée à laquelle il aurait donné toute la splendeur qu’il aurait voulu, les roches nues et austères du saint Sépulcre et du Golgotha ! Rendues à la lumière du jour, telles qu’elles avaient été exhumées à la suite des déblayements qu’on avait exécutés, et protégées seulement par des grilles ou par des balustrades contre l’indiscrète piété des fidèles ou les outrages des profanateurs, elles nous permettraient encore aujourd’hui, après tant de siècles révolus, de retrouver la physionomie qu’elles offraient, lorsqu’elles furent témoins des dernières scènes de la Passion. Avec quel respect, avec quel saisissement profond les aurions-nous contemplées, montrant encore les traces visibles du sang divin dont elles furent teintes !
L’an 335, on fit la dédicace de la basilique, qui prit le nom de Màrtyrion ou de Témoignage, parce qu’elle renfermait les témoins sacrés des suprêmes souffrances et de la mort du Christ. Une foule immense de fidèles, de prêtres et d’évêques assista à cette imposante cérémonie, qui fut célébrée avec une pompe extraordinaire.
Ce superbe monument, l’une des gloires de la chrétienté, avec ses portiques, sa forêt de colonnes, ses marbres et ses métaux de grand prix, ses peintures et ses mosaïques, fut presque totalement détruit, l’an 604 de notre ère. Cette année-là, en effet, Chosroès II, roi des Perses, à la tête d’une armée formidable, grossie de 26,000 Juifs, s’empara de Jérusalem, mit tout à feu et à sang, rasa la basilique du Saint-Sépulcre et emporta avec lui la vraie croix. De retour dans ses Étals, il succomba bientôt lui-même sous les coups de Siroès, son fils, qui, vaincu à son tour par Héraclius, fut contraint de lui rendre la vraie croix. Ce fut cet empereur, comme on le sait, qui eut l’honneur de rapporter triomphalement à Jérusalem cette précieuse relique et de la replacer, le 14 septembre 629, dans la nouvelle église du Saint-Sépulcre. Celle-ci venait d’être relevée de ses ruines par un simple moine, abbé du couvent de Théodose, qui devint plus tard patriarche de Jérusalem. Modeste, c’était le nom de ce religieux, ne pouvant disposer des richesses et des ressources qu’avait eues Constantin, ne put, comme cet empereur, embrasser dans un seul et immense édifice tous les sanctuaires que la basilique primitive avait abrités ; mais obligé de se réduire à un plan moins grandiose, il se contenta de construire quatre petites églises, rapprochées les unes des autres, unies par des murs et attenantes à une cour pavée de marbre. C’étaient : 1° l’église de la Résurrection, ou Anastasis, qui renfermait le saint Sépulcre; 2° l’église du Golgotha, bâtie sur le lieu du crucifiement; 3° l’église de l’Invention, qui recouvrait l’endroit où fut trouvée la sainte Croix, et appelée souvent par les pèlerins Màrtyrion, ou basilique de Constantin, bien qu’elle ne fût qu’une simple chapelle souterraine du grand édifice érigé par cet empereur; 4° l’église dédiée à la Vierge, dont l’emplacement n’est pas déterminé d’une manière certaine, mais qui, d’après l’opinion de M. de Vogüé, contenait la pierre de l’Onction. La basilique Constantin ienne n’avait pu être arrachée de ses fondations par les hordes barbares de Chosroès, qui avaient passé comme un torrent dévastateur, renversant tout, mais n’ayant pas le temps de toul anéantir. Il devait donc subsister de cette puissante construction des fragments considérables que Modeste ne manqua pas, sans doute, d’utiliser dans sa restauration. Aujourd’hui encore, en effet, après les nouvelles destructions suivies d’autres réédifications que ce monument a subies, on retrouve çà et là, en étudiant l’église actuelle, des portions de murs, notamment dans la partie inférieure de la rotonde, qui paraissent remonter jusqu’à Constantin.
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Cependant, en 637, Jérusalem à peine reconquise sur les Perses tombe entre les mains des musulmans, après une vigoureuse résistance. Omar, plus généreux qu’on ne pouvait s’y attendre, respecte en entrant dans la ville les personnes, les propriétés et les églises des chrétiens, et retourne dans
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son désert, après avoir jeté les fondements d’une mosquée sur les ruines du temple de Salomon.
Vers l’an 800, Charlemagne envoie à Jérusalem d’abondantes aumônes pour la réparation des églises et la fondation d’un couvent destiné à héberger les pèlerins latins. Il reçoit, à son tour, en signe d’alliance, d’IIaroun ar-Raschid, les clefs du saint Sépulcre. Par la remise de ces clefs, le khalife de Bagdad conférait à l’empereur d’Occident le droit officiel de posséder et de protéger les Lieux saints,
et à partir de ce moment, la France, dans la personne de son tout-puissant souverain, inaugure son glorieux patronage, déjà dix fois séculaire, des sanctuaires chrétiens de la Palestine.
Les quatre églises construites par Modeste sur remplacement de la basilique de Constantin sont elles-mêmes démolies, l’an 1010, par l’ordre du féroce et insensé Hakem. Trente-sept ans plus tard, elles sont relevées par l’empereur grec Constantin IX, surnommé Monomaque.
Maîtres de Jérusalem, le 15 juillet 1099, les croisés n’ont d’abord pas le temps, pendant les premières années de leur occupation, absorbés qu’ils sont par des guerres continuelles, de restaurer les quatre églises dont nous parlons; mais ensuite ils réunissent dans un seul monument ces quatre sanctuaires, isolés auparavant, et les reconstruisent eux-mêmes en partie, sauf celui de Sainte-Marie, qui recouvrait, selon toute apparence, la pierre de l’Onction, et qu’ils suppriment. Ils n’ont que peu de changements à faire à l’église de l’Invention de la sainte Croix, qui, grâce à sa position souterraine, avait échappé plus que les autres aux dévastations des âges précédents, et dont toute la partie inférieure, ainsi que les lourdes colonnes byzantines, semblent dater de l’époque de Modeste. Les constructions du onzième siècle se composaient, comme celles du huitième, d’une rotonde renfermant le saint Sépulcre et de trois autres églises séparées et peu considérables.
« Après que, avec l’aide de Dieu, dit Guillaume de Tyr, les croisés eurent pris Jérusalem, les édifices susdits leur parurent trop petits. Ils ajoutèrent à l’église primitive une construction solide et très-élevée, qui, continuant et enserrant les parties anciennes, comprit tous ces sanctuaires dans un même édifice. » (L. VIII, ch. ni.)
C’est aux croisés qu’il faut attribuer le transept avec sa coupole, le chœur qui forme l’église actuelle des Grecs, la grande façade méridionale avec son élégante corniche, ses fenêtres ogivales, ses deux belles portes jumelles et enfin son clocher, découronné aujourd’hui de ses étages supérieurs. Tous ces travaux de l’époque des Croisades ont été supérieurement analysés par M. le comte de Vogüé dans son ouvrage des Eglises de la Terre sainte, et je prie le lecteur de vouloir bien le consulter, s’il veut approfondir ce sujet.
Lorsqu’ en 1187 Jérusalem, après la funeste bataille de Hattin, retomba sous le joug des musulmans, l’église du Saint-Sépulcre faillit être rasée complètement.
« Quelques zélés musulmans, dit Emad-eddin, avaient conseillé à Saladin de détruire ce monument, prétendant qu’une fois que le tombeau du Messie serait comblé et que la charrue aurait passé sur le sol de l’église, il n’y aurait plus de motif pour les chrétiens d’y venir en pèlerinage; mais d’autres jugèrent plus convenable d’épargner ce monument religieux, parce que ce n’était pas l’église, mais le Calvaire et le Tombeau qui excitaient la dévotion des chrétiens, et que, lors même que la terre eût été jointe au ciel, les nations chrétiennes n’auraient pas cessé d’affluer à Jérusalem. Ils firent observer que, lorsque le khalife Omar, dans le premier siècle de l’islamisme, se rendit maître de la Ville sainte, il permit aux chrétiens d’y demeurer, et respecta l’église du Saint-Sépulcre. » (Bibliothèque des Croisades, IVe partie, p. 214.)
Celle-ci fut d’abord desservie par quelques prêtres latins, puis par des prêtres syriens. Concédée en 1230 par le pape Grégoire IX aux Franciscains, elle fut en 1244 ravagée par les Karesmiens. Ces hordes sauvages y passèrent au fil de l’épée tous les malheureux qui y avaient cherché un asile, en commençant par les religieux qui en étaient les gardiens. En 1342, la possession de cette basiliqup fut de nouveau confirmée aux Franciscains par une bulle de Clément VI. Vers la fin du quinzième siècle, Philippe, duc de Bourgogne, obtint du Sultan la permission d’y faire des restaurations. En 1555, le B. P. Boniface de Raguse, alors gardien du couvent du Mont-Sion, reconstruisit l’édicule sacré avec
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