ANCIENNES NÉCROPOLES DE JÉRUSALEM
.1 ai déjà, en parlant de David, attiré l’attention des lecteurs sur les Qobour el-Molouk et sur le tombeau d Absalom. Je vais maintenant, pour clore l’histoire monumentale et topographique de la Jérusalem antique, passer rapidement en revue les autres principales nécropoles de cette ville célèbre.
A quinze cents mètres au nord-ouest de la porte de Damas, on trouve une magnifique excavation sépulcrale presque égale en beauté à celle des Qobour el-Molouk et qui renferme, à différents niveaux, une série de chambres dont les parois sont percées de fours funéraires, au nombre de soixante, pratiqués en forme de niches oblongues et trop étroites pour avoir pu contenir des sarcophages. Les morts y étaient déposés, enveloppés d’un simple linceul ou de bandelettes. Le vestibule d’entrée de cette vaste catacombe est orné à 1 extérieur d’un élégant fronton dont le tympan a pour décoration de gracieux rinceaux de feuillage, de fleurs et de fruits, et est en outre accompagné d’acrotères figurant des palmettes. Le savant Anglais Williams nous a laissé une description détaillée de ce tombeau. [H°ly City, t. IE, p. 151 et suivantes.) Après lui, M. de Saulcy l’a décrit de nouveau avec plus de précision encore, et à propos de ce monument funèbre, auquel est resté attaché le nom de Qobour el-lvodha (tombeau des Juges), il se pose la question suivante.: « Quels étaient les juges dont nous trouvons ici la sépulture? Étaient-ce les Nasi ou chefs élus de tribu? Étaient-ce les Élohim (les divins), qui étaient également élus par le peuple? C’est ce que je ne me permettrai pas de discuter. Il me suffira de dire qu’il est pour moi bien démontré que la cave sépulcrale qui a conservé le nom de tombeau des Juges est contemporaine des rois de Juda, et qu elle a reçu les corps d’une série de magistrats suprêmes dont les fonctions n’étaient pas héréditaires. » ( Voyage autour de la mer Morte, t. II, p. 336.)
11 ne peut s’agir ici des juges d’Israël, qui presque tous furent enterrés sur le territoire de leur propre tribu. Quant aux membres du Sanhédrin présidés par le Nasi et qui siégeaient au nombre de soixante-douze près du Temple, dans une salle appelée Gazith, rien n’empêche de penser que leurs présidents successifs furent enterrés là. D’un autre côté, si rien dans l’intérieur de la catacombe ne paraît s’opposer à une pareille attribution, le fronton du vestibule extérieur, par le caractère de son ornementation, paraît à quelques savants d’une époque moins reculée que celle que M. de Saulcy lui assigne. En admettant même, ce qui n’est pas parfaitement démontré, que les ornements et les moulures de ce fronton n’aient pu être l’œuvre d’artistes juifs de l’époque des rois de Juda, et que le ciseau grec ou romain s’y fasse visiblement sentir, on peut supposer que cette ornementation extérieure a été appliquée après coup au monument. Ne lisons-nous pas, en effet, que les Juifs, à l’époque
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do Notre-Seigneur, embellissais les tombeaux des justes et coustmisaieut les sépulcres des prophètes?
« Vœ vol,is, scribœ et pharisœi hypocritœ, qui œdificaiis sepulora prophetarum, et ornalis monu-
menta justorum! » (Saint Matthieu, ch. xxiii, i 29.)
Ce verset nous montre que, du temps de Jésus-Christ, on édifiait à Jérusalem des sépulcres neufs aux prophètes immolés injustement, sans doute pour conjurer la vengeance divine que leur sang répandu appelait sur ceux qui l’avaient versé, et qu’on embellissait également les tombeaux des justes. Pourquoi aussi, à cette même époque, n’aurait-on pas appliqué une ornementation plus moderne à d’autres tombeaux anciens, par exemple à ceux qui nous occupent en ce moment et qui, par leur étendue et l’agencement bien ordonné et singulièrement coûteux de leurs chambres sépulcrales, attestent qu’ils étaient destinés à une classe de personnages importants.
Une autre catacombe également très-digne d’intérêt est connue sous le nom de Qobour el-Aubia (tombeaux des prophètes). Elle est située sur les flancs occidentaux et à mi-côte de la montagne des Oliviers. On descend dans cette crypte au moyen d’une rampe assez abrupte qui conduit au fond d’une rotonde dont la voûte est percée d’une ouverture circulaire destinée à l’éclairer. De cette chambre, trois passages très-étroits conduisent à deux galeries demi-circulaires et concentriques dont les parois sont percées de fours funéraires, et à quelques petites cellules sépulcrales où il est difficile de penctrer. M. Clermont-Ganneau, après un examen attentif de cette crypte, y a découvert une douzaine d inscriptions grecques d’époque chrétienne, ce qui prouve que depuis l’avénement du christianisme un certain nombre de chrétiens y ont été enterrés ; mais auparavant elle avait dû recevoir la dépouillé mortelle de personnages juifs ayant un caractère sacré, comme semble l’indiquer le nom de Qobour el-Anbia qu’elle a gardé parmi les indigènes. M. de Saulcy pense, et, je crois, avec beaucoup de raison, que cette catacombe est désignée par un passage tiré de la Guerre des Juifs (1. V, ch. xil, § 2), et dans lequel Josèphe, parlant des lignes de circonvallation de Titus, nous apprend qu’après avoir traversé le Cédrou, elles gagnaient la montagne des Oliviers qu’elles enveloppaient vers le midi jusqu au rochei appelé Pêristereon. Or ce mot grec, qui répond à celui de columbarium en latin, devait, sans contredit, son origine aux nombreuses loges funéraires dont la roche en question était percée, comme une sorte de colombier.
La vallée de Josaphat est maintenant presque tout entière envahie et comme pavée par d innombrables pierres sépulcrales, les unes anciennes, les autres toutes récentes, sous lesquelles reposent les
Juifs qui, de temps immémorial, affluent à Jérusalem de l’Europe, de 1 Asie et de 1 Afrique, pour y dormir leur dernier sommeil et y mêler leurs cendres à celles de leurs aïeux. Mais on y remarque particulièrement quatre mausolées principaux, appelés tombeaux d’Absalom, de Josaphat, de saint Jacques et de Zacharie. Ces quatre mausolées ont depuis longtemps exercé la critique des archéologues, qui les ont regardés, soit comme fort anciens et d’origine purement hébraïque, soit comme étant d époque beaucoup plus récente. L’écrivain qui en a donné la description la plus minutieuse est M. de Saulcy, et le lecteur ne pourra mieux faire que de consulter cet auteur sur ce point. {V oyage en SjTie et autour de la mer Morte, t. II, p. 295 et suivantes.)
Le tombeau d’Absalom ayant déjà été décrit par moi plus haut, à propos des monuments de 1 époque de David, je n’y reviendrai pas de nouveau, et je passe immédiatement à celui de Josaphat.
A quelques pas au nord-est du tombeau d’Absalom, on aperçoit un monument en partie enseveli sous des amas de terre et que les Juifs et les chrétiens de Jérusalem appellent tombeau de Josaphat. La porte d’entrée en est tournée vers l’ouest et est surmontée d’un fronton que décorent d’élégants rinceaux et que terminent des acrotères. Il renferme intérieurement trois chambres sépulcrales.
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Nous savons par la Bible que le roi Josaphat s’endormit avec ses pères et fut enseveli avec eux dans la Cilé de David : « Dormivitque Josaphat cumpatribus suis, et sepullus est cum eis in civitate David pafris sui. » [Rois, 1. III, ch. xxii, $ 51.)
Vallée de IIinsom.
Anciens tombeaux creusés dans le t oc.
Pour justifier la tradition relative au tombeau dont il s’agit en ce moment, il faut admettre, ce qui est possible, que ce monarque avait fait préparer ce monument funèbre pour sa famille dans la vallée qui depuis aura porté son nom, tandis que lui-même, comme souverain, aura été déposé, après sa mort, dans la nécropole royale du mont Sion. Que si l’on objecte contre l’attribution de ce tombeau à Josaphat ou plutôt à sa famille, la décoration du fronton qui semble accuser l’art de la Grèce ou de Rome et devoir faire descendre ce monument jusqu’à l’époque des Asmonéens et peut-être même jusqu’à la dynastie des H érodes, je répondrai, comme pour d’autres monuments analogues, que, purement judaïque dans le principe et dans sa forme primordiale, il a pu ultérieurement subir une restauration dans le style grec ou romain.
A quatre-vingt-cinq pas environ au sud de ce mausolée, on en rencontre un troisième que les chrétiens vénèrent sous le nom de tombeau de saint Jacques et que les musulmans appellent, on ne sait pourquoi, Diouan Faraoun (Divan de Pharaon). Il présente aux regards un vestibule que soutiennent deux colonnes et deux demi-pilastres doriques pris dans la masse du roc évidé et que couronne un entablement également dorique avec triglyphes et gouttes. Sur l’architrave a été gravée une inscription hébraïque, assez difficile à déchiffrer actuellement, que M. de Vogiié a eu le mérite d interprétei le premier. Elle indique que ce mausolée est celui de huit membres appartenant à la famille sacerdotale des Beni-Hezir. La plate-forme du vestibule s’élève en retraite sur une hase rocheuse haute de deux mètres j il a lui-même six mètres de long sur trois de profondeur, et donne accès dans trois chambres funéraires qui pouvaient chacune contenir plusieurs cadavres. M. de Vogüé regarde ce monument, à cause des motifs architecturaux de sa façade et de la forme des caractères de 1 inscription hébraïque, comme étant contemporain de l’époque asmonéenne ou hérodienne. Quant au nom de saint Jacques, donné par les chrétiens à ce même tombeau, il provient d’une tradition en vertu de laquelle saint Jacques le Mineur se serait réfugié dans ce caveau, lorsque le Sauveur, trahi par Judas, tomba entre les mains de ses ennemis, près du jardin de Gethsémani. Plus tard, nommé évêque de Jérusalem et précipité du haut des murailles du Temple, à F instigation du grand prêtre Ananus, il aurait été lapidé, puis achevé par la masse d’un foulon, et enseveli ensuite dans un des fours funéraires du mausolée auquel son nom est resté attaché.
A quelques pas au sud du tombeau précédent est celui de Zacharie; il est, du moins, désigné ainsi par les chrétiens et par les Juifs; les musulmans l’appellent Kabr Zoudjet Faraoun (tombeau de la femme de Pharaon). Ce mausolée, entièrement monolithe, a été isolé de la masse rocheuse au milieu de laquelle il a été creusé, et forme un carré de cinq mètres cinquante-trois centimètres de côté. Chaque face est ornée de deux colonnes et de deux demi-colonnes ioniques engagées dans deux pilastres d’antes. Au-dessus des chapiteaux règne une architrave, que couronne une corniche égyptienne surmontée elle-même d’une pyramide équilatérale. La porte de ce curieux mausolée est ensevelie sous des pierres tumulaires hébraïques qui environnent tout le monument, les Juifs tenant à honneur de se faire enterrer alentour, et pour y pénétrer maintenant, il faudrait déplacer une partie de ces tombes. Quel est le Zacharie auquel on attribue ce monument? On l’ignore complètement. Quelques-uns pensent qu’il s’agit ici de Zacharie, fils de Barachie, mentionné dans l’Évangile de saint Matthieu, qui met ces paroles dans la bouche de Notre-Seigneur (ch. xx.ni, $ 34-35) :
« 34. Voici que moi-même je vous envoie des prophètes, des sages et des docteurs; vous tuerez et crucifierez les uns, et vous flagellerez les autres dans vos synagogues, en les poursuivant de ville en ville.
« 35. Afin que retombe sur vous tout le sang innocent qui a été versé sur la terre, depuis le sang du juste Abel, jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l’autel. »
Si, de la vallée de Josaphat où se trouvent ces remarquables tombeaux, nous nous transportons sur les flancs méridionaux de la vallée de Ben-Hinnom, nous les voyons tout percés de grottes sépulcrales dont la description, même très- superficielle, m’entraînerait trop loin. Ou’il me suffise de dire que ces tombes, dont la plupart remontent sans doute à une haute antiquité, Ànt dû être tour à tour occupées par les différentes populations qui ont successivement habité Jérusalem. A l’époque chrétienne, et jusqu’au sixième siècle de notre ère, quelques-unes d’entre elles ont même servi de retraite à de pieux anachorètes, comme nous le savons par un passage d’Antonin le Martyr :
JÉRÜSALE M.
« Inter ipsa sepulchra sunt cellulœ servorum Dei ubi. fiant multœ virtules. » ( Itinerarium , ch. xxvi.) Beaucoup de ces grottes sépulcrales étaient encore intactes lors de mon premier voyage en Palestine, en 1852; mais j’ai observé avec regret, dans mes voyages subséquents, que la moitié avaient
Sommet de la colline du Mauvais-Conseil.
différents, tels que grappes de raisin, fleurons et rosaces diverses. Le vestibule lui-même et les chambres qui suivent et dont toutes les parois sont percées de fours ou de couchettes funéraires, gardent encore des traces de vieilles peintures byzantines, ce qui prouve que, dans les siècles de la primitive Église, elles ont servi d’asile à des religieux.
disparu, ayant été exploitées comme carrières. L’une des plus intéressantes est malheureusement très-dégradée maintenant. L’entrée du vestibule qui la précède est surmontée d’une frise dorique que décorent huit métopes, séparées les unes des autres par des diglyphes, et portant des ornements
Trois traditions sont attachées à ce tombeau. D’après une première, plusieurs apôtres y auraient cherché une retraite, après l’arrestation de leur divin Maître au bas de la montagne des Oliviers. D’après une seconde, le grand prêtre Ananus, devant lequel Notre- Seigneur comparut d abord, avant d’être mené chez Caïphe et de là chez Pilate, aurait été enseveli dans l’une des loges funéraires de ce monument. Josèphe, en nous décrivant le mur de circonvallation dont Titus environna Jérusalem, le fait passer, au sortir de la vallée de la source, c’est-à-dire de celle où se trouve le Bir-Ayoub, et en gravissant les pentes de Ben-Iiinnom, devant le tombeau d’ Ananus. ( Guerre des Juifs, 1. V, ch. xn,
§ 2.) Une troisième tradition veut qu’au troisième siècle de notre ère, saint Onuphre ait habité celte grotte, qui fut plus tard convertie en chapelle, comme l’indiquent les restes de peintures que j ai signalés. Conformément à cette dernière légende, chaque année, le jour de la fête de ce saint, les Grecs schismatiques de Jérusalem viennent célébrer leurs offices religieux dans 1 intérieur de ce tombeau. Ces trois traditions, d’ailleurs, qui rapportent des événements successifs et non conlemporains, peuvent très-bien se concilier, et ne sont nullement opposées entre elles; seulement, elles ne reposent que sur des données douteuses. D’autres, en effet, placent le tombeau d’ Ananus au Hakeldama, aujourd’hui encore Ilak ed-Dannn (prix du sang), le Chaudemar de l’époque des croisades, monument sépulcral réparé alors par les Latins, et où les chevaliers de Saint-Jean enterraient les étrangers qui mouraient dans leur hôpital. Le caveau funéraire que recouvre une voûte ogivale percée de huit ouvertures, avait été creusé sur le champ d’un potier, qui fut acquis avec les trente deniers, prix de la trahison de Judas. Dans ce même passage de Josèphe, relatif à la ligne de circonvallation de Titus, il est question du tombeau d’Hérode :
« Cette ligne, dit-il, après s’être dirigée en montant vers le tombeau du grand prêtre Ananus, traversait la colline sur laquelle Pompée avait établi son camp, se retournait ensuite vers le nord, en s’étendant vers le hameau appelé la Maison des Pois, puis enveloppait le monument sépulcral d’flérode, et revenait, par un retour à l’orient, à son point de départ, c’est-à-dire au camp de Titus. »
Dans un second passage plus explicite encore que celui-ci, Josèphe raconte que Titus, à son arrivée sous les murs de Jérusalem, fit déblayer et aplanir tout le terrain compris depuis le Scopus jusqu aux monuments d’Hérode, situés près de la piscine des Serpents. ( Guerre des Juifs, 1. V, ch. ni, § 2.)
M. de Saulcy a démontré que ce tombeau ou ces tombeaux d’Hérode, Josèphe employant le singulier dans le premier cas et le pluriel dans le deuxième, devaient être situés dans le voisinage immédiat du grand Birket-Mamillah, qu il identifie très-justement avec la piscine des Serpents de 1 historien juif. Or, à quelques mètres au sud de cette vaste piscine, dans laquelle il est permis également de reconnaître la piscine supérieure d’Ézéchias, la piscine inférieure étant le Birket el- Batrak, on observe un amas confus de décombres, recouvrant cinq caveaux funéraires; ce sont là les tristes restes du mausolée élevé en l’honneur, non d’Hérode le Grand, car il avait été enterré à Ilérodium, mais d’autres princes de sa dynastie.
Si ce mausolée a presque disparu, sauf ces débris insignifiants, celui d’Hélène, reine d’Adiabène, et de son fils Izates, est encore beaucoup moins reconnaissable. Car si plusieurs savants critiques inclinent à l’identifier avec les Qobour el-Molouk, j’hésite, pour mon compte, ainsi que je l’ai déjà dit à propos de cette magnifique excavation sépulcrale, à y voir le tombeau de cette reine, et M. de Saulcy me paraît avoir prouvé par des arguments péremptoires qu’il était bien plus rapproché de la branche septentrionale des remparts que ne le sont les Qobour el-Molouk.
Dans un passage souvent cité, Josèphe nous apprend que Mouobaze, roi d’Adiabène, fils d’Hélène
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et successeui d fzates, ayant envoyé à Jérusalem les restes de sa mère et ceux de son frère, les fit ensc-
VlLLACE DE SlLOAN, VO DO TOMBEAU DE SAINT JACQUES, du {[l'and cimetiere des Juifs sur les pentes ouest du mont des Oliviers.
velir dans les trois pyramides que sa mère avait fait construire à trois stades de la ville. (. Antiquités judaïques , 1. XX, ch. iv, ^ 3.) Il s’agit ici, comme on le voit, non d’une catacombe pratiquée dans le
roc et souterraine, à l’instar des Qobour el-Molouk, mais d’un mausolée construit et surmonté de trois pyramides, la première servant sans doute de vestibule aux deux autres, lesquelles renferma, eut chacune probablement une chambre sépulcrale, l’une consacrée à Helene et 1 autre a son i s za es e mausolée se trouvait, en outre, à trois stades de la ville, et, d’après deux autres passages de Josephe, il était situé devant la br anche septentrionale des remparts, non loin de la porte que flanquaient les tours dites des Femmes. Or cette porte est celle-là même dont on distingue encore une arcade aux trois quarts ensevelie et enclavée dans la porte actuelle de Damas. Trois stades, à cent quatre-vmgtcinq mètres le stade, font cinq cent cinquante-cinq mètres; si on les évalue d’après le stade judaïque de cent quarante mètres, cette distance se réduit à quatre cent vingt mètres : il y a loin, par conséquent, delà à l’intervalle qui sépare les Qobour el-Molouk de la porte de Damas et qui, en droite ligne, est de sept cent soixante-dix mètres.
Ce tombeau fut respecté par les Romains lorsque, avant d’attaquer Jérusalem, ils nettoyèrent tous les abords septentrionaux de la place; car nous lisons dans l 'Histoire ecclésiastique d’Eusèbe (1. II, cli. xi l) que, de son temps, on voyait encore au dehors et dans les faubourgs d’Ælia (tel est le nom que portait alors Jérusalem) les stèles remarquables d’Hélène. Il s’agit ici des trois pyramides signalées par .Tosèphe.
Saint Jérôme mentionne aussi dans les termes suivants le tombeau de cette reine :
Il Quicl diu moror ? ad lœvam mausoleo Helenœ derelicto quœ Jdiabenorum rerjma infâme populum frumento juverat, ingressa est Jerosolymam urbem trinominem, Jebus , Salem, Jérusalem, quœ ab Ælio postea Hadriano, de ruinis et cineribus civitatis in Æliam suscitata est. » (Epitaphium Paulæ.)
Ce dernier passage nous apprend que la route par laquelle Paula entra à Jérusalem passait a côté du tombeau d’Hélène et laissait ce monument à la gauche du voyageur qui gagnait la porte de la ville sainte.
Maintenant, où le chercher, si nous ne le reconnaissons pas dans les Qobour el-Molouk? M. de Saulcy a proposé de le placer sur le pâté rocheux qui se trouve à deux cent quarante mètres environ au nord, quelques degrés ouest, de la porte de Damas, et dans les flancs duquel est taillée une grotte sépulcrale. C’est là une hypothèse que M. de Barrère a le premier émise et que M. Pierotti a adoptée daus son plan de Jérusalem, en fixant en cet endroit le tombeau d’Hélène. Mais dans ce cas, il faut avouer que nous sommes loin d’atteindre sur ce point les trois stades indiqués par Josèphe et qui, évalués seulement à cent quarante mètres le stade judaïque, font néanmoins quatre cent vingt mètres.
Il me paraît plus naturel d’achnettre que ce massif rocheux a servi d’assiette à la basilique bâtie par l’impératrice Eudoxie en l’honneur de saint Étienne et qui, située en dehors de la ville, avoisinait la porte de ce nom. Or, avant et pendant toute l’époque des Croisades, c’est ainsi que l’on appelait la porte actuelle de Damas. Le caveau sépulcral que l’on observe sur cet emplacement est peut-être celui qui renfermait les restes du saint martyr; peut-être aussi contenait-il la dépouille mortelle de l’impératrice, qui avait demandé à être enterrée dans cette basilique.
En résumé, j’incline à penser, jusqu’à nouvel ordre, que le tombeau d’Hélène, reine d’Adiabène, a été complètement détruit, ou du moins que ses débris n’ont encore été retrouvés réellement par personne, attendu qu’on ne peut le placer ni aux Qobour el-Molouk, bien que ce soit l’opinion de plusieurs archéologues éminents, ni au pâté rocheux dont il vient d’être question, comme le veulent MM. de Barrère, Pierotti et de Saulcy, le premier emplacement dépassant singulièrement les trois stades marqués par Josèphe, et le second étant beaucoup trop en deçà.
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Deux autres tombeaux célèbres sont encore signalés par l’historien juif à propos du siège de Jérusalem par Titus : ce sont ceux du grand prêtre Jean et d’Alexandre Jannée; ils avaient été enclavés dans la troisième enceinte , construite ou du moins commencée par Agrippa Ier. Ce grand prêtre Jean était le cinquième pontife des Juifs depuis le retour de la captivité, et le père de Yaddous qui reçut Alexandre le Grand à Jérusalem. Le tombeau qui lui avait été élevé semble, d’après deux passages de Josèphe, avoir été situé entre la tour Pscphinaet la piscine Amygdalon, le Hammam el-Batrak de nos jours, ou la piscine d’Ézécbias du livre des Rois. La position précise de ce mausolée n’a point été retrouvée. Il en est de même de celui
d’Alexandre J an née, l’un des princes asmonéens. Ce tombeau devait se trouver sur les pentes méridionales du mont Bézétba, vis-à-vis de la tour Antoniaet du portique septentrional du Temple. ( Guerre des Juifs, 1. V, ch. vu, §3.)
M. de Saulcy a proposé d’en reconnaître les restes dans le soubassement d’une tour d’ap-
ClMETlÈltE DES JUIFS, DANS DA VAM.EE DE JoSMPHAT. . . . .,
Tombants de Z.dtori. et d. «tint J.cqne,. Pont an, • In torrent. pareUCe 8SSEZ ancienne qui fait
face vers le nord à l’une des
entrées du Haram ech-Cherif, et dont la partie inférieure est, à ses yeux, la base même de ce monument funéraire; mais cette hypothèse me paraît sujette à caution, et je ne l’admets jusqu’à présent qu’avec beaucoup de réserve.
JÉRUSALEM A L’ÉPOQUE DE NOTRE-SEIGNEUR, OU DESCRIPTION SOMMAIRE DES PRINCIPAUX ENDROITS CONSACRÉS DANS CETTE VILLE PAR LES DERNIERS ÉVÉNEMENTS DE LA VIE DU SAUVEUR.
L’antique cité de Melchisédech, la Jérusalem de David et de Salomon, celle de Zorobabel, d’Esdras et de Néhémie, celle aussi des princes asmonéens, en un mot, la métropole, pour ainsi dire, de 1 Ancien Testament et de la loi de Moïse, avait accompli ses destinées. Le sceptre de Juda avait passé entre des mains étrangères; tous les principaux traits de la vie du Messie avaient été reproduits en figures par avance, et le monde entier attendait depuis de longs siècles un libérateur. Les temps fixés parla Sagesse éternelle et annoncés d’âge en âge par les prophètes étant révolus, le Christ naquit à Bethléhem. Je n’ai point ici à résumer cette vie incomparable qu’une plume inspirée a seule le droit de raconter sous la dictée de l’Esprit-Saint, et je vais me borner à esquisser en peu de mots les principaux lieux qui furent à Jérusalem témoins des enseignements, des miracles, des institutions, de la passion, de la mort, de la résurrection et enfin de l’ascension du Sauveur. Les détails topographiques dans lesquels je vais entrer aideront peut-être à mieux faire comprendre les récits des saints Évangiles, relativement à quelques-uns des derniers événements de la mission terrestre de Notre-Seigneur.
J’ai déjà décrit le Temple relevé par Hérode, où l’Enfant Jésus fut présenté après sa naissance, où, à peine âgé de douze ans, il enseignait les docteurs de la loi et où plus tard il conversa souvent avec ses disciples au milieu d’une foule tantôt enthousiaste et tantôt ennemie, que charmait ou irritait sa parole, et qui passait facilement pour lui de l’amour à la haine. Un jour que cette multitude aveugle et. inconstante voulait le lapider, Jésus s’échappa des sacrés parvis et guérit, en sortant du Temple, un aveugle-né, à qui il recommanda d’aller se laver dans la piscine de Siloé. (Saint Jean, ch. IX.)
Cette piscine, située près de la jonction méridionale de la vallée du Tyropœon avec celle de Josaphat, existe encore, mais très-délabrée. Elle forme un rectangle de dix-huit mètres de long sur cinq mètres cinquante centimètres de large, et communique par un conduit souterrain dont j’ai déjà parlé avec la source de la Vierge. C’est cet aqueduc qui lui a fait donner le nom qu’elle porte, Siloé signifiant émission , conduit. On remarque sur la face orientale de cette piscine six tronçons de colonnes de granit engagés dans une maçonnerie grossière et relativement moderne; la façade occidentale est plus ancienne et mieux construite. A l’époque chrétienne, en souvenir de la guérison miraculeuse de l’aveugle-né, le bassin de Siloé fut environné d’un portique et d’un oratoire, et il était alors divisé intérieurement en deux compartiments séparés par une balustrade et réservés, l’un aux hommes et l’autre aux femmes, qui s’y plongeaient par dévotion.
Nous lisons à ce sujet dans le Pèlerin de Bordeaux :
« Deorsum in valle juxta murum est piscina quœ dicitur Siloa : liabet cjuadriporticum et alia piscina grandis foras. »
Antonin le Martyr nous fournit des renseignements plus étendus :
(( Ab areu illo descendentes ad fontem Siloam per gradus multos, vidimus basilicam. volubi/em, subtus de c/ua surgit Siloa; guce habet solia duo ex marmore manu hominis facta; inter solium et solium clausur a cancellorum, in unopro benedictione lavanlur viri et in alio mulieres... Ante atrium est piscina grandis manu hominis munita; in c/ua populus lavatur assidue, nam solis certis horis fons ipse irrigat aquas multos. » (Itinerarium, ch. xxm.)
La seconde grande piscine signalée par ces deux pèlerins, et où le peuple se baignait à certaines
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heures, avoisine vers 1 est la piscine précédente. En partie creusée dans le roc et en partie bâtie, elle est actuellement comblée et transformée en verger.
A quelques mètres de distance, plus à l’est encore, un troisième bassin beaucoup moins considérable et lui-même pareillement en ruine, reçoit par un conduit les eaux de la première piscine de Siloé et
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les déverse dans des jardins qu’elles fertilisent, et qui ont succédé sur le même emplacement aux anciens jardins du Roi. Ces eaux sont intermittentes comme celles de la source d’où elles dérivent, intermittence dont la cause véritable est encore inconnue, et qui, attestée par tous les voyageurs modernes, l’est également depuis longtemps par saint Jérôme, qui s’exprime ainsi dans 1 un de ses écrits :
« Siloë autem fontem esse ad radices montis Sion, qui non jmjibus aquis, sed in certis lions diebusque ebulliat et per terrarum concava et anlra saxi durissimi cum magno sonitu ventât, dubitare non possumus, nos presser lim, qui in hac habitamus provincia. » ( Commentaires sur Isaïe, ch. vm, $ 6.)
« Siloé est une source située au pied du mont Sion, qui ne coule pas toujours, mais seulement à certains jours et à certaines heures, et dont les eaux s’échappent avec un grand bruit à travers des cavités souterraines et des grottes du roc le plus dur. Nous ne pouvons en douter, nous surtout qui habitons ce pays. »
Ces cavités souterraines pratiquées dans le roc, et auxquelles saint Jérôme fait ici allusion, ne peuvent être que le long canal à deux branches entièrement creusé dans la roche vive, et dont j’ai dit quelques mots à propos de la source de la Vierge.
Près de la piscine de Siloé, et sans doute pour la garder en cas de guerre, s’élevait une tour que mentionne saint Luc dans le passage suivant :
« 3. Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même manière,
«4. Comme les dix-huit sur qui tomba la tour de Siloé, et qu’elle tua. » (Saint Luc, ch. xm, ÿ 3 et 4.)
Une autre piscine, non moins célèbre que la précédente, rappelle un autre miracle de Notre- Seigneur : celui de la guérison d’un paralytique. Cette piscine avoisine l’angle nord-est du Haram ecb- Cherif. Longue de cent quinze mètres sur quarante de large, elle est actuellement aux trois quarts comblée; car depuis longtemps on y déverse toutes sortes de décombres, de terres et d’immondices; ce qui fait qu’on ne peut plus en apprécier la profondeur, qui a dû dépasser vingt-cinq mètres. A son extrémité occidentale, on remarque deux longues galeries voûtées et parallèles, en partie obstruées maintenant et qu’on peut suivre une cinquantaine de pas, mais à la condition de se courber beaucoup.
Les Juifs et les musulmans désignent cette piscine sous le nom de Birket-Israd (bassin d’Israël); les chrétiens l’appellent communément piscine Probatique, et lui appliquent le passage suivant de saint Jean :
« 2. Or, il y avait à Jérusalem une piscine dite Probatique, surnommée en hébreu Bethsaïda, qui avait cinq galeries,
« 3. Dans lesquelles étaient couchés un grand nombre de malades, d’aveugles, de boiteux, d'infirmes aux membres desséchés, qui tous attendaient que l’eau fût remuée.
« 4. Car l’Ange du Seigneur à certains moments descendait dans la piscine et en remuait l’eau, et celui qui entrait le premier dans la piscine, après que l’eau avait été ainsi agitée, était guéri, quelque infirmité qu’il eût.
« 5. Or, il y avait là un homme qui était infirme depuis trente-huit ans.
(t 6. Jésusl’ayant vu couché et sachant qu’il était dans cet état depuis fort longtemps, lui dit : Voulezvous être guéri?
« 7. Le malade lui répondit : Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine après que l’eau a été troublée, et pendant le temps que je mets à y aller, un autre y descend avant moi.
« 8. Jésus lui dit : Levez- vous, emportez votre lit et marchez.
JÉRUSALE M.
« 9. Et cct homme fut guéri à l’instant même. » (Saint Jean, ch. v, $ 2-9.) Le texte latin du premier verset de ce passage est ainsi conçu :
Piscine supéiueurë ue Siloê.
„ Est. autem Jerosotymis Prubatica piseina, guœ cognominatw hebrmce Belhsaïda, guingue portiens habens. »
JÉRUSALEM
Le texte grec du même verset est le suivant :
« vE<m Sè èv toÏç 'Lpo'joXupoiç, eut tq npoëamxvj, xoXup&çGpa, 7) £T«À£you£VY] Eêpaïcm Br/Acroà, ravxs aTûàç iy ouca. »
« Il y a à Jérusalem, auprès de la Probatique, une piscine appelée en hébreu Bethesda, qui a cinq portiques. »
Cette dernière leçon me parait bien supérieure à celle de la Vulgate; car d’abord le surnom de Betlisaida (maison de la Pêche) ne peut convenir à un bassin destiné à laver les brebis que l’on introduisait dans le Temple ; ensuite, il semble difficile d’admettre que le même bassin servit à la fois et aux malades et aux troupeaux qu’on allait immoler. En troisième lieu, si le Birket-Israïl, qui est à mes yeux la véritable piscine Probatique, est en même temps celle où se plongeaient les malades qui cherchaient leur guérison dans ses eaux, on ne distingue aucune trace des cinq portiques qui l’entouraient. Les deux galeries voûtées que j’ai signalées à l’ouest de cet ancien réservoir n’ont jamais pu servira y étendre des malades. En quatrième lieu, Eusèbe et saint Jérôme, au mot Bethesda, dans Y Onomasticon, identifient, il est vrai, la piscine ainsi appelée avec celle à laquelle on donnait le nom de Probatique ; mais l’un et l’autre parlent de deux bassins jumeaux, X£[j.vai Sfôupoi ( gemini lacus ). Le Pèlerin de Bordeaux mentionne pareillement en cet endroit deux piscines jumelles, piscinœ gemellares. Or, l’une de ces piscines est évidemment le Birket-Israïl; et comme elle touche à l’enceinte du Temple, elle ne peut être que la piscine Probatique où on lavait les brebis destinées aux sacrifices; l’autre, depuis longtemps comblée et séparée de la précédente par la rue dite actuellement de Saint- Étienne, a été retrouvée, il y a peu d’années, dans les restaurations récentes de l’église Sainte- Anne, avec les restes de ses portiques, tout auprès de cette église et dans l’enclos qui l’entoure, par M. Mauss, architecte du gouvernement français. Cette seconde piscine est la véritable piscine Bethesda, voisine de la Probatique, comme l’affirme le texte grec, et non identique avec elle. Le nom de Bethesda, qui signifie en hébreu maison de Miséricorde, lui convenait beaucoup mieux, à cause des nombreux miracles qui s’y accomplissaient, que celui de Bethsaïda (maison de la Pêche), que lui donne la Vulgate.
Décrivons maintenant les divers endroits qui, à Jérusalem, furent témoins des principales scènes de la Passion.
La veille du jour à jamais mémorable où le Christ devait expirer en croix sur le Golgotha pour le salut du monde, il voulut, avant de mourir, perpétuer sa présence parmi les hommes en instituant le sacrement de l’Eucharistie. Le lieu où s’accomplit cet ineffable mystère et où, pour la première fois, il se donna lui-même en nourriture à ses disciples, est le Cénacle.
L’ensemble de constructions connu aujourd’hui sous ce nom parmi les chrétiens, et par les musulmans sous celui de Neby Daoud (le prophète David), dont on y montre le prétendu tombeau, occupe en dehors de la ville actuelle et dans la partie méridionale du mont Sion un emplacement assez considérable. L étage inférieur, dans lequel on ne pénètre qu’avec beaucoup de difficulté, parce qu’il est habité par la famille d un santon, renferme deux salles principales, dont la plus grande passe pour occuper 1 endroit où Notre-Seigneur lava les pieds à ses disciples; la voûte en est supportée par deux piliers. L autre, beaucoup plus petite, contient le sarcophage apocryphe de David, dont j’ai parlé ailleurs. A 1 étage supérieur est la salle dite du Cénacle, qui mesure quatorze mètres de long sur neuf de large. De style gothique, elle est divisée par deux colonnes en deux nefs parallèles. A ces colonnes répondent des demi-colonnes engagées dans les murs latéraux et qui reçoivent sur leurs chapiteaux, qu orne une double couronne de feuillage, la retombée des arcs doubleaux et des arcs ogives. De cette
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salle, qu éclaiient tiois fenetres, et où les musulmans ont. pratiqué un mihrab dans le mur du sud, on passe, pies de 1 angle sud-est, par un escalier de quelques marches dans une seconde salle partagée en deux pièces par une cloison. L’une est un oratoire musulman; dans l’autre est un deuxième tombeau de David, recouvert de tapis comme celui de la salle inférieure, et qui serait un pur cénotaphe, ainsi, du reste, que ce dernier; car la plupart des musulmans affirment eux-mêmes que la dépouille mortelle du Roi-Prophète repose dans une crypte située au-dessous de toutes ces constructions. Tel est, eu peu de mots, l’état actuel, malheureusement très-dégradé et trèslamentable, d’un des sanctuaires les plus augustes de l’univers. C’est là, en effet, que le Sauveur célébra sa dernière pâque avec ses disciples, là qu’il daigna leur laver les pieds, là qu’il institua le sacrement de l’Eucharistie, là qu’il prédit et la trahison de Judas et la chute de saint Pierre, là qu’il tint le sublime discours que saint Jean nous a rapporté (saint
BiRRET-IsRAÏL, PISCINE PnOBATIQDE.
Jean, ch. xm-xvii), et où sa doctrine, dans ce qu’elle a de plus élevé et de plus divin, est résumée d’une manière si admirable. Ce discours prononcé par le Christ la veille de sa mort est comme le
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testament de la nouvelle alliance contractée par le Ciel avec les hommes, testament dont l’apôtre qui avait eu l’insigne privilège de reposer sur le cœur de Jésus devait, plus qu’aucun autre, nous conserver fidèlement les principaux articles, puisqu’il s’agissait d’une religion d amour et de grâce, opposée à la religion de nature, formulée par la doctrine mosaïque. C’est au Cénacle également que Notre-Seigneur apparut plusieurs fois à ses disciples après sa résurrection ; c est là enfin que, dix jours après son ascension, il leur envoya le Saint-Esprit. Dno maison à laquelle se rattachent de tels souvenirs devint bientôt un lieu saint et sacré, où les apôtres avaient coutume de se rassembler et de réunir les premiers fidèles, pour y célébrer les divins mystères. Comme elle avait un rez-de-chaussée et un premier étage, et qu’elle fut de très-bonne heure transformée en église, on lui conserva religieusement sa disposition primitive, et depuis elle fut toujours divisée en deux étages. Nous apprenons par un passage de saint. Épiphane ( Des poids et mesures, ch. xiv) que cette église, mère de toutes les églises, comme elle est appelée souvent dans les chartes du moyen âge et chez les historiens des Croisades, existait encore au temps d’Hadrien, ayant échappé à la destruction de la ville par les Romains. Elle était petite alors, et fut, dit-on, reconstruite par Constantin sur un plan plus considérable. Saint Cyrille, qui la mentionne, fait allusion à ses deux étages, en nous disant que le Saint- Esprit était descendu à Jérusalem sur les disciples réunis dans l’église supérieure des apôtres.
( Catéchèses , XVI, 4.) Au témoignage de saint Jérôme, l’une des colonnes qui soutenaient le portique de cette basilique passait pour être teinte du sang de Notre-Seigneur, qui y aurait été attaché pendant sa cruelle flagellation.
« Ostmdebatur illi ( Paulœ ) in monte S ion columna ecclcsice porticum sustinens, infecta cruore Domini3 ad c/uam vinclus dicitur flagellalns. » (Epître cvm, § 9.)
Au moment où les croisés attaquèrent Jérusalem, en 1099, cette église était détruite; ils la relevèrent de ses ruines, en lui gardant ses deux étages traditionnels et en l’embellissant de peintures relatives aux mémorables événements qui s’étaient accomplis en ce lieu. A gauebe de l’église principale était un oratoire dédié à saint Étienne, dont le corps y avait été transporté, en 415, de Caphar- Gamala, où il avait été d’abord enterré. Quelques années plus tard, les reliques de ce martyr furent transférées dans la basilique que l’ impératrice Eudoxie, vers 444, érigea en son honneur, un peu au nord de la porte actuelle de Damas. Une communauté de chanoines augustins, dont le couvent attenait à ces deux sanctuaires, les desservait l’un et l’autre, sous le nom de Sainte-Marie du mont Sion et du Saint-Esprit. Après l’expulsion des croisés et la chute du royaume latin, ils restèrent encore quelque temps entre les mains de religieux syriens, puis ils furent renversés de nouveau. En 134*2, Robert d’Anjou, roi de Sicile, et Sanchc, sa femme, rachetèrent des mains des infidèles les ruines du Cénacle, et en confièrent la garde aux Franciscains. Ceux-ci, grâce à leurs royales libéralités et à celles d’une dame de Florence nommée Sophie des Archanges, rebâtirent l’église et le couvent du mont Sion, et fondèrent à côté un hôpital pour les pèlerins. C’est là que, pendant deux siècles, ils offrirent un généreux asile à tous les étrangers qui venaient visiter les Lieux saints. Ni les menaces ni les exactions des musulmans ne les détournèrent jamais de leur pieux ministère. Enfin, en 1551, expulsés eux-mêmes du Cénacle, ils eurent la douleur de voir convertir en mosquée l’église qu’ils avaient reconstruite, et ils furent contraints d’aller se réfugier dans l’intérieur delà ville, où ils achetèrent et agrandirent le couvent actuel de Saint-Sauveur.
Après avoir, le jeudi saint, célébré la dernière Cène et institué le sacrement de l’Eucharistie dans la salle haute de la maison qui devint le Cénacle, Jésus, vers le soir, descendit de la colline de Sion, et, franchissant le Cédron avec ses disciples, il s’arrêta au pied de la montagne des Oliviers, dans la
villa de Gethsémani. Ce nom signifie pressoir d’huile. Là sans doute était un pressoir où l’on broyait les olives qui avaient été recueillies soit au pied, soit sur les flancs de la montagne. On remarque en cet endroit, qui depuis peu d’années a été environné d’un mur par les Franciscains,
Le jardin de Gethsémani.
auxquels il appartient, huit vénérables oliviers tombant de vétusté, mais néanmoins produisant encore chaque année quelques fruits; ils sont confiés aux soins d’un bon religieux qui veille sur eux avec une pieuse sollicitude. Ils sont en effet peut-être contemporains de Notre-Seigneur ; dans tous les cas, si l’on prend à la lettre l’assertion de Josèphe, qui assure que tous les arbres furent coupés autour de Jérusalem lors du siège de la ville, ces oliviers, qui ont de sept à huit
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mètres de circonférence, et accusent une extrême vieillesse par leurs nombreux rejetons, la nature de leur écorce et les vides de leurs troncs, sont tout au moins les descendants probablement immédiats de ceux qui ont assisté à l’agonie de 1* Homme-Dieu, et il est dès lors permis de les regarder soit comme les témoins, soit comme issus des premiers témoins du commencement de la Passion. On conçoit donc avec quel amour singulier, avec quel respect profond, le Frère préposé à leur entretien s’acquitte de ses fonctions. On conçoit aussi avec quelle reconnaissance les pèlerins qui visitent ce jardin reçoivent de la main de ce religieux, soit les fleurs qu’il se plaît à y cultiver, soit surtout . des feuilles ou des noyaux d’olives provenant de ces arbres sacrés.
A une faible distance au nord du jardin de Gethsémani, se trouve la grotte dite de l’Agonie. Dès les premiers siècles de l’Église, elle a été transformée en oratoire chrétien, comme étant l’endroit traditionnel où Notre-Seigneur aurait prié et aurait eu sa sueur de sang avant son arrestation. Cette grotte reçoit le jour par une ouverture pratiquée dans sa partie supérieure, ce qui donne à penser que c’était primitivement une citerne. De forme irrégulière, elle mesure dix mètres de long sur sept à huit de large. On distingue encore sur sa voûte quelques restes des étoiles peintes qui l’ornaient autrefois. Trois petits autels y ont été dressés; au fond est le principal, où des lampes brûlent nuit et jour, en souvenir des augustes mystères que ce lieu rappelle. Là, le rocher apparaît de toutes parts, et n’a point été revêtu de marbre, comme dans beaucoup d’autres sanctuaires de la Palestine. Nous pouvons donc voir de nos yeux et toucher de nos mains le roc nu et austère qui entendit les gémissements sublimes du divin Agonisant, et le sol qui fut imprégné des gouttes sanglantes de sa sueur sacrée. Ailleurs, nous avons au contraire à regretter que la physionomie primitive des lieux ait été plus ou moins altérée par les premiers chrétiens, qui voulaient, au moyen de marbres précieux, soit les embellir, soit les dérober à l’indiscrète piété des pèlerins. Ici heureusement rien de semblable, et la grotte de l’Agonie, sauf de faibles changements qu’elle a subis, est encore à peu près telle qu’elle était, lorsque Notre-Seigneur y passa plusieurs heures d’angoisses, la veille de sa mort, et y fut consolé par un Ange descendu du ciel, pour y soutenir son humanité près de succomber sous le poids de la tristesse et de la douleur.
Jésus venait de rejoindre pour la troisième fois ses disciples qui dormaient à quelques pas de lui, appesantis qu’ils étaient par le sommeil, quand Judas, à la tête d’une troupe armée, vint, au milieu des ombres de la nuit, à sa rencontre et trahit son maître par un baiser. Traîné par cette foule sacrilège, il est d’ abord conduit à la maison d’Anne, l’ancien pontife, puis à celle de Caiphe, gendre d’Anne et alors grand prêtre. Sur l’emplacement traditionnel de ces deux maisons, situées toutes deux sur le mont Sion, l’une dans l’enceinte actuelle de la ville, l’autre en dehors des murailles, ont été construits des couvents.
L’église du premier de ces couvents, qui est habité par des religieuses arméniennes, consiste en deux oratoires séparés, mais communiquant ensemble, et dont l’un est vénéré comme l’endroit où Jésus aurait subi son premier interrogatoire et aurait été souffleté par l’un des gardes. C’est aussi dans cette maison que saint Pierre aurait renié une première fois son divin Maître. En dehors des remparts est le second couvent, qui appartient également à la communauté arménienne; bâti sur l’emplacement présumé de la maison de Caïphe, il renferme une chapelle dans l’intérieur de laquelle on montre, près de l’autel, 1 endroit où Jésus aurait été attaché et livré aux outrages et aux coups d’une vile troupe de valets. On 1 appelle la Prison clu Christ. La pierre qui sert de table à l’autel au fond de l’abside est de forme demi-circulaire et est vénérée sous le nom de Pierre de l’Ange. On croit que c’est celle-là même qui fermait 1 entrée du sépulcre et que l’Ange renversa au moment de la résurrection du Sauveur; un
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autre fragment de cette même pierre se trouve dans la chapelle de l’Ange qui précède le saint Tombeau. C’est dans la cour de la maison de Caïphe que saint Pierre, qui avait déjà renié le Christ dans la maison d’Anne, le renia encore une seconde, puis une troisième fois ; alors Jésus se retournant regarda Pierre, et Pierre se ressouvint de la parole du Seigneur, lorsqu’il lui avait dit : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. »
Un regard de son Maître et de son Dieu ayant fait rentrer l’apôtre en lui-même et rougir de sa lâche apostasie, il alla pleurer sa foute dans une grotte que l’on voit encore maintenant à quelques centaines de pas de là, dans un champ cultivé, et qui, jusqu’au douzième siècle, était renfermée dans une église depuis longtemps détruite et alors desservie par des moines grecs; on l’appelait église de Saint-Pierre en Gallicante (in galli cantu, au chant du coq).
Jésus resta ainsi dans la maison de Caïphe jusqu’à l’aurore du vendredi saint, frappé, insulté, blasphémé. Quand le jour parut, les anciens du peuple, les princes des prêtres et les scribes le firent venir dans leur conseil, en lui disant :
« Si tu es le Christ, dis-nous-Ie. »
De là il fut amené par eux devant Pilate au Prétoire. Le Prétoire était une partie de la forteresse Antonia qui, nous l’avons vu, avait été construite par H érode le Grand sur l’emplacement de l’ancienne tour Baris, bâtie par Jean Hyrcan (l’an 121 avant Jésus-Christ), à l’angle nord-ouest de l’enceinte du Temple. Là résidait alors le procurateur de Borne. Détruite par Titus, l’an 70 de l’ère chrétienne, cette forteresse ne se releva plus jamais de ses ruines, car saint Cyrille nous apprend que de son temps, c’est-à-dire au quatrième siècle, elle était déserte. (Catéchèses, xm.)
Voie Dooloobeuse, abc de l’Eccf. Homo
JÉRUSALE M.
Plus tard, sur la place quelle occupait, on érigea différents sanctuaires qui rappelaient les principales phases de la condamnation de Jésus par Pilate.
Au Prétoire a maintenant succédé une caserne turque dans l’intérieur de laquelle on a enclavé une ancienne chapelle chrétienne, dite du Couronnement d’épines, aujourd’hui consacrée à la mémoire d’un santon. C’est un petit édifice carré de cinq mètres de côté, que surmonte une coupole à huit pans supportée par un tambour octogone. On remarque également dans cette caserne les débris d’une autre église plus considérable, dédiée jadis à sainte Sophie, c’est-à-dire à la Sagesse éternelle, au Verbe qui avait été jugé et condamné en cet endroit. 11 en est déjà question dans Antonin le Martyr, qui voyageait en Palestine vers 570. ce Et oravimus in Prœtorio, ubi auditus est Dominus et modo est basilica sanctœ Sophiœ. »
A cinquante pas environ plus à l’est on rencontre, de l’autre côté de la rue qui longe la caserne turque, la chapelle connue sous le nom de la Flagellation, parce que c’est là, en dehors du Prétoire, que Notre-Seigneur aurait été frappé de verges. Erigée de bonne heure par les chrétiens, réparée sans doute à différentes époques, elle fut enlevée, en 1618, aux Révérends Pères Franciscains par Mustapha-Bey, dont le père était alors gouverneur de Jérusalem. En 1838 seulement, Ibraliim-Pacha en restitua les ruines aux Pères de Terre sainte, et ce sont eux qui, à cette époque, grâce à la pieuse libéralité de Maximilien, duc de Bavière, ont restauré ce sanctuaire.
Une vingtaine de pas plus à l’est encore, on montre dans le mur de la caserne l’emplacement de l’escalier que Jésus monta et descendit plusieurs fois, quand il fut introduit dans le Prétoire, conduit devant Ilcrode et flagellé. Cet escalier, appelé Scala Santa, est, comme on le sait, depuis très-longtemps à Rome, où il avait été transporté en 326, pour y être déposé près de la basilique de Saint-Jean de Latranj il a vingt-huit marches, tellement usées par les fidèles qui le montent à genoux qu’on a dû, pour les préserver d’une destruction complète, les revêtir de planches de noyer. Seule la dernière, sur laquelle on distingue quelques taches de sang, est à nu.
Devant le palais de Pilate s’étendait une place où se tenait la foule des Juifs qui ne voulaient pas se souiller la veille de Pâques en pénétrant dans la demeure d’un païen. Une partie de cette place s’appelait en grec Lithostrotos et en hébreu Gabbatha. Le mot Lithostrotos signifie pavé de dalles, et le mot hébreu Gabbatha dérive delà racine gab, qui a le sens de surf ace plate et dallée et aussi àe hauteur et de rondeur : le premier sens me paraît préférable, comme semble l’indiquer le mot grec qui doit en être une pure traduction. Là s’élevait le tribunal du procurateur, le (3-rjp.a, du haut duquel Pilate rendit sa sentence et condamna Jésus à la mort.
« Pilatus autem cum audisset hos sermones, adduxit foras Jesum; et seditpro tribunali, in loco qui dicitur Lithostrotos, hebraice autem Gabbatha. » (Saint Jean, ch. xix,$ 13.)
Une question très-importante se présente naturellement ici, c’est celle de l’authenticité du fameux arc dit de VEcce Homo, du haut duquel Pilate aurait montré le Christ au peuple, en prononçant ces mots célèbres : Voici l’homme.
Lors de son premier voyage en Palestine, M. de Saulcy s’est exprimé ainsi sur ce monument :
« Au verset 14, l’évangéliste saint Jean se sert du mot (37j[/.a, pour désigner le lieu sur lequel le Christ, fut conduit la deuxième fois par Pilate, qui, en le montrant aux Juifs dans l’affreux état où l’avaient mis les tortures qu’il avait déjà endurées, espérait éveiller en eux un mouvement de compassion. Cette tribune se trouvait à l’endroit même nommé Lithostrotos (le pavé en mosaïque ) et en hébreu Gabbatha (de gab, pluriel gabboth , arc très-probablement). Il est possible que l’arc en question, qui appartenait au palais de Pilate, eût effectivement servi de tribune dans les occasions où le
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bien une porte monumentale à triple baie, l'une grande par-dessus la rue, et deux plus petites latérales avec niche interposée. Tout bien considéré, la construction de cette porte est certainement romaine ; mais elle est, à mon avis, bien postérieure à l’époque de la Passion de Notre-Seigneur. Je ne puis donc plus y voir un arc du haut duquel le Christ aurait été présenté par Pilate à la populace juive. » ( Voyage en Terre sainte, t. I, p. 1 12.)
M. de Vogüé, dans l’un de ses ouvrages, semble ajouter foi à la tradition qui place en cet endroit le
lieu d’où Notre-Seigneur aurait été montré au peuple.
,, La première station que l’on rencontre, dit-il, après le Prétoire, est l’arc de VEcoe Homo. Les
gouverneur romain avait à haranguer le peuple, a (Toyage autour de la mer Morte, t. I, p. 374.)
Le même écrivain, quelques années plus tard, après un nouvel examen de ce monument, tient un langage tout différent :
« Un peu plus loin, dit-il, je retrouve l’arc dit de l'Ecce Homo ; les travaux exécutés pour la construction des Dames de Sion ont dégagé une partie très-considérable de ce curieux édifice. C’est
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pieds-droits et le commencement de l’archivolte sont antiques, ainsi que l’a démontré M. de Saulcy. Mais toute la partie supérieure de l’arc et la petite construction qui le domine sont modernes. Pour la première fois, nous le trouvons mentionné dans la Citez de Jherusalem, sous le nom de Portes douloureuses, ainsi nommées parce que Notre-Seigneur sortit par là pour aller du Prétoire au Calvaire. » {Les Églises de la Terre sainte, p. 302.)
Peu d’années après, ce même savant a changé, lui aussi, d’opinion relativement à cet arc; du reste, il n’avait pas été aussi explicite que M. de Saulcy dans son affirmation première :
« Le seul monument antique que renferme Bézétha, lisons-nous dans un autre de ses ouvrages, est l’arc connu sous le nom de : Arc de VEcce Homo. C’est un arc romain à trois arcades; il offre une assez grande analogie de style avec les monuments nommés kalybé et élevés en si grand nombre dans le Haouran pendant les deuxième et troisième siècles après Jésus-Christ. Les caractères de la construction et le profil des moulures appartiennent à une époque assez basse. Parmi les voussoirs se trouvent deux pierres taillées dans les ruines d’un monument antérieur et qui portent des fragments d’inscriptions grecques. La forme des lettres et la présence du mot Aurelius indiquent une époque postérieure à la fondation d ' Ælia Capitolina et abaissent nécessairement l’âge de la construction de l’arc. La tradition qui s’attache à ses ruines est vraie, en ce sens que la tour Antonia étant la demeure du procurateur romain, les scènes de la Flagellation et de VEcce Homo ont dû se passer à proximité de la tour et probablement aux endroits désignés par la tradition. Mais l’arc en lui-même est bien postérieur à la mort du Christ et n’a pu jouer aucun rôle dans les sanglants épisodes de sa Passion. Aussi la pieuse croyance qui place au sommet de l’arcade centrale la douloureuse exposition du Sauveur est-elle relativement très-moderne; on n’en trouve aucune trace dans les pèlerinages antérieurs au seizième siècle. Au quatorzième et au quinzième, on vénérait deux pierres encastrées à la base de l’arc, et que la tradition rattachait soit à la scène du Jugement de Jésus, soit au Lithostrotos, soit même au Portement de la Croix. » {Le Temple de Jérusalem, p. 125.)
M. de Vogüé cite ensuite un passage curieux emprunté à un pèlerin du quinzième siècle, Georges Lengherrand (1485-1486). Le voici :
« Une arcure de pierres qui traverse la rue, laquelle fit faire sainte Hélainne et au haut il y a deux grosses pierres blanches, dont sur l’une estoit Nostre-Seigneur quand il fut jugé à mort et sur l’autre Pilatte qui le jugea. »
« Pour le pieux mayeur de Mons, ajoute M. de Vogüé, l’arc était du quatrième siècle, et il avait peut-être raison. »
Que faut-il penser à ce sujet? Le docteur Sepp voit dans ce monument un ancien arc de triomphe, élevé soit par litus, pour perpétuer la mémoire de la prise de Jérusalem et du Temple; soit par Hadrien, en souvenir de la dernière extermination, par Sévérus, des Juifs que commandait Barkokéba. {Jérusalem und das heilige Land, t. Ier, p. 89.)
Serait-ce, au contraire, comme incline à le croire M. de Vogüé, un monument chrétien érigé par sainte Hélène en 1 honneur de la Passion du Sauveur? Enfin, faut-il y reconnaître une plus ancienne porte romaine de date hérodienne? Car c’est bien là une porte monumentale avec une grande baie centrale et deux petites baies collatérales, et non une galerie rattachée au palais de Pilate, comme on pouvait le supposer avant les fouilles exécutées par le R. P. Marie de Ratisbonne. Sur le pavé actuel de la rue sur laquelle 1 arc central est à cheval, on a trouvé, à un mètre et demi de profondeur, de larges dalles antiques, s étendant dans diverses directions et qui devaient appartenir à une place dallée qui ne pouvait être que le Lithostrotos.
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Pour mon compte, malgré l'autorité des trois savants dont je viens de citer l'opinion, je continue à me rattacher à la tradition qui fait de l’arc de VBcce Homo l’un des témoins contemporains de la condamnation de Notre-Seigneur. Je pense, en effet, que cette porte avec ses trois baies servait vers 1 ouest d'entrée monumentale à la cour du palais de Pilate, et dès lors elle a pu assister à toutes les
scènes horribles qui se sont accomplies dans cet atrium où tant d’iniquités ont été commises ; elle a pu entendre tout un peuple en délire poussant ces cris effroyables : « Crucifiez -le ! crucifiez-le ! Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants! » Que si les archéologues trouvent dans les moulures du monument quelques motifs qui leur paraissent postérieurs à l’époque d’IIérode, je leur répondrai que cette porte de l’atrium du Prétoire a pu être en partie détruite lors du siège de Jérusalem par Titus et de la prise de la tour Antonia, et relevée ensuite par Hadrien, quand il reconstruisit Ælia Cctpitolina,
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pou. être transformée alors par cet empereur en un véritable arc de triomphe. Si l'on aime mieux la faire descendre à une époque plus basse encore, et par exemple à celle de Constantin, car je ne pense pas qu'on puisse l’attribuer à une autre plus récente, ceci ne renverse nullement la tradition et laisse à cette porte sacrée toute la majesté de ses souvenirs ; car si elle a été réparée on même reconstruite par sainte Hélène, c’est qu’à ses ruines se rattachait quelque circonstance mémorable se rapportant a la Passion de Notre-Seigneur; de là le nom de Portes douloureuses, qu’elle avait encore au moyen âge, parce que c’est par cet endroit, comme le dit l’auteur anonyme de la Citez de Jherusalem, que Notre- Seigneur sortit du Prétoire pour aller au Calvaire. En considérant comme une légende relativement moderne la croyance que le Messie ait été montré au peuple par Pilate du haut de cet arc, et que de là aient été prononcées les fameuses paroles : Voici l’homme, voici votre roi! croyance que je n’ose toutefois attaquer (car, si elle n’est point appuyée sur d’anciens et irrécusables témoignages, elle n’est pas, d’un autre côté, nécessairement fausse), il n’en demeure pas moins prouvé à mes yeux que nous sommes là sur l’emplacement du Iithostrotos, dont les dalles exhumées par le R. P. Marie de Ratisbonne sont des restes authentiques. Je crois et je suis convaincu que sous la baie centrale de l’arc de VEcce Homo, que cet arc soit l’ouvrage d’Hérode ou qu’il ait été restauré par Hadrien ou par Constantin, FHomme-Dieu, le Roi des Juifs et du monde a passé, il y a bientôt dix-neuf siècles, le front ensanglanté par une couronne d’épines, le corps déchiré par les verges, la face meurtrie par les soufflets. Une lourde croix pesait sur ses épaules; il s’avançait péniblement, comme une douce et innocente victime, au milieu des cris de fureur d’une multitude aveugle, qui avait arraché sa condamnation à la lâcheté du procurateur romain. Il marchait vers le lieu de son supplice, Lui le Fils du Dieu vivant, Lui le Rédempteur du genre humain, conspué, frappé, blasphémé, comme la plus vile des créatures, comme le plus criminel des hommes. Quel événement et quel souvenir! Eu faut-il davantage pour imprimer à l’arc de VEcce Homo un caractère à jamais sacré?
Les quatorze stations qui marquent les différentes phases de la Passion de Notre-Seigneur, depuis sa condamnation au Prétoire jusqu’à sa mort sur le Calvaire etàson ensevelissement dansle tombeau, ont été décrites par tous les pèlerins et font de la Voie Douloureuse à Jérusalem la voie la plus sainte et la plus vénérable de l’univers. Est-ce à dire pour cela qu’en la parcourant après tant de siècles révolus, on ait la consolation de suivre ainsi pas à pas et sur les mêmes traces 1 Agneau divin qui allait être immolé en holocauste pour le salut du monde? Non, assurément. La ville a été tant de fois bouleversée depuis la mort de Notre-Seigneur, et son sol a été tellement exhaussé sur beaucoup de points par suite des démolitions et des reconstructions successives qu’elle a subies, que le pavé actuel est loin de représenter le niveau des rues à l’époque de Jésus-Christ; par conséquent, pour être dans l’exacte vérité et pour ne pas donner lieu à des objections justement fondées, il faut tout d abord reconnaître que, si la direction générale de ces stations est probablement conforme à d anciennes et permanentes traditions, les indulgences attachées par l’Église à chacune de ces stations se rapportent non pas précisément aux colonnes, aux pavés, aux maisons ou aux sanctuaires qui les marquent, mais à des lieux situés dans des positions à peu près identiques qui se trouvent aujourd’hui un certain nombre de mètres plus ou moins au-dessous du sol actuel. Les stations du Golgotha et du saint Sépulcre sont seules directement visibles; car là le roc affleure, et, bien qu’il soit en grande partie dérobé aux regards par les marbres qui le recouvrent, il est encore assez apparent sur certains points pour que tous nos doutes soient dissipés à cet égard .
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