‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 12 sur 100 · LOI · texte numérisé non relu

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les dons de plusieurs souverains catholiques. Dans les premières années du dix-septième siècle, quelques réparations furent exécutées dans l’église elle-même. En 1719, la grande coupole et plusieurs chapelles furent restaurées par les Latins, à la demande du marquis de Bonnac , alors ambassadeur de r rance à Constantinople, qui leur obtint, à cet effet, un firman très-explicite.

Façade de l’édicule du Saint-Sépulcre.

En 1808, dans la nuit du 12 au 13 octobre, un violent incendie éclata tout à coup dans la chapelle des Arméniens, sur une des galeries supérieures de l’église. Allumé, dit-on, par les Grecs, qui, de leur côté, imputent ce crime aux Arméniens, ou peut-être seulement causé par une simple imprudence, il se propagea bientôt avec une force irrésistible, dévorant la coupole, qui finit par s’écrouler avec un bruit effroyable, en écrasant les colonnes qui la supportaient et le saint édicule qu’elle couronnait. De nombreuses chapelles furent également atteintes et très-dégradées par les flammes. Si les Grecs ne

furent pas les auteurs cle cet incendie, du moins ils en profitèrent grandement, car les Franciscains, alors peu soutenus par la France, furent dans l’impossibilité de relever, abandonnés à eux-mêmes, l’église du Saint-Sépulcre, et les Grecs sollicitèrent et obtinrent un firman qui les autorisa à reconstruire ou à réparer toutes les parties qui avaient été détruites ou endommagées. Ces reconstructions et ces réparations furent exécutées à la hâte et assez grossièrement. Alors furent brisés à dessein les tombeaux de Godefroy et des autres rois latins, situés les uns dans la chapelle d’Adam et les autres à côté, le long du chœur des Grecs ; alors aussi des inscriptions grecques remplacèrent sur divers points, et notamment dans l’intérieur de l’édicule sacré, les inscriptions latines qui attestaient auparavant les droits séculaires des Latins à la légitime possession de ces sanctuaires.

Dès 1852, la grande coupole, bien que refaite depuis quarante ans à peine, était déjà très-détériorée; dix ans après, elle menaçait ruine. A la suite de longues négociations, on commença à la reconstruire en 1863; ce travail fut achevé en 1868, aux frais communs de la France, de la Russie et de la Turquie, qui envoyèrent chacune un architecte choisi par elles pour mener à bonne fin cette importante entreprise. La coupole que l’on voit maintenant est élégante, savamment conçue, et fait honneur à l’architecte français, M. Mauss, qui en a dressé le plan. Les peintures qui l’ornent intérieurement sont gracieuses et dues à un autre Français, M. Salzmann. Malheureusement, je ne puis m’empêcher de regretter qu’elles n’offrent aucun caractère religieux. Les trois gouvernements qui s’étaient associés pour cette œuvre voulaient sans doute, par cette absence d’emblèmes religieux, imposée aux architectes et aux artistes, neutraliser en quelque sorte la coupole, ainsi que le saint édicule qu’elle recouvrait. Mais, d’un autre côté, il eu résulte que la voûte qui surmonte le sanctuaire le plus auguste de la chrétienté a une ornementation tout à fait profane. Pour mon compte, j’aurais préféré une solution différente de cette question, que j’ai suivie autrefois avec un vif intérêt. Je crois qu’ après la prise de Sébastopol, la France aurait pu mieux pi jfiler qu’elle ne l’a fait du puissant ascendant quelle avait conquis alors, et revendiquer hautement les droits séculaires que les Latins possédaient avant le fatal incendie de 1808. Seule elle pouvait, au nom et avec le secours du monde catholique , qu’elle représentait, reconstruire la coupole du saint Sépulcre et la décorer de tous les emblèmes religieux dont on s’attend naturellement à la voir ornée. Que si, au contraire, par esprit de conciliation, elle voulait admettre à coopérer avec elle à cette entreprise le monde grec, personnifié alors par la Russie, qui néanmoins, jusqu’à la guerre de Crimée, n’avait jamais figuré comme la patronne officielle des intérêts de la religion grecque, dont le patriarche de Constantinople était le véritable représentant, elle devait plutôt, à mon avis, appeler à elle le concours des artistes grecs aussi bien que celui des latins mêlés, afin d’élever de concert, au-dessus du saint Tombeau déclaré neutre, et comme tel appartenant à toutes les communautés chrétiennes, une coupole en quelque sorte triomphale, où les arts de la mosaïque, de la peinture et de la sculpture se seraient tous associés pour célébrer dans tous les rites une espèce d’hymne de reconnaissance, de vénération et d’amour envers le Rédempteur du genre humain.

Tout le monde a entendu parler de la cérémonie du feu sacré, que les Grecs célèbrent chaque année à Jérusalem, le samedi saint, dans la basilique du Saint-Sépulcre. Témoin moi-même deux fois, en 1854 et en 1863, de ce prétendu miracle, qui attire une foule énorme de pèlerins de la Grèce, de l’Asie Mineure, de l’Égypte, de l’Arménie et de la Russie, je pourrais en décrire ici toutes les phases et dire à quels scandales, quelquefois même à quelles luttes acharnées et sanglantes il donne lieu; mais j’aime mieux transporter mon lecteur loin du bruit et du tumulte, et parcourir avec lui, à la suite des Révérends Pères Franciscains, les différentes stations de la procession solennelle qu’ils accomplissent

JÉRUSALEM

chaque jour autour de la basilique, ce qui nous permettra d’en connaître les principaux sanctuaires. La chapelle dite de 1 Apparition, d’où nous allons partir, appartient aux Latins. Elle est située à

Chapelle de Sainte-Hélène.

l’extrémité du transept septentrional. Le maître-autel y marque l’endroit où, d’après une tradition, Notre-Seigneur aurait apparu à sa sainte Mère après sa résurrection. A gauche de l’autel principal, un

JÉRUSALEM

long d’une ancienne colonnade dite les Sept Arceaux de la Vierge, nous arrivons à la Prison de Noire- Seigneur. C’est probablement une vieille citerne voûtée où l’on croit que le Christ a été retenu quelque

petit autel contient un fragment de la colonne de la Flagellation. De là, en nous dirigeant vers 1 est, le

Chapelle souterraine de l’Invention de i,a sainte Croix

temps, pendant que l’on faisait sur le Calvaire les apprêts de son supplice. Cette chapelle est la propriété des Grecs.

I lus loin, nous passons devant la chapelle consacrée à la mémoire de saint Long in, de ce soldat qui perça de sa lance le côté du Sauveur et qui se convertit ensuite, à la vue des miracles qui s’opérèrent à sa mort. Elle appartient également aux Grecs.

A quelques pas de là, vers le sud, la chapelle de la Division des vêtements, qui est entre les mains des Arméniens, indique l’endroit où les soldats, après avoir crucifié Jésus, firent quatre parts de ses vêtements et tirèrent sa tunique au sort, parce qu’elle était sans couture et d’un seul tissu.

A une faible distance au sud de cette chapelle, en contournant le chevet de l’église des Grecs, 1 ancien chœur des chanoines latins, nous rencontrons un escalier de vingt-six marches qui nous conduit à la chapelle souterraine de Sainte-Hélène . Elle peut avoir vingt mètres de long sur treize de large j deux absides la terminent vers l’orient; sa partie centrale est éclairée par une petite coupole qui repose sur quatre lourdes colonnes couronnées de chapiteaux différents et d’apparence byzantine. Cette chapelle, dont la voûte seule est de l’époque des Croisades et qui date elle-même probablement de la restauration entreprise par le moine Modeste, appartient aux Abyssiniens. Elle est dédiée à la pieuse impératrice, qui aurait de là assisté aux fouilles que l’on pratiquait au pied oriental du Golgotha pour y retrouver la croix du Sauveur.

En descendant encore treize autres marches du côté de l’épître, nous parvenons à la chapelle de 1 Invention de la sainte Croix, oratoire très-irrégulier, long d’environ sept mètres, et que possèdent les Pères Franciscains. C’est une ancienne citerne abandonnée, creusée dans le roc, et où l’on découvrit les trois croix, le titre de celle de Notre-Seigneur, les clous et l’éponge.

Après avoir remonté ces deux escaliers, et en suivant maintenant de l’est à l’ouest la nef collatérale du sud, nous laissons à notre gauche la chapelle des Impropères ou des Outrages, ainsi appelée parce que l’on y vénère un tronçon de colonne sur lequel on croit que Jésus était assis au Prétoire, lorsqu’il fut couronné d’épines et couvert d’opprobres. Cette chapelle appartient aux Grecs. Nous arrivons ensuite au Calvaire. Si plusieurs des chapelles dont je viens de parler, justement parce qu’elles localisent d’une manière si précise certaines particularités relatives aux dernières scènes de la Passion, peuvent inspirer sous ce rapport quelques doutes à une critique sévère (j’en excepte, bien entendu, la chapelle de V Invention de la sainte Croix, qui paraît réunir en sa faveur des probabilités qui approchent de la certitude), il n’en est plus de même du Calvaire. Ici tout atteste, tout proclame l’authenticité de ce sanctuaire. Et d’abord, que l’on ne s’imagine pas que le Golgotha était une montagne. Saint Matthieu dit simplement :

« Et venerunt in locum, gui dicilur Golgotha, guod est Calvariœ locus. » (Saint Matthieu, ch. xxvii, i 33.)

« Et ils vinrent en un lieu appelé Golgotha, c’est-à-dire lieu du Calvaire. »

Les trois autres évangélistes désignent ce même endroit sous le terme de locus Calvariœ (lieu du Calvaire), et non de liions Calvariœ (montagne du Calvaire). Ce n’est que plus tard que l’on a supposé et répété à tort que Notre-Seigneur avait été mis en croix sur un sommet élevé qui pouvait être aperçu de fort loin. En réalité, le Golgotha ou le Calvaire était un simple petit monticule rocheux qui dominait de quelques mètres seulement le jardin de Nicodème d’Arimathie, situé en contre-bas à l’ouest, et qui avoisinait l’une des portes de la ville appartenant à la seconde enceinte. Ce rocher, à l’époque de Notre-Seigneur, renfermait à sa partie inférieure une grotte qui a été depuis transformée en une chapelle consacrée à Adam, parce qu’une fort ancienne tradition y place la sépulture du premier

lot»

JÉRUSALEM

homme. Cette tradition, sans doute, est loin de commander de notre part une créance absolue et de s’imposer à notre esprit comme une histoire parfaitement authentique. Néanmoins, plusieurs Pères de l’Église l’ont adoptée.

Nous lisons, par exemple, dans saint Basile :

« On conserve dans l’Église une tradition qui nous apprend que l’ancienne Judée fut habitée par Adam, qui s’y réfugia aussitôt qu’il fut chassé du Paradis terrestre... que ce fut aussi la Judée qui reçut la dépouille mortelle du premier homme... Sa tête fut enterrée en un lieu qu on appela tout naturellement Cranion , ou Calvaire (le lieu du Crâne), parce qu’un tel objet devait nécessairement frapper les hommes de cette époque. Il est bien probable que Noé n’ignorait pas où était le tombeau du chef et du père du genre humain, puisque, aussitôt après le déluge et de la bouche même de Noé, celte tradition se répandit partout, et que ce fut là, sur le lieu du Calvaire, que Noire-Seigneur souffrit pour frapper la mort dans son origine même. » ( Commentaire sur Isaïe , ch. xv.)

Origène, saint Ambroise, saint Augustin et d’autres encore reproduisent en des termes différents la même opinion. C’est à cause de cette tradition qu’on a coutume de peindre ou de sculpter une tête de mort au pied du crucifix, image touchante de la miséricorde du Christ, dont le sang aurait coulé du Golgotha sur la poussière de l’auteur de notre race, pour le racheter, et en lui l’humanité tout entière. Quoi qu’il en soit, l’absidiole qui passe pour être l’ancien tombeau d’Adam se trouve juste au-dessous de la cavité dans laquelle fut dressée la croix du Sauveur, et le sang de la divine victime aurait pu, par conséquent, distiller par la fissure du rocher entr’ouvert sur la tête du premier homme, si elle avait été déposée en cet endroit.

Un escalier de dix-huit marches conduit à la chapelle supérieure du Calvaire. Celle-ci repose en partie sur le roc et en partie sur des voûtes artificielles. Elle se divise elle-même en deux compartiments parallèles séparés par de vastes piliers : l’un, dit du Crucifiement, appartient aux Latins et marque l’endroit où le Christ fut cloué sur la croix, pendant que l’instrument de son supplice était étendu à terre; il avoisine, vers le sud, un petit oratoire dont on est séparé par une grille et appelé la chapelle de Notre-Dame des Sept-Douleurs. C’est là, dit-on, où se tenait la Sainte Vierge avec saint Jean, lorsque les bourreaux attachaient Noire-Seigneur à la croix. Cet oratoire attenant au Calvaire et qui autrefois servait à le mettre en communication avec le dehors, est également la propriété des Latins. Les Grecs, au contraire, possèdent le second compartiment de la chapelle du Calvaire, celui où la croix de Notre-Seigneur fut plantée. Non loin du trou où elle fut dressée, on remarque, en soulevant une plaque d’argent, une large fente qui s’est produite dans le rocher, et qui, traversant du haut en bas le Golgotha, va aboutir à l’absidiole de la chapelle inférieure d’Adam, comme je l’ai dit tout à l’heure. Cette fente est celle qu’une tradition constante et invariable attribue à la violente commotion qu’éprouva la nature tout entière, lorsque le Fils de Dieu, son maître et son souverain, exhala son dernier soupir.

Nous lisons à ce sujet dans saint Matthieu :

« 50. Jésus, jetant un grand cri pour la seconde fois, rendit l’esprit.

« 51. En même temps, le voile du Temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas; la terre trembla, les rochers se fendirent.

« 52. Les sépulcres s’ouvrirent, et plusieurs corps de saints qui étaient dans le sommeil de la mort ressuscitèrent. » (Saint Matthieu, ch. xxvu, if 50-52.)

Cette fente est-elle artificielle, comme on pourrait d’abord le croire? Non, répondent plusieurs savants naturalistes qui l’ont étudiée. Les deux côtés de la fissure, en effet, tout en s’adaptant parfai-

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tement l’un à l’autre, font néanmoins des circuits tellement compliqués, qu’il aurait été impossible à 1 art de les contrefaire m d’y parvenir par le moyen d’aucun instrument. Sans citer ici les témoignages de ces divers savanls, je me bornerai à emprunter au célèbre Anglais Addison le fait suivant, déjà rapporte par Mgr Mislin dans son bel ouvrage sur les Saints Lieux (t. II, p. 327) :

« Dn gentilhomme anglais, homme très-estimable, qui avait voyagé en Palestine, m’a assuré que son compagnon de voyage, déiste plein d esprit, cherchait, chemin faisant, à tourner en ridicule les récits que les prêtres catholiques leur faisaient sur les lieux sacrés. Ce fut dans ces dispositions qu’il

Chapelle supérieure du Calvaire.

alla visiter les fentes du rocher que l’on montre sur le mont Calvaire, comme l’effet du tremblement de terre arrivé à la mort de Jésus- Christ. Mais lorsqu’il vint à examiner ces ouvertures avec l’exactitude et l’attention d’un naturaliste, il dit à son ami : « Je commence à être chrétien. J’ai fait, continua-t-il, « une longue étude de la physique et des mathématiques, et je suis assuré que les ruptures du rocher « n’ont jamais été produites par un tremblement de terre ordinaire et naturel. Un ébranlement pareil eût, tt à la vérité, séparé les divers lits dont la masse est composée; mais c’eût été en suivant les veines qui « les distinguent, et en rompant leur liaison par les endroits les plus faibles. J’ai observé qu’il en est (t ainsi dans les rochers que les tremblements de terre ont soulevés, et la raison ne nous apprend rien « qui n’y soit conforme. Ici, c’est tout autre chose : le roc est partagé transversalement, la rupture croise « les veines d’une façon étrange et surnaturelle. Je vois donc clairement et démonstrativement que c’est

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,, le pur effet d’un miracle, que ni l’art ni la nature ne pouvaient produire. C’est pourquoi je rends « grâces à Dieu de m’avoir conduit ici pour contempler ce monument de son merveilleux pouvoir, monu- „ ment qui met dans un si grand jour la divinité de Jésus-Clirist. » {De la religion naturelle, t. U.)

Ce passage et d’autres encore que je pourrais invoquer, prouvent combien il faut se garder en Palestine de prononcer trop vite, au nom de la science, contre certaines traditions qui tout d’abord étonnent la raison; car si un savoir superficiel les tourne parfois en ridicule, un savoir plus profond les admet et est contraint, en s’inclinant devant elles, de leur rendre uu solennel hommage.

En redescendant du Calvaire, la procession s’arrête devant la Pierre de l Onction. C est une immense dalle rectangulaire en pierre rougeâtre, ornée à chacun des angles d’un pommeau doré, et qui recouvre l’endroit où Joseph d’Arimathie et Nieodème auraient embaumé le corps de Notre- Seigneur, avant de l’ensevelir dans le tombeau. La Pierre de l’Onction appartient en commun aux Latins, aux Grecs, aux Arméniens et aux Coptes. De nombreuses lampes suspendues au-dessus y brûlent continuellement.

Enfin, la procession termine le parcours qu’elle vient de faire de la basilique par une dernière station devant l’édicule du Saint- Sépulcre.

Cet édicule, tel actuellement que l’ont refait les Grecs après l’incendie de 1808, occupe le centre de la grande rotonde. Sa forme est celle d’un oratoire allongé, carré sur le devant à l’orient et pentagone à l’occident; sa longueur est de huit mètres vingt-six centimètres, et sa plus grande largeur de cinq mètres quarante-sept centimètres. Tout entier bâti en marbre, il est orné extérieurement de seize pilastres. Une lourde coupole gréco-russe surmonte la chambre du Sépulcre et a remplacé le gracieux clocheton du seizième siècle, dû aux restaurations du P. Boniface de Raguse. Le vestibule, appelé Chapelle de l'Ange, est décoré également de pilastres et de colonnettes à l’intérieur. Long de trois mètres quarante-cinq centimètres, sur une largeur de deux mètres quatre-vingt-dix centimètres, il renferme dans sa partie centrale, et encastrée dans un cadre de marbre blanc, une partie de la grosse pierre qui avait été roulée devant la chambre sépulcrale pour la clore, et sur laquelle les saintes femmes virent un Ange assis, lorsqu’elle eut été renversée et qu’elles vinrent elles-mêmes, le jour de la Résurrection, de grand matin, pour embaumer Jésus. De là, par une baie cintrée, basse et étroite et creusée dans le roc, on pénètre dans la chambre sépulcrale. Celle-ci mesure deux mètres sept centimètres de long, sur un mètre quatre-vingt-treize centimètres de large. Revêtue complètement de marbre blanc, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, elle cache sous cette enveloppe artificielle le roc nu qui la constituait auparavant, roc qui a été probablement bien entamé par suite des démolitions et des reconstructions successives que cet édicule a subies, mais qui néanmoins existe encore en partie, comme cela ressort du témoignage formel du P. Boniface de Raguse, qui répara cet oratoire en 1555, et celui aussi du P. Trifone Lopez, religieux espagnol qui vivait encore en 1852, et que j’ai pu consulter lors de mon premier voyage à Jérusalem. Ce vénérable vieillard, qui avait assisté, en 1808, à l’incendie de la basilique et avait passé un demi-siècle en Palestine, avait vu l’édicule sacré dépouillé de son revêtement de marbre pendant que les Grecs le reconstruisaient, et son affirmation concordait parfaitement avec celle du P. Boniface de Raguse relativement à l’existence d’un noyau considérable de roc sous les plaques de marbre qui le dérobent à nos regards. Le long de la paroi septentrionale de cette petite chambre, s’élève de soixante-dix-sept centimètres au-dessus du sol le tombeau du Christ, sorte d’auge rectangulaire ménagée dans l’épaisseur du roc évidé, et dans laquelle le corps de Notre- Seigneur avait été déposé. Elle mesure, avec le revêtement de marbre blanc qui l’enveloppe et la transforme en une espèce de coffre oblong, deux mètres de long sur quatre-vingt-dix centimètres de large.

JÉRUSALE M.

On s imagine souvent que la table de marbre qui recouvre ce tombeau repose, non sur un sarcophage \ide, mais sur un banc rocheux, espèce de lit funèbre préparé pour recevoir le corps de Joseph d Arimathie, et qui, par un dessein particulier de la Providence, aurait eu l’honneur inattendu de servir de support à celui de Notre-Seigneur; mais c’est là une complète erreur. Dans les innombrables nécropoles judaïques que j’ai examinées à travers toute l’étendue de la Palestine, j’ai toujours

Russes achetant des boucies pour le saint Sépulcre.

remarqué que les morts avaient été constamment placés, soit dans des fours à cadavres creusés dans les parois latérales des chambres sépulcrales, soit dans des sarcophages immobiles ou auges funéraires attenantes au roc dans la masse duquel elles avaient été taillées, ce qui est le cas du tombeau de Notre- Seigneur, soit dans des sarcophages mobiles que l’on disposait sur le sol ou bien sur des bancs rocheux plus ou moins élevés. Jamais le corps, en effet, ne devait être à découvert et exposé à tous les regards, étalé sur une sorte de couche funèbre, comme il l’eût été forcément sur un banc. D’ailleurs, l’assertion du R. P. Boniface de Raguse est des plus nettes sur ce point, ainsi qu’il l’a consignée dans une lettre

JÉRUSALEM

célèbre qu’a reproduite le R. P. Quaresmius, et dont j’emprunte le passage suivant à ce savant religieux, qui nous a laissé, comme on le sait, un volumineux et très-docte ouvrage en latin sur la Palestine, sous le titre de Elucidatio Terrœ sanctœ :

« Curn vero lamina nna. alabastri ex iis quibus sepulcrum operiebatur et quas Helena sanctaibi collocaverat, nt super iis sacrosanctum missœ mysterium celebvaretuv, necessitate urgente commovenda esset, apparuit nobis apertus locus ille ineffabilis, in quo triduo Filins bominis requievit, ut plane cœlos apertos videre tune nobis et illis qui nobiscum. aderant omnibus videremur. Erat locus sacrosancto Domini Jesu cruore , unguento illo, quo ad sepulluram unctus fuerat permixto tanquam fulgentibus solis radiis undequaque lucens, quem piis gémi films et spirituali quadam animi lœtitiaet lacrymis

excipient es, et conspeximus et deosculati sumus . In medio sacrosancti loci lignum reperimus collo-

catum ac sudario pretioso involutum, quod cum in inanus reverenter suscepissemus deosculalique fuissemus, ubi primum illud aeri exposition est, inter manus nostras sudarium in nihilum abiit, noimullis aureis filis ex illo solum manentibus. » {Elucidatio Terrœ sanctœ, 1. V, c. xm.)

De ce passage il résulte de la manière la plus expresse qu’aussitôt que le R. P. Boniface de Raguse eut enlevé l’une des plaques d’albâtre qui recouvraient le tombeau du Sauveur et que sainte Hélène avait placées dessus pour qu’on pût y célébrer la messe, il vit l’intérieur du lieu ineffable dans lequel (in quo') le Fils de l’homme avait reposé pendant trois jours. De tous côtés des traces de sang et de parfums y frappèrent ses regards, et au milieu était un morceau de la vraie croix enveloppé dans un tissu précieux, qui s’anéantit, en quelque sorte, dès qu’il fut soumis à l’air et à la lumière, en ne laissant plus entre les mains du pieux religieux, qui le saisissait avec respect, qu’un petit nombre de fils d’or.

Que dire maintenant des pensées qui se pressent dans l’esprit et des sentiments qui surabondent dans le cœur lorsqu’on évoque en soi-même, en parcourant cette basilique, tous les grands événements qui s’y sont accomplis, surtout si l’on a le bonheur, comme je l’ai eu plusieurs fois, d’y pouvoir passer la nuit! Alors, en effet, le profond silence qui règne dans les nefs désertes et les grandes ombres qui enveloppent le monument et qui ne sont un peu dissipées, de distance en distance, que par les nombreuses lampes qui brûlent, sans jamais s’éteindre, devant chaque oratoire, enlèvent l’âme à elle-même et l’absorbent tout entière dans une muette contemplation, que ne distrait plus, comme pendant le jour, la foule qui assiège l’édifice sacré. Dans de pareils moments, tout contribue à plonger l’imagination dans l’une de ces rêveries méditatives qu’il faut avoir éprouvées pour en comprendre le puissant attrait. Les heures s’écoulent sans laisser de traces ni de fatigue, et le passé, avec ses mystères les plus sublimes et les plus émouvants, semble revivre sous vos yeux. Au Calvaire, on croit assister aux dernières et douloureuses scènes de la Passion; on entend retentir ce cri suprême qui a traversé tous les siècles : Consummatum est, tout est consommé ! on voit, au pied de la croix, la Vierge Mère et le disciple bien-aimé en pleurs. Si l’on est venu en incrédule, on peut, comme un autre Thomas, mettre sa main dans la fente miraculeuse du rocher, témoin fidèle et irrécusable de la véracité des Evangiles et de la divinité de l’Homme-Dieu expirant sur un gibet. Au-dessus de tout, rayonne l’incomparable figure du Christ qui va mourir, et par sa mort racheter l’humanité coupable.

Que si, descendant du Golgotha, on s’achemine vers le saint Sépulcre, à l’instant où l’on pénètre dans la Chapelle de l’Ange, on s’imagine apercevoir le messager céleste assis sur la pierre renversée qui fermait 1 entrée du tombeau; les pieuses femmes accourues dès l’aube du jour pour embaumer de nouveau le Sauveur entrent avec vous. Mais le sépulcre est vide, la mort n’a pu garder longtemps son hôte divin, devenu son vainqueur, et sur ce sépulcre ouvert d’où sont sorties la vie et la rédemption

JÉRUSALEM

du monde, dix-neuf siècles ont déjà prié, et tous les siècles futurs prieront encore jusqu’à la fin des

ToUIl FAUSSEMENT APPELEE AnTONIA.

temps. Que de larmes, que de soupirs, que d’invocations ferventes, que d actes d adoration dans toutes les langues se sont échappés des yeux et des lèvres des innombrables pèlerins qui sont venus tour à

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tour se prosterner devant cette étroite demeure où le Fils de l’homme a dormi trois jours son mystérieux sommeil, avant de se réveiller dans sa gloire et dans sa majesté triomphante ! En collant après eux son front et ses lèvres sur le marbre qui recouvre un pareil tombeau, on comprend pourquoi, au moyen âge, la plus grande partie de l’Europe s’est levée en masse pour le reconquérir des mains des infidèles ; on comprend aussi pourquoi, depuis qu’il est retombé en leur pouvoir, les nations chrétiennes, et à leur tête la France, n’ont jamais cessé de lui apporter leurs hommages. Ce sépulcre, en effet, à moitié brisé peut-être sous l’enveloppe qui le cache à nos regards, a été tout imprégné d’un sang divin dont une seule goutte, même desséchée, pourrait sauver le monde entier.

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