‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 13 sur 100 · AUTRES BASILIQUES ANCIENNES DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

AUTRES BASILIQUES ANCIENNES DE JÉRUSALEM

Parmi les autres basiliques bâties par Constantin à Jérusalem, il faut citer celle qui recouvrait, sur la montagne des Oliviers, l’endroit où Notre-Seigneur était monté au ciel quarante jours après sa résurrection.

La montagne ainsi appelée s’élève à l’est de la Cité sainte, dont la sépare la vallée du Cédron ou de Josaphat. Les pentes en sont encore çà et là parsemées d’oliviers. Le Messie avait souvent l’habitude de les gravir avec ses disciples, pour se retirer le soir à Béthanie, dans la maison de Lazare. Au pied occidental de cette montagne sont le jardin de Gethsémani et la grotte de l’Agonie, témoins de ses mortelles angoisses et de son arrestation. Plus haut, à mi-côte, on montre l’endroit d’où il aurait pleuré, le jour des Rameaux, sur la cité qui l’acclamait avec enthousiasme, et qui bientôt après devait être déicide et appeler sa mort à grands cris. Plus haut encore, on rencontre le lieu où les douze apôtres auraient composé le Credo, et non loin de là celui où le Christ leur aurait enseigné à eux-mêmes la prière du Pater noster. Ces trois endroits ont été jadis consacrés par des sanctuaires dont les deux derniers ont été relevés de nos jours, comme nous le verrons plus tard, grâce à la munificence de madame la princesse de la Tour d’Auvergne. Enfin, nous parvenons sur le sommet central de la montagne; car elle en a trois principaux : le sommet du Viri Galilœi, au nord; le sommet de \' Ascension, au milieu, et le sommet du Scandale, au sud. Arrêtons-nous un instant sur la cime intermédiaire. Là est un village arabe, peuplé de musulmans et connu sous le nom de Kefr Zitoun (village des Oliviers). II est dominé par le minaret d’une petite mosquée qui a succédé à l’ancienne basilique de l’Ascension. Delà plate-forme supérieure de ce minaret, le panorama est incomparable. A l’ouest, la vue plonge sur Jérusalem, dont on embrasse au delà de la vallée de Josaphat l’enceinte tout entière. Si on la connaît déjà, on en a devant soi comme une sorte de plan en relief, vivant et animé, qui permet de relier et de réunir par un même coup d’œil toutes les parties de la ville que l’on a étudiées séparément et en détail. Si on ne la connaît pas encore, ce premier regard que l’on jette sur elle vous en fait saisir tout de suite la configuration générale ; vous distinguez les artères principales qui sillonnent le réseau assez compliqué de ses rues et de ses ruelles, et la position respective de ses divers édifices, soit sacrés, soit profanes. Vers l’est, on aperçoit, au delà delà profonde vallée où serpente le Jourdain, les montagnes d’Ammon et de Moab et un coin de la mer Morte encadré entre d’immenses murailles rocheuses. Au sud, le couvent de Saint-Élie et la hauteur conique d’Hérodium attirent particulièrement l’attention. Au nord enfin, les montagnes de la tribu d’Êphraïm dessinent leurs formes diverses.

Ici est le sommet que Notre-Seigneur a choisi, il y a bientôt dix-neuf siècles, pour y terminer sa

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mission terrestre, en remontant de là vers le ciel dans une nuée lumineuse qui le déroba bientôt aux yeux de ses disciples affligés et éblouis tout à la fois. Un passage des Actes des Apôtres fixe, en effet, sur le mont des Oliviers et à la distance d’une mesure sabbatique, c’est-à-dire de deux mille coudées hébraïques ou d un mille, le lieu d’où les apôtres, après avoir été témoins de l’ascension du Christ, se disposèrent à revenir à Jérusalem.

« lune rever si sunt J erosolymam a monte qui vocatur Oliveti, qui est juxla Jérusalem, sabbati habens iter. » (Jetés des Apôtres, ch. i, jr 12.)

Cette indication très-formelle de l’auteur des Actes des Apôtres, c’est-à-dire de saint Luc, nous

Mosquée et église de l’Ascension, sur le mont des Oliviers.

montre que, lorsque ce même écrivain nous dit dans son Évangile (ch. xxiv, $ 50-51) que Jésus conduisit ses apôtres jusqu’à Béthanie et qu’ensuite, après les avoir bénis, il s’éleva au ciel devant eux, il faut admettre implicitement, ce que le texte sacré n’exprime point, qu’il les ramena d’abord de Béthanie au sommet du mont des Oliviers, Béthanie étant à deux milles de Jérusalem, et par conséquent à la distance de deux mesures sabbatiques, et non pas seulement d’une, comme le marquent les Actes des Apôtres.

Peut-être aussi est-il permis de supposer que le territoire de Béthanie commençait au sommet même de la montagne des Oliviers, dont ce village possédait sans doute le versant oriental, et ainsi les deux passages de saint Luc relatifs au lieu de l’ascension de Notre-Seigneur s’accorderaient parfaitement entre eux. En nous disant que Notre-Seigneur conduisit ses apôtres jusqu’à Béthanie, saint Luc voudrait dire seulement qu’il les mena jusqu’au territoire dépendant de Béthanie, la pente orientale du mont des Oliviers au bas duquel, vers l’est, était situé ce village, pouvant fort bien être cultivée par les gens de cette bourgade.

Toujours est-il que la tradition unanime des premiers siècles ds l’Eglise place sur le sommet qui nous occupe en ce moment la scène de l’Ascension, et Constantin, en y élevant une basilique en

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l’honneur du Christ monté au ciel, ne faisait que consacrer par un monument la croyance de tous les chrétiens.

Nous lisons à ce sujet dans Eusèbe :

« L’empereur avait choisi particulièrement trois localités illustrées par trois grottes mystiques, et embelli chacune d’elles par la construction de grands et splendides édifices. Dans l’une de ces grottes, il honorait, selon son importance, la première apparition du Christ en ce monde. Dans 1 autre, il rappelait la dernière manifestation du Seigneur, son ascension aux cieux du sommet de la montagne. Enfin, dans la troisième, qui tient le milieu entre les deux autres, il célébrait les combats du Seigneur et sa victoire pour le salut du monde. » ( 'JE loge de Constantin , ch. ix.J

Il est question de cette basilique dans le Pèlerin de Bordeaux } l’an 333 de notre ère.

« Inde ascendis in montent Oliveti, ubi Dominus ante passionem discipulos docuit. Ibi facta est jussu Constantini basilica miras pulchntudims. »

Nous n’avons aucun détail précis sur la basilique constant! nie une du mont des Oliviers; nous savons seulement, d’après les témoignages d’Eusèbe et du Pèlerin de Bordeaux, qu elle était magnifique.

Un passage de saint Jérôme nous apprend quelle était de forme ronde, et que 1 endroit où se trouvaient les vestiges sacrés que Noire-Seigneur avait laissés imprimés sur le sol avant de s élever au ciel n’avait jamais pu être fermé par une voûte.

« Mons Oliveti ad orientera Hierosolymœ, torrents Cedron inter fluente , ubiullimaDomim vestigia hum o impressa hodieque monslrantur. Cumque terra eadem quotidie a credenlibus hauriatur, nihilominus tamen eadem sancta vestigia pristinum slatum continuo recipiunt. Deiuque cum ecclesia, in cujus medio sunt, rotundo sckemate et pulcherrimo opéré conderetur, suinmun tantum cacumen, ut perhibentj propter Domini corporis mealum nullo modo contegi et concamerari potuit, sed transitus ejus a terra adcœlum iisque palet apertum. » ( Liber nominum locorum ex Achs, au mot Mons Oliveti.)

La basilique de Constantin, ayant été détruite en 614 par les Persans, fut relevée de ses ruines au septième siècle par le moine Modeste, auquel on doit également la reconstruction de la basilique du Saint-Sépulcre. Nous avons des renseignements beaucoup plus complets sur cette seconde basilique dans Y Itinéraire d’Areulphe, qui voyageait en Palestine vers l’an 670, et M. le comte de \ ogüé a essayé, d’après celle description, d’en donner un plan restitué dans ses Églises de la I erre sainte.

Cette deuxième basilique, de forme ronde comme la première, ayant elle-même été renversée par l’ordre du féroce Hakem, fut plus tard reconstruite par les croisés, et ce sont les ruines de cette dernière église qui couvrent encore en ce moment la cime centrale du mont des Oliviers. L édifice, tel que les Latins le rebâtirent, avait la forme d’un octogone régulier, comme l’indiquent les bases des piliers d’angle qui sont encore en place. Il mesurait en dedans trente-quatre mètres de diamètre. En portique intérieur soutenu sur des colonnes supportait un tambour circulaire, et le sommet du toit avait été laissé ouvert comme dans les deux basiliques précédentes. Un couvent attenant à 1 église était desservi par un abbé et des chanoines de l’ordre de Saint- Augustin, qui avaient remplacé, mais longtemps après, sur la même montagne, les religieux bénédictins envoyés par Charlemagne, qui s étaient d abord établis sur ce point.

Celte troisième basilique fut, à son tour, démolie par les musulmans, quand ils furent redevenus maîtres de la Cité sainte; néanmoins, ils laissèrent subsister, au centre de l’édifice, l’édicule octogonal qui renfermait les vestiges des pieds de Notre-Seigneur. Cet édicule, qui était primitivement à jour et formait un portique ouvert, fut muré par eux et transformé en un petit oratoire musulman, au milieu

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duquel ils ont respecté la pierre qui garde encore les vestiges, aujourd’hui très-dégradés, d’un pied qui passe pour être le pied gauche de Notre-Seigneur; l’empreinte du pied droit a disparu, soit qu’elle ait été détruite, soit qu’elle ait été emportée ailleurs.

Au pied occidental de la montagne des Oliviers, dans la vallée même de Josaphat et non loin de la grotte de l’Agonie, s’élève ou plutôt s’enfonce dans le sol une autre basilique attribuée également à Constantin et appelée basilique de l’Assomption. Si elle n’a point été fondée par cet empereur, à la

demande de sa sainte mère, elle date du moins d’une époque assez rapprochée de la sienne; car, dès la fin du quatrième siècle ou dès le commencement du cinquième, elle recouvrait déjà le tombeau creusé dans le roc qui avait reçu pendant quelques jours la dépouille mortelle de la Sainte Vierge avant sa glorieuse assomption au ciel. De même que son divin Fils avait été déposé dans un sépulcre neuf qu’aucun corps humain n’avait encore souillé, ainsi elle dut être, elle aussi, après sa mort, placée dans un sépulcre vierge de toute souillure et réservé à elle seule. Cette supposition n’est pas purement gratuite ni imaginaire de ma part, mais je la fonde sur la grande ressemblance qu’offre sa tombe avec celle de Notre-Seigneur. Ce sépulcre, qui se trouve maintenant à une assez grande profondeur au-dessous du niveau actuel de la vallée, parce que le lit naturel de celle-ci s’est fort exhaussé en cet endroit, a dû être jadis taillé dans les flancs d’un massif rocheux et composé de deux compartiments, d’un

Estrée de l’église do tombeau de la Sainte Vierge.

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vestibule et d’une chambre sépulcrale. Cette dernière, qui subsiste seule aujourd’hui, renfermait une auge funéraire dans laquelle avait été déposé le corps virginal de Marie, et qui ne garda également que peu de temps, d’après la tradition universelle de l’Église, la dépouille immaculée qui lui avait été confiée. La dissolution et la corruption de la mort ne pouvaient, en effet, atteindre une créature que ni le péché originel, ni aucune faute pendant sa vie, n’avaient effleurée, et qui avait eu en outre l’honneur insigne d’être la Mère du Christ. La raison elle-même se refuse à admettre une pareille pensée, du moment quelle s’incline avec une respectueuse adhésion devant le grand mystère de la maternité divine de Marie. Quoi qu’il en soit, ce tombeau fut de bonne heure honoré par les hommages et par la vénération des peuples, et lorsqu’on le renferma dans une basilique, on le sépara par une coupure artificielle du massif rocheux dans lequel il avait été taillé, de manière à l’isoler complètement, comme on avait fait pour le tombeau du Sauveur. Vers la fin du septième siècle, Arculphe décrit cette basilique comme étant de forme ronde, avec un autel à l’orient auprès du saint tombeau; elle constituait la crypte d’une seconde église affectant la même forme que l’église souterraine, et qui lui était superposée, avec quatre autels aux quatre points cardinaux. Lorsque les croisés attaquèrent Jérusalem, cette basilique était complètement en ruine, soit qu’elle eût été déjà rebâtie antérieurement, soit qu elle n’eût point encore été reconstruite. Godefroy de Bouillon, à peine maître de la Ville sainte, s empiessa de fonder dans la vallée de Josaphat un couvent richement doté, appartenant à l’ordre de Cluny, et l’église que nous voyons maintenant est l’ouvrage des Latins. Elle se compose d un porche extérieur dont la façade regarde le sud. La porte en est ogivale et ornée de quatre colonnettes en marbre blanc, engagées dans l’angle rentrant des jambages. Après l’avoir franchie, on descend un bel escalier de quarante-huit marches, le long duquel on rencontre dans le mur de droite, à la vingt et unième marche, une chapelle avec deux autels, l’un consacré à saint Joachim et l’autre à sainte Anne, et qui passent pour avoir été élevés sur les tombeaux de ces deux saints personnages. M. de Vogüé suppose que cette même chapelle renfermait les cendres de la reine Mélisende, femme de Foulques Ier, roi de Jérusalem. Le frère Liévin, au contraire, dans son excellent Guide de la. Terre sainte (p. 239), émet la conjecture que l’ouverture murée qui se trouve plusieurs marches plus haut indique peut-être l’endroit où fut ensevelie cette princesse, qui avait été placée, suivant Guillaume de Tyr, dans une petite crypte construite et fermée par une grille de fer, à droite en descendant au tombeau de la Vierge.

« Sepulta est autem domina Melisendis... in voile Josaphat, descendentibus ad sepulcrum beatœ et intemeratœ Dei Genitricis et Virginis Mariœ ad dexteram in crypta lapidea januis ferreis prœsepta, altare habens vicinum. » (L. XVIII, c. xxxii.)

Dans le mur de gauche, un peu plus bas, un autre autel est dédié à saint Joseph, et, d’après une tradition, le saint époux de Marie et saint Siméon auraient été pareillement enterrés en cet endroit. Quand on a achevé de descendre cet escalier, qui ne reçoit quelque lumière que par la porte d'entrée, on parvient à la basilique proprement dite, qui forme une croix latine d’environ trente mètres de long de l’ouest à l’est, sur huit de large. Voûtée en berceau et terminée à chacune de ses extrémités par une abside demi-circulaire, elle était jadis éclairée par des fenêtres très-ébrasées en dedans et par lesquelles ne pénètre plus maintenant aucune lumière, à la suite de la grande accumulation de terre et de décombres dans la vallée. Aussi l’obscurité la plus profonde y règne-t-elle actuellement et n’est dissipée çà et là que par des lampes brûlant au-dessus des autels où officient les Grecs, les Arméniens, les Coptes, les Abyssins et les Syriens, car les Latins, qui autrefois étaient les seuls possesseurs de la basilique, en ont été exclus depuis 1759. Les musulmans y ont également un mihrab près duquel ils viennent prier. L’édicule du tombeau, situé dans la partie orientale de l’église, est un petit monument

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à peu près carré, que surmonte une humble coupole et que recouvrent d’épaisses tapisseries; il forme intérieurement un oratoire, et un autel y cache le saint tombeau. De nombreuses lampes suspendues à la voûte répandent une vive clarté dans cet ancien asile de la mort où a dormi quelques jours seulement d’un court sommeil Celle qui, ayant donné la vie à un Dieu et étant elle-même plus pure qu’un Ange, ne pouvait que traverser, sans se corrompre, les horreurs du tombeau, avant de monter triomphalement au ciel.

Une quatrième basilique, qui mérite de ma part une mention toute spéciale, est celle de Sainte- Anne. Elle avoisine le Birket-Israïl, dont j’ai parlé plus haut, et a été bâtie sur l’emplacement d’une ancienne maison pratiquée dans le roc, ayant appartenu à saint Joachim et à sainte Anne. Ce serait dans cette pauvre demeure que, d’après une tradition dont on peut suivre la trace jusqu’aux premiers siècles de l’ ère chrétienne, serait née la Reine des Anges et des hommes, et qui plus est, la Mère du Messie; du moins, cette tradition est universellement et unanimement répandue dans toute l’Eglise orientale, et celle de Jérusalem, en particulier, revendique comme un des honneurs les plus

KeTII ET-1'ODR, VILLAGE AD SOMMET DD MONT DES OLIVIERS.

grands de cette ville et en même temps des plus justifiés par d’innombrables témoignages, celui d’avoir été le berceau de la Sainte Vierge. Cette tradition a été mise en pleine lumière au dix-septième siècle par le docte Quaresmius ( Elucidatio Terrœ Sanctœ , t. II, p. 103 et suiv.), et il y a peu d’années par le R. P. Bassi, dans son ouvrage intitulé : l’Antica Chiesadi Sant-Amictiii Gerusalemrne. Plus récemment encore, Mgr Lavigerie, archevêque d’Alger, reprenant le même sujet, l’a supérieurement traité dans une éloquente brochure qui a pour titre : Sainte-Anne de Jérusalem et Sainte- Anne d’Auray. Dans ce dernier écrit, cet éminent prélat accumule preuves sur preuves, témoignages sur témoignages, pour réfuter l’opinion de Mgr Mislin, qui, dans son grand ouvrage des Saints

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Lieux avait essayé de montrer que la Sainte Vierge, au contraire, était née à Nazareth, dans la maison qui plus tard fut transportée miraculeusement à Lorette. La petite habitation que saint Joachim et sainte Anne possédaient à Jérusalem était, à l’époque de Notre-Seigneur, en dehors de la ville et dans le voisinage de la piscine Probatique, comme le prouvent les divers auteurs cités par Mgr Lavigerie. C’est là que les augustes parents de la Sainte Vierge ont passé les dernières années de leur vie, là qu’ils ont eu le bonheur de mettre au jour l’enfant privilégié qui devait éclipser toutes les autres créatures par sa pureté angélique et par sa divine maternité; c’est de là qu’ils la portèrent au Temple pour la consacrer au Seigneur; c’est là aussi qu’ils rendirent leur dernier soupir. De là enfin, ils furent transportés après leur mort et ensevelis dans la vallée de Josaphat, non loin du tombeau que devait plus tard occuper un instant la Sainte Vierge elle-même.

Quelques critiques objecteront peut-être que la maison de saint Joachim et de sainte Anne dut être détruite, lorsque Titus donna l’assaut au Temple, près duquel elle était située, au pied du mont Bézétha. Mais Mgr Lavigerie répond victorieusement à cette objection en disant que, si les murs extérieurs et si la portion bâtie de la maison de sainte Anne furent alors probablement renversés, les chambres creusées dans le roc ont dû, comme l’enseigne la tradition de Jérusalem, être conservées à la vénération des chrétiens. Il en est de même des deux piscines qui l’avoisinaient : l’une, la piscine Béthesda, et l’autre, la piscine Probatique, et qui ont échappé toutes deux, par leur nature même, à un pareil désastre. La première, en partie cachée sous le sol, a été retrouvée de nos jours par M. Mauss, et l’autre n’est autre chose que le grand Birket-Israïl, signalé depuis longtemps par tous les voyageurs.

Dès les premiers âges de l’Église, les Lieux saints furent vénérés à Jérusalem, non-seulement par les chrétiens indigènes, Juifs convertis à la foi nouvelle, mais encore par une foule de pèlerins accourus de tous les points du monde pour venir prier sur les endroits qu’avait sanctifiés la présence de Notre-Seigneur ou de sa sainte Mère, et ce mouvement de pèlerinage commença dès l’ascension de Jésus-Christ, comme l’affirme saint Jérôme :

« Longum est nunc ab ascensu Domini nsque ad prœsenlem diem per singulas œtates currere giu episcoporum , gui martyrum, gui eloguentium in doctrina virorurn venerint Jerosolymam, pillantes minus se religionis, minus habere scientiœ, nec summam, ut dicitur, manum accepisse virtutum, nisi in illis Christian adorassent locis, de guibus primum. Evangelium de patibulo coruscaverat . » (Lettre XLVI, §9.)

« Il serait long, en parcourant tous les âges depuis l’ascension du Seigneur jusqu’à nos jours, d’énumérer les évêques, les martyrs, les orateurs éloquents dans la doctrine de l’Église, qui sont venus à Jérusalem dans la pensée qu’il leur manquerait quelque chose en piété, en science et en vertu, s’ils n’avaient point adoré le Christ dans les lieux mêmes d’où la lumière de l’Évangile avait commencé à briller sur le monde du haut de la croix. »

Nul doute que la maison de sainte Anne, ou du moins les chambres pratiquées dans le roc, qui en restaient, n’aient été également entourées dès lors d’une vénération particulière; et quand la paix eut été rendue à l’Église et que sainte Hélène, malgré sa vieillesse avancée, fut elle-même arrivée en Palestine pour y ériger des temples magnifiques sur les lieux qui avaient été témoins des principaux mystères de notre foi, il est permis de supposer que la maison d’Anne, qui avait été la demeure natale de la Sainte Vierge, ne fut point oubliée dans ses pieuses fondations, car on sait que cette princesse, indépendamment des grandes basiliques qui lui sont attribuées nominativement, en fonda encore, ou du moins donna l’ordre d’en bâtir beaucoup d’autres. Nicéphore Calliste en fait monter

le nombre à plus de trente. {Histoire ecclésiastique, 1. VIII, ch. xxx.) Le pèlerin Theodosius signale le premier, vers l’an 530, une église consacrée à la Sainte Vierge, près de la piscine Probatique : « Juxta piscinam Probaticam, ubi se lavabant infirmi et sanabantur , est ecclesia Beatœ Virqinis. »

Quarante ans plus tard, vers 570, la même église est mentionnée par Antonin de Plaisance, qui nous dit qu’elle avait été bâtie dans l’un des cinq portiques de la piscine Probatique :

(f Revertentes in civitatem, venimus acl piscinam natatoriam quœ quinque portions habet, et in una earum est basilica Sanctœ Marias, in qua multœ fiunt vir tûtes. »

Or, comme l’observe très-justement Mgr Lavigerie, la basilique dont il est ici question était déjà ancienne à cette époque, car on appela Sainte-Marie la Neuve celle que Justinien fit élever en 529 sur le mont Moriah, à l’endroit où la Sainte Vierge avait été présentée au Temple et offerte au Seigneur, pour la distinguer de Sainte-Marie de la Nativité, qui existait par conséquent avant elle. Quelques débris de cette basilique primitive ont été exhumés par M. Mauss dans les déblayements que cet architecte a exécutés à Sainte-Anne, et parmi ces débris se trouvait un pied de marbre blanc destiné à être suspendu clans le sanctuaire comme une espèce d’ex-voto, avec l’inscription grecque suivante :

AOXKIA nOMITIAIA ANE0HKEN

Cimetière musulman A Jérusalem. “ Lucia PomPilia a consacre...»

Détruite sans doute pendant l’ invasion cle Chosroès en 6i4, la basilique de Sainte-Marie de la Nativité, qui devait probablement sa fondation soit à sainte Hélène, soit à l’impératrice Eucloxie, ne tarda pas à être rebâtie, lors des restaurations entreprises par Modeste ; car elle est citée comme debout par saint Sophrone, successeur de ce moine illustre sur le siège patriarcal de Jérusalem. Un couvent de religieuses y est attenant, au moins au commencement du neuvième siècle, comme cela résulte du Commemo -

JÉRTJSALE M.

ratorium de Casis Dei , rédigé vers l’an 810, et qui, d’après son contenu, ne peut se rapporter qu’à la distribution des quêtes ordonnées par Charlemagne pour les sanctuaires et les monastères de la Palestine. Nous y lisons : « In Sancta Maria, ubi nota fuit in Probatica, clenci V , inclusœ Deo sacrales XXV. » « A Sainte-Marie, où la Vierge est née dans la Probatique, clercs : cinq; recluses consacrées à Dieu : vingt-cinq. »

Lorsque les croisés, en 1090, s’emparèrent de Jérusalem, ils trouvèrent cette église convertie en mosquée, ce qui l’avait sauvée de la ruine. L’higoumène russe Daniel, qui visita la Ville sainte en 1113, parle en ces termes de ce sanctuaire :

« Une grande église consacrée à la mémoire de Joachim et d’Anne est bâtie en cet endroit. On y voit une petite caverne creusée dans le roc; elle est placée sous l’autel. C’est là que se trouve le sépulcre de saint Joachim et de sainte Anne. » ( V oyage en Terre sainte, traduction d’ Abraham de Norof, p. 30.)

Quand l’église de Sainte- Anne eut été rendue au culte chrétien par les croisés, ceux-ci y établirent des religieuses de Saint-Benoît. Elles étaient d’abord pauvres et en petit nombre; mais, en 1104, le roi Baudouin 1er, ayant répudié son épouse, la reine Arda, la força d’entrer dans ce monastère, qui fut alors enrichi par ses libéralités. Plus tard, en 1130, la princesse Judith, fille de Baudouin II, y prit également le voile et y resta jusqu’à l’achèvement du couvent de Béthanie, qu’avait fondé pour elle la reine Mélisende, sa sœur. C’est à cette époque, sans doute, que l’église de Sainte-Annefut, non pas rebâtie de fond en comble, mais seulement agrandie, réparée et ornée de peintures parles Latins; le monastère, au contraire, fut, selon toute vraisemblance, complètement reconstruit par eux. L’église actuelle est donc à la fois byzantine et romano-ogivale. On peut en lire la description détaillée dans M. de Vogüé. {Les Eglises de la Terre sainte, p. 233 et suivantes.) Longue de trente-six mètres sur vingt et un de large, elle forme un carré long, terminé par trois absides rondes à l’intérieur et polygonales à l’extérieur. Elle est divisée en dedans par trois nefs aboutissant à un transept que couronne dans sa partie centrale une coupole byzantine sur pendentifs; celle-ci est supportée par quatre grands arcs égaux qui reposent eux-mêmes sur quatre gros piliers. Sa principale porte d’entrée est située à l’ouest et participe à la fois de l’art arabe et de l’art roman, comme le prouvent les sculptures dont elle est décorée, ainsi que la grande fenêtre qui la surmonte. Dans le tympan de cette porte a été gravée, en 1192, une grande inscription arabe, indiquant que cet édifice fut transformé à cette époque enmédreseh, ou école musulmane, par Saladin.

Sans suivre les destinées du même monument de siècle en siècle, je dirai seulement qu à la fin de la guerre de Crimée, après de longues négociations qui font beaucoup d’honneur à M. de Barrère, alors consul général de France à Jérusalem, il fut accordé à la France parle sultan Abd ul-Medjid. La restauration en fut confiée à un architecte français fort habile, M. Mauss, qui, en lui conservant fidèlement son cachet gréco-latin et ses décorations arabo-chrétiennes, lui a rendu une sorte de jeunesse première et une beauté que les outrages du temps et des hommes lui avaient enlevée. En même temps, il a laissé à la crypte sa forme et ses compartiments traditionnels. Cette crypte, qui est elle-même une véritable relique du passé et qui est comme embaumée des augustes souvenirs de Joachim, d’Anne et de leur incomparable fille, s’étend sous le côté droit du transept de l’église et se compose de trois parties, d’un narthex, d’une chapelle et de deux absidioles. C’est l’ancienne maison de sainte Anne, ou du moins c’est la portion de celte maison qui avait été taillée dans le roc. Une autre crypte creusée pour le tombeau où furent transportés de la vallée de Josaphat, en totalité ou en partie, les précieux restes des parents de la Sainte Vierge, est située directement sous le maître-autel. Tel est le véné-

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rable sanctuaire dont la France, en 1878, a confié la garde à la Société des Missionnaires d’Alger. Mgr Lavigerie s’est empressé alors d’envoyer son premier vicaire général, M. l’abbé Gillard, desi regret¬

table mémoire, pour en prendre possession. Un mois après, il allait lui-même s’y prosterner et y installer trois de ses religieux.

L’impératrice Eudoxie, à laquelle quelques auteurs attribuent la fondation de la basilique de Sainte- Anne, en fonda pareillement une seconde à Jérusalem en l’honneur de saint Étienne. Située à une faible distance au nord de la porte actuelle de Damas, qui pendant longtemps s’appela porte Saint- Etienne, cette dernière basilique fut consacrée en 460; elle renfermait les cendres du saint dont elle portait le nom. L’année suivante, elle reçut également la dépouille mortelle de sa pieuse fondatrice. En 518, un synode s’y réunit. Elle passait pour avoir été bâtie à l’endroit même où le premier martyr de l’Église naissante avait été lapidé. Depuis, la tradition a changé, et l’on montre maintenant sur les pentes orientales du mont Moriah le lieu où le saint aurait subi son supplice. Détruite par les Arabes, la basilique de Saint- Étienne était en ruine quand les croisés s’emparèrent de Jérusalem. Maîtres de la ville, ils relevèrent cette église; mais, en 1187, ils la rasèrent euxmêmes, ainsi que le couvent des

i- • • Vieux cyprès sur l’esplanade du Haram Eon-CaEniF, nu côté de l’ouest.

religieux qui la desservaient,

dans la crainte que, en raison de sa proximité des remparts, elle ne pût seconder les approches de l’ennemi. Aujourd’hui, elle est comme effacée du sol.

Une autre basilique dédiée à la Sainte Vierge et connue par les anciens pèlerins sous le nom de

Sainte-Marie la Neuve, pour ne pas la confondre avec Sainte-Marie l’ Ancienne ou Sainte-Marie de la Nativité, nous est longuement décrite par Procope. Cet écrivain, dans son ouvrage sur les Edifices de Justinien (1. V, ch. vi), nous parle des prodigieux travaux de soutènement entrepris par les architectes de cet empereur pour asseoir les fondations de cette basilique. Elle était ornée intérieurement de deux ordres de superbes colonnes superposées. Entourée de portiques de tous côtés, excepté vers 1 orient, elle était précédée d’un narthex, d’un atrium et de magnifiques propylées. En outre, deux hémicycles s’arrondissaient à droite et à gauche de son entrée; enfin deux beaux hospices s élevaient 1 un vis-à-vis de l’autre, le premier destiné aux pèlerins, et le second réservé aux malades. Tout cet ensemble de constructions, que soutenaient et décoraient d’innombrables colonnes, couvrait la partie de 1 esplanade du Haram ech-Cherif où l’on voit actuellement la grande mosquée d’El-Aksa.

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