BÉTHANIE
Bethphage venions, qui locus inter Bethaniam et montent Oliveti médius est, ubi etiam honesta cape lia in ipsius honore est fabric ata, binos ad adducendam asinam et pullum misit discipulos, et stans super lapidem grandem , qui in ipsa capella manifeste videlur, et asino insidens per montem Oliveti Hierosolymamproperavit. » (Theodoricus, Libellas de Locissanctis, édit. Tobler, p. 52.) De nos jours, au printemps de l’année 1877, la grande pierre signalée par le pèlerin allemand au milieu de la jolie chapelle consacrée au Sauveur a été retrouvée par un fellah de la montagne des Oliviers qui creusait en cet endroit pour chercher des matériaux propres à bâtir. C’est un cube monolithe, haut d’un mètre environ et un peu irrégulier, adhérant par sa partie inférieure au sol rocheux qui l’environne et dans la masse duquel il a été évidé. Ses quatre faces, ouest, est, sud et nord, sont ornées de peintures à fresque exécutées avec beaucoup de soin à l’époque des croisades, comme l’indiquent des inscriptions latines du douzième siècle, en partie conservées. Ces peintures et ces inscriptions ont été habilement reproduites, peu de temps après l’exhumation de ce bloc précieux, par le capitaine Guillemot, qui depuis plusieurs années habite Jérusalem. Depuis qu’elles ont revu le jour, après avoir été longtemps enfouies sous la terre, elles ont, à ce qu’il paraît, beaucoup souffert et de l’air extérieur et des hommes, et il est fort heureux que cet ancien officier français, excellent dessinateur et architecte distingué, se soit hâté d’en faire une copie exacte. Sur la face sud qui regarde Béthanie, le peintre avait représenté la résurrection de Lazare ; sur la face du nord tournée vers Bethphagé, avait été figurée la cession de l’ânesse et de son ânon aux disciples qui étaient venus les demander pour le Seigneur. Sur les faces est et ouest, les sujets peints sont plus difficiles à déterminer; néanmoins le capitaine Guillemot reconnaît dans le premier la bénédiction du sanctuaire restauré, et dans le second l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem.
Autour de cette pierre s’arrondissait un oratoire de forme circulaire dont les quelques débris encore debout ont paru à cet officier révéler une époque antérieure à la décoration du dé monolithe, et par conséquent à l’époque des croisades. Ce sont là les restes de l’élégante chapelle, honesta capella, mentionnée par Théodorich.
Quant au village de Bethphagé, il a été complètement détruit depuis longtemps, et il n’en subsiste plus que des citernes, des matériaux épars, de nombreux petits cubes de mosaïque, quelques tronçons mutilés de colonnes et une grande quantité de fragments de poterie juive. Ceux qui voudront avoir, sur cette bourgade et sur l’important sanctuaire qu’on y a découvert, des détails plus étendus, pourront consulter un très-intéressant article que M. Clermont- Ganneaii a inséré dans la Revue archéologique (décembre 1877) sous le titre de la Pierre de Bethphagé. J’ajouterai seulement en terminant que ce bloc inestimable, sanctifié jadis par le divin contact du Messie, est actuellement au pouvoir des Franciscains de Jérusalem, qui l’ont acheté, moyennant une somme considérable, ainsi que les ruines de l’oratoire qui l’entourait.