BÉTHANIE
Si de Bethphagé l’on poursuit sa route vers le sud-est, on rencontre, à un kilomètre à peine de distance, le village de Béthanie. Peu considérable et assez grossièrement bâti, il est habité par des musulmans qui le désignent sous le nom d’El-Azarieh, nom qui dérive évidemment de celui de Lazare qui y fut ressuscité par Notre-Seigneur. Ce fait éclatant, ainsi que l’église et le monastère de Saint- Lazare qui de bonne heure en consacrèrent le souvenir, firent étendre peu à peu à tout le village le
NORD DE LA JUDÉE
probablement dans le vestibule qui est depuis longtemps transformé en une petite chapelle, lorsqu’il ordonna d ôter la pierre qui couvrait l’entrée du sépulcre et qu’ensuite il s’écria d’une voix forte : « Lazare, sors du tombeau. » Aussitôt le mort en sortit, les pieds et les mains enveloppés de bandelettes, et la tête couverte d un suaire. Jésus ajouta : « Déliez-le etlaissez-le aller. » (Saint Jean, ch. xr, * 39-44.)
Le tombeau où s accomplit ce grand miracle de Notre-Seigneur n’a pas cessé, depuis les premiers siècles de 1 Église jusqu’à nos jours, d’être l’objet d’un pieux pèlerinage de la part des fidèles. Le
nom de l’ami de Jésus, et la dénomination primitive de Béthanie fut remplacée parmi les chrétiens par celle de Lazarium, qui amena ensuite celle que les Arabes lui donnent aujourd hui. Ce qui attire tout d’abord l’attention du pèlerin, quand il arrive dans cette localité, c’est la fameuse crypte, appelée tombeau de Lazare. Un escalier de vingt-six marches conduit à un vestibule, d’où 1 on pénètre, en descendant trois autres marches, dans une chambre dont la longueur est de deux mètres. C est le tombeau de Lazare vénéré à la fois par les musulmans et par les chrétiens. Notre-Seigneur se trouvait
BETHLÉHEM
Pèlerin de Bordeaux le signale, l’an 333, comme une crypte, qui était sans doute renfermée dans un sanctuaire. Toujours est-il que, du temps de saint Jérôme, une église s’élevait au-dessus de ce caveau funèbre.
« Betlama, villa in secundo ab Aelia milliario , in latere montis Olive li, ubi Salvator Lazarum suscitavit, cujns et monumentum ecclesia mine ibidem exslructa demonslrat. » ( Onornasticon , au mot Bethania.)
Arculpbe, dans la dernière partie du sixième siècle, mentionne à Béthanie un grand monastère et une basilique contenant la grotte d’où Jésus avait fait sortir Lazare vivant. Cette basilique, dont parlent également dans les siècles subséquents beaucoup d’autres pèlerins, fut réparée sans doute à l’époque des croisades.
En 1114, le couvent de Saint-Lazare et l’église du même nom appartenaient aux chanoines du Saint-Sépulcre. Plus tard, en 1138, la reine Mélisende, femme du roi Foulques d’Anjou, donna à ces chanoines Thekoa en échange de Béthanie, et transforma l’ancien couvent de Saint-Lazare, agrandi alors et fortifié par elle, en une abbaye de religieuses de l’Ordre de Saint-Benoît. Le pape Célestin II, en 1143, confirma cet échange par une bulle. Pour protéger cette abbaye contre les déprédations des Arabes, la reine Mélisende éleva une puissante tour construite en pierres de taille. La partie inférieure en subsiste encore, et les gros blocs qui la revêtent extérieurement proviennent peut-être d’une plus ancienne construction. A la mort de la première abbesse, Mélisende y plaça comme supérieure sa sœur cadette Yvette, religieuse du même Ordre à l’abbaye de Sainte-Anne à Jérusalem. Après la chute du royaume latin , en 1187, l’abbaye de Béthanie, ainsi que l’église qui en dépendait, fut dévastée par les Sarrasins. Il n’en subsiste plus actuellement que des restes informes. On montre aussi dans cette localité l’emplacement de la maison de sainte Marie-Madeleine et de sainte Marthe, et celui de la chapelle, complètement renversée, qui avait été érigée sur le site de l’habitation de Simon le lépreux.
BETHLÉHEM
Sept kilomètres environ séparent la ville de Jérusalem de celle de Bethléhem. La direction que l’on suit est celle du sud-sud-ouest.
Après avoir, au sortir de la porte de Jaffa, franchi la vallée de Ben-IIinnom et passé au pied du Djebel-deir Abou-Tor, vulgairement connu parmi les chrétiens sous le nom de mont du Mauvais- Conseil, on chemine bientôt dans une plaine fertile appelée dans la Bible vallée des Raphaïm, parce qu’elle était habitée par une fraction de la tribu ainsi nommée, qui était de taille gigantesque et aborigène de la Palestine Transjordane. Dans le deuxième livre des Rois (ch. v), il est dit que les Philistins, ayant appris que David s’était emparé de la citadelle de Sion et avait été sacré roi sur tout Israël, marchèrent contre lui et, l’assiégeant dans sa capitale, allèrent se répandre dans la vallée des Raphaïm. Vaincus par David à Baal-Pharasim, ils envahirent de nouveau la même vallée.
Dans Isaïe (ch. xvn, jr 5), la gloire éclipsée d’Israël est comparée à l’humble indigence de celui qui, n l’époque de la moisson, glane des épis dans la vallée des Raphaïm. A trois kilomètres et demi de Jérusalem, on moutre, au milieu de la route, un puits ou plutôt une citerne antique; c’est le puits des Trois Rois ou des Mages, autrement dit encore de l’Étoile, ainsi appelé parce que c’est là, d’après la tradition, que l’étoile brilla de nouveau aux yeux des Mages, ces trois rois de l’Orient qui, avertis
NORD DE LA JUDÉE
par cet astre, étaient accourus en Palestine pour adorer le Messie à sa naissance. Ils s’étaient d’abord rendus à Jérusalem, où l’étoile avait disparu à leurs yeux; mais ils la revirent ensuite, quand ils eurent accompli la moitié du chemin qui les séparai! de Bethléhem.
Un peu plus loin, vers le sud, on passe,, à côté du couvent grec de Saint-Élie. L’église qu’il renferme est ornée, à son centre, d’un dôme que supportent quatre gros piliers. Renversée, à l’époque de la domination franque, par un violent tremblement de terre qui détruisit tout le couvent, elle fut relevée, en 1160, grâce à la munificence de l’empereur Manuel Comnèue. 11 serait difficile de concevoir une
position plus belle et mieux choisie que celle de ce couvent. A égale distance à peu près de Jérusalem et de Bel b léhcm, il offre aux religieux grecs qui l’ habitent une vue très-nette, du haut de ses terrasses, de chacune de ces deux villes. Quel spectacle plus propre à la prière et à la méditation! D’un côté, le lieu de la naissance du Christ; de l’autre', celui de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.
En face et à quelques pas à l’ouest du monastère, à droite de la route, on vénère encore sous un vieil olivier un rocher sur lequel une ancienne tradition veut que le prophète Élie se soit reposé lorsque, pour échapper à la colère de Jézabel, il s’enfuit dans les déserts de Juda. La même tradition ajoute que ce banc rocheux aurait gardé fort longtemps l’empreinte miraculeuse du corps du prophète, la surface