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du 10c s étant amollie comme de la cire pour lui offrir un lit plus doux et en même temps pour garder 1 image de sa personne. 11 est question de cette légende dans un grand, nombre de récits de pèlerinages.
En continuant à s’avancer vers le sud-sud-ouest, on laisse bientôt à sa droite, sur une colline, les restes, aujourd'hui très-effacés, d’une église qui à l’époque de Quaresmius offrait encore des traces de
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peintures. Elle était dédiée au prophète Habacuc, qui aurait été de là transporté soudain et miraculeusement par un Ange auprès de Daniel enfermé à Babylone dans la fosse aux lions, pour être ensuite ramené avec la même vitesse à son point de départ.
Un peu plus loin, vers le sud, est le célèbre tombeau de Rachel. Dans sa forme actuelle, c’est un pur oualy musulman, dont la petite coupole, plusieurs fois rebâtie et blanchie souvent à la chaux, recouvre un tombeau évidemment apocryphe, qui a toutes les apparences de ces nombreux sarcophages ou cénotaphes qui contiennent les cendres ou sont seulement dédiés à la mémoire de quelque santon. Cet oualy a été réparé pour la dernière fois en 1841 , grâce aux libéralités de sir Moses Montefiore, et il appartient maintenant aux Juifs. Si ce monument, en effet, ressemble extérieurement à tous les oratoires musulmans du même genre, et si le sarcophage qu’on y montre à l’intérieur n’est certainement pas authentique, l’emplacement qu’il occupe n’en répond pas moins parfaitement à celui qu’indique la Bible pour le tombeau de Bachel, et de temps immémorial on a vénéré en ce lieu l’endroit où Jacob a enterré la mère de Benjamin. Pour les Juifs, pour les musulmans et pour les chrétiens, la tradition est unanime sur ce point.
La plupart des voyageurs aiment à inscrire leurs noms sur les monuments les plus remarquables qu’ils visitent; il ne faut donc pas s’étonner que les Juifs surtout se plaisent à graver le leur sur les murs du sanctuaire funèbre de Rachel, car ce tombeau est pour eux un monument véritablement national. Rachel, la femmè préférée de Jacob et la mère de Benjamin, père de la tribu à laquelle devait appartenir plus tard Jérusalem elle-même, la capitale de la Palestine, continue à s’associer dans leurs traditions, toute morte qu’elle est, aux souffrances de son peuple. Si Jérémie, lors du premier exil de Babylone, fait sortir de la tombe de Rachel ces cris lamentables et ces gémissements mélancoliques qui ont retenti à travers les siècles ; si, au moment du massacre d’IIérode, saint Matthieu l’Evangéliste évoque encore du même sépulcre cette même voix de Rachel inconsolable pleurant sur ses enfants qui ne sont plus, les Juifs dispersés de nouveau au milieu du monde et exilés depuis dix-huit siècles loin de leur patrie, ne manquent jamais, lorsqu’ils abordent en étrangers sur cette terre d’où ils ont été bannis et qui a gardé tout leur amour, d’aller se prosterner devant la tombe vénérée de cette femme qui personnifie leur race et semble sympathiser toujours à leurs calamités. Us l’arrosent de leurs larmes, ils y gémissent sur leurs malheurs, et, pendant qu’ils les déplorent, ils croient entendre encore retentir à leurs oreilles et s’élever du fond du cercueil ces plaintes et ces sanglots éternels d’une mère infortunée, image de la Palestine elle-même, et dont Jérémie seul pouvait dépeindre la désolation.
Au bout de vingt autres minutes de marche, nous arrivons à Bethléhem.
Si l’aspect général de Jérusalem et les souvenirs que cette ville rappelle éveillent dans l’âme une grave et solennelle émotion, pleine de grandeur, mais en même temps de tristesse, on éprouve des sentiments bien différents à la vue de Bethléhem. Je ne sais quelle sereine et douce gaieté rayonne au-dessus de cette bourgade qui, au lieu d’avoir, comme la Cité sainte, à pleurer sur la mort et sur le tombeau d’un Dieu, renferme et montre encore avec une religieuse allégresse l’emplacement de sa naissance et de son berceau.
Bethléhem (la Maison du pain) occupe d’ailleurs une position fort agréable. Située à huit cents mètres environ au-dessus de la Méditerranée, elle est assise sur deux collines, l’une orientale, l’autre occidentale, que bornent au nord, à l’est et au sud, de gracieuses vallées. Sa population est de cinq mille habitants, dont la moitié est catholique. Le nombre des Grecs est de quinze cents, et celui des Arméniens de quatre cents; les six cents autres habitants sont musulmans. Tous les voyageurs ont remarqué la belle prestance des Bethléhémites. Us sont effectivement d’assez haule slature et généra-
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lement bien proportionnés. Leurs femmes portent toutes un costume uniforme qui doit être probablement très-ancien, car, en Orient, rien ne change dans les habitudes et dans les pratiques de la vie. Ce costume consiste en une longue chemise bleue, une tunique rouge, et sur la tête un voile blanc descendant jusqu’à la ceinture. La pureté de leurs mœurs est proverbiale, et malheur à celles qui failliraient à leur devoir, ou qui même laisseraient planer l’ombre d’un doute sur leur vertu! Elles seraient mises à mort par leurs maris ou leurs parents les plus proches, qui se hâteraient de laver dans leur sang le déshonneur de leur famille.
Les occupations des Bethléhémites sont de plusieurs sortes. Les uns s’adonnent à la vie pastorale et mènent paître leurs troupeaux dans les mêmes vallées ou dans les mêmes montagnes où jadis le jeune David conduisait ceux de son père Isaï. Les autres se livrent à l’agriculture. Les environs de la ville sont naturellement fertiles. Dans la vallée appelée Oued el-Kharoubeh, qui s’étend au nord de Bethléhem, croissent des figuiers, des oliviers et des amandiers. On y remarque également de belles vignes. Sur les pentes des collines voisines et dans les autres vallées d’alentour, les mêmes plantations se retrouvent. De nombreux enclos délimités par de petits murs en pierres sèches renferment presque tous, à leur centre, soit debout, soit renversée, une de ces petites tours dont il est question à plusieurs reprises dans la Bible, et qui servaient autrefois, comme quelques-unes d’entre elles servent encore aujourd’hui, à protéger ces enclos, à l’époque de la récolte, contre les déprédations des voleurs et les dévastations des bêtes fauves, principalement des chacals.
Le vin de cette localité est justement estimé ; il est blanc avec une jolie teinte dorée; s’il était mieux préparé et surtout mieux conservé, la qualité en serait encore bien supérieure à celle qu’il a. Les Bethléhémites fabriquent pareillement une anisette assez bonne; le miel qu’ils tirent de leurs nombreuses ruches d’abeilles jouit de même d’une réputation méritée.
Indépendamment de l’agriculture et des soins à donner aux bestiaux et aux abeilles, ils cultivent aussi un genre d’industrie qui est très-répandu parmi eux ; il s’agit de la fabrication de ces chapelets, soit en nacre, soit simplement en noyaux d’olives ou de dattes, de ces croix ou crucifix en nacre ou en bois d’olivier, de ces coupes en asphalte de la mer Morte, de ces médaillons en nacre sur lesquels ils gravent divers sujets religieux, en un mot de ces différents objets de piété que les milliers de pèlerins qui chaque année visitent la Palestine, aiment à emporter dans leur patrie, comme un précieux souvenir de leur voyage et un spécimen de la pieuse industrie des chrétiens de Bethléhem.
Au nombre des monuments les plus remarquables de la Palestine, il faut citer en première ligne la basilique de Sainte-Marie de Bethléhem, qui contient l’un de ses plus augustes sanctuaires, celui de la Nativité de Jésus-Christ.
Cet édifice est entouré malheureusement par trois couvents qui masquent en grande partie sa forme et sa grandeur. La façade occidentale est la seule qui soit entièrement apparente; là est l’entrée principale de la basilique. Elle est précédée de ce côté d’une place oblongue, dallée et jadis entourée de portiques, dont il ne subsiste plus aujourd’hui que les bases de trois des colonnes qui les soutenaient. M. le comte de Vogüé reconnaît dans cette place, avec beaucoup de raison, les restes de l’atrium qui, conformément à l’usage romain, précédait la basilique, et, en s’aidant des anciens plans de Bernardino Amico et de Poeocke, il a essayé une restauration que l’on peut voir planche 11, figure 2, de son ouvrage sur les Eglises de la Terre sainte. Au centre de cet atrium étaient trois citernes destinées aux ablutions et aux baptêmes. Ces citernes existent encore et continuent à servir aux besoins des habitants. Quand on a franchi l’ouverture basse et étroite qui a été pratiquée à dessein dans la grande porte de la façade pour défendre plus facilement l’église contre l’invasion des musulmans, on pénètre
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dans un vestibule obscur qui est divisé par des murs en trois chambres, et qui formait l’ancien narthex. Il communique par une seule porte avec les nefs. Celles-ci, au nombre de cinq, sont divisées entre elles par quatre rangs de colonnes. Le transept, actuellement séparé des nefs par un mur de clôture, est terminé à ses deux extrémités, nord et sud, par des absides demi-circulaires, qui font
Artisans en nacre a Beteiléhem.
saillie sur le mur extérieur de la basilique. Au centre s’élèvent quatre piliers rectangulaires, dont chacun est orné de deux demi-colonnes engagées. Une troisième abside demSrculaire s’arrondit, vers 1 est, a 1 extrémité du chœur. Les colonnes et les demi-colonnes se composent d’un fût monolithe de calcaire rouge veiné de blanc, que surmonte un chapiteau corinthien et dont la base repose ellememe sur une plinthe carree. Les architraves qui régnent au-dessus de chaque colonnade supportent dans les bas côtés les solives du plafond, et dans la nef centrale, deux murs hauts d’une disaine de
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mètres, sur lesquels posent les poutres de la charpente. Ces murs étaient jadis décorés de peintures en mosaïque, dont il subsiste encore quelques fragments. Dans leur partie supérieure ils sont percés de fenêtres en plein cintre, onze de chaque côté, qui correspondent à chaque entre-colonnement. Un simple toit de charpente recouvre ce bel édifice. Celui qui existe aujourd’hui ne date que de la fin du dix-septième siècle. Au-dessus de la porte principale, la première mosaïque que l’on aperçoit en entrant et qui occupait à l’intérieur toute la surface du mur occidental, représentait, comme nous le savons par Quaresmius, un grand arbre sur les rameaux duquel étaient figurés divers prophètes avec leurs prophéties relatives au Christ. A droite et à gauche de la grande nef, tout était de même peint depuis
Chapelle de la Nativité, dans la ciiypte de la basiliqde de Sainte-Marie, a Bethléuem.
A gauche, l’étoile indique la place de la Nativité. A droite, est l’autel des Mages.
le sol jusqu’au haut des murs, et M. de Vogüé suppose, avec beaucoup de raison probablement, qu’autrefois un plafond en couleur complétait la décoration. Ce vaste ensemble de mosaïques qui existait encore en partie à l’époque de Quaresmius retraçait, pour les yeux comme pour l’esprit du fidèle, un résumé complet de la doctrine chrétienne par rapport à la divinité de Jésus-Christ, et déroulait devant lui, en vives et brillantes images, les plus remarquables figures de l’Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que les scènes les plus importantes de l’Évangile ayant trait à la vie du Christ et de sa sainte Mère. Des inscriptions, l’une grecque, l’autre latine, aujourd’hui très-mutilées, indiquaient que ce travail immense avait été dirige par le Grec Êphrem, peintre et mosaïste, sous le règne de l’empereur Manuel Porphyrogénète Comnène et d’Amaury, roi de Jérusalem.
Cette basilique, qui jadis appartenait aux Latins, leur a été ensuite enlevée par les intrigues et l’or des Grecs, et ils n’ont plus le droit actuellement d’y officier, mais seulement d’y passer. Les
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Grecs, d’ailleurs, bien que possesseurs des nefs, n’y officient point eux-mêmes, sans doute parce qu’ils les trouvent trop grandes pour leur usage, et qu’en outre ils pourraient y être troublés dans l’exercice de leur culte par les musulmans. Aussi, déjà du temps de Quaresmius, ils avaient séparé par un mur le chœur du reste delà basilique. On y remarque trois autels. Au centre et presque immédiatement au-dessus de la grotte de la Nativité, s’élève le maître-autel. Dans les deux bras de la croix se trouvent, au sud, l’autel de la Circoncision, et au nord, celui des Trois Rois. 17 autel de la Circoncision est ainsi appelé parce que, suivant une tradition, Notre-Seigneur aurait été circoncis en cet endroit, huit jours après sa naissance. L’autel des Mages ou des Trois Rois figurerait le lieu où ces rois de l’Orient seraient descendus de leurs montures pour aller se prosterner devant le divin Enfant. Au bas de l’autel on montre aux pèlerins, sur le pavé, une étoile de marbre; la place qu’elle occupe correspondrait au point du ciel où s’arrêta l’étoile miraculeuse qui conduisit les Mages.
Mais il est temps de descendre maintenant dans un sanctuaire plus auguste encore. Deux escaliers tournants s’ouvrent aux deux côtés du chœur des Grecs, et aboutissent, en convergeant l’un vers l’autre, à la crypte, qui s’étend sous ce chœur; ils sont fermés par de belles portes de bronze. A l’angle sud-ouest de l’église Sainte-Catherine, un troisième escalier, qui appartient au couvent des Franciscains, permet aux Latins de descendre également dans la grotte sacrée sans traverser le chœur des Grecs. Les divisions de cette crypte célèbre ont été souvent décrites par les pèlerins; néanmoins, je ne puis me dispenser d’en dire ici quelques mots.
Le sanctuaire principal, celui de la Nativité, s’étend sous le centre du transept de la basilique. C’est sans contredit l’une des grottes les plus vénérables du monde entier par les souvenirs qu’elle rappelle. Sombre par elle-même, parce qu’elle ne reçoit presque aucun jour des deux escaliers latéraux qui y mènent du chœur des Grecs, elle est éclairée par un grand nombre de lampes d’argent, dons de la France, de l’Autriche, de l’Italie et de l’Espagne, et qui y répandent constamment une douce clarté. A son extrémité orientale, entre les deux escaliers qui y convergent, on voit une niche arrondie dans sa partie supérieure. Une table de marbre y sert d’autel, et au-dessous de cette table brille, encastrée dans le pavé, une étoile d’argent autour de laquelle on lit ces mots :