J É II U S A L E M
riches teintures de Tyr et de Sidou. A mesure que le soleil baisse, des nuances plus douces et d'un rose plus tendre succèdent à ces tons embrasés; celles-ci, à leur tour, deviennent p us vio .iclcs e plus sombres; enfin la nuit avec ses voiles enveloppe tout de ses ombres; mais bientôt le firmament se pare et étincelle de millions d’étoiles, et, selon la belle expression de l’Ecriture, annonce la gloire de Dieu, ün pareil spectacle à Jérusalem, quoique sans cesse répété pendant la plus grande partie de l’année avec la même pompe, je ne dis pas seulement royale, mais divine, ne lasse jamais, et ,1 faudrait être bien insensible pour n’en pas être profondément ému, surtout lorsque, dans un semblable moment, on évoque devant soi les étonnantes destinées de cette ville célèbre. Quelle religieuse mélancolie s’empare alors de l’âme tout entière, et comme la nature s’associe merveilleusement avec l’instoire
pour produire sur l’observateur méditatif un effet puissant!
Pour en revenir à l’espece de promontoire qui sert d’assiette à la ville, assiette jadis excellente au point de vue de la défense, si l’on songe au peu de portée des armes de trait dans l’antiquité, ce promontoire qui, dans sa partie la plus haute, atteint huit cents et quelques mètres au-dessus de la Méditerranée et près de douze cents au-dessus de la mer Morte, se divise lui-même en cinq collines différentes : au nord-ouest, le mont Gareb; au nord-est, le mont Bézétha; a l’ouest et au sud-ouest, le mont S ion; à l’est, le mont Moriah; entre ces deux dernières collines, le mont Acra, et au sud du Moriah, la hauteur d’Ophel. La vallée du Tyropœon, ainsi nommée parce que primitivement et à une époque sans doute très-reculée, des pâtres y faisaient paître leurs troupeaux et y fabriquaient des fromages, d’où le nom que lui donne Josèphe de Tu poratcov <pàpay$ (ravin des fromagers); cette vallée, dis-je, traversait dans sa partie à peu près centrale, du nord au sud, le plateau accidenté dont je parle, et commençant un peu au nord de la porte connue aujourd’hui sous le nom de porte de Damas, elle aboutissait vers le sud à la fontaine de Siloé, près de laquelle elle se perdait dans la grande vallée du Cédron. Vers le milieu de son développement, elle envoyait à angle droit vers l’ouest, jusqu’à la porte actuelle de Jaffa, un long rameau qui séparait le pied septentrional du mont Sion du pied méridional des monts Gareb et d’Acra. Ce dernier rameau a été presque entière¬
ment comblé par suite des démolitions réitérées que la ville a subies, lors de ses destructions succes¬
sives; les ruines se sont ainsi accumulées sur les ruines, et les maisons actuelles reposent sur les débris amoncelés d’âge en âge de plusieurs couches d’hahitations antérieures, tour à tour renversées et rebâties. Aussi, chaque fois que l’on veut élever une construction de quelque importance, est-on contraint d’en creuser les fondations jusqu’à une très-grande profondeur, pour trouver un sol ferme qui résiste aux assises qu’il doit porter. Il en est de même de la branche principale de ce ravin qui courait entre le mont Gareb à l’ouest et le mont Bézétha à l’est, et ensuite entre le mont Sion et le mont Moriah. Pour en trouver le fond primitif, il faut, sur certains points, percer un amas superposé de décombres d’une épaisseur de vingt-cinq mètres.
Un autre ravin, moins considérable que le précédent, séparait le mont Moriah au sud du mont Bézétha au nord; il courait de l’ouest à l’est-sud-est, et aboutissait de ce côté au torrent du Cédron, comme l’ont démontré les fouilles du capitaine anglais Warren en 1867. Non loin de son origine vers l’ouest, il avait été approfondi par l’homme pour servir de fossé à la tour Antonia et la rendre plus inexpugnable; plus loin, vers l’est, on y avait, à une époque beaucoup plus reculée, creusé et bâti la grande piscine connue aujourd’hui sous le nom de Birket-Israîl ; enfin, à son extrémité orientale, il avait été remblayé pour y asseoir les fondations de l’angle nord-est de l’enceinte du Temple.
JÉRUSALEM
JÉRUSALEM A L'ÉPOQUE CHASAKÉENNE.
, Lorsrlue Melchisédech, roi de Salem, eut avec Abraham, deux mille ans avant Jésus-Christ, l’entrevue rapportée dans la Genèse (eh. xiv), c’est dans la vallée de Savé ou vallée du Roi qu'il rencontra ce patriarche, au moment où il revenait de la poursuite des quatre rois qui avaient envahi le territoire de la Pentapole et emmené Lolh captif. Ailleurs, dans le onzième livre des Rois (ch. xvin, V I 8), cette même vallée du Roi est signalée comme étant celle où Absalom s’érigea plus tard un cippl funéraire de son vivant. Or, cette vallée est identique avec celle de Josaphat ou du Cédron; tout porte donc à croire que la Salem de Melchisédech n’est antre chose que la ville appelée par la Bible
liA II F.L-AmOÜD (PoifJE I
t Colosse). Entrée de Jérusalei
Jebus, à l’époque où les Hébreux, sous la conduite de Josué, s’emparèrent de la Terre promise, et qui ensuite prit le nom de Jérusalem.
1 l>isl01'ien Josèphe s’exprime de la manière la plus formelle en faveur de l’identitication de Salem avec Jérusalem; ce qui prouve que c’était, une opinion très-répandue parmi les Juifs de son temps, et acceptée par eux sans conteste, n Le roi de Sodome, dit-il, s'avance à la rencontre d’ Abraham dans un lieu qu’on appelle la Plaine royale; c’est là que ce patriarche est reçu par Melchisédech, roi de Solyme. Or, ce nom signifie roi juste... Solyme fut ensuite appelée Hiérosolyme. » ( Jnliquilés judaïques , 1. I, ch. x, § 2.)
Ailleurs, ce même écrivain s’exprime ainsi : « Le premier fondateur de la ville a été un roi chananeen, appelé dans sa langue maternelle Melchisédech (roi juste), et il l’était réellement. Aussi lut-il le premier prêtre de Dieu, et après lui avoir, le premier, élevé un temple, il surnomma la ville Hierosolyme, de Solyme qu’elle s’appelait auparavant. » ( Guerre des Juifs, 1. VI, eh. x, § 2.)
Ene pareille interprétation est sans cloute spécieuse; ma, s, ams, que le cerna, [
(Epi, 'o la ad Evangelum prœsbyterum), il n’est pas naturel de dériverais focs du grec et de le nom de Jérusalem, et nu semblable mélange de deux langues dcfferentes est cou ra, SJ ■
Les Grecs, en effet, retrouvant dans ce nom hellénisé, sous la forme es mots Ispé (sa
et KXu,* (Solyme), y ont vu sainte Solyme. Josèpbe accepte et reprodcut cette dercvatcon interprétation ; mais, comme la plupart des critiques le pensent maintenant, conformement a nion de saint Jérôme, il est plus rationnel de tirer ce nom de deux mots hébreux qu on cuterpréte, soit par vision de paix, soit par héritage de paix, soit per fondement de paix.
11 est vrai que saint Jérôme, dans sa lettre au prêtre Évangelus (§ 7), contient générale qui identifie Jérusalem avec Salem; pour lui, il reconnaît cette dernière ville dans une
bourgade ainsi nommée dans le voisinage de Scy thopolis .
„ Salem autem non, ut Joseplms et nostri omnes arbitrantur, es, Jérusalem, nomen ex grœco hebraicogue compositum, guod absurdum esse peregrinœ linguœ mixlura démons, rat, sed oppidum juxta Scythopolim, guod usgue hodie appellatur Salem, et ostenditur ibi palatium Melelnsedech , ex magnitudine ruinarmn veteris operis ostendens magnitudinem. » Mais lui-même ailleurs, dans la lettre écrite sous sa dictée à Marcelin, par Paule et Eustochie, se range du côté de la tradition commune, qui semble beaucoup plus vraisemblable.
Quoi qu’il en soit, à l’époque où les Hébreux, commandés par Josué, attaquèrent Jélms, que le Livre sacré, probablement par anticipation, appelle déjà Jérusalem, le roi qui y régnait alors était Adomsédech, nom dont la signification (maître de la justice) est la même que celle de Melchisédech (roi de la justice). Ce rapprochement des deux noms, Melchisédech et Adonisédech, semble militer également pour l’identité de Jérusalem avec Salem, résidence du premier de ces rois, et il est permis de voir dans l’un et l’autre de ces deux noms un titre héréditaire que portaient les chefs souverains de cette ville.
Quelques critiques ont pareillement identifié la ville de Cadytis, mentionnée par Hérodote, avec Jérusalem, et ils trouvent une ressemblance frappante entre le nom de Cadytis et celui de El-lvods (la Sainte), que les Arabes donnent encore de nos jours à la ville qui nous occupe en ce moment, .l’ai déjà discuté cette question dans ma Description de la Judée (t. Il, p. 207-209), et, apres avoir cité W deux nnssaffes d’Hérodote où Cadytis est nommée, j’ai essayé de montrer qu’aucun
de ces passages ne pouvait s’appliquer à Jérusalem, et que l’opinion des savants qui identifient Cadytis avec Gaza me paraissait plus vraisemblable.
Adonisédech, roi de Jébus ou Jérusalem, ayant été pris par Josué dans la grotte de Macéda et ensuite mis à mort avec les quatre autres rois qu’il avait soulevés contre les Israélites, ceux-ci ne purent se rendre maîtres alors de la ville des Jébusites. Néanmoins, du vivant même de Josué, elle fut adjugée à la tribu de Benjamin, dont elle formait l’une des limites méridionales. (Josué, cb. xviii, i 16.) Peu de temps après la mort de ce conquérant, elle tomba au pouvoir de la tribu de Juda, qui en fit passer les habitants par le glaive et la livra tout entière à 1 incendie. « Oppugnantes ergo filii Juda Jérusalem ceperunt eam et percusserunt in ore gladii, tradentes cunctani
incendio civitatem. » {.luges, cb. i, jr 8.)
Josèpbe, en nous racontant le même fait, déclare que les Israélites ne purent s’emparer que de la ville basse, la conquête de la ville haute leur offrant trop de difficultés, à cause de sa position naturelle et de la force de ses remparts. {Antiquités judaïques, 1. V, cb. il, § 2.) Ce témoignage de Josèpbe nous prouve que, dès les temps les plus anciens, Jérusalem était divisée en deux parties, la ville haute et la ville basse. Par conséquent, dès cette époque reculée, et peut-être même dès
JÉRUSALEM
celle de Melchisédech , Jébus occupait déjà les deux collines qui plus tard furent connues sous les noms de Sion et d’Acra, la première servant d’assiette à la ville haute, et la seconde à la ville basse. Toujours est-il que les habitants de la cité supérieure durent se hâter d’occuper de nouveau et de rebâtir la cité inférieure incendiée auparavant par la tribu de Juda, car d’un autre verset du livre des Juges il résulte que les Benjamites ne réussirent pas à expulser les Jébusites de Jérusalem, mais qu’ils se
Pestes sdd de la montacne des Oliviers ET MOKTAGNES DE MoAB.
En avant, rue de David, encombrée de peuple. — Maisons avec terrasse et petit dôme. — La grande construction carrée à droite, avec dôme, est la synagogue des Juifs Achkenaziin.
contentèrent d’habiter au milieu d’eux. (Juges, ch. i, $ 21.)
Dans le chapitre xix du même livre, nous lisons qu’un lévite de la tribu d’Éphraïm, en s’en
retournant Je Bethlcbem Je JuJa où il était allé chercher sa femme, et passant auprès Je Jébus vers le déclin Ju jour, ne voulut pas céJer aux conseils Je son serviteur qui l’engageait à s’arrêter pour la nuit dans cette ville. Il est donc à croire que non-seulement la ville haute, mais encore la ville basse, étaient alors au pouvoir presque exclusif des Jébusites; car autrement ce lévite n’aura, t pas craint d’y pénétrer, comme appartenant à une nation étrangère. Les Jébusites restèrent maîtres de Jérusalem pendant tout le temps de la domination des Juges, et pendant le règne entier de Saül ; mais, après la mort de ce prince, quand David eut soumis toutes les tribus d’Israël à sa domination, il songea à réduire cette ville demeurée jusque-là indépendante, et à y établir le siégé de sa royauté.