JÉRUSALEM A L’ÉPOQUE UE DAVID
La Bible nous raconte clans les termes suivants la prise de cette place, qui succomba 1 an 1048 avant Jésus-Christ :
« 6. Le roi, accompagné de tous ceux qui étaient avec lui, marcha vers Jérusalem contre les Jébusites qui y habitaient. Les assiégés disaient à David : « Vous n’entrerez point ici que vous n’ayez chassé les aveugles et les boiteux d , qui disaient eux-mêmes : « David n’entrera point ici. »
« 7. Néanmoins, David prit la forteresse de Sion qui est appelée la ville de David.
« 8. Car David avait proposé une récompense pour celui qui battrait les Jébusites, qui pourrait gagner le liaut de la forteresse et qui chasserait les aveugles et les boiteux ennemis de David.
« 9. David prit son logement dans la forteresse, l’appela Cité de David et y bâtit tout autour depuis Mello et au dedans. » (Rois, 1. II, ch. V, jf 6-9.)
Dans ces versets, il n’est, question que de la citadelle de Jébus, c’est-à-dire de Sion, et non de la ville basse, qui tomba probablement sans beaucoup de peine au pouvoir de David; facile conquête dont le texte sacré ne fait pas mention.
En relatant le même événement, Josèphe nous apprend au contraire, d’une manière expresse, que David s’empara d’abord de la ville basse, mais qu’il dut ensuite redoubler d’efforts pour se rendre maître de la ville haute.
« Les Jébusites, dit-il, qui habitaient Jérusalem, appartenaient, eux aussi, à la race cliananéenne. Ils fermèrent leurs portes, et pour se moquer du roi, ils placèrent sur leurs remparts les aveugles, les boiteux et les mutilés de toutes sortes, disant que les infirmes suffisaient pour l’empêcher d’entrer. Or, ils parlaient ainsi par mépris et se reposant sur la puissance de leurs murs d’enceinte. Enflammé de colère, David commença le siège de la place, et après avoir déployé beaucoup d’ardeur et d’activité, il s’empara de la ville basse. Comme la citadelle tenait encore, il résolut, par la promesse d’honneurs et de récompenses, d’exciter encore davantage le courage de ses soldats, et il annonça qu’il donnerait le commandement de l’armée entière à celui qui parviendrait à travers les vallées et les précipices à monter sur les remparts de la citadelle. Tous alors, à l’envi, rivalisèrent d’ardeur pour monter à l’assaut et ne reculèrent devant aucun obstacle, dans l’espérance de gagner le commandement suprême. Joab, fils de Sarvia, prévint tous les autres, et ayant atteint le sommet de la citadelle, il réclama à grands cris du roi le commandement de l’armée. David, ayant chassé les Jébusites de la citadelle, rebâtit Jérusalem, l’appela ville de David et y résida constamment.
« . Il enferma dans une enceinte la ville basse, et, y rattachant la citadelle, il n’en fit
qu’une même cité, qu’il environna de remparts dont la garde fut confiée à Joab. » ( Antiquités judaïques, 1. VII, ch. ni, § 1 et 2.)
Josèphe ajoute que cinq cent quinze années s’étaient écoulées depuis l’entrée des Hébreux dans la Terre promise, et que pendant tout ce temps les Jébusites s’étaient maintenus affranchis do tout joug étranger à Jérusalem.
David se construisit bientôt un palais avec l’aide d’ouvriers phéniciens :
« Iïiram, roi de Tyr, envoya des ambassadeurs à David avec des bois de cèdre, des charpentiers et des tailleurs de pierres, et ils bâtirent la maison de David. » (Rois} 1. II, ch. v, fll.j
Tout porte à croire que ce palais occupait la partie du mont Sion où s’élève encore aujourd’hui la cila-
Mo.nt du Scasdalk, vu do la vallée de Hinnoin.
delle. Sur cette même colline il fit préparer un emplacement destiné à renfermer sous un nouveau tabernacle l’arche d’alliance, qui se trouvait alors dans la maison d’Ohed-Édom , à quelque distance de Jérusalem. Quant à l’ancien tabernacle, fabriqué par Moïse, il ne revint pas avec l’arche dans la Ville sainte, car l’Écriture nous dit qu’après la mort de David, Salomon son fils alla sacrifier à Gabaon, ce qui permet de supposer que le tabernacle véritable n’avait point encore quitté ce lieu-là.
David conçut ensuite le projet d’élever un temple à Jéhovah, mais il en fut empêché par le prophète Nathan, qui lui annonça, au nom de l’ Éternel, que cette gloire était réservée à l’un de ses fils (1044 avant Jésus-Christ).
L an 1035 avant Jésus-Christ, David était à Jérusalem, pendant que Joab, général de ses armées, poursuivait au delà du Jourdain le long siège de Rabbath, lorsque, ayant jeté un jour du haut des terrasses de son palais un regard criminel sur Bethsabée, femme d’Urie, il se rendit coupable d’abord d un adultère et ensuite de la mort d’Urie. On sait que le prophète Nathan vint alors, par un célèbre
et touchant apologue, reprocher au roi ce double crime et lui annoncer la mort de I enfant qui en devait être le fruit.
Deux grands réservoirs à Jérusalem, l’un en dehors de la ville, appelé Birket es-Soulthan, l’autre en dedans des remparts, non loin de la porte de Jaffa, et comblé depuis quelque temps, ont été souvent désignés comme étant l’un ou l’autie celui où Bethsabée se baignait, quand David l’aperçut; mais aucun des deux, à mon avis, ne répond aux exigences de la plus simple probabilité, et tout incline à penser, quand bien même Josèphe ne nous 1 aurait pas dit formellement (Antiquités judaïques, 1. VII, ch. vu, § 1), que la femme d’Urie se baignait, non dans une piscine publique, comme étaient les deux dont je viens de parler, mais dans sa maison particulière.
Quelques années après, David a la douleur de voir l’un de ses fils, Absalom, se révolter contre lui, et le texte sacré nous le représente fuyant sa capitale devant son fils rebelle et gravissant en pleurant, au delà du torrent du Cédron, les pentes de la montagne des Oliviers pour se réfugier dans le désert. Absalom poursuit son père jusque dans le pays de Galaad ; une bataille s engage dans la forêt d’Ephraïm entre les troupes de David et celles de son fils, et celui-ci, malgré les instantes recommandations du vieux roi irrité comme souverain, mais toujours père prêt à pardonner, est tué par Joab et enseveli au milieu de la forêt dans une grande fosse sur laquelle on élève un énorme amas de pierres. Il n’obtint pas même ainsi la triste consolation de reposer, après sa mort, sous le beau cippe funèbre qu’il s’était fait ériger, de son vivant, dans la vallée du Roi, à deux stades de Jérusalem; je parlerai plus bas de ce monument.
L’an 1017 avant Jésus-Christ, David, dans une pensée d’orgueil, forme le funeste dessein de faire opérer le dénombrement de tout son peuple, opération dont il charge Joab, qui cherche vainement à l’en détourner. C’est alors que la peste ravage ses États et dévore un grand nombre de ses sujets depuis Dan jusqu’à Bersabée. Déjà l’Ange .exterminateur étend sa main contre Jérusalem pour la frapper, lorsque Dieu l’arrête et a pitié de son peuple. Pour remercier le Seigneur de la cessation du fléau, David achète l’aire d’Areuna près de laquelle le Très-Haut avait retenu le bras de l’Ange, et y ayant dressé un autel, !il y offre des holocaustes et des hosties pacifiques. (Rois, 1. II, ch. xxiv.)
Josèphe nous apprend que l’aire d’Areuna ou d’Oronna, comme il appelle son possesseur, était l’endroit même où Abraham avait été sur le point de sacrifier son fils. (Antiquités judaïques, 1. VI, ch. xm, § 9.)
L’an 1015 avant Jésus-Christ, Adonias, l’aîné des fils de David après Absalom qui avait péri sous les coups de Joab, ayant l’ii.tention de se faire proclamer îoi du vivant de son père, invite à un grand festin près de la pierre de Zoeleth, non loin de la fontaine de Rogel, tous ses autres frères, à l’exception de Salomon. Le grand prêtre Abiathar et Joab favorisent ses projets et son parti; mais le grand prêtre Sadoc, le prophète Nathan et Banaïas, fils de Joïada, secondent la cause de Salomon. Bethsabée, d’après les conseils de Nathan, va aussitôt trouver David pour l’avertir de ce qui se passe et obtenir de sa bouche le renouvellement de la promesse qu’il lui avait faite de laisser le trône à Salomon son fils. Conformément aux ordres du roi, Sadoc, Nathan et Banaïas descendent dans la vallée de Gihon où ils conduisent Salomon, qui y est sacré roi, oint de l’huile sainte et ramené ensuite dans le palais de David, aux acclamations de la foule. Informé de ce couronnement inattendu, Adonias est saisi de fray eur, et abandonné de ses partisans, il court embrasser la corne de 1 autel sur le mont Sion et se hâte de se mettre a l’abri de la vengeance de son frère derrière le tabernacle du Seigneur. Salomon lui pardonne. Dans le passage correspondant de Josèphe
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relativement à ce même fait dont je viens d’emprunter les principaux détails au troisième livre des Rois (ch. i), nous lisons ce qui suit :
« Adonias ayant préparé un repas en dehors de la ville, près de la source qui arrose le jardin du Roi, y appela tous ses frères, à l’exception de Salomon. » [Antiquités judaïques, 1. VII, ch. xiv, § 4.)
Quant à l’endroit où David ordonna de sacrer Salomon pour son héritier à la couronne, Josèphe
Tofhet, partie basse de la vallée de Hinnom.
Village de Siloan à droite; angle sud-est de l’enceinte du Haram à gauche.
le désigne ainsi : « David ayant convoqué autour de lui Sadoc le grand prêtre et Banaïas, le chef de scs satellites, il leur commanda de prendre avec eux Natlian le prophète et tous les gardes de sa cour, de faire monter ensuite Salomon, son fils, sur la mule royale et de le conduire en dehors de la ville, vers la source appelée Gihon; la, ils l’oindront de l’huile sainte et le proclameront roi. » [Antiquités judaïques, 1. VII, ch. xiv, § 5.)
La Bible parle seulement de la vallée de Gihon, et n’y mentionne pas de source. Pour s’y rendre du palais de David sur le mont Sion, il fallait descendre, comme le prouve le verset suivant :
« Descendit erqo Sadoc sacerdos, et Nathan propheta, et Banaias filius Joiadœ, et Cerethi et
Phelethi : et imposuenmt Salomonem super mulam regis David, et adduxerunl eum in Gihon. » (Rois, 1. III, ch. r, f 38.) Enfin, l’année 1014 ayant Jésus-Christ, David, sentant que la vie
allait lui échapper, fit appeler Salomon et lui donna ses recommandations suprêmes, puis il s’endormit avec ses pères, et fut enseveli dans la cité de David.
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" Dormivit iqitur David cum patrilms suis, et sepultus est in civitale David. » {Rois, 1. III, cli. il, t 10.)
Josèphe ajoute qu’avant de mourir, David montra à Salomon devant tout le peuple le plan du temple, tel qu’il l’avait fait faire avec toutes ses dépendances et dans ses moindres détails. Il termine la vie de ce prince en nous disant qu’il fut enterré avec beaucoup de pompe à Jérusalem, par son fils Salomon, l’auteur ne spécifiant pas ici d’une manière particulière, ainsi que le fait la Bible, la cité de David, c’est-à-dire Sion, comme étant le lieu de la sépulture de ce monarque. {Antiquités judaïques, 1. VII, ch. xiv.)
Ln résumé, d après les divers passages que je viens de citer ou d’analyser, nous savons, soit par la Bible, soit par Josèphe, que Jérusalem conquise par David était divisée en deux quartiers, la ville haute et la ville basse. Les remparts en furent relevés par ce prince, et les deux villes, d’abord séparées, furent comprises par lui dans la même enceinte. Dne partie de la ville basse avait nom Mello. lia ville haute, l’ancienne forteresse des Jébusites, s’appelait Sion; elle fut surnommée Cité de David, parce que ee prince la choisit pour sa résidence et s’y bâtit un palais. Là aussi, en un lieu sacré, reposait l’Arche sainte, dans un tabernacle différent de celui qu’avait fait faire Moïse, et qui était resté à Gabaon. C’est sur le mont Sion également que David fut enseveli, dans une nécropole royale où les trésors les plus riches furent accumulés par Salomon et par les rois qui suivirent. En dehors de la ville, nous connaissons une vallée dite de Savé ou du Roi, où Melchisédeeh avait eu une entrevue avec Abraham, et où, de longs siècles plus tard, Absalom, l’un des fils de David, s’érigea un cippe funéraire. Nous connaissons aussi une aire célèbre, celle du Jébusite Areuna, qui occupait l’emplacement où Abraham allait immoler son fils, quand la voix d’un Ange le retint. Nous connaissons enfin le torrent de Cédron, la montagne des Oliviers, la source de Eogel, la pierre Zoeletb, le jardin du Roi, la source et la vallée de Gihon. Avant de passer outre, il est important d’identifier et de décrire rapidement ces diverses localités, et de se demander s'il ne reste pas à Jérusalem quelques vestiges de cette époque reculée.
Le mont Sion, la ville haute des Jébusites ou la cité de David, est évidemment la colline qui porte encore de nos jours le même nom, comme l’indique l’une des portes de la ville située sur cette colline, et appelée Bab-Sahioun [porte de Sion). Du nord au sud, elle mesure environ six cent cinquante mètres de long sur cinq cent cinquante de l’ouest à l’est. Sa plus grande élévation au-dessus de la Méditerranée est de sept cent quatre-vingt-neuf mètres. Bornée au nord par une branche-peu profonde de la vallée du Tyropœon, à l’est par le ravin principal et plus profond de cette même vallée, au sud et à l’ouest par la vallée encore plus considérable de Ben-JIinnom, elle était à peu près imprenable de trois côtés, c’est-à-dire à l’est, au sud et à l’ouest. Sa partie la plus accessible étant vers le nord-ouest, là où la branche secondaire du Tyropœon n’avait guère que quinze mètres de profondeur, comme l’ont prouvé les fouilles exécutées de nos jours, c’est de ce côté naturellement et à cet angle que les anciens Jébusites avaient dû construire leur citadelle, rebâtie ensuite par David. La citadelle actuelle, après les différentes démolitions et restaurations qu’elle a subies, est telle à peu près maintenant que l’ont laissée les derniers travaux entrepris par Soliman, l’an 1534 de notre ère. Située un peu au sud de la porte de Jaffa, que les musulmans désignaient autrefois par le nom de Bab el-Mihrab Daoud (porte du mihrab ou de l’oratoire de David), et qu’ils appellent d’ordinaire aujourd’hui Bab el-Khalil (porte d’IIébron), elle forme un carré irrégulier de cent trente mètres de long du nord au sud, sur cent dix de l’ouest à l’est dans sa plus grande largeur. Entourée d’un fossé, elle est flanquée de cinq tours rectangulaires, dont la
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plus importante, appelée tour de David, provoque encore aujourd'hui l'adnurat.on de tous ceux qu l’examinent. Sa partie inférieure consiste en un puissant mur d’escarpe s élevant en talus du fond du fossé sous un angle de quarante-cinq degrés, et muni à son sommet d’un chemin de ronde que protège un parapet garni de créneaux. Ce mur d’escarpe, sauf dans les endroits ou ,1 a ete répare, soit par les croisés, soit par les musulmans, présente aux regards un appareil très-remarquable de belles pierres de taille parfaitement aplanies et très-lisses, afin de rendre l’escalade plus difficde. Au-dessus s’élève verticalement un massif plein, mesurant vingt et un mètres de long sur seize métrés cinquante centimètres de large et neuf mètres de haut. Les blocs qui le composent sont de grandes dimensions et assez grossièrement taillés en bossage ; bordés chacun d’une bande fisse qu’entoure une rainure peu profonde, ils sont percés de nombreux trous carrés qui semblent accuser d’anciennes soudures. Ce massif antique est surmonté d’un étage beaucoup plus moderne, renfermant plusieurs salles et une citerne. L’une de ces salles est appelée par les musulmans El-Mihrab Daoud (l’Oratoire de David). C’est de là que, d’après une tradition arabe, entée peut-être sur une autre plus ancienne, ce roi aurait, par une fenêtre, jeté un regard coupable sur Betbsabée. La Bible nous dit, au contraire, qu’il se promenait alors sur la terrasse de son palais. C’est là aussi, selon la même tradition, qu’il aurait composé la plupart de ses psaumes, et notamment celui oà il implore avec tant de gémissements le pardon et la miséricorde du Seigneur. De la plate-forme supérieure de cette tour, on jouit d’un merveilleux panorama. La ville tout entière de Jérusalem est sous les yeux de l’observateur, avec sa ceinture de vallées et de collines. Au sud-est, on distingue un petit coin de la mer Morte, et à l’est, la grande chaîne des montagnes de Moab. Au sud, le regard plonge au loin sur la route de Bethléhem; au nord et à l’ouest, l’horizon est également très-étendu. Cette tour de David est probablement la même qui fut reconstruite plus tard par Hérode, et à laquelle il donna le nom de toui Phasaël ; mais dans sa fondation première et dans son massif plein et indestructible comme une sorte de base inébranlable, elle peut être regardée comme l’ouvrage de David. Plusieurs savants critiques, néanmoins, se contentent de l’attribuer à Hérode, en se fondant sur le passage suivant de Josèphe :
« La seconde tour, à laquelle Hérode donna le nom de son frère Phasaël, avait quarante coudées de long, de large et de haut, et était intérieurement massive. Au-dessus de cette base pleine régnait un portique haut de dix coudées, que couvrait un parapet à créneaux. Au milieu du portique s’élevait une autre tour contenant des chambres magnifiques et une salle de bain, en sorte que rien ne
manquait à cette tour pour paraître une habitation royale . Sa hauteur totale était de quatre-
vingt-dix coudées. Elle ressemblait assez à celle de Pfiaros qui, à Alexandrie, éclaire les navigateurs, mais elle était beaucoup plus grande. » ( Guerre des Juifs , 1. V , ch. IV, § 3.)
Le même auteur ajoute, quelques lignes plus bas :
« Les dimensions des pierres employées à la construction de ces tours (Hippicus, Phasaël et Mariamne) n’étaient pas des matériaux vulgaires, ni des blocs que l’homme peut remuer facilement, mais bien des blocs de marbre blanc, longs chacun de vingt coudées, larges de dix, et hauts de cinq. Ils étaient si parfaitement reliés entre eux, que chaque tour semblait un rocher naturel que la main de l’homme aurait ensuite taillé pour y façonner des faces et des angles, tant il était difficile d’apercevoir nulle part les joints au moyen desquels ils s’agençaient entre eux. »
Si l’on compare cette description de la tour de Phasaël, faite par Josèphe, avec la tour actuelle dite de David, on reconnaît que celle-ci, et par la position qu’elle occupe, et par les dimensions du massif qui lui sert en quelque sorte de noyau, répond à celle de Phasaël, dont le massif plein avait quarante coudées de côté et de hauteur. Si nous prenons la coudée hébraïque de cinq cent vingt-cinq
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millimètres, nous avons, pour la partie pleine de Phasaël, vingt et un mètres de côté et de hauteur. Or, la tour actuelle de David est identique dans sa dimension la plus grande, qui est de vingt et un
Toun de David.
mètres, avec celle de Phasaël. Il est vrai qu’en largeur elle ne mesure que seize mètres cinquante mais il ne faut pas demander à Josèphe une précision mathématique.
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D’un autre côté, l’historien juif affirme que les pierres avec lesquelles les trois tours avaient ete bâties mesuraient vingt coudées de long (10”, 50), dix de large (5”, 25) et cinq de haut (6”, 62); or, l’un des plus grands blocs de la tour de David mesure seulement 3”, 25 de long, 1”,25 de haut et 1”',25 d’épaisseur, mesures, comme on le voit, bien inférieures à celles dont parle Josèphe. En outre,’ cet écrivain prétend que les joints étaient invisibles, tant les pierres colossales qu’il squale étaient merveilleusement adaptées entre elles. La description de Josèphe sous ces deux rapports est donc peu applicable à la base de la tour de David, dont les assises, bien que de grand appareil, sont très-loin de présenter à l’œil des blocs ayant vingt coudées de long. Ces blocs, en second heu, n’offrent nullement l’apparence d’un bloc unique, car l’assemblage en est rendu distinct par des refends et des ciselures qui encadrent chacun d’eux, et rompant ainsi l’uniformité des parois, accusent les joints, au lieu de les dissimuler.
Pour trancher cette difficulté, on a supposé, et peut-être avec raison, «lue le massif que nous avons sous les yeux est le noyau primitif de la tour, tel que David l’avait construit, et qu’ ensuite Hérodc l’aura revêtu d’un placage de marbre, ce qui expliquerait les perforations que j’ai signalées dans beaucoup de blocs. Ce placage, dans tous les cas, s’il a été jadis appliqué par Hérode, a complètement
disparu.
A la Jérusalem primitive, soit jébuséenne, soit seulement davidique, appartient aussi, en dehors de la ville actuelle, sur la partie du mont Sion qui n’a point été enclavée par Hadrien dans l’enceinte d’Aelia Capitolina, un assez long fragment inférieur de la muraille antique, près de l’endroit où, vers le sud-ouest, la colline de Sion surplombe la vallée de Ben-IIinnom. C’est le roc lui-même qui a été taillé verticalement, de manière à former une courtine flanquée de deux tours.
Il est permis également d’assigner à cette époque reculée un certain nombre d’excavations sépulcrales, utilisées sans doute plus tard pour beaucoup d’autres générations successives, sur les berges occidentales et méridionales de la vallée de Ben-Hinnom, et une foule de citernes creusées dans le roc vif pour subvenir aux besoins de la ville, qui, avant la création de l’aqueduc d’Étham dû à Salomon, ne pouvait être alimentée d’eau que par des sources naturelles tout à fait insuffisantes.
La vallée de Savé ou la vallée du Roi, témoin de l’entrevue de Melchisédech et d’ Abraham, est identique elle-même avec la vallée du Cédron ou de Josaphat qui s’interpose à l’est entre la ville et la montagne des Oliviers. C’est dans cette vallée qu’Absalom, de son vivant, s’était érigé un cippe ; car, disait-il, « je n’ai point de fils, et ce sera là un monument de mon nom » , et il appela ce cippe de son nom, et l’on continue jusqu’à ce jour à l’appeler Main d’Absalom (ouvrage ou monument d’Absalom).
« Porro Absalom erexerat sibi, cum adhuc viveret, tilulum qui est in valle Régis : dixerat enim : Non habeo jilium, et hoc erit monumentum nominis mei. V ocavitque titulum nomme suo, et appellatur Manus Absalom, usque ad liane diem. » [Rois, 1. II, cli. xvm, $ 18.)
Josèphe s’exprime ainsi à propos de ce tombeau : « Absalom se dressa dans la vallée Royale une stèle de marbre blanc éloignée de deux stades de Jérusalem, et il l’appela sa propre Main, » [Antiquités judaïques, 1. VII, ch. x, § 3.)
Le monument qui porte encore aujourd’hui le nom de ce prince dans la vallée de Josaphat, à deux stades environ de la ville, a été souvent décrit par les pèlerins et par les archéologues. Avant de l’élever, on a commencé d’abord par tailler une plate-forme dans les flancs rocheux de la montagne des Oliviers, au bas de cette hauteur, puis dans cette sorte de cour isolée on a façonné
portés et se compose d’un dé carré en retraite que termine une petite corniche servant elle-même de base à un cylindre d’où s’élève un pyramidion qu’orne à son sommet un bouquet de palmes. Sur la façade sud du mausolée, au-dessus de la corniche égyptienne, s’ouvre une petite porte carrée donnant entrée dans une chambre sépulcrale, où l’on descend par quelques marches. Là, sous trois arcades, il y avait place pour trois sarcophages actuellement détruits ou absents.
M. de Saulcy, dont la science déplore si vivement la perte, a donné une description très-détaillée
le massif rocheux qui restait debout au centre de la plate-forme en un soubassement singulier où 1 on remarque 1 alliance de trois ordres différents d’architecture. Cette base quadrangulaire mesure 6m,85 de côté. Chacune des faces est ornée de deux colonnes ioniques et de deux demi-colonnes engagées dans deux pilastres d’antes. Au-dessus de cet ordre ionique règne une frise dorique avec patères, triglyphes et gouttes, et qui est elle-même couronnée par une corniche égyptienne. Celle première partie du monument est entièrement monolithe; le reste est construit avec des blocs rap-
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tic ce monument dans son ouvrage intitule : Voyage autour de la mer Morte (t. ü, p. 2SS8 et suivantes), et il incline à penser qu’il remonte à l’époque que la tradition lui assigne. La plupart des archéologues, au contraire, voient dans cet édifice hybride, qui présente le mélange bizarre des membres caractéristiques des ordres les plus disparates, un produit de la dccadence. Celte question est délicate et exigerait, pour être traitée convenablement, des développements dans lesquels je ne puis entrer ici. Faut-il croire, en effet, que ce monument soit antérieur à l’époque où les Grecs opérèrent le choix des éléments à l’aide desquels ils constituèrent leurs ordres classiques? En un mot, révèle-t-il l’enfance de l’art, ou bien en accuse-t-il le déclin? Sans trancher dès maintenant celle question, je me bornerai à dire en ce moment qu’avec quelques critiques, je me suis souvent demandé si ce mausolée, d’origine fort ancienne sans doute, et probablement contemporain de l’époque de David, du moins dans le noyau principal qui le compose, n’aurait pas été remanié à une époque postérieure, et n’aurait pas ainsi perdu sous des enjolivements ajoutés après coup les formes plus simples et plus austères qu’il pouvait avoir eues primitivement.
Je ne dis rien pour l’instant de l’aire d’Areuna, dont je parlerai à propos du temple de Salomon.
Quant au torrent du Cédron, il ne roule un peu d’eau au milieu de la vallée qu’il sillonne qu’à l’époque des grandes pluies, et son lit desséché s’est considérablement élevé par suite de l’exhaussement continu de la vallée. Des fouilles récentes ont prouvé qu’afin d’atteindre en beaucoup d’endroits son lit primitif, il fallait creuser à une assez grande profondeur. Ce torrent, qui est cité pour la première fois dans l’Ancien Testament à l’occasion de la fuite de David devant son (ils Absalom, est à jamais célèbre pour avoir été plus tard passé et repassé par Notre-Seigneur, lorsque de Jérusalem il se rendait à Béthanie ou seulement à la montagne des Oliviers, et que de là il revenait à Jérusalem. La veille de sa Passion, le Christ le traversa encore à deux reprises, quand du Cénacle il se dirigea avec ses apôtres vers le jardin de Gethsémani et qu’ensuite il fut ramené garrotté dans la ville ; enfin, le jour de son Ascension, il le franchit pour la dernière fois, lorsque, accompagné de ses disciples, il gravit de nouveau la montagne des Oliviers, si souvent sanctifiée par sa présence, et que, parvenu sur son sommet central, il s’éleva triomphalement devant eux jusqu’au plus haut des cieux.
Au confluent de la vallée du Cédron et de celle de Ben-Hinnom est un puits profond, appelé Bir Ayoub (puits de Job ou de Joab). C’est très-probablement l’ancienne source de Rogel, mentionnée dans la Bible comme étant située sur la limite de la tribu de Juda et de celle de Benjamin (Josüé, ch. xv, i 7; ch. xvm, i JG), et près de laquelle, ainsi que nous l’avons vu, Adonias réunit ses partisans dans un grand banquet. Elle se trouvait dans le jardin du Roi, qui occupait vraisemblablement toute la partie de la vallée qui la sépare de la fontaine de Siloé, et elle avoisinait elle-même la pierre de Zoeleth, comme le témoigne le verset suivant : « Adonias tua des brebis, des bœufs et des bêtes grasses auprès de la pierre de Zoeleth, qui touche à la source Rogel, et il convia tous ses frères... » (. Rois } 1. III, ch. i, i 9.)
Ceux qui reconnaissent la source de Rogel dans la fontaine actuelle de la Vierge, cherchent la pierre Zoeleth sur les flancs inférieurs de la colline où s’élève le village de Siloan, et M. Clermont- Ganneau l’identifie avec un banc rocheux qui, dit-il, porte encore aujourd’hui le nom de Zohhoueletli et est au bas du village. Mais, malgré ce qu’offre de très-spécieux un pareil rapprochement, je ni en tiens, jusqu’à plus ample examen, à l’opinion généralement admise qui place la source Rogel au puits de Job comme étant par sa position une limite plus naturelle que celle de la Vierge entre les deux tribus de Juda et de Benjamin, et dès lors il faut chercher dans le voisinage de
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ce puits la pierre Zoeleth . Cette pierre était encore signalée aux pèlerins vers la fin du treizième siècle, non loin du Bir Ayoub, ainsi que cela résulte du témoignage suivant du moine Burcbard :
In quci valle ( Gehennom ) est lapis Zoeleth. Ibidem est etiam fons llogel, ubi Adonias fecit convivium volens reqnare. » ( Descriplio Terrœ sanctœ, p. 70, édition Laurent.)
Ce passage est très-net. La source que Burcbard appelle fons Roqel comme se trouvant dans la vallée dite Gehennom, en hébreu Ge-ben-Hinnom (la vallée du fils d’Hinnom), ne peut être que le puits de Job, situé précisément au confluent de cette vallée et de celle du Cédron ou de Josaphat. Le Bir Ayoub est, à la vérité, un puits, et un puits très-profond, et non une source proprement
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dite, coulant à fleur du sol. Mais les Hébreux donnaient quelquefois le nom de en (source), comme les Arabes de nos jours celui de aïn, qui a la même signification, indifféremment à des sources et à des puits, les puits n’étant que des sources renfermées dans des excavations plus ou moins profondes, soit pratiquées dans le roc, soit maçonnées.
Dans ce cas, la pierre Zoeletb doit être l’un des rochers qui avoisinent, dans les flancs de la vallée, le Bir Ayoub. Ce puits, dont le nom arabe est traduit ordinairement en français par celui de Job, l’est aussi par celui de Joab, du nom du général célèbre ainsi appelé, qui avait trempé dans la conjuration d’Adonias, en assistant en ce lieu au banquet où ce prince avait convoqué tous ses frères, à l’exception de Salomon à qui il voulait enlever la couronne.
Ce même puits est désigné également sous le nom de puits de Néhémie, parce que, d’après une ancienne tradition, ce serait là que les Israélites, avant d’être emmenés captifs à Babylone, auraient, selon l’ordre du prophète Jérémie, caché le feu sacré du temple. Soixante-dix ans plus tard, à leur retour, les petits-fils des prêtres qui l’y avaient enfoui n’auraient trouvé à sa place que de l’eau bourbeuse. Néhémie ayant commandé de puiser de cette eau et d’en faire des aspersions sur les sacrifices, sur les bois et sur ce qu’on avait mis dessus, on lui obéit, et le soleil jusque-là caché derrière un nuage commença à luire et à darder ses rayons. Soudain il s’alluma un grand feu qui remplit d’admiration tous ceux qui étaient présents. ( Macchabées , 1. II, ch. I.)
La profondeur actuelle du puits est d’environ quarante et un mètres. Il est maçonné avec de grosses pierres qui paraissent fort anciennes. L’eau au fond est recueillie dans une sorte de large chambre creusée dans le roc, et provient du drainage des deux vallées du Cédron et de Hinnom et de leurs dépendances. En hiver, et ordinairement au mois de janvier, quand les pluies ont été considérables et ont duré plusieurs jours, l’eau monte souvent jusqu’à l’orifice du puits et déborde même, de manière à former un ruisseau. Comme cette abondance d’eau semble présager aux indigènes une bonne récolte, ils se réunissent alors autour du Bir Ayoub et s’y livrent à toutes les démonstrations de la joie la plus vive. A la profondeur de trente-sept mètres, on rencontre une première chambre, du fond et du milieu de laquelle un nouveau puits conduit à un second réservoir, celui dans lequel l’eau se rassemble actuellement, ce qui indique qu’à une certaine époque le puits commençant à tarir a été approfondi de quelques mètres. Reste à fixer maintenant l’emplacement de la source et de la vallée de Gihon, où Salomon fut sacré roi, pendant que son frère Adonias, auprès de la source de Rogel, célébrait déjà par avance, dans un grand festin, sa propre élévation au trône.
A quatre cents mètres de l’angle sud-est du Haram ech-Cherif, au pied de la colline d’Ophel et sur le flanc occidental de la vallée de Josaphat, coule la source dite de la Vierge, en arabe Aïn Sitti Mariam (source de Madame Marie), et désignée dans le second livre d’Esdras sous le nom de source du Dragon.
« El egressns sum per portion vcillis nocle et ante fontem Draconis et ad portant Stercoris. » (Esdras, 1. II, ch. il, ÿ 13.)
Comme on ne parvient à cette source qu après avoir descendu un escalier de trente-deux marches coupées par un palier, les Arabes l’appellent également, à cause de cet escalier, Aïn Ournin ed-Daradj (la Source mère des degrés). Ses eaux sont légèrement saumâtres et intermittentes, et jusqu’à présent le mystère de leur origine n’a été découvert par personne. Sourdent-elles du sol près de l’endroit même où l’on va les puiser? ou, au contraire, proviennent-elles de plus loin et de plus haut? c’est ce que Ion ignore encore, toujours est-il que cette source, qui primitivement devait se déverser dans le torrent du Cédron, communique, au moyen d’un aqueduc souterrain entièrement creusé
JÉRUSALEM
dans le roc, avec la piscine de Siloé, qui en est éloignée vers le sudouest, et à un niveau un peu inférieur, d’une distance d'environ quatre cents mètres; mais le canal souterrain dont je viens de parler, décrivant de nombreux détours, a une longueur d’au moins cinq cents mètres. Il est éclairé par deux regards. A dix-huit mètres de la source, un autre canal se ramifie avec le premier et aboutit à un puits également pratiqué dans le roc, où, en cas de siège, les habitants d’Ophel pouvaient aller puiser par un passage voûté qui les dérobait aux regards de l’ennemi. Ges deux canaux, dont le second a été déblayé en I8G7 par le capitaine anglais Warren, sont très-probablement d’une époque postérieure à David; mais ils peuvent être attribués aux rois qui lui succédèrent. Toujouis est-il
JÉRUSALEM Uü flÔTÉ SDI).
Position du Bir Ayoub (puits de Job) à la jonction de la vallée du Cêdron et de eelle de Iîen-IIinnom.
JÉRUSALE M.
qu’une piscine est signalée par Josèphe, dans le voisinage de la fontaine de Siloé, sous le nom de piscine de Salomon. Quant à la source que je viens de décrire, elle me paraît devoir être identifiée avec celle de Gilion, et la vallée de ce nom ne pouvait être que la partie de la vallee du Ccdron qui avoisinait cette source.