‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 30 sur 100 · HÉRODIUM OU MONT DES FRANCS · texte numérisé non relu

HÉRODIUM OU MONT DES FRANCS

A six kilomètres environ au sud-est de Betliléhem et à la même distance à l’est de l’Oued-Ourthas, se dresse une colline isolée que l’on aperçoit de fort loin. Sa circonférence, à la base, est approximativement de neuf cents mètres, et sa hauteur au-dessus de la plaine environnante de cent vingt. En gravissant ses pentes escarpées, on parvient à un plateau qui couronne un cône tronqué et qui mesure trois cents mètres de pourtour. Ce plateau, qui a été creusé intérieurement en forme d’amphithéâtre, est circulaire ou plutôt elliptique. On y remarque sur les bords les arasements d’un mur d’enceinte flanqué à l’est d’une tour circulaire entière, et aux trois autres points cardinaux de trois demi-tours pareillement circulaires. Celles-ci sont rasées. Au dedans du mur d’enceinte, dans l’épaisseur du talus de l’espèce d’amphithéâtre factice dont j’ai parlé, avaient été construits des magasins et des logements voûtés dont une faible partie seulement est restée debout, et le reste est, soit détruit, soit bouleversé. Plusieurs escaliers dont il subsiste quelques vestiges permettaient de descendre dans un petit vallon circulaire, sorte d’arène ménagée au centre.

HÉItODIDM OU MONT DES FRANCS.

La cité antique, bâtie jadis au pied septentrional de la montagne qui en constituait l’acropole, a été presque entièrement rasée, et l’emplacement qu’elle occupait est aujourd’hui en partie livré à la culture. 11 subsiste néanmoins encore de ce côté, sur les dernières pentes du mont, des portions assez

Héhodiüm od mont des Francs, vu de Bethléhem.

considérables de plusieurs édifices construits sur trois terrasses successives. Ces édifices et les murs de ces terrasses avaient été bâtis avec des pierres de taille d’un appareil très-régulier, mais bien inférieures en dimension à celles des parties antiques de l’enceinte du Haram ech-Cberif. Vers le nord-est

Vue du sommet du mont des Francs.

court sur les flancs de la montagne elle-même, jusqu’à son point culminant, une assez large muraille ruinée le long de laquelle, très-probablement, s’élevait autrefois le magnifique escalier de marbre dont il est question dans l’historien Josèpbe, lorsqu’il décrit Hérodium.

NORD DE LA JUDÉE

La plupart des critiques, en effet, s’accordent à reconnaître les ruines d’IIérodia dans celles de la ville que je viens de signaler, et les débris de la forteresse d’Hérodium dans ceux qui couvrent le sommet de la montagne.

Josèphe, dans plusieurs passages, nous décrit à la fois et cette ville et cette forteresse, qu’IIérode, dès qu’il fut parvenu définitivement au pouvoir, s’empressa de fonder à l’endroit meme où il avait remporté sur les Juifs une victoire décisive. Nous savons également par cet écrivain que ce prince fut plus tard enterré par ses ordres à Hérodium. Son corps y fut porté de Jéricho, où il mourut, avec une pompe extraordinaire, et déposé dans un mausolée, qu’il s’était fait élever sans doute de son vivant. M. de Saulcy et plusieurs autres savants archéologues placent ce tombeau dans un edicule circulaire ruiné, situé au centre d’un grand réservoir à moitié détruit et comblé qui se trouve au bas de la montagne. J’hésite, pour mon compte, à souscrire à cette hypothèse, attendu que dans les deux passages où il est question de la sépulture d’Hérode, Josèphe parle d’Hérodium et nom d Hérodia, c’est-à-dire du château et non de la ville qui s’étendait à ses pieds, suivant la distinction qu’il a faite lui-même en termes très-nets. J’incline donc à penser qu’Hérode, pour assurer davantage l’inviolabilité de sa tombe, l’avait fait préparer dans l’intérieur de l’acropole d’Hérodium et non au bas, dans la plaine, au milieu d’un réservoir destiné aux besoins de tous et où sa sépulture aurait pu être moins respectée.

Hérodium devint bientôt le chef-lieu d’une toparchie. Après la conquête de Jérusalem pai litus, cette forteresse se rendit sans résistance au légat Lucilius Bassus.

A l’époque des croisades, elle fut peut-être occupée par une garnison latine, d’où vint probablement à la hauteur elle-même le nom de mont des Francs , qu’elle conserve toujours parmi les chrétiens indigènes. Quant à la tradition en vertu de laquelle les Latins, après la chute du royaume de Jérusalem, auraient tenu une trentaine d’années encore sur le sommet de cette colline contre tous les efforts des musulmans, elle paraît tout à fait invraisemblable.

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