MONASTÈRE DE SAINT-S A B A
G est là qu il composa les différents ouvrages qui le rendirent célèbre comme l’un des plus savants théologiens de son temps et T un des plus fermes défenseurs de 1 Eglise, attaquée alors avec fureur par l’ hérésie des monophysites et des iconomaques. C’est là également qu il mourut dans un âge avancé et qu’il fut enterré près de sa chère cellule, où il avait passé de si longues années dans l’étude et dans la méditation.
La chapelle de Saint-Georges n’offre rien qui mérite d’être signalé.
Quant à celle de Saint-Pierre et de Saint-Paul, elle était, dit-on, l’oratoire particulier de saint Saba, qui habitait à côté une cellule taillée dans le roc, où il eut quelque temps pour compagnon fidèle un lion que la légende nous représente comme s’étant attaché à lui et ne le quittant jamais.
Les étrangers qui viennent visiter le monastère, et à l’époque de Pâques ils sont fort nombreux, à cause de l’affluence extraordinaire des pèlerins grecs et russes dans la ville sainte, reçoivent l’hospitalité dans un divan assez vaste qui leur est réservé. Ils sont toujours servis en maigre, aucune viande n’entrant dans le couvent.
Astreints à la règle de Saint- Basile, les moines de Saint-Saba sont soumis à un régime trèsaustère et à des jeûnes fréquents.
En dehors des devoirs journaliers que leur impose leur règle et de ceux qu’à certains moments leur occasionne la réception des hôtes
, , • , . Palmier de saint Saba.
qui viennent les visiter, leur principal passe-temps consiste à cultiver de petits jardins dont la terre a été apportée d’ailleurs, car les flancs de la vallée auxquels les constructions du couvent ont été adossées sont entièrement rocheux
NORD DE LA JUDÉE
et d’une aridité extrême. C’est pour embellir un peu ce désert et faire fleurir en quelque sorte leur solitude, qu’ils entretiennent avec soin des plates-bandes verdoyantes bordées de thym, de sauge et
de basilic, el quelques bosquets d’orangers, de figuiers et de grenadiers. On remarque aussi un vieux palmier qui dresse sa tige élancée à une assez grande hauteur et qu’on prétend avoir été planté par saint Saba lui -même.
Une antre distraction des moines, non moins innocente que la précédente, leur est fournie par de nombreux merles apprivoisés, à ailes jaunes, et par de jolies colombes qui voltigent et viennent se poser sur leurs épaules ou manger dans leurs maius. Quelques religieux pareillement, eu souvenir de la vieille amitié de saint Saba pour son lion, l’hôte de sa cellule et son commensal, ont l’habitude de jeter de temps en temps dans la vallée du Cédron des morceaux de leur pain, afin
Balcons des cellcles des moines.
que les chacals et les autres animaux féroces qui viennent le
soir se désaltérer dans le lit de ce torrent, à la source qui y coule, puissent participer à cette aumône, espèce de lien fraternel établi et perpétué d’âge en âge entre la nature humaine et la nature sauvage.
MONASTÈRE DE S AI l\ T- S AB A.
La source à laquelle je viens de faire allusion s'appelle Ain mâr Saba. Elle est réputée miraculeuse, parce qu’elle aurait jailli tout à coup autrefois, à la prière du saint fondateur. Comme elle est située en dehors et au pied du couvent, il faut pour y arriver descendre une suite d’escaliers différenls «pii depuis le sommet de la grande tour correspondent entre eux et se rejoignent les uns les autres, bien que coupés par une foule de paliers, de détours et de corridors. Quand on est parvenu ainsi à la boulangerie, qui occupe un des angles de l’étage inférieur du
monastère, l’escalier cesse brusquement, et pour descendre plus bas, il faut appliquer extérieurement une échelle à une fenêtre. Cette échelle, que les moines ne placent qu’à bon escient et lorsque aucun Arabe ne rôde dans les environs, établit ou rompt toute communication entre le monastère et le Cédron. Par ce moyen on retrouve et l’on peut gagner quatre mètres plus bas un autre escalier qui conduit jusqu’au torrent lui-même. Là, au milieu d’une grotte assez basse, sourd une eau fraîche et limpide qui est recueillie dans un petit bassin, et dont le surplus s écoule dans le lit du Cédron. C’est Tunique source dans le voisinage immédiat du couvent. Il n’en possède lui-même aucune dans l’intérieur de son enceinte, mais seulement plusieurs citernes où se rassemblent les eaux pluviales. Telle est en peu de mots la description sommaire de cette fameuse laure qui s’étage d’une manière si pittoresque sur des pentes rocheuses, où il semble que l’homme n’aurait jamais pu fixer son séjour, ni asseoir les divers bâtiments d’un grand monastère, tant
NORD DE LA JUDÉE
elles sont abruptes. Mais c’est l’âpreté même de cette solitude sur les bords et sur les flancs du Cédron, qui a déterminé le choix de saint Saba. Ce saint, dont la vie nous a été racontée par l’un de ses disciples, Cyrille de Scythopolis, naquit dans un village voisin de Césarée en Cappadoce, l’an 439 de l’ère chrétienne. Il entra de bonne heure dans un monastère peu éloigné du lieu de sa naissance; puis à l’âge de dix-huit ans, il demanda a son supérieur la permission de se rendre en Palestine. Après avoir passé un hiver à Jérusalem dans le monastère de Saint-Passarion, il alla ensuite se mettre sous la direction de saint Euthyme, dont les grandes vertus avaient attiré autour de lui sur les bords du Cédron de nombreux disciples. A la mort de ce saint, il se retira dans une grotte solitaire près de ce torrent, et il y vécut dans une retraite profonde, jusqu’à ce qu’il se vît lui-même entouré de plusieurs disciples, dont le nombre augmenta bientôt, et qui le prièrent instamment de les conduire dans la voie de la mortification et de la pénitence. C’est alors qu’il fonda la laure qui porle encore son nom, et il devint peu à peu le chef spirituel non-seulement des cénobites qui habitent ce monastère, mais encore de tous les anachorètes qui peuplaient les innombrables cavernes dont sont percés pendant une grande étendue les flancs du Cédron, appelé en cet endroit par les Arabes Oued er-Rahid (la vallée des Moines). Malgré son amour du silence et du désert, il quitta plusieurs fois sa solitude pour aller défendre l’orthodoxie menacée et soutenir les catholiques persécutés. Sous l’empereur Anastase, protecteur des monophysites, il osa, en 513, bravant les troupes de ce prince, prononcer publiquement l’anathème contre ceux qui propageaient cette hérésie, au mépris des décrets du concile de Chalcédoine.
Vers 530, sous l’empereur Justinien, les Samaritains de Naplouse, s’étant révoltés, avaient massacré un grand nombre de chrétiens et brûlé leur église. L’empereur, pour arrêter et punir leurs cruautés, envoya contre eux une armée qui exerça à son tour à leur égard de terribles représailles. Arsénius, partisan des Samaritains, se rendit alors à Constantinople, afin d’implorer en leur faveur la clémence de Justinien. A l’entendre, les chrétiens étaient eux-mêmes la première cause de ces troubles. Pour détruire l’effet de cette accusation, les chrétiens de Palestine prièrent saint Saba d’aller défendre leur cause auprès de l’empereur. Ce vénérable vieillard, âgé alors de plus de quatre-vingt-dix ans, se mit aussitôt en marche pour Constantinople; sa mission fut couronnée d’un plein succès. L’empereur se jeta à ses pieds avec un pieux respect et lui accorda tout ce qu’il demandait. La mort de saint Saba, qui suivit de près son retour en Palestine, fut un deuil pour tous les chrétiens de cette contrée, et surtout pour les moines de la laure dont il avait été le fondateur.